Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 17 mai 2013, sur les débordements autour des festivités du PSG au Trocadéro, la participation de groupuscules d'extrême-droite à des manifestations, la situation de la sécurité à Marseille, la lutte contre le terrorisme et le droit de vote des étrangers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 17 mai 2013, sur les débordements autour des festivités du PSG au Trocadéro, la participation de groupuscules d'extrême-droite à des manifestations, la situation de la sécurité à Marseille, la lutte contre le terrorisme et le droit de vote des étrangers.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons évidemment revenir sur la conférence de presse de François HOLLANDE, mais l'actualité est là. Suicide dans une école du 7ème arrondissement de Paris. Un homme est entré armé, sans aucun problème dans cette école, faut-il aller jusqu'à installer des détecteurs de métaux aux entrées des établissements scolaires ?

MANUEL VALLS
Cela me paraît difficile. Je vais vous dire pourquoi ? Vu le nombre d'écoles qui existent. D'abord je veux penser à tous ces enfants à leurs familles qui ont été traumatisés par l'acte d'un désespéré. Aujourd'hui, il faut penser à ces enfants, ils sont pris en charge toute la journée. Les écoles primaires, les écoles dans notre pays sont fermées, à la fois pour empêcher des gens de rentrer, mais surtout pour empêcher les enfants de sortir tout seul. Cette personne est rentrée au moment où les portes étaient ouvertes. Il a été arrêté en partie par des personnels particulièrement courageux. Peut-on arrêter un homme désespéré qui a décidé de mettre fin à ses jours dans ces conditions ? Cela me paraît difficile. Je ne veux pas être dans la démagogie, je veux dire que dans toutes les écoles, on va mettre des policiers, des gendarmes, des détecteurs de métaux. Cela existe, dans certains pays, aux Etats-Unis notamment ! Et vous voyez, dans quelle situation, ils sont cependant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous dites non !

MANUEL VALLS
La police, comme la gendarmerie, peuvent sécuriser. Les policiers et les gendarmes le font, autour notamment des collèges ou des lycées, où il peut y avoir des problèmes. Les personnels de l'Education nationale, puisque c'est l'Education nationale qui est en charge de la sécurisation des établissements scolaires, jouent un rôle important. Mais il faut être évidemment vigilant, et respecter toutes les procédures. Elles l'ont été là, qui permettent de sécuriser au mieux ces écoles. Mais je comprends ces questions et l'inquiétude des parents.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS deuxième sujet d'actualité, de la semaine, ce qui s'est passé au Trocadéro, avec des responsabilités connues, celles des casseurs, évidemment ! Les ultras, c'est moins évident ! Y a-t-il d'autres responsables ?

MANUEL VALLS
Il y a eu un échec, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un échec de qui ?

MANUEL VALLS
Mais un échec collectif ! Qui peut le nier ? Une belle fête était prévue pour fêter le titre du Paris Saint-Germain. Il avait été décidé, tout le monde l'a décidé, tout le monde l'a accepté, le club, la ligue, la ville de Paris, la mairie du 16ème arrondissement, la préfecture de police, tout le monde souhaitait une fête réussie pour fêter ce titre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le club a choisi le Trocadéro, la préfecture de police a dit oui, pour le Trocadéro. Voilà !

MANUEL VALLS
Je ne dis pas le contraire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est collectif donc ?

MANUEL VALLS
Evidemment ! C'est collectif ! Et il y a eu cet échec et on peut le regretter. Cet échec est d'abord imputable à ces casseurs, quels qu'ils soient !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça, on est d'accord !

MANUEL VALLS
Ultras, casseurs, parce que ce sont les ultras qui ont provoqué d'abord cette pression sur la foule, et qui s'en sont pris aux forces de l'ordre. Et donc c'est eux qui doivent être sanctionnés. Et ils le sont actuellement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça a commencé.

