Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "France Info" le 27 juin 2013, sur le TGV, le budget communautaire pour la politique agricole commune (PAC). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "France Info" le 27 juin 2013, sur le TGV, le budget communautaire pour la politique agricole commune (PAC).

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt;

ti : RAPHAËLLE DUCHEMIN
Il y a évidemment des priorités dans la vie, visiblement le TGV n’en fait plus partie, pour quelles raisons, c’est trop cher ?

STEPHANE LE FOLL
D’abord je crois qu’il y avait des projets qui étaient envisagés et qui n’ont pas aujourd’hui les financements qui permettent de les réaliser ! Le TGV, je le vois chez moi dans le Grand Ouest, qui va rejoindre Rennes aujourd’hui, qui va prolonger en fait la voie nouvelle qui est jusqu’au Mans, ce sont des milliards d’euros et il faut que les collectivités locales, il faut que l’Etat puissent être là au rendez-vous. Donc, il vaut mieux redéfinir les objectifs mais les réaliser que d’avoir beaucoup de projets et de ne pas les faire.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Donc on repousse à après 2030 et, pendant ce temps, on a des sous par contre pour faire par exemple – pardon – Notre-Dame-des-Landes ?

STEPHANE LE FOLL
Notre-Dame-des-Landes, d’abord, c’est un débat qui existe depuis très longtemps, donc ces sous ne sont pas ceux d’un projet qui aurait été défini ou déterminé il y a quelques mois ou il y a quelques années, c’est un projet…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui ! Mais on parle de transports au service des Français ?

STEPHANE LE FOLL
On parle de transports ! En plus, il y a les capacités de mobiliser des financements privés ou pas… Bon ! Il y a un exploitant sur Notre-Dame-des-Landes, mais je crois que je ne vais pas comparer les milliards et les 10 ou 15 projets qui peuvent être reportés à 2030 par rapport au sujet de Notre-Dame-des-Landes…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Non ! Vous savez que ça va…

STEPHANE LE FOLL
Même si j’ai bien compris…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous savez que ça va râler ?

STEPHANE LE FOLL
Je sais que c’est quelque chose qui est dans le débat.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Dites-moi, vous pensez que le gouvernement va se remettre un jour de l’affaire CAHUZAC ?

STEPHANE LE FOLL
Je pense qu’aujourd’hui l’affaire CAHUZAC elle est dans l’esprit des Français autour d’un personnage, Jérôme CAHUZAC, je crois que, même s’il y a d’autres affaires aujourd’hui et qu’il faut faire extrêmement attention, je crois que les Français comprennent quand même que dans les hommes et les femmes politiques il y a des gens qui trichent comme dans d’autres professions, qui ont fait des choses qui n’étaient pas acceptables, et c’est vrai que quand on s’engage - en politique en plus et qu’on cherche à représenter les citoyens - on doit être exemplaire et, quand ce n’est pas le cas, c’est vrai que ça fait très mal.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais, on l’a entendu hier, on est finalement sortis de l’audition comme on y était entrés, finalement sans savoir davantage de choses sur ce fameux compte suisse ?

STEPHANE LE FOLL
Oui ! Et alors là, après, est-ce que c’est à moi de faire le commentaire de savoir si on ne fait pas ou si on ne donne pas à ces auditions une espèce de moment de vérité – ce que ça n’est pas a priori – donc je me dis après, a postériori, mais oui pourquoi on a fait cette audition ? Vous voyez ? Mais la commission d’enquête va continuer, je pense que ce n’est pas Jérôme CAHUZAC lui-même aujourd’hui qui peut… dont on aurait pu penser qu’il allait dire des choses et révéler des choses, bref il y a la justice…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui ! On s’était trompés visiblement.
Hier c’était la journée des retours, je ne sais pas si vous avez vu, il y avait Dominique STRAUSS KAHN qui était lui entendu au Sénat…

STEPHANE LE FOLL
Moi je suis revenu de Luxembourg !

