Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur les grandes orientations de la politique de la sécurité, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or le 24 juin 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur les grandes orientations de la politique de la sécurité, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or le 24 juin 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Cérémonie de fin de scolarité de la 63ème promotion de commissaires de police, à l'Ecole nationale surpérieure de police, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or (Rhône) le 24 juin 2013

ti : Monsieur le Ministre de l'Intérieur,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Messieurs les Directeurs généraux de la Police nationale et de la gendarmerie,
Mesdames et Messieurs les Commissaires de police,
Madame la Directrice de l'Ecole nationale,


Je sais que cette cérémonie marque une étape importante dans votre carrière professionnelle, mais c'est aussi une étape nouvelle dans votre vie personnelle et dans votre vie de famille. C'est une belle cérémonie à laquelle j'ai l'honneur d'assister aujourd'hui.

Je tenais à être présent parmi vous en effet pour vous féliciter, vous féliciter de votre réussite et pour saluer la prise de fonctions maintenant toute proche, de cette 63e promotion de commissaires de police.

Je suis également venu vous rappeler l'importance que j'attache aux questions de sécurité. Car la sécurité publique est l'un des fondements de notre vie en société. Elle est au cœur de notre pacte républicain. Sans elle, rien ne se construit durablement et aucun équilibre collectif ne peut être atteint. C'est un des piliers de notre cohésion nationale.

Oui, la sécurité est une priorité du gouvernement et les nombreux chantiers engagés depuis un an en témoignent. Les Français attendent beaucoup de nous, en particulier pour améliorer la sécurité au quotidien. Cette attente forte doit être entendue, elle doit être honorée.

Les premières mesures que nous avons prises correspondent aux engagements du président de la République. Elles s'appuient sur le diagnostic que nous avons réalisé en arrivant aux responsabilités de l'Etat. Elles prennent en compte les observations et les analyses des forces de sécurité mais aussi les messages portés par les élus ou encore les propositions des organisations syndicales.

Vous le savez, le gouvernement a engagé le chantier du redressement de nos comptes publics. Ce redressement est indispensable. C'est notre souveraineté, notre indépendance qui se jouent là. Mais en même temps, gouverner c'est aussi choisir et donc choisir des priorités et parmi les priorités, il y a la sécurité, ce qui explique que les budgets de la sécurité sont préservés. Car les tâches que l'on vous demande d'accomplir sont toujours plus nombreuses mais aussi plus complexes. Le gouvernement a donc immédiatement mis fin à la réduction des moyens de la police et de la gendarmerie. Cette décision fut essentielle. La question de la présence policière est au cœur des préoccupations de nos concitoyens et vous, les policiers, vous le savez, qui êtes en première ligne, mieux que quiconque.

Que veulent-ils dans leur grande majorité ? Ils veulent voir davantage de policiers et de gendarmes en mission de surveillance sur la voie publique, mais ils veulent pouvoir compter sur une réponse et une intervention rapides notamment quand ils composent le 17. Ils veulent aussi bien sûr une plus grande efficacité dans la conduite des enquêtes, une meilleure prise en compte des victimes et une lutte affirmée contre la récidive.

Sans cette décision prise à l'été 2012, police et gendarmerie auraient perdu 3.415 agents supplémentaires, du fait du non remplacement des départs en retraite et qui s'appliquait aussi à la police nationale et à la gendarmerie. Cela aurait porté à près de 13.500, le nombre d'emplois de policiers et de gendarmes supprimés depuis 2008. Non seulement cette hémorragie a été stoppée, mais ce sont au contraire 500 recrutements supplémentaires par an qui ont été engagés. C'est là notre première réponse à la demande des Français. Ils en ressentent peu à peu les effets sur le terrain.

Les décisions que nous avons prises, sur la proposition du ministre de l'intérieur, concernent aussi les méthodes de travail et la conception de nos politiques de sécurité. Car ce qui doit prévaloir, c'est la recherche de l'efficacité.

Mesdames et Messieurs les Commissaires, c'est ce que vous avez appris aussi pendant votre formation.

Y a-t-il une seule région de France, en métropole ou dans les outre-mer, où les gens soient totalement satisfaits du niveau de sécurité atteint au cours des dix dernières années ? Il y a eu des discours parfois d'autosatisfaction, c'est vrai, mais de la part des élus locaux, des maires en premier lieu, de la part des habitants, la perception de la réalité est souvent différente. Cette réalité, c'est notre devoir, c'est de la regarder en face et agir en conséquence.