MANUEL VALLS
Il y a eu des interpellations, des décisions de justice, une dizaine d'entre eux, aujourd'hui, ont eu des peines de prison. Et cela va continuer, grâce à la vidéo-protection. La police et la justice vont pouvoir confondre les auteurs de faits tout à fait inacceptables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le club a choisi le Trocadéro. La préfecture de police a dit oui, il y avait des échafaudages sur le Trocadéro. Peut-être y a-t-il eu un peu de négligence. Pourquoi n'avez-vous pas sévi ? Et pourquoi n'avez-vous pas sanctionné le préfet de police ?

MANUEL VALLS
Mais ma mission, c'est la protection des Français, c'est le maintien de l'ordre public. Je ne sais pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mission qui n'a pas été remplie Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Mais je ne sais pas la dictature de l'urgence. Nous avons déjà eu, par le passé, ce n'est pas une excuse pour autant, mais par le passé des émeutes urbaines en plein Paris, à l'occasion des manifestations du CPE. A l'occasion de la Coupe du Monde en 2010, il y a eu, après la défaite de l'Algérie des échauffourées particulièrement graves, beaucoup plus graves encore que celle que nous avons connues. Au moment des émeutes urbaines de 2005, qui ont duré pendant plusieurs jours, est-ce qu'un ministre de l'Intérieur a démissionné ? Est-ce que les préfets ont été amenés à quitter leur poste ? Non ! Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas tirer les conséquences, sur ce qui s'est passé. La première conséquence, c'est qu'autour du Paris Saint-Germain, on ne peut plus organiser incontestablement ce type de manifestation à l'extérieur du Parc des Princes. A chaque match du Parc des Princes, il y a beaucoup de forces de l'ordre, autour et dans le Parc des Princes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui paie ? Qui paie ? C'est l'Etat ?

MANUEL VALLS
C'est le club. C'est à la fois le club, et c'est l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce à l'Etat de payer ?

MANUEL VALLS
C'est d'abord au club, d'assurer la sécurité du Parc des Princes. Et le club doit prendre toute sa part et ne jamais se dérober à ses responsabilités. Même s'il y a eu au cours de ces dernières années, des efforts qui ont été faits. Parce qu'au cours de ces dernières années, il y a eu deux morts. Donc il y a eu des efforts qui ont été faits à l'intérieur, dans l'enceinte du Parc des Princes. Mais à chaque déplacement du Paris Saint-Germain, en région ou à l'étranger, à l'occasion des compétitions européennes. Il y a évidemment à chaque fois, des craintes et parfois et souvent des violences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parlez d'échec, c'est votre premier échec en tant que ministre de l'Intérieur depuis un an ? Parce que vous avez une part de responsabilité ! Le préfet de police a sa part de responsabilité dans cette affaire ?

MANUEL VALLS
Mais moi, je suis prêt à assumer toutes les parts de responsabilités. D'abord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qu'on vous demande Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
D'abord, ceux qui ont cassé, ce sont eux, les responsables. Quel drôle de pays, et je pense notamment, parfois certains commentateurs, mais aussi évidemment à l'opposition, qui consistent au fond d'abord à pointer la responsabilité de certains et pas de ceux qui ont la première des responsabilités, les casseurs. Les coupables, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Votre responsabilité est de maintenir l'ordre Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Bien sûr et c'est difficile, parce que l'ordre public, le maintien de l'ordre public, c'est quelque chose de très difficile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais que vous y tenez en plus !

MANUEL VALLS
Je parle du maintien de l'ordre public. A chaque manifestation, et nous l'avons vu aussi, par rapport aux manifestations contre le mariage pour tous, ça a été le cas encore le cas hier ! Personne n'en a parlé ! Il y avait 400 manifestants à La Sorbonne, de l'extrême droite avec encore des échauffourées. Encore des violences à l'égard des forces de l'ordre. Il y a eu des interpellations. Donc à chaque fois, qu'il y a des manifestations publiques, ça peut être le cas samedi prochain, avec le prochain match du Paris Saint-Germain. A l'occasion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera la fête !

