Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 26 juin 2013, sur le projet de loi de refondation de l'école et la création de 60 000 postes d'enseignants en cinq ans. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 26 juin 2013, sur le projet de loi de refondation de l'école et la création de 60 000 postes d'enseignants en cinq ans.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

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BRUCE TOUSSAINT
C’était hier soir : le Parlement a définitivement adopté le projet de loi de refondation de l’école qui prévoit, entre autres, la création de soixante mille postes en cinq ans. On va en parler dans un instant mais d’abord, question concrète. Deux millions et demi d’élèves - chiffre qui était avancé il y a quelques jours par Le Parisien-Aujourd'hui en France - deux millions et demi d’élèves déjà en vacances à cause du bac et du brevet avec deux semaines d’avance sur le calendrier, vous trouvez ça normal ?

VINCENT PEILLON
C’est à vous que la question est posée ! Moi je me suis exprimé depuis des années. Ça fait trente ans que ça dure ! C’est vrai que vous êtes jeunes, Bruce TOUSSAINT, mais c’est marronnier comme on dit dans votre métier, c'est-à-dire qu’on redit toujours la même chose et on ne change jamais. Eh bien, on a adopté la loi de refondation, vous l’avez vu : on repasse aux quatre jours et demi. Ça secoue le pays et pourtant hier, l’OCDE disait : « C’est le seul pays du monde qui est à quatre jours et c’est une catastrophe ». La moyenne ce n’est pas quatre jours et demi, c’est cinq jours.

BRUCE TOUSSAINT
Et ça aura un effet sur la fin de saison prochaine pour les élèves ?

VINCENT PEILLON
Il faut de toute manière continuer les réformes, notre pays a besoin de réformes. On a fait des choix toujours contre notre jeunesse, et des choix encore récents. On avait supprimé la formation des enseignants, on ne recrutait plus de professeurs. On n’arrivait d’ailleurs même plus à en recruter tellement on leur fait des conditions difficiles. On n’apprend pas les langues étrangères à nos enfants, on ne s’est pas mis au numérique et en plus on leur a supprimé, finalement, du temps scolaire à la fois dans la semaine et bien entendu dans l’année, qui ne va pas.

BRUCE TOUSSAINT
Mais Vincent PEILLON, est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe à vouloir changer en profondeur les rythmes scolaires, le rythme de l’année scolaire (les vacances, les grandes vacances y compris) et libérer plus de deux millions d’élèves deux semaines avant la fin officielle des cours ?

VINCENT PEILLON
Ça a toujours été le cas puisque c’est l’organisation des examens qui est posée. Quand vous demandez aux parents…

BRUCE TOUSSAINT
On ne peut rien faire contre ça ?

VINCENT PEILLON
Mais on peut faire contre tout. Soit on accepte que ce pays et le niveau de nos élèves continuent de baisser de façon dramatique depuis quinze ans, et ça veut dire que la France de demain est condamnée ; soit on opère le redressement et c’est la tâche que m’a confiée le président de la République. Mais quand on le fait, on sort de la volonté de faire des annonces, on voit la difficulté de réformer ce pays. Nous sommes dans la réforme, vous y êtes, regardez bien : on recrée une formation des enseignants – c’est fondamental, c’est ce qui nous était demandé depuis des années – on est en train de changer les rythmes scolaires – ça vous a occupé une partie de l’année, vous voyez bien les résistances. On peut dire il n’y aura que ou il y aura déjà vingt-cinq pourcents à la rentrée.

BRUCE TOUSSAINT
Justement, alors vingt-cinq pourcents, parce que c’est un sujet d’inquiétude pour les parents d’élèves : la rentrée, la fameuse semaine de quatre jours et demi. La proportion, c’est donc un élève sur quatre basculera.

VINCENT PEILLON
Quatre jours et demi à la rentrée de septembre et normalement, tout le monde à la rentrée 2014.

BRUCE TOUSSAINT
Oui. Il y a beaucoup de parents d’élèves qui témoignent d’ailleurs sur Europe 1. On a entendu une maman parisienne il y a quelques minutes dire qu’elle n’avait aucune information sur les activités qui seront proposées aux enfants. Ça a l’air difficile à mettre en place.

