Entretien de M. Kader Arif, ministre des anciens combattants, avec Canal Plus le 6 juin 2013, sur la politique gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Kader Arif, ministre des anciens combattants, avec Canal Plus le 6 juin 2013, sur la politique gouvernementale.

Personnalité, fonction : ARIF Kader.

FRANCE. Ministre des anciens combattants

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Juste après La Matinale, vous filerez vers les plages de Normandie ; on en parlera dans un instant. Mais d’abord, quand même un mot sur ce meurtre hier soir en plein Paris, un crime politique. Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que c’est une France qui est coupée en deux ? Est-ce que c’est le réveil des groupuscules ?

KADER ARIF
D’abord condamner. Condamner parce que c’est la remise de la valeur de la France, c'est-à-dire une démocratie qui vit de manière apaisée. Là, ça apparaît comme être un crime politique, quelqu'un qui s’était exprimé, qui militait contre les thèses d’extrême droite et qui semble avoir été assassiné, tué.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu’il faut les dissoudre ces groupuscules ?

KADER ARIF
C'est une question qui a toujours été posée. Je pense qu’il faut d’abord combattre ce type d’idées avant de penser à la dissolution de ces groupes. La meilleure manière de dissoudre, c'est que ces idées n’existent plus dans notre pays.

APOLLINE DE MALHERBE
Juste une question : Pierre BERGÉ sur Twitter a fait beaucoup parler de lui cette nuit parce qu’il fait le lien entre cette mort et les débats sur la manif pour tous. Est-ce qu’il y a des liens ?

KADER ARIF
Oui. Je crois qu’il y a une crainte, oui. Il y a des choses qui m’ont choqué, surpris, dans ce qu’ont été ces manifestations contre le mariage pour tous. Non seulement par des éléments violents qui se sont manifestés à plusieurs reprises, mais aussi par l’idée qu’on puisse remettre en cause ce qu’est un débat démocratique, un vote au sein d’une assemblée.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, ce climat des manifestations a pu dégénérer ? ça peut aussi avoir un lien avec ce qui s’est passé cette nuit ?

KADER ARIF
Écoutez, je n’aime pas l’évolution que l’on connaît depuis plusieurs semaines dans notre pays autour de ça. Je pense qu’il va falloir faire très attention, faire que la France ne soit pas divisée, retrouver une France apaisée, faire que le débat puisse avoir lieu. C'est indispensable. Chacun a le droit de penser ce qu’il souhaite, mais en même temps ne pas arriver à la violence. Je crois que c'est une image de la France qui serait abimée, écornée, et en tous cas c’est quelque chose qui n’irait pas dans le bon sens.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors parlons effectivement de ce que vous allez faire aujourd'hui. Vous allez aller commémorer le débarquement soixante-neuf ans après. Est-ce que c’est encore utile, soixante-neuf après, de faire ce genre de cérémonie ?

KADER ARIF
Plus qu’utile ! Je crois qu’on construit son avenir en se remémorant son passé. C'est important. Important parce que le 6 juin 1944, soixante-dix ans après – là, on est en la soixante-neuvième année mais l’an prochain, les soixante-dix ans – c’est quand même un monde qui se libère, un monde qui a lutté contre la barbarie nazie, douze pays qui vont se retrouver le 6 juin prochain en Normandie.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, c'est ce qui se passera dans un an. Dans un an ce seront effectivement les commémorations des soixante-dix ans et puis également le centième anniversaire du début de la guerre de 14. C'est des cérémonies qui seront majeures. Est-ce que le président de la République lui-même, est-ce que François HOLLANDE s’implique beaucoup sur ces commémorations à venir ?

KADER ARIF
Oui, totalement impliqué. Totalement impliqué. J’ai eu l’occasion de le voir il y a quelques jours justement, avec le Premier ministre et le ministre de la Défense, pour évoquer ce que va être ce cycle mémoriel, le centenaire de la Grande Guerre, les soixante-dix ans de la Seconde Guerre mondiale. Il y aura une implication de l’ensemble des membres du développement et bien entendu du président de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites que vous l’avez vu il y a quelques jours. Vous faites partie de ceux qui sont quand même les plus proches de François HOLLANDE depuis toujours, vous ne l’avez jamais lâché même à l’époque où l’on parlait de lui comme de « Monsieur 3 % » parce qu’il ne représentait rien dans les sondages. Est-ce qu’il vous manque ce François HOLLANDE-là ?

KADER ARIF
Non, il ne me manque pas. Il est à la place qui est la sienne. On a tout fait et il a tout fait pour être président de la République. Il est aujourd'hui en responsabilité, il a un cap, des objectifs, en particulier la lutte contre le chômage, retrouver aussi un pays qui puisse bâtir un avenir.

APOLLINE DE MALHERBE
Il a changé ?

KADER ARIF
Écoutez, la fonction amène forcément au changement mais l’homme, lui, n’a pas changé. C’est encore un homme qui est proche des autres, qui aime les autres et je crois que c’est…

APOLLINE DE MALHERBE
Il n’est pas plus dur aujourd'hui ?

KADER ARIF
Non. Dureté, ça veut dire quoi ? Dur, pourquoi ? Non, non. Il est dans sa responsabilité, quelqu'un qui prend les décisions qu’il faut prendre au moment où il faut les prendre, et en même temps dans une relation personnelle qui est une relation personnelle agréable.

ARIANE MASSENET
Est-ce que vous lui donnez une bonne note, si je puis dire, aujourd'hui ?

KADER ARIF
Il n’y a pas à noter. Moi, je crois honnêtement…

ARIANE MASSENET
Est-ce qu’il est conforme en tous cas à ce que vous attendiez de lui ?