MANUEL VALLS
A l'occasion, on verra ! A l'occasion de la manifestation du 26 mai, il y a la Fête de la Musique, il y a le 14 juillet, il y a le 31 décembre. Il y a des violences, des voitures que l'on brûle, des forces de l'ordre qui sont attaquées. Donc la question du maintien de l'ordre public, évidemment qu'elle me préoccupe. Donc le problème n'est pas de savoir s'il y a un échec, le problème il faut que ça ne se répète pas ! Et que nous tirions policiers et gendarme, les conséquences, les leçons de ce qui s'est passé. Et j'ai demandé aux directeurs généraux de la police nationale et de la gendarmerie, ainsi qu'au préfet de police, de me donner un certain nombre de propositions, pour qu'en terme de maintien de l'ordre par rapport à ce type de manifestation, les forces de l'ordre soient beaucoup plus mobiles, plus en capacité de répondre à ce type de manifestations et aux groupes qu'on y retrouve qui sont particulièrement mobiles, on le voit bien, ce sont des scènes de guérilla et d'une violence tout à fait inacceptable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors troisième sujet avant de passer à la conférence de presse, Marseille. Marseille, ça nous préoccupe, vous aussi, il y a un an, le 21 mai, c'était votre premier déplacement. Marseille, en tant que ministre de l'Intérieur, et ça continue à Marseille ?

MANUEL VALLS
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On continue à s'entretuer, malgré les nouvelles méthodes que vous avez mises en place depuis un an, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, ce que je vous ai dit, à chaque fois que je suis venu ici, et vous m'avez interrogé sur Marseille, que cela allait se régler en quelques mois. Non ! Il y a eu 7 morts, 7 meurtres, 7 règlements de comptes depuis le début de l'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exact !

MANUEL VALLS
A peu près autant, que les autres années. Est-ce pour autant un constat d'échec ? Quand il y a des morts d'hommes, oui, bien évidemment ! Comment ne pas constater ces morts. Mais en même temps, oui, il y a une méthode nouvelle, globale, sur Marseille, la reconquête des territoires, une quarantaine de cités qui sont progressivement reconquises par les forces de police, pour éradiquer le trafic de drogue. 40 cités sont concernées, je vous parle de reconquête de territoire. Cela veut dire tout simplement, qu'à Marseille, les quartiers étaient abandonnés. Une ville, dont on connait le niveau de pauvreté, d'échec scolaire, moi, je ne veux pas me décourager, il y a des résultats, en termes d'interpellations, d'enquêtes abouties. Je me félicite aussi, que la ville de Marseille ait décidé de mettre des moyens supplémentaires, en termes de vidéo-protection, de police municipale, nous avons nous-mêmes mis 215 policiers supplémentaires. Il y a des forces mobiles sur le terrain, cela va payer, mais cela demande du temps. Parce que la ville de Marseille, ces cités, comme d'autres en France, mais notamment à Marseille, sont sous le contrôle de trafiquants, de jeunes trafiquants qui n'ont aucun sens de ce qu'est la vie, et qui s'éliminent entre eux, pour le contrôle du trafic de drogue, qui est incontestablement et vous le savez, c'est une de mes préoccupations, en train de toucher, pas seulement la France, mais toute l'Europe, qui est en train de pervertir une partie de notre jeunesse. Qui est en train de créer les conditions d'un ordre mafieux, dans un certain nombre de villes et de quartiers. Eh bien, nous devons lutter d'arrachepied, mais il y aura encore des règlements de comptes. Parce que ces gens-là, ils ne sont pas en train de nous écouter, ils ont un autre agenda, la conquête de ces territoires et du contrôle de la drogue, et de millions, et de millions d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, votre image, bonne image dans l'opinion publique. Vous êtes le ministre le plus populaire du gouvernement, n'est-elle pas en ce moment, un peu ébréchée par tous ces évènements ? Par toute cette insécurité diverse et variée ? Tiens, je pense à la fuite de Saïd ARIF, Saïd ARIF qui était en résidence surveillée.

