Interview de M. Frédéric Cuvillier, ministre des transports, de la mer et de la pêche, à RTL le 11 juin 2013, sur la grève des contrôleurs aériens contre le projet européen de libéralisation du transport aérien, celle des cheminots contre le projet de loi de réforme ferroviaire et l'annonce d'un plan social chez Michelin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Frédéric Cuvillier, ministre des transports, de la mer et de la pêche, à RTL le 11 juin 2013, sur la grève des contrôleurs aériens contre le projet européen de libéralisation du transport aérien, celle des cheminots contre le projet de loi de réforme ferroviaire et l'annonce d'un plan social chez Michelin.

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des transports, de la mer et de la pêche;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
Un mot d'ordre de grève des contrôleurs aériens perturbe le ciel français depuis ce matin, jusqu'à jeudi, un vol sur deux, dit-on, vous le confirmez ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui, ce sont des prévisions qui sont aujourd'hui affichées par la DGAC, Direction de l'aviation civile.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi les contrôleurs aériens sont-ils en grève ?

FREDERIC CUVILLIER
Pour la plupart des mouvements syndicaux, ce sont des revendications de dimension européenne. Il y a un projet de la commission et des commissaires KALLAS, de séparation des fonctions, de régulation, de contrôle, qui sont de nature à remettre en cause ce qui fait notre particularisme et surtout notre efficacité dans l'aérien, et qui est vivement contesté par les syndicats.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous soutenez la directive européenne…

FREDERIC CUVILLIER
Non, pas du tout.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le projet de directive… Non, vous le combattez.

FREDERIC CUVILLIER
J'avais hier un Conseil des ministres à Luxembourg, et avec mon homologue allemand, Peter RAMSAUER, nous avons remis un mémorandum au commissaire KALLAS, pour lui demander de sursoir à ce type de libéralisation. Pourquoi ? Parce que d'abord la volonté de créer un ciel unique européen est une finalité intéressante, que la France a initié d'ailleurs, mais pour autant, il faut que les choses se fassent dans le respect de l'organisation nationale, notamment de notre histoire de l'aviation civile, la DGAC, et par ailleurs, il faut donner du temps. La dernière réforme est de 2009, et dans le domaine de l'aérien, cette superposition de réformes, sous cette forme de harcèlement réglementaire, ne peut pas correspondre à la réalité du secteur lui-même, qui a besoin de temps pour s'adapter.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plusieurs pays européens connaissent la même situation de…

FREDERIC CUVILLIER
Oui, tout-à-fait.

JEAN-MICHEL APHATIE
… de grève, et donc on verra si la Commission y est sensible, ou pas.

FREDERIC CUVILLIER
Je l'espère.

JEAN-MICHEL APHATIE
Grève aussi demain à la SN… oui, demain, c'est ça, à la SNCF. Alors là, c'est différent, les cheminots veulent protester contre un projet de loi que vous avez présenté il y a 15 jours, Frédéric CUVILLIER…

FREDERIC CUVILLIER
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
…qui réorganise le secteur ferroviaire.

FREDERIC CUVILLIER
Les cheminots ne sont pas contre la réforme du ferroviaire, d'ailleurs, depuis un an…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, ils sont contre celle que vous présentez.

FREDERIC CUVILLIER
Depuis un an je rencontre l'ensemble des organisations syndicales, ce qu'ils souhaitent, c'est un certain nombre de garanties, et les garanties je les leur donne, notamment sur la nécessité d'une réforme d'une efficacité du secteur ferroviaire. Pourquoi ? Parce que depuis 97, un certain nombre de fonctions ont été séparées, notamment la gestion de l'infrastructure des rails et puis la fonction du transport, le matériel roulant. Eh bien nous, nous souhaitons un groupe public, un groupe ferroviaire public, qui permette d'être plus efficace. Vous savez que j'ai…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est compliqué tout ça, mais…

FREDERIC CUVILLIER
Oui, c'est peut-être compliqué, mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que ça mérite une grève, d'après vous ?

FREDERIC CUVILLIER
C'est important…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous la trouvez justifiée, cette grève ?

FREDERIC CUVILLIER
C'est important que les cheminots se sentent concernés par le devenir…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils sont concernés, mais est-ce que la grève est justifiée ?

FREDERIC CUVILLIER
Bien sûr, ils sont concernés, parce qu'ils savent que si nous ne faisons rien, je système ferroviaire, qui est lesté de 32 milliards de dette, avec une dette automatique chaque année, qui s'accroit de l'ordre de 1,5 à 2 milliards, sans rien faire, eh bien c'est une situation dont on ne peut s'accommoder, et donc nous sommes, de ce point de vue, avec eux et ils sont avec nous sur la nécessité de réformer et surtout d'optimiser. C'est une vitrine française.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous ne me répondez pas. Est-ce que vous trouvez, la grève, tout de même, elle vous surprend, elle vous dérange, vous la trouvez injuste ?

FREDERIC CUVILLIER
J'aurais préféré qu'il n'y ait pas ce mouvement de grève, bien évidemment, mais pour autant je me suis transporté à Marseille, à la gare de Marseille, à la gare de Bordeaux, j'ai rencontré des cheminots, j'en ai rencontré une trentaine de toute la France pour discuter de cette réforme. C'est une réforme qui sera l'objet de discussions, d'échanges. Le projet de loi n'est pas encore écrit, il sera déposé, ce qui est important c'est l'objectif qui est le nôtre, et la finalité, c'est-à-dire de répondre à l'attente des Françaises et des Français, de régularité, d'efficacité du transport et notamment du transport ferroviaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Beaucoup de trains vont circuler demain ?