Garantir la sécurité publique, travailler au service de nos concitoyens, leur assurer des conditions d'existence paisibles et sûres, tels sont les objectifs qui doivent vous guider. Ces objectifs seront atteints avec des moyens adaptés, mais aussi avec des méthodes rénovées, capables de produire des effets concrets.

Avec Manuel VALLS, le ministre de l'Intérieur, nous savons bien qu'il ne suffit pas d'augmenter les effectifs même si cela est évidemment nécessaire. Il faut aussi adapter les méthodes. C'est le sens des zones de sécurité prioritaires qui ont été mises en œuvre. Elles sont au plus près des réalités locales. A l'inverse de plans d'action conçus au niveau national, applicables de manière uniforme à toute situation et en tout point du territoire qui ont montré ces dernières années leurs limites, la nouvelle démarche que le gouvernement a engagée repose sur un triple constat. Le premier : en matière de sécurité, il faut dresser des diagnostics précis, ville par ville, quartier par quartier, village par village, au plus près des attentes et des besoins des habitants. La deuxième condition, c'est que les réponses policières ne sont pas les seules réponses efficaces ; tous les leviers doivent être actionnés depuis la prévention jusqu'à la répression, c'est-à-dire jusqu'à la sanction judiciaire. Et puis le troisième élément, ce qui est efficace, c'est de conjuguer les efforts de tous ceux qui contribuent à la sécurité publique ou à la prévention des infractions et des délits. C'est d'abord le rôle renforcé des forces de police et de gendarmerie, mais c'est aussi celui des élus, des associations, des bailleurs sociaux, des responsables locaux de l'Education nationale, des transporteurs. Et c'est bien sûr le rôle de l'autorité judiciaire.

Il n'est pas de combat contre l'insécurité qui se gagne seul ! C'est ce que montrent les premiers résultats des zones de sécurité prioritaires – elles seront 64 à l'automne. La mobilisation de tous les acteurs permet de faire émerger des solutions adaptées au terrain. Et au-delà des opérations de police, je pense aux investigations spécialisées de la police judiciaire ou des GIR, aux travaux d'aménagement urbain, aux actions en matière de logement, aux politiques contre le décrochage scolaire, aux mesures de protection des transports publics ou encore à la mise en œuvre d'une vidéo protectrice (sic) pertinente. Les résultats sont là pour nous convaincre que c'est le bon chemin, que c'est la bonne méthode.

L'objectif, c'est de rétablir des situations dégradées, d'ailleurs parfois depuis fort longtemps. L'objectif, c'est de rétablir la confiance de nos concitoyens. Mais l'état d'esprit qui anime ces zones doit s'imposer partout, c'est une bonne méthode et si elle produit des effets positifs, il faudra l'élargir sur tout le territoire national et cela dans la durée.

Le temps est venu de la mobilisation de tous, services de l'État, élus locaux, opérateurs publics, associations, tous orientés vers un objectif commun, la sécurité de nos concitoyens.

C'est dans cet esprit qu'une nouvelle stratégie de prévention de la délinquance vient d'être élaborée. Elle sera mise en œuvre dans tous les départements, et déclinée sous forme de partenariats locaux. Les élus, à commencer par les maires, les maires qui connaissent le mieux la population, qui connaissent bien la réalité et la diversité du terrain, devront également y trouver toute leur place, car ils sont avec vous en première ligne sur les questions de sécurité et d'ordre public. C'est vers eux souvent que la population se tourne en premier lieu.

Les priorités que nous avons définies sont claires et elles sont indiscutables : c'est la prévention de la délinquance des jeunes, la prévention des violences faites aux femmes et des violences intrafamiliales et c'est la préservation de la tranquillité publique et la lutte contre la petite délinquance. Ces objectifs sont au cœur des préoccupations de nos concitoyens.

Mais comment répondre à ces préoccupations si les statistiques sur la délinquance sont partielles ou ne reposent pas sur des données fiables ? Je le dis en présence des directeurs généraux de la police et de la gendarmerie nationales : à la politique dite du chiffre doit se substituer une politique de l'efficacité, fondée sur la qualité du service rendu à nos concitoyens.