MANUEL VALLS
Mais je vais vous répondre sur Saïd ARIF. Ce que je veux vous dire : est-ce que la violence a disparu dans notre société ? Non ! La société française elle est violente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous êtes impuissant ?

MANUEL VALLS
Non ! Pas seulement dans les mots, et parfois dans le débat public, il y a de la violence, et face à l'insécurité, le président de la République le rappelait hier, il faudrait qu'on mette ces débats politiciens indignes de côté. Et qu'on se dise, comment, ensemble, droite et gauche, élus locaux, police et gendarmerie, mais d'une manière générale, la société, nous, nous attaquons à ces problèmes de sécurité. Depuis 30 ans, les violences sur les personnes ne cessent d'augmenter. Au cours de ces 10 dernières années, ça serait facile pour moi, de le dire, elles ont augmenté, les violences sur les personnes de près de 30 %. Donc ça veut bien dire qu'il y a un problème de violence dans la société, une absence d'autorité qui touche l'école, qui touche la famille, qui touche la mise en cause de tous ceux qui d'une certaine manière, ont un pouvoir. Une remise en cause de cette autorité, ce qui explique d'ailleurs, les agressions à l'égard des policiers, des gendarmes, des fonctionnaires, ou des enseignants. Donc c'est une réponse plus globale, qui est celle de l'autorité, mais moi, je ne me décourage pas ! Le problème de mon image, ce n'est pas la question, c'est celle de l'efficacité. Et lundi dernier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que nous demandons.

MANUEL VALLS
Et lundi dernier, nous faisions un premier bilan provisoire, sans triomphalisme des zones de sécurité prioritaire, avec la Garde des Sceaux, avec les policiers et les gendarmes. Il y a des résultats, quand il y a une nouvelle méthode qui permet une meilleure coopération entre les forces de l'ordre et la justice, qui impliquent les collectivités territoriales, mais aussi les associations, il y a des résultats, ça marche ! A Amiens, à Marseille même, à Grenoble, à Lyon, dans des quartiers de Paris, ou la Seine-Saint-Denis, la délinquance baisse, les interpellations augmentent, le trafic de drogue est en train d'être démantelé. Mais cela fait des années, qu'on ne s'est pas attaqué. Donc moi, je ne veux pas recevoir, Jean-Jacques BOURDIN des leçons de ceux qui ont échoués sur cette question. Je leur demande de prendre des responsabilités, et de m'aider. Parce que la violence, elle est dans la société. Elle touche les plus modestes, elle touche les personnes âgées, les femmes isolées, les jeunes, les couches populaires et moi, je m'adresse à elles, je ne m'adresse pas aux élites de ce pays, je ne m'adresse pas à la droite, ce n'est pas mon problème, je ne veux pas polémiquer avec elle, je veux uniquement réussir, mais cela prendra du temps. Il faut de la patience et il faut du travail sur le terrain, et grâce aux policiers et aux gendarmes qui sont mises en cause, par la droite, qui a perdu tous sens de la réalité, qui est devenu le parti du désordre, on le voit dans la rue, dans son soutien à un certain nombre d'actes intolérables à l'égard des forces de l'ordre, moi, je soutiens les forces de l'ordre, comme les Français. Parce que c'est eux, qui rétabliront, ces forces de l'ordre, ce sont elles, qui rétabliront l'ordre républicain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, Saïd ARIF et puis ensuite, la conférence de presse de François HOLLANDE.