VINCENT PEILLON
Tout ce qui est nouveau, c’est pour cela que notre pays a peur du neuf et sombre : c'est nouveau. Et en plus, il fallait se parler. Puisque pour la première fois, on fait des projets éducatifs de territoire où les parents, les professeurs, les collectivités locales doivent travailler ensemble alors que vous le savez, en France, c’est chacun dans son coin ; on s’en plaint, d’ailleurs et en particulier on dit : « L’école est fermée sur elle-même ». Là, tout le monde doit travailler ensemble. Ceux qui n’avaient pas le temps de le faire attendront 2014 pour faire au mieux pour les enfants, c’est l’important.

BRUCE TOUSSAINT
Il y aura cent pourcents ou il y aura encore…

VINCENT PEILLON
Bien sûr, c’est le décret et c’est donc la règle, la loi. Mais je voulais dire sur Paris, il y a un travail extraordinaire, on l’a bien vu difficile, mais extraordinaire qui a été fait avec un seul souci – moi c’est le mien, vous comprenez bien. Pourquoi on fait ça ? On fait ça pour que les élèves aient du meilleur temps scolaire. On fait ça parce que vingt-cinq pourcents des élèves qui arrivent au collège ne savent pas convenablement aujourd'hui lire, écrire et compter et donc, il faut redonner du bon temps scolaire. Trois heures le mercredi matin pour travailler, c’est mieux que ces trois heures après déjà cinq heures de cours dans la cour. Hier encore l’OCDE disait que nous avons non seulement le moins de jours de cours par an, mais les journées les plus chargées. Donc, nous sommes en train de faire une grande réforme ; il y a des difficultés puisqu’on change des habitudes.

BRUCE TOUSSAINT
Et comment faire en sorte que ce ne soit pas une garderie ? Restons dans le concret. Parce que c’est aussi une inquiétude des parents de se dire : « D’accord, on va faire travailler les enfants le mercredi matin, mais qu’est-ce qu’ils vont faire le mardi après-midi, le jeudi après-midi ? » Est-ce que ça ne va pas devenir une garderie, l’école ?

VINCENT PEILLON
Il ne faut pas que ce soit une garderie. C’est fait pour développer des activités dites péri-éducatives qui peuvent être culturelles, qui peuvent être sportives. Ça peut être aussi faire ses devoirs à l’école. Chacun doit construire son projet mais ils n’ont pas moins d’heures de classe. C'est ce que les gens doivent comprendre, puisqu’il y a toujours le mercredi. On refait trois heures de classe. Donc il n’y a pas plus, en fait, de temps périscolaire qu’avant, simplement il est organisé différemment et normalement plus intelligemment même si, ici ou là, il peut y avoir des difficultés. De ce point de vue-là, nous avons en plus, et c'est la première fois, rajouté de l’argent de l’État pour organiser ces activités péri-éducatives – c’est le fonds. La Caisse d’allocations familiales a annoncé cette semaine qu’elle rajoutait cinquante-trois euros par enfant sur cette activité péri-éducative et pour aller au bout, comme il y a de très grandes inégalités en France, de un à dix sur le périscolaire et on est en train de les découvrir, c’est d’ailleurs ce qui fait que les uns et les autres sont étonnés de ce qui se passe parce qu’on cachait la poussière sous le tapis, le président de la République a décidé que ce fonds d’aide aux activités péri-éducatives serait plus important pour les communes en difficulté que celles qui ne le sont pas. Aujourd'hui, il y a des communes les plus pauvres de France – je pense à Denain dans le Nord, je pense à Mende en Lozère – qui sont en train de passer aux quatre jours et demi et qui se réjouissent de pouvoir offrir à leurs élèves des activités qu’ils n’avaient pas.

BRUCE TOUSSAINT
Vincent PEILLON, la loi a été adoptée, la loi de refondation de l’école a été adoptée définitivement hier soir. Ça concerne notamment et même en grande partie les fameux soixante mille postes supplémentaires. Est-ce qu’il y aura d’autres recrutements d’ailleurs en plus de ces soixante mille postes ?