FREDERIC CUVILLIER
Aujourd'hui, à cet instant, je n'ai pas la prévision, j'espère que nous aurons de l'ordre de un TGV sur deux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un TGV sur deux. MICHELIN va licencier 700 personnes sur son site de Joué-lès-Tours, qui fabrique des pneus pour les poids lourds, MICHELIN gagnait plus de 2 milliards d'euros l'année dernière. Est-ce que l'on est face à un licenciement boursier, Frédéric CUVILLIER ?

FREDERIC CUVILLIER
Nous sommes, avec cette annonce de MICHELIN, face à une stratégie de groupe plus générale, puisqu'il y a à la fois Joué-lès-Tours, mais également la Roche-sur-Yon et des perspectives d'investissements et de modernisation de l'outil industriel qui a été annoncé. Ce que je sais, c'est que le gouvernement, et particulièrement Arnaud MONTEBOURG, sera extrêmement attentif à ce que, ce qui a été indiqué par MICHELIN, c'est-à-dire l'accompagnement, l'absence de licenciements secs et la réalité humaine, sociale…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le gouvernement est toujours attentif à ces situations…

FREDERIC CUVILLIER
Oui, mais plus qu'attentif, parce qu'il y a des engagements qui ont été mis sur la table. Il y a 800…

JEAN-MICHEL APHATIE
MICHELIN gagne de l'argent et licencie. Ça vous choque ou pas ?

FREDERIC CUVILLIER
Il y a 800 millions d'investissements dans le matériel industriel, productif, qui a été promis par MICHELIN, pour conforter…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il gagne de l'argent et il licencie, ça vous choque ou pas ?

FREDERIC CUVILLIER
Il n'y a pas de départs secs, il y a une stratégie industrielle avec de l'investissement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne qualifieriez pas ça de licenciement boursier ?

FREDERIC CUVILLIER
Et aujourd'hui, les engagements sociaux, qui sont pris par MICHELIN, doivent être respectés, c'est l'enjeu et le rôle du gouvernement que d'être attentifs à ce que les engagements pris par MICHELIN soient respectés.

JEAN-MICHEL APHATIE
On nous disait pendant la campagne électorale : une entreprise qui gagne de l'argent et qui licencie, c'est ça un licenciement boursier.

FREDERIC CUVILLIER
En l'occurrence, il y a des suppressions de postes, il y a des… mais il n'y a pas de licenciement sec à ma connaissance. Il y a un plan d'investissements, de redéploiement de l'appareil industriel, et pour autant, il est important, puisque MICHELIN s'y est engagé, à ce qu'il y ait l'accompagnement des 350 personnes à 700 personnes, qui seront concernées.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous l'avez dit, vous y serez attentif.

FREDERIC CUVILLIER
Très attentif.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le comité chargé de verdir la fiscalité, veut réduire dès l'année prochaine, la différence fiscale entre le diesel et l'essence. Alors, le ministre des Transports routiers en dit quoi ?

FREDERIC CUVILLIER
Il dit que demain les conclusions seront adoptées par le comité chargé de la réflexion autour de la fiscalité environnementale, qu'un rapport sera remis au Premier ministre, et que puisque ce rapport…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c'est la mécanique, mais vous, vous en dites quoi ?

FREDERIC CUVILLIER
Ce n'est pas… écoutez, je ne peux pas commenter un rapport qui n'a pas encore été remis au Premier ministre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais je lis les dépêches, voyez…

FREDERIC CUVILLIER
Oui, mais vous êtes très, très bien informé, simplement il y a un temps…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous, vous avez dû les voir, aussi.

FREDERIC CUVILLIER
Il y a un temps pour la réflexion, il y a un temps pour la proposition et il y a un temps pour le choix politique qui appartient au Premier ministre, et donc laisse cette séquence se faire, il est normal que nous ayons cette ambition. Et puis par ailleurs, puisque vous m'interpelez sur le sujet, la fiscalité écologique, la première qui a été mise en place, c'est par ce gouvernement, et c'est dans le cadre de l'écotaxe poids lourds qui nous avait été laissée, héritée du précédent gouvernement, qui depuis trois ans l'annonçait sans avoir le courage de le faire. Nous l'avons fait, dans la discussion, avec l'ensemble des acteurs du transport.

JEAN-MICHEL APHATIE
On vous sollicitera donc demain, quand le rapport sera rendu sur le rapprochement de la fiscalité de l'essence et du diesel. Rapidement, vous serez tout à l'heure à l'hommage rendu à Pierre MAUROY aux Invalides ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui, bien sûr. D'abord parce que Pierre MAUROY est une grande figure, je suis de cette région, le Nord-Pas-de-Calais, c'est une figure emblématique du combat ouvrier et d'une région, d'une fierté d'une région, de combats pour les acquis sociaux, des grandes mesures, la 5ème semaine des congés payés, les lois Auroux, la décentralisation, et puis au-delà de cela, un grand personnage de l'histoire, d'une pensée politique, le socialisme français.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2013

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