MANUEL VALLS
Saïd ARIF, ça pose le problème de l'assignation à résidence. Cet homme-là, qui est un terroriste dangereux, qui avait été confondu par rapport à des projets d'attentats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Terroriste dangereux, il n'a jamais commis d'attentat Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Oui, il s'est entraîné à l'étranger, notamment en Afghanistan. Il était dans ce qu'on appelle le groupe de Francfort, qui avait programmé un attentat, qui avait été démantelé quand Daniel VAILLANT était ministre de l'Intérieur, attentat qui visait le marché de Noël de Strasbourg. Il a fait sa peine, il y a une condamnation d'expulsion qui a été prononcée, pas il y a un an ! Il y a deux ans. Personne n'a pu l'expulser ! Pourquoi ? Parce que la CEDH, au niveau européen, n'a pas souhaité, a considéré qu'on ne pouvait pas l'expulser vers l'Algérie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Commission Européenne des Droits de l'Homme.

MANUEL VALLS
Parce qu'il y avait un danger. Et aucun autre pays, ne veut l'accueillir, donc ça pose bien le problème et de l'assignation à résidence et des conditions de surveillance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, il est parti, remarquez !

MANUEL VALLS
Oui, j'espère qu'on va le retrouver. Mais ça pose bien, il y en a d'autres qui sont assignés à résidence. Là, c'est le respect à la fois des règles européennes et du droit français. Mais ça pose bien, le problème de la surveillance de ce type d'individu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons de la conférence de presse…

MANUEL VALLS
Mais nous allons continuer, Jean-Jacques BOURDIN, à lutter contre le terrorisme et contre la menace qui concerne notre pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est toujours là, la menace ?

MANUEL VALLS
Elle est toujours là. Nous allons continuer à expulser ceux qui prêchent la haine, notamment dans un certain nombre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France a été menacée ces derniers temps à nouveau ou pas ? Elle est permanente ?

MANUEL VALLS
Cette menace, elle est bien là ! Et notamment depuis l'intervention nécessaire, utile, indispensable au Mali. Mais nous ne baissons pas la garde, je l'ai encore dit hier, au Sénat, aux parlementaires qui m'interrogeaient sur ces questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République, hier, entrons, je voudrais quelques détails, quand même sur ce qu'il a dit. D'abord sur l'Europe, puisqu'il en a beaucoup parlé, il a demandé une union politique en Europe, et notamment pourquoi pas l'élection d'un président de la Commission européenne, au suffrage universel, vous y êtes favorable ?

MANUEL VALLS
Oui, moi, j'y suis favorable. Tout ce qui permet davantage d'intégration, pas facile à dire aujourd'hui, parce qu'il y a un doute sur la construction européenne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, c'est pour ça que je vous pose la question ?

MANUEL VALLS
Mais à l'occasion des prochaines élections européennes, dans un an, déjà, il y aura une confrontation entre la droite et la gauche et c'est normal, c'est le débat public sur l'avenir de l'Union européenne. Et la formation politique qui aura le plus de députés au Parlement européen, pourra ainsi élire d'une certaine manière, le président de la Commission. Mais il faut oui, une Europe plus démocratique, pour que les peuples choisissent leur dirigeant et aussi l'orientation politique de l'Union européenne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme des retraites, il dit : il faudra travailler plus longtemps, puisque nous vivons plus longtemps. C'est de moins en moins vrai ! C'est de moins en moins vrai ! Il faudra travailler plus longtemps. Ça veut dire quoi ? Soit on allonge la durée de cotisation, soit on retarde l'âge légal de départ à la retraite, soit on augmente les cotisations, aussi, on peut, c'est une solution, pour réformer les retraites, soit on baisse les pensions, c'est aussi une solution. Quelle est la meilleure selon vous ? C'est quoi ? C'est l'augmentation des cotisations ou l'allongement de la durée des cotisations ?

MANUEL VALLS
Je suis ministre de l'Intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin, vous avez un avis ?