VINCENT PEILLON
Oui. Ces soixante mille postes, vous le savez, sont faits d’une part pour remettre en place la formation des enseignants. Elle démarre avec les écoles supérieures du professorat et de l’éducation qui n’auront rien à voir avec les IUFM à la rentrée. C’est vingt-sept mille postes. Donc on voit que ce n’est pas perdu puisque c’est le plus important : des maîtres formés. Les parents le comprennent. Et il y aura des postes pour l’accueil des moins de trois ans, il y aura des postes pour de nouvelles pédagogies en cours préparatoire pour mieux réussir les apprentissages fondamentaux, et puis le président de la République et le Premier ministre nous ont accordé trente mille postes, contrats supplémentaires à la rentrée qui iront pour aider les professeurs d’école. Il faut que vous imaginiez qu’il y avait vingt-cinq mille aides à la direction d’école il y a trois ans et que la droite en deux ans en avait supprimé quinze mille. Nous en remettons dix mille cette année pour accueillir les parents, pour aussi faire que les activités péri-éducatives se déroulent mieux dans l’école pour faire les inscriptions, ce qu’on appelle l’aide au directeur d’école. Il y aura huit mille postes pour l’aide aux enfants en situation de handicap. La France a choisi d’accueillir les enfants en situation de handicap dans l’école et dans cette loi dont vous parliez, que nous avons adoptée définitivement hier, nous l’avons pour la première fois inscrit. C'est l’école inclusive ; il y aura huit mille postes pour accompagner les enfants en situation de handicap et je mets en place une formation. Il y aura aussi dix mille postes – je l’annonce ce matin chez vous – dix mille postes spécifiquement pour le secondaire et pour faire qu’il y ait plus de sérénité, de sécurité, d’adultes dans nos établissements.

BRUCE TOUSSAINT
C’est important. Vous nous annoncez donc ce matin sur Europe 1 qu’en plus des soixante mille postes prévus, vous ajoutez dix mille postes supplémentaires – on passe à soixante-dix mille donc. Alors quel type de personnel ? De quel type de personnel s’agit-il ?

VINCENT PEILLON
Nous avons fait le choix sur ces contrats qui sont des contrats qui dureront entre dix mois et deux ans, mais qui seront renouvelables, de prendre des gens qui sont diplômés. Vous savez qu’il y a tous les emplois d’avenir qui sont portés pour une très grande partie par Michel SAPIN et le Premier ministre, qui s’adressent à ceux qui sont sans diplôme, ceux qui sont sortis du système en difficultés. Nous, nous voulons aider ceux et utiliser ceux qui aujourd'hui peuvent avoir une licence, avoir un BTS et sont aujourd'hui sans emploi, ou même veulent continuer leurs études car une partie de ces contrats ne seront pas à plein temps, et donc voilà à quel public cela s’adresse.

BRUCE TOUSSAINT
Mais l’État a les moyens d’embaucher dix mille personnes supplémentaires ?

VINCENT PEILLON
Ce sont les contrats aidés dont nous avons parlé et donc ils sont évidemment budgétés. Aujourd'hui il faut réamorcer la pompe économique, il faut donner de l’espérance et là, nous avons toute cette jeunesse qui là est diplômée, a fait les efforts de réussir et se trouve à un moment de jonction sans emploi. Donc, nous concevons aussi une formation pour eux et puis des parcours car la question se posera comme elle s’est toujours posée : quand ces contrats se terminent, qu’est-ce qu’ils deviennent ? L’éducation nationale est, vous le savez, une grande maison, nos besoins sont importants et donc nous réfléchissons aussi à leur donner derrière une perspective d’où l’importance des formations que nous mettons en place. Vous savez qu’hier aussi, pour ce qui concerne les enfants en situation de handicap, Pénélope KOMITÈS a remis son rapport et nous devons aussi faire de ces métiers des vrais métiers. Ça veut dire une formation, une qualification et derrière, des CDI car aujourd'hui ceux qui s’occupent des enfants en situation de handicap sont trop dans la précarité.

BRUCE TOUSSAINT
Dix mille postes supplémentaires, annonce ce matin de Vincent PEILLON sur Europe 1. Un tout dernier mot : Caroline ROUX disait : « C’est une journée en enfer pour la gauche avec aujourd'hui Dominique STRAUSS-KAHN et surtout Jérôme CAHUZAC auditionné à l’assemblée ». Est-ce qu’on a tiré toutes les leçons du scandale Cahuzac Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
Je pense qu’on a fait un grand progrès. Vous aurez noté d’ailleurs, et c'est un peu triste d’une certaine façon, que chaque fois les lois de transparence qui sont fondamentales – c’est la république, c’est la vertu d’abord ; MONTESQUIEU, ROUSSEAU – elles viennent quand il y a des affaires. Là, le président de la République contre beaucoup – vous l’avez noté, les résistances sont fortes dans notre pays – a voulu que nous allions plus loin. Moi je m’en réjouis profondément. Mais aussi sur l’aspect, vous le savez, qui concerne la lutte contre la fraude fiscale, j’avais présidé il y a quinze ans la plus longue mission de la Vème République. Nous avançons et je salue ces avancées.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juin 2013

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