Déclaration de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, sur la vocation de l'Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP), la promotion du volontariat et le modèle français de la sécurité civile, Aix-en-Provence le 24 juin 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, sur la vocation de l'Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP), la promotion du volontariat et le modèle français de la sécurité civile, Aix-en-Provence le 24 juin 2013.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Baptême des promotions de l'Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP), à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhöne) le 24 juin 2013

ti : Monsieur le préfet de région,
Monsieur le député,
Monsieur le directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises,
Monsieur le président du conseil d'administration de l'ENSOSP,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le directeur de l'école nationale des officiers de sapeurs-pompiers,
Monsieur le président de la fédération des sapeurs-pompiers de France,
Monsieur le président de l'association nationale des directeurs d'incendie et de secours,
Mesdames, messieurs les officiers, sous-officiers et sapeurs-pompiers,
Mesdames, messieurs,


Les sorties de promotion sont toujours des moments émouvants. D'abord pour ceux qui achèvent leur formation et s'apprêtent, à l'issue d'une période forcément remplie, intense, exigeante, à rejoindre leur affectation. Emouvant également, pour les familles, les proches – que je salue – et qui voient ici un investissement personnel – votre investissement – se concrétiser. C'est même plus qu'un investissement, c'est une vocation.

On ne devient pas officier, et officier de sapeur-pompier par hasard. Vous tous êtes là, aujourd'hui, en uniforme, parce que vous êtes, et depuis longtemps déjà, candidat. Candidat à servir votre pays, à porter secours, à combattre les incendies, à faire face à la dureté des éléments et à la rudesse des événements.

Vous êtes dès lors des officiers de sapeurs-pompiers, porteurs d'une responsabilité particulière. Et c'est pour moi une joie d'être à vos côtés pour présider cette cérémonie de baptême des promotions.


Il y a quelques heures à peine, j'étais avec le Premier ministre pour la cérémonie de sortie de la 63e promotion des commissaires de police. Je vois dans la concomitance de ces deux cérémonies – le même jour ! – l'expression de combien vos missions participent d'un même objectif : assurer la protection des Français ; de combien vos missions sont similaires : vous êtes appelés à encadrer, à diriger des femmes et des hommes dans des situations souvent délicates et périlleuses.

Etre officier, c'est assumer une responsabilité particulière : responsabilité envers sa hiérarchie, envers ses subordonnés et envers la société. Etre officier, c'est un devoir d'exemplarité.

Le ministère de l'Intérieur, je ne cesse de le répéter, c'est le ministère de la sécurité au sens large : sécurité intérieure et sécurité civile. Le 14 juillet, ce sont toutes ses forces, policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers – dont certains d'entre vous ! – militaires, professionnels, volontaires – qui défileront sur les Champs-Elysées. Et c'est la Nation toute entière qui vous témoignera sa reconnaissance, sa considération, son estime. Et je sais également, son affection.


Vos 12 promotions ont choisi 12 noms de baptême. Et un choix de nom de baptême n'est jamais anodin. Choisir un nom, c'est revendiquer un héritage, c'est prolonger un engagement, une action, des valeurs. Les noms que vous avez choisis sont tous des symboles.

Parmi ces noms, il y en a trois que je retiens tout particulièrement, car ils me parlent très personnellement.

Le lieutenant Yvan VIGNAROLLI, sapeur-pompier des Bouches-du-Rhône, de ce département, sapeur-pompier volontaire, comme la plupart des sapeurs-pompiers de France, est décédé en service, à quelques mètres d'ici. Yvan VIGNAROLLI, c'est le symbole de la solidité, de l'expérience, de la transmission. Lors de ses obsèques, j'étais aux côtés de ses camarades mineurs. J'ai vu dans les yeux de celles et ceux qu'ils laissaient toute de la générosité qu'il incarnait.

Le caporal Yann SIMEONI, âgé de 16 ans, et l'adjudant Mickaël BAGHIONI, tous deux sapeurs-pompiers des Alpes-de-Haute-Provence, sont tombés, ensemble, alors qu'ils luttaient contre le feu. Un sapeur-pompier n'est jamais seul. Le binôme, c'est l'unité indissociable. A moins de deux, il n'y a pas de mission possible. Dans ce binôme formé par l'adjudant Michaël BAGHIONI et le caporal Yann SIMEONI, il y avait tout le symbole de ce qu'est la communauté des sapeurs-pompiers. Une communauté que j'ai retrouvée, unie et solidaire, un jour de tristesse, à Digne-les-Bains, le 7 novembre dernier.

A eux seuls, ces trois noms disent déjà beaucoup. Ils disent les qualités que l'on attend de vous : l'exemplarité, le dévouement, le courage, l'altruisme, la probité. Toutes ces valeurs qui font la noblesse de votre engagement. Toutes ces valeurs qui vous ont été enseignées au cours de votre scolarité, et qu'il vous appartient, dès lors, de faire vivre et, aussi, de transmettre quand, demain, vous serez en poste dans vos unités opérationnelles.


La vocation de l'ENSOSP c'est de former celles et ceux qui auront demain – dès demain ! – la responsabilité d'animer, d'encadrer, de guider la communauté des sapeurs-pompiers.

Cette école n'a cessé d'évoluer et de participer à la rénovation de l'ensemble de vos formations. Aujourd'hui, l'approche de la formation basée sur les compétences constitue une avancée indéniable. Elle permet la prise en compte de vos expériences, de vos qualités personnelles et professionnelles acquises en dehors du monde sapeur-pompier.

La diversité est une composante centrale de notre modèle de sécurité civile. Diversité des territoires, des talents, des statuts, des générations. La diversité est une richesse. Je veux l'encourager, la promouvoir, la pérenniser.