MANUEL VALLS
Bien sûr ! Mais il y a en même temps une conférence sociale, les partenaires sociaux, vont être saisis de ce dossier. En tout cas, il faut une nouvelle réforme. Et là aussi, les mots inquiètent. Oui, mais il faut une nouvelle réforme, tout simplement, parce qu'il y a un déficit de l'assurance maladie et du régime des retraites qui nous posent un défi. Et c'est ce gouvernement qui aura à assurer et assumer cette responsabilité. Le président de la République l'a dit, vous venez de le souligner. Oui, il y a une piste qui est l'allongement de la durée de cotisation, mais il y en a d'autres, et notamment et le président l'a dit hier, de manière très claire, la question de la justice, elle doit être intégrée dans cette réforme. Oui, mais c'est très important, notamment sur la pénibilité, les carrières, notamment celles des femmes qui sont morcelées, le niveau du chômage qui est évidemment l'élément essentiel. Si demain, le chômage baisse, ça sera un plus, évidemment aussi, pour les régimes de retraites. Donc là, cette consultation, cette concertation, avec les partenaires sociaux, comme nous l'avons obtenue sur le marché du travail, et c'est adopté désormais, est indispensable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, je suis, un Français dit « moyen » je n'aime pas beaucoup cette expression, mais elle est employée. Je regarde la télévision, j'écoute la radio. Je n'ai pas entendu parler de pouvoir d'achat et de chômage hier ! Très peu, Manuel VALLS. Est-ce que vous pensez que je suis rassuré, ce matin ? Moi, français dit « moyen » est-ce que je suis rassuré ?

MANUEL VALLS
Sans doute pas ! Parce qu'avec le niveau de chômage, l'augmentation du chômage depuis 5 ans, c'est difficile pour ceux qui subissent la crise de plein fouet, qui ont peur pour eux, pour leurs enfants, pour pouvoir payer les traites de leur maison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai toujours peur, ce matin !

MANUEL VALLS
Beaucoup de familles pensent ne pas pouvoir partir en vacances, je suis toujours l'élu d'une circonscription populaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, oui, justement.

MANUEL VALLS
A Evry, et je connais cette situation depuis des années. Mais le président de la République, Jean-Jacques BOURDIN, hier, il n'a parlé que d'une seule chose ! De l'emploi ! Toute la politique à la fois au niveau européen, comme au niveau français, la compétitivité des entreprises, le soutien aux PME, la formation, le marché du travail, le coût du travail, toute cette politique, elle n'est tournée que vers un seul objectif ! Réduire le chômage, faire baisser le chômage, inverser la courbe, elle est là, c'est d'abord ça l'essentiel. Et c'est vers cet objectif-là, que nous devons tous être tournés. A la fois ceux qui gouvernent et les entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qu'a dit François HOLLANDE hier ? « La bataille ne sera gagnée à long terme, que si la croissance revient ! » Mais n'importe quel homme politique peut dire la même chose ! Et même d'ailleurs l'a dit, n'importe quel homme politique…Et même nous, nous pouvons le dire. Ca ne veut rien dire ça ?

MANUEL VALLS
Et donc, il faut constater les outils qui ont été mis en place, encore une fois. Il y a à la fois, le sérieux budgétaire, pour ne pas grever l'avenir et en même temps, il y a l'investissement qui est soutenu, le pacte de compétitivité, les moyens qui sont donnés aux entreprises, tout cela a été détaillé hier par le président de la République. Donc cet objectif, il faut tenir et sur le temps. Même si on comprend et les inquiétudes, et les doutes, bien évidemment, mais moi, je suis convaincu que le cap qui a été défini par le président de la République, la politique européenne, la politique de soutien aux entreprises, la politique de soutien à la croissance, cela va payer. Mais cela nécessite un effort et le président de la République a dit quelque chose, qui me parait très juste, il a remercié les Français, parce que les Français font des efforts, tous ! Tous les Français font des efforts pour faire en sorte que le pays se redresse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les Français sont injustes avec François HOLLANDE, selon vous ?

