Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à I-Télé le 29 mai 2013, sur l'arrestation du suspect de l'agression d'un militaire à la Défense, la lutte contre le terrorisme, la fin de la cavale de Redoine Faïd, le premier mariage homosexuel, à Montpellier, et la mise à l'étude d'une dissolution de groupuscules d’extrême droite. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à I-Télé le 29 mai 2013, sur l'arrestation du suspect de l'agression d'un militaire à la Défense, la lutte contre le terrorisme, la fin de la cavale de Redoine Faïd, le premier mariage homosexuel, à Montpellier, et la mise à l'étude d'une dissolution de groupuscules d’extrême droite.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : CHRISTOPHE BARBIER
Un mot d'abord sur l'arrestation du suspect dans le cadre de l'agression du militaire à la Défense, samedi dernier. Vous disiez hier, que vous disposiez de pistes sérieuses, c'est ces pistes-là qui ont été prolifiques, qui ont été récompensées ?

MANUEL VALLS
Oui, grâce au travail de la Police judiciaire de Paris, sa section antiterroriste, du laboratoire de la police technique et scientifique…

CHRISTOPHE BARBIER
On a trouvé des éléments, sur place, que le laboratoire a pu exploiter ?

MANUEL VALLS
Oui, bien sûr. Je ne peux pas vous donner trop d'éléments, l'enquête est évidemment sous la responsabilité du Parquet antiterroriste de Paris, mais évidemment, ces éléments, recueillis samedi, à la Défense, à Nanterre, sur place, ont permis aux policiers, de remonter progressivement sur cette piste.

CHRISTOPHE BARBIER
On parle de son Pass Navigo, il aurait été tracé.

MANUEL VALLS
Oui. Il y a eu, en tout cas la vidéoprotection, la vidéosurveillance de la RATP, un certain nombre d'éléments, de l'ADN, qui ont conduit à cette piste ce matin et à cette interpellation, heureuse, parce que d'abord il y a eu cette agression inqualifiable, à l'égard de ce soldat, et puis forcément, un certain nombre d'interrogations, puisqu'on ne savait pas s'il pouvait récidiver, s'il pouvait de nouveau frapper.

CHRISTOPHE BARBIER
Il est présumé innocent, bien sûr, mais…

MANUEL VALLS
Bien sûr.

CHRISTOPHE BARBIER
…vous n'avez pas l'air d'avoir beaucoup de doutes, c'est bien lui.

MANUEL VALLS
Non, mais il faut maintenant en savoir plus sur ses motivations, sur son parcours, sur son environnement, familial, social, donc je reste prudent à ce stade, c'est à l'enquête de le dire.

CHRISTOPHE BARBIER
Islamiste radical, nous dit-on. Etait-il fiché, était-il surveillé, était-il connu comme islamiste radical ?

MANUEL VALLS
Il était connu, on ne peut pas parler d'islamisme radical, mais Christophe BARBIER, je reste extrêmement prudent, je ne peux pas faire le travail d'enquête à la place du procureur, à la place des enquêteurs eux-mêmes. Attendons. Ce dont il faut se féliciter, c'est son arrestation, et maintenant on va en savoir plus, je l'espère, très vite.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est une enquête pour terrorisme qui est ouverte. Est-ce que ce n'est pas abusif ? Ça pouvait être un déséquilibré, ça peut être un acte isolé, est-ce qu'on n'a pas voulu encadrer trop durement l'affaire ?

MANUEL VALLS
Je crois que nous avons intérêt à encadrer ces affaires très rapidement, dès qu'il y a des soupçons, des présomptions, qui peuvent amener à ce type de piste, et puis vous le savez, il y avait aussi les évènements terribles de Londres, avec ces images qui ont choqué, donc il fallait prendre toutes les précautions nécessaires.

CHRISTOPHE BARBIER
On a des éléments laissant penser qu'il peut y avoir des dizaines, des centaines d'individus, comme ça, prêts à être activés, pour un geste unique un peu désespéré ?

MANUEL VALLS
Je l'ai déjà dit il y a quelques mois. Il y a plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de MERAH potentiels dans notre pays, il y a un terreau, il y a cet ennemi intérieur, que je qualifie au moment de la discussion, l'adoption de la loi antiterroriste. Ça ne veut pas dire qu'ils passent tous à l'acte, mais il y a là, oui, ces jeunes, souvent, qui ont eu déjà affaire à la justice pour des faits de délinquance, de drogue, qui se radicalisent, soit sur Internet, soit au contact d'un imam radical, soit en prison, ce sont parfois des convertis et qui peuvent passer à l'acte, nous l'avons vu, c'est vrai en France, c'est vrai en Grande-Bretagne, c'est vrai en Belgique, donc il faut être extrêmement attentif et c'est le travail de prévention, notamment de la Direction centrale du renseignement intérieur, qui permet déjà, depuis plusieurs mois, d'arrêter des individus, de démanteler des groupes et des filières, nous l'avons vu avec ce groupe de Torcy, qui avait agit à Sarcelle, avec l'intention de tuer, le 19 septembre dernier.

