Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, à "Itélé" le 17 mai 2013, sur la politique budgétaire en faveur du redressement des comptes publics. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, à "Itélé" le 17 mai 2013, sur la politique budgétaire en faveur du redressement des comptes publics.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre du budget;

ti : CHRISTOPHE BARBIER
Commentaires sévères ce matin dans la presse après la conférence de presse du président hier. L’offensive a moins marqué les esprits qu’une certaine forme d’immobilisme, peu d’annonces. Que répondez-vous à ces critiques ?

BERNARD CAZENEUVE
D’abord je ne trouve pas les commentaires sévères, je trouve que les commentaires sont équilibrés. Il y a eu une tendance au cours des derniers mois à juger sévèrement plus d’ailleurs une situation que le gouvernement, parfois le gouvernement lui-même. Le président de la République hier était à l’offensive. Nous avons trouvé une situation, nous sommes déterminés à redresser le pays, nous avons engagé des actions très fortes au plan européen. Le président de la République a rappelé ce que nous avons fait pour stabiliser la finance avec l’union bancaire, pour créer les conditions de la croissance avec le pacte de croissance, la négociation sur le budget européen. D’autres initiatives doivent être prises pour conforter l’ensemble. Nous avons par ailleurs pris des initiatives nationales : le crédit d’impôt compétitivité emploi, la mise en place de l’accord sur la sécurisation des parcours professionnels.

CHRISTOPHE BARBIER
Le socle est là.

BERNARD CAZENEUVE
Nous avons engagé des actions de redressement des comptes. Je veux quand même rappeler que pour la première fois depuis très longtemps, la dépense de l’État a baissé dans ce pays en 2012, que nous maîtrisons l’évolution de la dépense publique, que le déficit structurel qui avait augmenté de deux points entre 2007 et 2012 – je veux quand même rappeler que lorsque nous avons quitté le pouvoir en 2002, le déficit structurel était de trente milliards ; lorsque nous le retrouvons…

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a eu des crises depuis.

BERNARD CAZENEUVE
Et il n’y a pas de crise en ce moment, monsieur BARBIER ? Il n’y a pas de crise ? Il y a une crise, et malgré la crise nous parvenons à réduire structurel : 1,2 pourcent en 2012 ; 1,8 pourcent en 2013 - je m’y attache – un pourcent en 2014. Nous sommes dans une stratégie et une trajectoire de redressement, et le ministre du Budget peut vous dire que nous n’y dérogerons pas. Je veux que le rétablissement des comptes publics en 2014 et pour les années qui suivent se fasse essentiellement par des économies.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous serez le ministre des coupes budgétaires ? de la sévérité budgétaire ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais je serai le ministre de l’exigence. De l’exigence parce que le président de la République a défini une ligne. Cette ligne, c’est que nous devons poursuivre la politique de redressement et nous devons le faire en faisant des économies. Je suis convaincu que si nous ne parvenons pas à faire en sorte que les déficits soient maîtrisés par un travail sur les économies par l’organisation de la modernisation de l’administration, nous ne pourrons pas sauver les services publics, nous ne pourrons pas sauver la protection sociale. Le ministère du Budget, c’est d’abord et avant tout le ministère du patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

CHRISTOPHE BARBIER
« L’idéal serait de ne pas augmenter les prélèvements sur les ménages » a dit le président hier. L’idéal oui, mais la réalité ? Est-ce que vous êtes sûrs que vous n’augmenterez pas les prélèvements ?

BERNARD CAZENEUVE
D’abord, quelle est la réalité monsieur BARBIER ? Laissez-moi vous…

CHRISTOPHE BARBIER
La réalité de 2014 !

BERNARD CAZENEUVE
Bien entendu. La réalité de 2014 qui n’est pas une réalité en lévitation, qui s’inscrit dans une trajectoire. Lorsque Nicolas SARKOZY a été élu président de la République, il avait promis de baisser les prélèvements obligatoires de quatre points : ils ont augmenté d’un point et demi. Lorsque nous sommes arrivés en 2012 en situation de responsabilité, il y avait une surévaluation des recettes de l’État à hauteur de huit milliards. Nous avons pris nos responsabilités. Est-ce que vous savez que le niveau de prélèvements sur les Français en 2012 en montants a été de deux milliards inférieur à ce qu’avait prévu le précédent gouvernement dans son programme de stabilité ?