La réflexion sur les emplois supérieurs de direction doit avancer. Elle s'inscrira à la suite de la démarche de rénovation menée, au cours de ces derniers mois, concernant votre statut ou l'encadrement de votre activité.

Connaître votre richesse implique de reconnaître vos qualités, vos compétences.

Je souhaite donc la création de passerelles entre votre cadre d'emploi et les postes d'encadrement supérieurs de la fonction publique d'Etat et territoriale. Ce qui implique aussi la refonte de certaines formations de haut niveau dispensées au sein de cette école. Le volet commandement opérationnel doit être renforcé. Il s'agit de créer des ouvertures vers des formations supérieures interministérielles de haut niveau.

J'ai donné des directives en ce sens à votre directeur général, Michel PAPAUD. Et je connais sa détermination, son sens de l'efficacité et de l'écoute pour arriver, avec les élus des SDIS – que vous représentez, cher Pascal PERTUSA – à définir le futur cadre des emplois supérieurs de direction.


Vous êtes aujourd'hui diplômés d'une Grande école. Les Grandes écoles forment ce qu'il est convenu d'appeler des managers. Mais vous êtes des managers particuliers : des managers de l'engagement citoyen.

Vous êtes appelés à être des meneurs d'hommes, mais dans des conditions difficiles. Il vous faudra prendre des décisions – les meilleures décisions – rapidement et souvent dans l'incertitude. L'incertitude est inhérente à vos missions. Votre rôle, c'est de l'appréhender, de la gérer, car de vos décisions dépendra le succès des interventions.

Des interventions qui sont le fait de sapeurs-pompiers professionnels et volontaires.

Un chiffre, à lui seul, montre cette complémentarité : deux tiers des interventions sont réalisées par des sapeurs-pompiers volontaires. La sécurité civile a besoin de s'appuyer sur ses deux jambes ; elle a besoin des professionnels comme des volontaires.

Notre modèle rassemble autour d'un même objectif des citoyens qui n'avaient peut-être pas grand-chose en commun – à part l'essentiel : la volonté de servir la collectivité – et qui n'apportent pas forcément la même chose aux missions de sapeur-pompier.

Les volontaires s'engagent. Ils font cela « en plus », en prenant sur leur temps de loisir, sur leur temps en famille. Ils s'engagent avec, à leurs côtés, les professionnels. C'est un alliage qui implique d'agir avec subtilité afin d'en préserver la stabilité. L'ENSOSP, parce qu'elle intègre toutes les spécificités du volontariat, a un rôle déterminant à jouer.

Le gouvernement, et les élus, sont mobilisés. Les textes sont là. Les outils existent. Et c'est à vous qu'il appartient, sur le terrain, dans vos casernes, à l'intérieur de la remise, de donner tout son sens à cette politique. Une politique publique à laquelle le du monde des sapeurs-pompiers – dans les territoires – est très attaché.


Notre modèle de sécurité civile demeure spécifique, unique.

Il s'appuie sur une force : vous toutes et tous, unis au-delà de votre statut. Une force qui agit au quotidien, dans les interventions de proximité, comme lors d'événements exceptionnels. Nous sommes encore tous, à cette heure, collectivement mobilisés, dans les départements pyrénéens, pour permettre un retour à la vie normale. C'est la réactivité de l'échelon territorial – que j'ai pu mesurer à de nombreuses reprises – associée aux capacités de l'Etat en matière de coordination qui garantissent la protection de nos populations.

Ce modèle doit être consolidé et permettre la formalisation d'un véritable « pacte de sécurité civile ». J'ai cette ambition : réunir et unir plus encore les décideurs et les acteurs de la sécurité civile. C'est là un véritable projet humain, car l'enjeu des services départementaux d'incendie et de secours, de notre sécurité civile, est avant tout humain. Dans ce pacte, le modèle de gouvernance de l'ENSOSP aura toute son importance.

L'ENSOSP doit permettre à l'Etat de garantir une cohérence en matière de sécurité civile. Pour cela, elle doit définir les orientations stratégiques en matière notamment de formation des officiers et particulièrement pour ce qui est du commandement des opérations de secours.

L'ENSOSP doit permettre aux élus, qui représentent nos territoires, d'être plus impliqués encore. C'est en respectant ce que nous avons su développer à l'échelle de nos départements, en le faisant évoluer, que nous saurons mutualiser les ressources et les savoirs.


Officiers de sapeurs-pompiers, nos citoyens – qui vous admirent et vous respectent –, savent que leur sécurité dépend en grande partie de vous. Soyez à la hauteur de la confiance qu'ils vous portent !

Dans un éditorial de votre journal Sapeurs-pompiers de France, dont la lecture est toujours pour moi intéressante, j'ai trouvé une jolie formule qui a la force de l'exactitude : « les soldats du feu incarnent l'avant-garde des combattants pour la vie ».

Officiers de sapeurs-pompiers, soyez pendant toute votre carrière des combattants ! Des combattants pour la vie !

La légion d'honneur remise ce jour au colonel MENÉ récompense un parcours, des qualités professionnelles, mais honore également votre école et l'ensemble de la communauté des sapeurs-pompiers.

Cette légion d'honneur, accrochée sur l'uniforme de l'officier – c'est d'ailleurs sa vocation initiale – vient souligner combien la Nation doit être reconnaissante envers celles et ceux qui, avec constance et courage, font ce choix exigeant de servir.

Etre officier est une responsabilité.
Etre officier est une fierté.

Officiers de sapeurs-pompiers, soyez fiers de l'héritage qui vous a été légué et soyez dignes des missions qui désormais sont les vôtres.


Je vous remercie.


Source http://www.ensosp.fr, le 27 juin 2013

Rechercher