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui ! Avec quand même un petit tacle sous la ceinture à François HOLLANDE, c’est de bonne guerre vu qu’il était… vu qu’il est à l’Elysée à sa place aujourd’hui ?

STEPHANE LE FOLL
Vu qu’il était à l’Elysée ! D’abord la primaire n’a pas été jusqu’au bout, donc on ne saura jamais, mais je préférerais rester extrêmement prudent sur ces anticipations passées - parce que je ne sais pas ce qui se serait passé - moi je suis convaincu que, de toute façon, on l’aurait emporté.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ah ! C’est peut-être ce qu’il se dit.

STEPHANE LE FOLL
Bon ! Voilà, alors je n’ai pas de commentaire à faire, je ne vais pas ajouter des commentaires sur des commentaires.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Pas de commentaire, ni sur ce qu’il a dit ?

STEPHANE LE FOLL
Alors après je sais que c’était à propos de la finance, de la fraude fiscale…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui ! Vous savez la fameuse phrase : mon amie c’est la finance.

STEPHANE LE FOLL
Voilà ! Et, en gros, il ne faut pas s’occuper que de la finance, il faut s’occuper des financiers.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui !

STEPHANE LE FOLL
Oui ! Mais enfin ceux qui font la finance c’est vrai que c’est que c’est des financiers, mais l’ensemble des financiers ça fait un système financier et il faut s’occuper du système financier.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors, vous l’avez dit, vous rentrez d’une réunion à Bruxelles importante…

STEPHANE LE FOLL
Luxembourg !

RAPHAËLLE DUCHEMIN
A Luxembourg…

STEPHANE LE FOLL
Oui ! Mais ça correspond à Bruxelles, oui.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais Bruxelles, Bruxelles effectivement c’est pour aujourd’hui, il y en a tellement des réunions européennes qu’on finit par s’y perdre.

STEPHANE LE FOLL
Non ! C’était pour hier.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Cette nuit c’était sur l’union bancaire, ça va continuer aujourd’hui sur le chômage des jeunes…

STEPHANE LE FOLL
Oui !

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous, vous êtes occupé de la PAC…

STEPHANE LE FOLL
Oui !

RAPHAËLLE DUCHEMIN
La PAC c’est important pour beaucoup d’agriculteurs en France - pas seulement - vous diriez quoi, que c’est une victoire pour l’agriculture française ce que vous avez obtenu ?

STEPHANE LE FOLL
Non ! Je ne parlerais pas de victoire. Je suis plutôt convaincu que cette négociation, qui dure depuis 4 ans et que moi j’ai conduite en tant que ministre de l’Agriculture depuis 1 an, que j’ai commencée à Chypre à un sommet informel, je m’en souviens parfaitement, c’est un processus long qui modifie quand même l’organisation générale de la Politique Agricole Commune telle qu’elle existait et dans ce débat les objectifs que j’ai portés pour avoir une répartition des aides plus justes – et en particulier en faveur de l’élevage – maintenir et garantir l’objectif de départ d’un verdissement de la PAC. Alors après on peut dire que ce n’est pas assez, mais le cadre de ce verdissement existe, premier et deuxième pilier ; ensuite, le maintien d’un certain nombre de filets de sécurité et de régulation des marchés agricoles + la partie « jeunes » avec des mesures possibles maintenant pour l’installation des jeunes à l’échelle européenne, oui on peut considérer que ce paquet c’est une ambition pour une agriculture dans sa diversité qui est garantie.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Il y a des perdants, ce sont les grandes exploitations – il y en a quand même beaucoup chez nous en France – toucher une subvention ne sera plus lié si on résume au volume de production, c’est ça ?