CHRISTOPHE BARBIER
Donc n’aurez aucune difficulté…

BERNARD CAZENEUVE
Non. Je vous explique simplement quelle est la situation. Il y a eu nécessité au début du quinquennat parce que nous arrivions de procéder à l’effort par l’impôt. Je souhaite le faire désormais par les économies parce que le président de la République et le Premier ministre me l’ont demandé. Comment allons-nous faire ? Il y a un effort de vingt milliards d’euros à faire en 2014, nous allons faire peser cet effort pour les deux tiers sur les économies et un tiers sur les recettes. Sur les recettes, que se passera-t-il ? Volonté d’accroître la lutte contre la fraude fiscale. En 2012, les efforts que nous avons faits de lutte contre la fraude fiscale ont permis d’augmenter de deux milliards le montant des recettes liées à la fraude fiscale.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous ferez une cellule de dégrisement pour rapatrier des capitaux, comme on l’entend ?

BERNARD CAZENEUVE
Les cellules de dégrisement opaques appartiennent au passé. Des procédures qui permettent à des contribuables de venir devant l’administration fiscale pour régulariser leur situation, acquitter dans les conditions de droit commun et de transparence qui doivent s’imposer les pénalités qui leur sont imputables, nous y réfléchissons. Mais je veux le droit commun, je souhaite la transparence et si ces conditions sont réunies, et je m’emploie à ce qu’elles le soient, la lutte contre la fraude fiscale s’intensifiant, nous créerons les conditions pour que dans la transparence les choses puissent se faire.

CHRISTOPHE BARBIER
Les emplois d’avenir seront élargis au secteur privé. C’est constater que la mesure ne marche pas si vous l’élargissez.

BERNARD CAZENEUVE
Non. La mesure fonctionne. Elle est en train d’ailleurs de monter en puissance, il en est de même pour les contrats de génération. Nous voulons à travers les contrats d’avenir et les contrats de génération donner une première chance à des jeunes qui arrivent sur le marché du travail et atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés d’inverser dans les mois qui viennent la courbe du chômage.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous y croyez ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais les mesures que nous prenons à travers les contrats de génération et les contrats d’avenir sont un élément de cette stratégie, mais ce que nous faisons en matière de croissance est le deuxième volet. Il faut à la fois des mesures pour l’emploi et des mesures économiques. Ce que nous faisons pour la croissance est, de ce point de vue-là, déterminant. Lorsque nous disons au sein de l’Union européenne : « Achevons l’union bancaire, recapitalisons directement les banques avec le mécanisme européen ».

CHRISTOPHE BARBIER
Créons un gouvernement économique.

BERNARD CAZENEUVE
Créons un gouvernement économique de manière à faire en sorte…

CHRISTOPHE BARBIER
Ça fait de la croissance ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais la recapitalisation directe des banques par le mécanisme européen de stabilité, bien entendu que ça fait de la croissance.

CHRISTOPHE BARBIER
Et le gouvernement économique, ça fera de la croissance ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais si le gouvernement économique prend des décisions parce qu’il y aura une meilleure coordination plus rapide, en évitant que les situations ne se dégradent parce que l’urgence est là, à nos portes, oui ça fera de la croissance. Plus d’Europe, plus de convergence des politiques économiques et budgétaires, ça fait davantage de croissance à condition que davantage de coordination ne se fasse pas simplement autour de logiques austéritaires, qu’on ait à la fois le sérieux budgétaire et les ambitions pour la croissance.

CHRISTOPHE BARBIER
À propos de coordination, vous êtes au coeur de Bercy. C’est une usine à couacs dit-on ; MOSCIVICI-MONTEBOURG, c’est la guerre.

BERNARD CAZENEUVE
Non, non, non, non.

CHRISTOPHE BARBIER
Ça se passe mieux que ça ?

BERNARD CAZENEUVE
Il y a des tempéraments mais par-delà les tempéraments, il y a une ligne et cette ligne est celle que le président de la République a rappelée hier avec beaucoup de force. L’ensemble des ministres à Bercy, par-delà leurs tempéraments, sous l’autorité de Pierre MOSCOVICI, font prévaloir une ligne.

CHRISTOPHE BARBIER
Votre directrice de cabinet sera entendue par la commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac. Quelle consigne lui donnez-vous ?

BERNARD CAZENEUVE
Aucune. La vérité. Ma directrice de cabinet est une femme exceptionnelle de compétence et d’intégrité, donc je lui fais toute confiance. Elle sait ce qu’est la vérité et par tempérament, par exigence éthique, elle la dira.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mai 2013

Rechercher