KADER ARIF
Oui, il est conforme à ce que j’attendais de lui. C'est quelqu'un qui n’a pas menti lors de ce qu’a été la campagne électorale. « Jugez-moi à la fin de mon quinquennat ». Il a un cap dont il ne dévie pas, il a raison. Il a fait un choix qui est celui du sérieux budgétaire pour permettre à la France d’être avec une parole souveraine à l’échelle du globe. Il est en train de reconstruire, j’allais dire, cette France qui a été abimée pendant dix ans au travers de la justice sociale, de la justice fiscale, et en même temps avec la nécessité de retrouver de la croissance, la nécessité d’inverser la courbe du chômage comme il l’a exprimé.

APOLLINE DE MALHERBE
Il n’y a pas de déceptions ?

KADER ARIF
Non. Mais honnêtement, on vit dans un monde de l’urgence. La politique est quelque chose qui s’inscrit dans un temps long et il s’inscrit dans ce temps long. Que les gens apprennent qu’on ne récupère pas en un an ce qui a été détruit pendant dix ans. Donc voilà, ce temps long, le président…

ARIANE MASSENET
Mais pour bon nombre de Français, il y a urgence.

KADER ARIF
Oui, mais on a répondu à des urgences. On a oublié ce qui a été fait pendant un an. Quand on augmente de vingt-cinq pourcents la prime de rentrée scolaire, quand on crée des postes dans l’éducation nationale, quand on prend des initiatives sur les réformes fiscales pour aider les personnes les plus en difficulté, quand on prend les décisions sur les allocations familiales où on oublie de dire qu’on aide là les familles monoparentales, quand on permet l’accueil des jeunes dans les crèches, dans les écoles, et cætera, en particulier les familles les plus défavorisées, c’est des gestes qui vont dans le bon sens et c’est des gestes qui sont nourris par la justice sociale.

APOLLINE DE MALHERBE
Kader ARIF, il y a les anciens combattants dont vous vous occupez et puis il y a les nouveaux combattants, i y a les soldats d’aujourd'hui. Est-ce qu’il faut envoyer des soldats en Syrie ?

KADER ARIF
Écoutez, je crois que le président de la République s’est exprimé hier autour de ça. Il y a des éléments de preuves qui ont été donnés pour l’utilisation du gaz sarin. Il y a une conférence de Genève qui est prévue, la France s’est exprimée dès le début par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères en particulier sur l’inquiétude qui était la nôtre, le fait qu’on ne pouvait pas accepter ce qui est aujourd'hui le drame syrien. Il y a une solution à trouver. Les éléments de preuve qui ont été amenés ces derniers jours doivent amener l’ensemble des gens autour de la table à la conférence de Genève…

APOLLINE DE MALHERBE
Les États-Unis continuent à dire justement que cette ligne rouge n’est pas vraiment franchie. Ils disent qu’il faut plus de preuves, ils repoussent, ils cherchent un prétexte.

KADER ARIF
Écoutez, éviter la guerre. La guerre pour la guerre ne sert pas. Donc essayer à travers ces éléments-là de trouver une solution. La solution, on la connaît : c’est le départ de Bachar el-ASSAD de Syrie et une transition politique avec des gens aujourd'hui qui se battent pour la liberté.

APOLLINE DE MALHERBE
Cette conférence de Genève dont vous parliez, elle est repoussée. C'est un échec, ça, qu’elle soit repoussée d’un mois encore ?

KADER ARIF
Non, non, si ça doit faire évoluer les choses, il vaut mieux prendre un petit peu de temps et faire que les évolutions aillent dans le bon sens.

ARIANE MASSENET
On va passer au normal/pas normal, Kader ARIF. Une proposition de loi qui a été déposée ce matin par Éric CIOTTI pour un nouveau code de bonne conduite des religions sur les lieux de travail, normal/pas normal ?

KADER ARIF
Pas normal.

ARIANE MASSENET
Pas normal ?

APOLLINE DE MALHERBE
Vous, vous êtes contre l’idée qu’il faille y avoir des règles par exemple sur le voile quand on travaille, sur ce genre de choses ? Il ne faut pas légiférer ? Ça reste du domaine privé ?

KADER ARIF
Non. Je crois qu’il y a quelque chose qui est vraiment une spécificité française sur laquelle il faut continuer à se battre : c’est le fait que nous soyons une république laïque. La laïcité, elle permet à chacun de croire et en même temps elle protège l’ensemble. Respectons ça. Mais la loi pour la loi, c’est aussi la possibilité de donner, j’allais dire, des gestes qui en fait apparaissent comme des gestes d’exclusion. Donc il faut veiller plutôt à la concertation, au dialogue, plutôt que d’exclure.

APOLLINE DE MALHERBE
Manuel VALLS qui se compare à Superman et Spider-Man, est-ce que c’est normal ou pas normal ?

KADER ARIF
Écoutez, je ne sais pas. Je n’ai pas à commenter là-dessus. Manuel est un ami, donc voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
C’est Superman ?

KADER ARIF
Mais écoutez, je ne sais pas mais c'est un très bon ministre de l’Intérieur.

ARIANE MASSENET
Un loyer de six millions pour la BPI, la Banque Publique d'Investissement, boulevard Haussmann, est-ce que c’est normal ?

KADER ARIF
Pas normal.

APOLLINE DE MALHERBE
Et une journaliste italienne qui accuse Dominique STRAUSS-KAHN d’agression sexuelle, est-ce que c’est normal ou pas normal ?

KADER ARIF
Écoutez, je ne commente pas. Ça a tellement été commenté.

APOLLINE DE MALHERBE
Il ne fait plus partie de la vie politique de toute façon.

KADER ARIF
Non, absolument pas.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juin 2013

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