CHRISTOPHE BARBIER
Les militaires qui patrouillent pour Vigipirate, s'inquiètent. Est-ce que vous allez changer le mode opératoire de ces patrouilles ?

MANUEL VALLS
Nous sommes en train de regarder ce dossier avec Jean-Yves LE DRIAN, ce sont des militaires, des soldats aguerris, et qui doivent évidemment être sur leurs gardes, ils le savent, et je veux rendre hommage à ces 800 militaires, sous la responsabilité de Jean-Yves LE DRIAN, qu'ils font un travail utile, pour nos compatriotes.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous évoquiez l'affaire MERAH, six nouvelles interpellations hier, que cherchez-vous ?

MANUEL VALLS
A mieux connaitre son environnement. Ça veut dire que ces enquêtes sont longues, et je veux le dire à travers I TELE, à nos concitoyens qui nous regardent, il faut du temps pour comprendre ce qui s'est passé, pour comprendre son itinéraire, ses éventuelles complicités, ceux qui ont éventuellement payé, financé, ses déplacements au Pakistan et en Afghanistan. En tout cas, cela veut bien dire qu'il ne s'agit pas d'un loup solitaire. Il ne s'est pas autoradicalisé tout seul, ça veut dire qu'il y avait un environnement, là aussi, social, familial, il a accompli des déplacements en Afghanistan, au Pakistan, il s'est sans doute entrainé au maniement des armes, et c'est cela que nous voulons comprendre.

CHRISTOPHE BARBIER
Les djihadistes qui reviennent de Syrie, par exemple, vous en dénombrez une trentaine, ne devraient-ils pas être systématiquement arrêtés, dans le cadre de la nouvelle loi sur le « tourisme terroriste » ?

MANUEL VALLS
Mais, un certain nombre sont évidemment suivis de très près, par la Direction centrale des renseignements intérieurs. Il faut un cadre juridique.

CHRISTOPHE BARBIER
Le fait d'être allé combattre en Syrie, n'est-ce pas un cadre juridique ?

MANUEL VALLS
Ça peut être un élément, et je vous rappelle que la loi antiterroriste, qui a été adoptée, je vous le disais, a intégré le fait que l'on pouvait poursuivre, incriminer, des individus qui n'ont pas commis d'acte terroriste en France, mais qui en commettraient à l'extérieur, c'est ça qui doit permettre aux magistrats, d'incriminer, et donc d'interpeller et de poursuivre ces individus. Je ne vous cache pas, évidemment, mon inquiétude sur ce sujet-là, dans quelques jours nous nous réunissons, les ministres de l'Intérieur, des pays concernés par ce phénomène, c'est vrai pour la Grande Bretagne, c'est vrai pour les Pays Bas, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, à l'initiative de ma collègue belge Joëlle MILQUET, nous avons pris cette initiative, parce que ce sont plusieurs centaines d'européens, c'est vrai aussi pour le Maghreb, mais plusieurs centaines d'Européens qui vont combattre en Syrie, et parfois dans des groupes qui sont clairement affiliés Al-Qaïda.

CHRISTOPHE BARBIER
L'autre succès de la police, cette nuit, c'est l'arrestation de Redoine FAÏD à Pontault-Combault. A-t-il été donné par un complice, par le milieu qui l'a balancé ?

MANUEL VALLS
Je ne crois pas. En tout cas, d'abord, vous avez raison de parler de succès de la police. C'est vrai sur ces deux affaires, et je veux saluer le travail tout-à-fait exceptionnel de la police française.

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous n'en avez pas eu beaucoup, on vous mettait en cause, pour un discours ferme et pas beaucoup de résultats.

MANUEL VALLS
Il y a beaucoup de résultats, à la fois en matière de lutte contre la délinquance dans les zones de sécurité prioritaires, mais aussi, dans la lutte contre le terrorisme, je l'évoquais il y a un instant. Moi je veux saluer d'abord ce travail de la police, de la gendarmerie, en très étroite collaboration avec la justice. Là, il s'agit d'une enquête très minutieuse, comme la police judiciaire de notre pays sait le mener, aussi en lien avec les polices européennes, et puis je veux saluer aussi le travail des brigades d'intervention, des brigades qui sont capables d'intervenir, dans des conditions extrêmement difficiles, comme c'était le cas cette nuit, puisqu'il s'agissait d'un individu dangereux et qu'il avait un complice dans cet hôtel de Pontault-Combault.