MANUEL VALLS
Non ! Jamais il ne faut dire cela. Jamais ! Les Français expriment leur opinion, à la fois dans les enquêtes d'opinions, en vous appelant, en vous parlant, au moment des élections. Les Français ne sont jamais injustes. Mais ce qu'ils veulent, c'est une politique juste. Et c'est celle que nous conduisons. Ils veulent la vérité, le président de la République leur a dit, la vérité à la fois sur l'état des comptes, sur les efforts qu'il faut faire. Et sur les objectifs en matière d'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, deux questions : droit de vote des étrangers au Parlement, après les municipales de 2014, c'est cela ?

MANUEL VALLS
Le président de la République qui s'est engagé sur cette réponse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Effectivement donc !

MANUEL VALLS
A dit : cette discussion aura lieu après les élections municipales, puisque cette réforme ne concerne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pour les élections départementales ?

MANUEL VALLS
Non, cette réforme, nous l'avons toujours dit, ne pouvait concerner que les élections municipales. Et d'ailleurs, aucun, les maires, aucun étranger ne pouvait être élu maire, par ailleurs ! Mais pour ne pas polluer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y tenez vous ? Vous y tenez ? A cette réforme ? Franchement ?

MANUEL VALLS
C'est un engagement du président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous y tenez ? Elle est indispensable ?

MANUEL VALLS
Moi, j'ai toujours considéré, elle est demandée, elle s'applique d'ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu'elle est indispensable selon vous ?

MANUEL VALLS
Ce n'est pas la réforme aujourd'hui, attendue, et demandée par les Français, si vous voulez me faire dire la vérité. Et vous savez, que j'ai toujours considéré que si l'intégration, mot aussi galvaudé, l'intégration des étrangers, dans notre société devait se faire par un biais, j'ai toujours dit, évidemment, c'est le logement, c'est l'emploi, c'est l'école, mais c'est d'abord par la naturalisation. Parce qu'il faut être fier d'être Français, il faut être fier d'appartenir à cette nation, à sa culture, à son histoire, de parler cette belle langue qui est le Français, c'est ça l'essentiel !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors dernière chose, le président de la République a rencontré les socialistes après, les élus socialistes, il avait bien dit, qu'il ne les rencontrerait pas lorsqu'il était…

MANUEL VALLS
Parlementaires de la majorité, puisqu'il y avait aussi, également des radicaux de gauche et des écologistes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, il avait bien dit qu'il ne les rencontrerait pas, qu'il n'était pas un chef de clan. Moi, j'avais entendu ça à la télévision. Mais bon ! Je passe là-dessus…

MANUEL VALLS
Non, il a dit qu'il ne rencontrerait pas les groupes parlementaires à l'Elysée. Qu'il n'organiserait pas de meeting, de réunion publique à l'Elysée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, hier, il a dit aux élus, à propos du mariage pour tous : « la droite a laissé échapper le diable de la valise. » Ca veut dire quoi ça ! « Le diable de la valise » ?

MANUEL VALLS
Mais je pense que dans les discours de la droite, oui, il a eu parfaitement raison, s'il a dit ça ! Ça veut dire, et on le voit bien aujourd'hui, dans la rue, des groupes identitaires extrémistes. Une violence à la fois verbale et physique qui s'exprime. Les mots qui ont été prononcés à l'Assemblée nationale, ont été prononcées à l'Assemblée nationale, par certains parlementaires de droite, pas par tous, parce que y compris au sein de la droite, il y a des élus, des personnalités, qui sont effrayés, par ce qu'ils ont parfois entendu. Cela fait le jeu évidemment de cette droite extrême et violente, dont les références sont celles du pétainisme. Donc oui, bien évidemment, mais le président de la République était à l'offensive. Il l'était à la fois devant les Français, pour tracer le cap, mais aussi pour mobiliser la majorité. Parce que nous devons nous appuyer aussi sur cette majorité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mai 2013

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