Mais je veux lever toute ambiguïté : je ne dis pas que les statistiques sur le niveau de délinquance constaté ou sur les résultats des services de sécurité sont sans intérêt. Je vais même vous dire le contraire. Je vous demande de tenir des statistiques pour mesurer exactement la réalité. Ces statistiques doivent être incontestables. Mais ces statistiques doivent rendre compte de la réalité vécue par les Français, de la manière la plus fidèle. Elles doivent vous permettre d'orienter le travail de vos équipes et de développer les partenariats nécessaires. Vous aurez donc besoin d'indicateurs incontestés, qui témoigneront, en toute transparence, de votre efficacité.

Au niveau national, un nouveau service de statistiques est en cours de construction. Il sera indépendant. Les statistiques relatives à la sécurité répondront désormais à des normes reconnues, garanties par le déploiement de nouveaux logiciels dans les services de police et de gendarmerie. Elles seront validées par l'autorité de la statistique publique et elles constitueront enfin des bases d'évaluation et de travail sincères, pertinentes et utiles.

Et pour gagner encore en efficacité, un deuxième chantier, techniquement plus complexe, a également été engagé. Il faut des statistiques qui embrassent tout le continuum police/justice, depuis le moment où l'infraction est commise jusqu'à l'exécution de la peine.

La sécurité des Français, c'est aussi la sécurité au sens large. Je pense en particulier à la menace terroriste, qui reste à un niveau élevé. La France doit maintenir une grande vigilance et de puissantes capacités policières d'anticipation et d'action.

En 2008, les services de renseignement du ministère de l'Intérieur ont été profondément réformés. Je voudrais saluer aujourd'hui les services de la DCRI et de l'information générale ; ils font un travail difficile.

J'ai donné mon accord au ministre de l'Intérieur pour la création d'une direction générale de la sécurité intérieure, qui ne soit pas simplement une façon de rebaptiser la DCRI. La nouvelle direction pourra compter sur des moyens plus adaptés à ses missions et à ses priorités. Le Livre blanc sur la Défense a d'ailleurs indiqué quels sont ces nouveaux risques et ces nouveaux dangers auxquels il faut répondre pleinement.

J'ai également demandé à Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, dès la constitution du gouvernement, d'évaluer les dispositifs mis en place dans le cadre de l'information générale parce que l'autorité politique et administrative a besoin de disposer d'informations précises et anticipées. L'évaluation de l'efficacité de ces dispositifs a permis de conduire à un nécessaire changement. Parce que le constat actuel, c'est que l'information générale ne dispose pas de tous les moyens nécessaires pour assurer l'ensemble de ses missions. Je voudrais saluer les policiers et les gendarmes qui œuvrent à ces missions sensibles. Le ministre de l'Intérieur m'a proposé de créer un nouveau Service central du renseignement territorial. Je lui ai donné mon accord et lui ai demandé de mettre rapidement en œuvre cette réforme.

Ce qui guide notre action, en toutes circonstances, je le répète, c'est la recherche de l'efficacité. L'organisation, les moyens, les méthodes, tout cela compte beaucoup pour une police efficace. Mais il n'est pas de police efficace sans une relation de confiance avec la population. Je parle des relations avec la population des habitants de tous les quartiers de France, avec ceux qui ont besoin de la police et de son engagement quotidien. La défiance, quand elle existe, doit céder le pas à des relations apaisées.

Cette volonté de normaliser les relations entre la police et les citoyens, je la revendique aussi. Un certain nombre de mesures ont été adoptées pour qu'elle se traduise dans les faits. Elles vont dans le bon sens. Je pense à l'adaptation de la formation professionnelle, à l'affermissement de l'encadrement hiérarchique, à la mise en application d'une nouvelle charte de déontologie ou encore à l'amélioration de l'identification des agents. Je pense aussi au rapprochement entre l'Inspection Générale de la Police Nationale et l'Inspection Générale des Services, qui sera un progrès important.

Et puis il y a la relation de confiance qui se renoue entre les forces de sécurité intérieure et l'autorité judiciaire. Elle est déterminante, pour nous permettre d'atteindre notre objectif commun : faire reculer la délinquance partout, lutter contre toutes les formes de trafics, quelles que soient ces formes de trafics y compris l'économie souterraine et il y a déjà des résultats et je voudrais saluer ceux qui y ont contribué.