CHRISTOPHE BARBIER
Etait-il caché à Pontault-Combault depuis son évasion, ou a-t-il circulé en France ou à l'étranger ?

MANUEL VALLS
Je n'ai pas encore tous les éléments, mais à l'évidence il a beaucoup circulé depuis 6 semaines, mais en 6 semaines il a été arrêté et maintenant je veux qu'il réponde, bien évidemment, de tous ses actes. Vous savez, il y a quelques jours j'étais à l'hommage, à Villiers-sur-Marne, rendu à Aurélie FOUQUET, cette policière municipale, qui a été tuée dans une opération, sans doute préparée, je reste prudent, par Redoine FAÏD, et je m'étais engagé auprès de son compagnon, auprès de ses parents, auprès de sa famille, pour que le plus vite possible nous puissions remettre cet individu derrière les barreaux.

CHRISTOPHE BARBIER
Etait-il revenu en Ile-de-France pour préparer un casse, un hold-up ?

MANUEL VALLS
On peut l'imaginer, mais là aussi nous aurons davantage d'informations dans les jours qui viennent.

CHRISTOPHE BARBIER
Y-a-t-il d'autres arrestations en cours, d'autres complices qui sont suivis ?

MANUEL VALLS
Il y aura de toute façon une enquête minutieuse. Vous savez, quand quelqu'un part en cavale, ainsi, la preuve, il avait déjà un complice avec lui, c'est qu'il a bénéficié d'un certain nombre d'aides, de complicités, à la fois pour s'évader et pour pouvoir mener cette cavale, en France ou en Europe.

CHRISTOPHE BARBIER
Y-a-t-il eu des complicités à l'intérieur de la prison, pour préparer son évasion ?

MANUEL VALLS
L'enquête devra le démontrer, mais j'entendais ce matin, sur des radios aussi, le soulagement de ceux qui travaillaient dans cette prison, ces gardiens de la pénitentiaire, à qui je veux rendre hommage, parce que je sais qu'ils ont été profondément choqués, croyez-moi, Christiane TAUBIRA va prendre toutes les mesures pour que cela ne se reproduise plus.

CHRISTOPHE BARBIER
Toutes les mesures, ça veut dire rétablir de la très haute sécurité pour ces individus ?

MANUEL VALLS
En tout cas il faut de la très haute sécurité sur ce type d'individus, parce qu'il n'est pas acceptable que cette personne ait pu s'échapper ainsi, même si c'est déjà arrivé par le passé et nous connaissons la détermination de ce type d'individus qui n'ont rien à perdre.

CHRISTOPHE BARBIER
Il a été un repenti célèbre et très médiatique. Est-ce que la justice n'a pas été naïve à son égard ?

MANUEL VALLS
Je pensais que vous alliez dire, « est-ce que les médias n'ont pas été naïfs à son égard ? ». Sans doute, peut-être, mais pas pour ce qui concerne la justice, parce que là aussi elle doit incriminer sur des faits précis.

CHRISTOPHE BARBIER
Selon certains gardiens de prisons, selon certains syndicats, le fait que le tout répressif ait été abandonné, notamment par la garde des Sceaux, dans son discours, aurait pu donner aux délinquants, l'impression que maintenant on peut passer à l'acte en était moins sûr d'être attrapé et d'aller en prison. Est-ce que c'est vrai ?

MANUEL VALLS
A l'évidence, ça n'est pas vrai pour ce qui concerne Redoine FAÏD. Il n'y a aucune loi pénitentiaire qui a changé, depuis un an.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a une ambiance, il y a un discours ; sur le terrain, les délinquants se disent « c'est quand même plus tranquille que du temps de SARKOZY ».

MANUEL VALLS
C'est un drôle de discours, vous pensez que les délinquants agissent par rapport à ce type de discours ? Hier encore on évoquait la surpopulation ans les prisons, le fait qu'il n'y avait jamais eu, par ailleurs, autant de détenus. Croyez-moi, la garde des Sceaux et moi-même, partageons la même vision, le même discours, la même politique, il ne peut pas y avoir d'impunité pour ceux qui bravent la loi.

CHRISTOPHE BARBIER
Là encore, un dernier évadé, Saïd ARIF, un islamiste surveillé qui est en cavale. Avez-vous des pistes ?