STEPHANE LE FOLL
Toucher une subvention sera dégressif en fonction du nombre d’hectares ! Jusqu’ici c’était parfaitement linéaire, plus vous aviez d’hectares, plus vous touchiez de subvention. Donc, là, aujourd’hui – et ça aussi c’est un moment historique – il y aura une dégressivité et en particulier en France parce que j’ai fait le choix de mettre sur la table la proposition de primer plus les premiers hectares, donc on est là dans un débat aussi sur, je le disais tout à l’heure, l’équilibre et l’équité entre les différentes aides qui est important et qui marque un changement. Sur cette question, en tout cas, ça ne s’est jamais fait auparavant.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Il y a quand même des déçus, on entendait José BOVE dire que ce projet donne raison au lobby de l’agro-industrie, pourquoi ?

STEPHANE LE FOLL
Oui ! Mais là je trouve que José BOVE, que je connais bien et qui est un collègue, qui est un ami, que je connais bien, résume la question de l’agriculture de la PAC – il parait qu’il y a eu aussi une émission il n’y a pas longtemps – à la PAC c’est le productivisme et le conventionnel, franchement si c’était ça José BOVE lui-même, qui fait du… et du roquefort, n’existerait pas. Est-ce que par exemple le roquefort c’est de l’agroalimentaire ? C’est exporté aux Etats Unis, c’est de l’agroalimentaire ou pas ?

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui ! Ça peut.

STEPHANE LE FOLL
C’est de l’agriculture ?

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ça peut l’être.

STEPHANE LE FOLL
Eh bien voilà ! Donc, c’est plus compliqué que ça. Il y a dans l’agriculture et l’industrie agroalimentaire toute une palette de choix, toute une palette de possibilités, ce qu’il faut c’est garantir que chacune des possibilités qui est offerte puisse être saisie par les agriculteurs, c’est en tout cas l’objectif que je me fixe.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Puisqu’on parle des agriculteurs, est-ce que vous avez avancé sur la question des calamités agricoles après les inondations ?

STEPHANE LE FOLL
Oui ! J’avance, mais c’est un sujet qui nécessitera – je le dis ce matin à France Info – une réflexion supplémentaire sur les outils qu’on va se donner pour traiter de ces calamités. Moi ce que je constate…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est-à-dire plus de temps, la FNSEA avait déjà fait une première estimation des dégâts…

STEPHANE LE FOLL
Non

RAPHAËLLE DUCHEMIN
A 500 millions je crois ?

STEPHANE LE FOLL
Oui ! Mais la FNSEA avait fait un calcul très simple, en disant 150 euros par le nombre d’hectares, normalement il y a tant d’hectares, ça fait 500 millions, c’est quand même un peu plus compliqué que ça. Donc moi ce que je dis, par contre, c’est que par rapport à ce qu’est le réchauffement climatique, les risques qu’on a au niveau des aléas climatiques qu’on constate aujourd’hui : sécheresse, inondations violentes, il faut qu’on se dote d’outils pour mutualiser si vous voulez eh bien les réparations, parce que c’est extrêmement lourd, moi j’ai vu des agriculteurs là qui perdaient quelquefois 15 à 20% de leur surface, les torrents emportant la terre arable - c’est très impressionnant – et, face à ça, il faut qu’on soit mieux organisés.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Dernière question, Stéphane LE FOLL, qu’est-ce qui de passe avec José-Manuel BARROSO, c’est une cabale qui est montée contre lui ?

STEPHANE LE FOLL
Je pense qu’il y a une petite tension ! Mais il est responsable de ce qui s’est passé, ce qu’il a dit à propos de l’exception culturelle, en disant : la France est réactionnaire, je crois. Ecoutez ! On est président de la Commission européenne, dans les traités la Commission européenne est là pour faciliter les accords, il y avait un accord qui avait été trouvé…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ca justifie les propos d’Arnaud MONTEBOURG ?

STEPHANE LE FOLL
Je vous dis ce que je viens de vous dire ! Celui qui a commencé et qui a fait une erreur c’est José-Manuel BARROSO, qui a traité la France de réactionnaire, quand on est président de la Commission on n’est pas là pour traiter un pays - et un grand pays en plus – de réactionnaire.


Source : Service d'information du gouvernement, le 27 juin 2013

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