Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la résistance pendant la deuxième guerre mondiale et les villages de "Justes parmi les nations", Chambon sur Lignon le 3 juin 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la résistance pendant la deuxième guerre mondiale et les villages de "Justes parmi les nations", Chambon sur Lignon le 3 juin 2013.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative

Circonstances : Inauguration d'un lieu de mémoire au Chambon sur Lignon (Maine et Loire) le 3 juin 2013

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Au nom du Président de la République et de l’ensemble du Gouvernement, j’ai l’honneur de saluer à vos côtés l’ouverture de la Maison des enfants cachés et des Justes, lieu de mémoire, d’histoire et d’éducation qui rend hommage au village du Chambon-sur-Lignon.

Ce village, le seul en France à être honoré, en tant que village, du titre de "Juste parmi les nations", s’est distingué, au cours du second conflit mondial, par la générosité et le courage collectifs de ses milliers d’habitants.

De tous milieux, de toute confession, les habitants du Chambon et du Plateau se sont organisés et se sont mis en danger pour protéger des enfants juifs venus trouver ici un abri les mettant à l’écart de la barbarie qui déferlait alors sur l’Europe et sur la France, et dont ils étaient les premières cibles. J’ai d’ailleurs apprécié la déclaration de ce pasteur à la question "s’il y avait des juifs", a répondu qu’il ne voyait que des hommes.

L’engagement des hommes et des femmes d’ici ne s’est pas improvisé ; il ne venait pas de nulle part. Il s’est construit à partir d’une longue tradition d’accueil et d’asile. Il s’est fondé sur la mémoire des anciens conflits qui ont marqué notre société, lors des oppositions entre catholiques et protestants, ces conflits dont on oublie qu’ils ont ensanglanté longtemps notre pays.

Tout au long des premières années du XXe siècle, les gens du Chambon ont reçu des enfants : ceux des ouvriers des grandes villes, ceux des républicains espagnols...

J’y vois un message que nous devons porter toujours et partout : la solidarité, l’assistance apportée à ceux qui en ont besoin, ce n’est pas, ou pas seulement, une affaire d’exception.

Nous ne devons pas attendre que l’apocalypse s’abatte sur nous pour aider les plus vulnérables. Ce n’est que si nous sommes, au plus profond de nous-mêmes, disposés à porter secours chaque fois que l’occasion se présente, que nous pourrons être "à la hauteur de l’histoire" lorsqu’elle prend un tour tragique.

Pour nous aider à être à la hauteur de l’histoire, nous devons, bien entendu, nous souvenir de ceux qui l’ont été.

C’est le sens de la création de ce nouveau lieu de mémoire, qui honorera le souvenir du village tout entier, d’un village qui constitue un exemple remarquable de la Résistance civile.

Cultiver la mémoire, ce n’est pas seulement commémorer, s’émouvoir en pensant au passé. C’est aussi et surtout transmettre un récit qui, en montrant comment des valeurs ont inspiré des actions remarquables, fait vivre en nos cœurs ces valeurs.

Souvent dans nos lieux de mémoire, nous évoquons le côté obscur de l’histoire, les drames et les manquements, mais il est aussi hautement important de rappeler ces héros du quotidien qui ont eu à cœur de faire vivre en toute simplicité les principes fondateurs de notre idéal républicain. En ces heures tragiques, en n’acceptant pas le préjugé, la distinction entre les hommes, et plus encore les enfants, en raison de leur origine ou de leur religion, ils ont, avec d’autres anonymes, sauvé l’honneur du peuple de ce pays.

Se souvenir des noms des héros n’est pas une fin en soi, mais ce doit être le point de départ d’une méditation, d’une réflexion sur les valeurs qui les ont poussés à agir et sur les conditions dans lesquelles leur action s’est accomplie.

Souhaitons que l’exemple du Chambon soit profitable pour les enfants d'autres pays, qui souffrent parfois pour ce qu’ils sont au lieu de ce qu’ils font, afin qu’ils bénéficient de la protection de tous les adultes.

Pour que la mémoire ne soit pas seulement un culte du passé, il faut qu’elle soit articulée à l’histoire, qui est l’examen et le questionnement sur ce dont nous avons gardé la mémoire.

C’est pourquoi je salue votre choix de faire de cette maison un lieu de mémoire et d’histoire.

En tant que ministre déléguée auprès du ministre de l’éducation nationale, je ne peux qu’être sensible à la dimension pédagogique du projet qui se réalise aujourd’hui.

Le rôle de l’École, c’est de transmettre les valeurs qui fondent notre pacte républicain, des valeurs qui nous sont communes à tous, comme la dignité, l’égalité, la solidarité, la laïcité, l’esprit de justice, le respect et l’absence de toutes formes de discrimination. Cet enseignement ne saurait demeurer simplement théorique. Il est donc particulièrement significatif de pouvoir le transmettre par l’exemple et celui incarné par ce village s’avère éminemment éclairant.

Le rôle de l’école c’est aussi de donner aux générations qui viennent les outils pour écrire leur propre histoire, pour qu’ils puissent se réapproprier activement la mémoire dont ils héritent.

C’est pourquoi l’éducation doit prendre appui sur les lieux de mémoire, qui sont autant d’occasion pour les enseignants de faire réfléchir les élèves.

Mais c’est aussi pourquoi la fréquentation de ces lieux de mémoire doit toujours être tournée vers le savoir, l’étude, l’École, et ne pas s’en tenir à la commémoration et à l’émotion.

L’École n’est pas seulement le lieu de transmission de certaines valeurs. Elle est aussi le lieu où les consciences apprennent à s’interroger, à questionner les valeurs qui ont cours, à découvrir les notions de devoir et de liberté, de résistance à l’oppression et à l’injustice.

Et ce n’est sans doute pas un hasard si l’un des personnages éminents de l’histoire du Chambon était le directeur de son école publique, Roger Darcissac.

(Il est toujours délicat de désigner un homme au sein d’un collectif héroïque, mais disons que j’y suis, en l’occurrence, autorisée par mes attributions ministérielles).

Les hommes et les femmes qui font l’école sont sans doute parmi ceux qui sont amenés à traduire en acte les valeurs sur lesquelles ils invitent leurs élèves à réfléchir et donc à faire preuve de courage. Et je veux ici rendre hommage à tous ces enseignants français qui, dans le secret, ont protégé tant d’enfants sous l’occupation.

J’ai d’ailleurs appris que c’était la famille de Monsieur Darcissac qui avait remis à votre commune une part importante du fonds qui permettra de faire vivre la mémoire de ce lieu, avec notamment de nombreuses photographies et films, qui sont autant de moments de vie qui ressurgissent du fond de ces temps sombres.

C’est le signe que la volonté d’être témoin, de transmettre ce que l’on a vu et ce que l’on a fait habitait cet homme, éminemment digne des valeurs de l’éducation nationale.

Je souhaite à cette nouvelle institution la reconnaissance qu’elle mérite.

Je ne doute pas qu’elle sera visitée par de très nombreux groupes scolaires, qui y seront bouleversés par l’histoire de ces enfants et émus (à la fois touchés et mis en mouvement) par la grandeur de ces hommes et de ces femmes.

Je forme enfin le vœu que cette émotion soit, pour chacun, le point de départ d’une authentique réflexion sur le courage et la solidarité et qu’elle leur donne la force demain de lutter pour faire toujours et avant tout, vivre les valeurs de la République qui nous rassemblent tous.


Source http://www.education.gouv.fr, le 12 juin 2013

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