Je me félicite en tout cas des relations qui prévalent entre la Garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur, je sais pouvoir compter sur eux deux pour que la sécurité et la justice avancent d'un même pas.

Mesdames et Messieurs les Commissaires de police, dans quelques jours, vous serez des chefs de service. Vous aurez la responsabilité de veiller à la sécurité de nos concitoyens et vous aurez aussi la responsabilité de diriger vos collaborateurs, officiers, gardiens de la paix et gradés, personnels administratifs. Ce sont des femmes et des hommes qui ont choisi le même métier que vous : un métier singulier par son engagement, un métier qui est un choix de vie, un métier au cœur de ce que nos sociétés peuvent produire de meilleur et de pire. Vos engagerez parfois votre vie, parfois aussi celle des autres. Cela doit vous conduire à mesurer les responsabilités qui seront les vôtres.

Je viens de m'entretenir, avant cette cérémonie, avec des policiers et gendarmes, pour évoquer leurs conditions d'exercice. J'ai conscience de la difficulté de votre tâche.

Le 26 février dernier, je présidais à la Préfecture de police l'hommage national rendu à deux de vos collègues, le capitaine Cyril Genest et le lieutenant Boris Voelkel, tués dans l'accomplissement de leur mission. L'immense douleur de leur conjoint, de leurs enfants, de leurs parents, de leurs proches, de leurs collègues est encore dans ma mémoire. Je salue les policiers et gendarmes morts en service, ceux qui sont marqués aussi à vie dans leur chair, et tous ceux qui ont été atteints dans l'exercice de leur mission. Ils ont la reconnaissance de la Nation tout entière.

Je sais que vous en avez conscience, les Français attendent beaucoup de vous. Soyez offensifs, soyez innovants, soyez ouverts aux autres et soyez d'une détermination sans faille. Appuyez-vous sur la richesse de vos collaborateurs, soyez à leur écoute. Soyez exemplaires ! C'est sur cette qualité que reposera votre autorité et votre réussite professionnelle.

Vous avez reçu une formation de grande valeur dans cette école. Et la nouvelle organisation mise en œuvre depuis le début de l'année permettra d'en accroître encore la qualité. Car votre école fédère désormais la formation des commissaires et celle des officiers de police. Sans méconnaitre l'ordonnancement des corps, qui a prouvé son efficacité au sein de la police nationale, je crois que c'est une mise en cohérence nécessaire.

Il y a aussi un point fort que je veux souligner : c'est la diversité de vos parcours qui vous ont conduit à vouloir exercer cette mission. La police nationale en a besoin. C'est cette richesse humaine, cette diversité, qui lui permettent de faire corps avec la société. Et je veux saluer votre major de promotion, Céline Cance, qui a suivi la classe préparatoire intégrée. Je tiens à la féliciter de son succès. Je salue notre voisin de la Principauté d'Andorre, qui a suivi la même formation que vous. Je salue la présence du ministre de l'Intérieur d'Andorre ici présent aujourd'hui mais je salue aussi les consuls généraux qui ont tenu à assister à la remise de diplôme aux seize stagiaires étrangers de différentes nations qui coopèrent avec la France et que l'ENSP a accueillis comme chaque année. Votre présence à vos côtés (sic) et la diversité des pays qu'ils représentent illustrent l'impérieuse nécessité de la coopération internationale en matière de police. C'est indispensable, pour lutter contre des phénomènes qui s'affranchissent de plus en plus des frontières.

Mesdames et Messieurs, vous avez choisi de donner le beau nom d'Albert Camus à votre promotion. C'est le choix de l'humanisme, c'est le choix de la rigueur et de l'honnêteté intellectuelle, c'est aussi le choix de la résistance à toutes les formes de totalitarisme et d'extrémisme. J'y souscris pleinement et je salue ce choix.

Relisons ensemble cette phrase d'Albert Camus, dans "Les Justes" : "J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre". Que cette citation vous accompagne et vous guide dans votre action, dans la noble mission que vous avez choisie. Vous serez fiers à juste titre d'exercer cette responsabilité dans la police nationale, dans la police républicaine et vous aurez ainsi servi la France.


Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 26 juin 2013

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