MANUEL VALLS
Il y a, évidemment, en tout cas, une recherche, là aussi, au niveau international, pour remettre la main sur cet individu, qui avait purgé sa peine, qui était sous le coup d'une expulsion, mais là aussi…

CHRISTOPHE BARBIER
Pas de piste.

MANUEL VALLS
…le droit européen fait que, aucun pays ne voulait l'accueillir. En général, quand je suis devant vous, devant un journaliste, sur ces questions-là, je reste discret sur les pistes.

CHRISTOPHE BARBIER
Autre actualité, qui vous concerne aussi, le premier mariage homosexuel, ce matin, ce n'est pas à Evry, c'est à Montpellier. 180 policiers et gendarmes mobilisés, selon LE PARISIEN. Est-ce que vous confirmez ce chiffre ? Est-ce que ce n'est pas beaucoup pour un évènement privé ?

MANUEL VALLS
Oui, mais ce premier mariage n'a pas qu'un caractère privé, à l'évidence, c'est le premier mariage, c'est l'application de cette loi qui a été votée par le Parlement.

CHRISTOPHE BARBIER
Ça aurait pu être plus discret, ça a été ostentatoire de…

MANUEL VALLS
Ils ne l'ont pas voulu, ils l'avaient annoncé. Oui, mais c'est aussi une manière de dire que ça y est, une page est tournée, et que cette loi rentre dans les faits, participe de cette évolution de la société. C'est un acte, vous savez, au fond, mettre en scène l'amour, personne ne peut s'en plaindre.

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, mais le contribuable paie des policiers pour sécuriser cet évènement.

MANUEL VALLS
Pourquoi ils le sécurisent ? C'est parce qu'il y a des menaces.

CHRISTOPHE BARBIER
Donc, cette nuit des veilleurs, devant la mairie, est-ce que c'est une vraie menace ?

MANUEL VALLS
Parce qu'il y a eu des menaces. Vous savez, quand des parlementaires de la majorité ou de l'opposition, qui avaient soutenu ce texte, ont été menacés, que, y compris les animateurs du mouvement contre le mariage pour tous, parce qu'ils prônaient l'union civile, ont été eux-mêmes menacés, menacés de mort, ils sont aujourd'hui protégés par les services de la police, moi je préfère être prudent, je ne doute pas que progressivement, ces mariages entre des hommes et des femmes, ça sera le cas aussi à Evry, entreront dans les faits et ne nécessiteront pas de moyens de police, mais moi je suis là pour assurer la protection des Français, de tous les Français.

CHRISTOPHE BARBIER
Interdirez-vous, ou non, le printemps français ou autres groupuscules identitaires ?

MANUEL VALLS
Mais je crois qu'il faut en tout cas s'interroger sur le rôle, le discours de haine de tous ces groupuscules. La loi, là aussi, ne permet pas toutes les décisions, il faut sans doute incriminer davantage, par la loi, le discours et les actes homophobes, nous y travaillons avec la garde des Sceaux et avec Najat VALLAUD-BELKACEM, qui est en charge de la lutte, aussi, contre les discriminations, j'aurais l'occasion de vous répondre plus précisément sur ce sujet-là, mais il n'y a pas de place dans la République, pour ces discours qui nous ramènent là encore à des sombres époques de notre pays, donc il faut être intraitable à l'égard de ceux qui non seulement défient les lois de la République mais qui tout simplement s'en prennent à nos valeurs.

CHRISTOPHE BARBIER
Et est-ce qu'il ne faut pas au contraire être dans l'indulgence, voire une forme d'amnistie, envers les manifestants ? 200 € d'amende, avec sursis, pour un manifestant anti-mariage, condamné hier. Est-ce qu'il ne faut pas passer l'éponge, en disant, voilà, le débat est derrière nous ?

MANUEL VALLS
Mais, on ne peut pas passer l'éponge à l'égard de ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre. Vous savez, je ne suis pas très favorable aux amnisties en général, quels qu'ils soient, ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre, ceux qui agissent avec violence.

CHRISTOPHE BARBIER
Et il n'y a pas deux poids, deux mesures, entre ceux du Trocadéro pour le PSG et ceux de la manif pour tous ?

MANUEL VALLS
Non, je crois que la justice s'applique de la manière la plus claire et la plus nette. Moi je suis cohérent dans mon discours, à chaque fois, dans les actes, la justice l'est bien évidemment aussi, ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre, qui dégradent des biens publics, doivent être sanctionnés.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mai 2013

Rechercher