Interview de M. Frédéric Cuvillier, ministre des transports, de la mer et de la pêche, à RMC le 27 juin 2013, sur l'avenir de la SNCM, l'adaptation de la flotte marchande à la directive "Soufre Marpol" et le report de la construction de plusieurs lignes à grande vitesse (LGV) préconisé par le rapport Duron | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Frédéric Cuvillier, ministre des transports, de la mer et de la pêche, à RMC le 27 juin 2013, sur l'avenir de la SNCM, l'adaptation de la flotte marchande à la directive "Soufre Marpol" et le report de la construction de plusieurs lignes à grande vitesse (LGV) préconisé par le rapport Duron

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre des transports, de la mer et de la pêche;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Transports, la Mer et la Pêche, c'est important, surtout pour quelqu'un, l'ancien maire de Boulogne sur Mer.

FREDERIC CUVILLIER
Oui, bonjour. C'est vrai que nous oublions très souvent que la France est une puissance maritime, la deuxième au monde par son domaine maritime et c'est un enjeu de croissance pour demain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi il y a des ressources. J'ai vu Jean-Luc MELENCHON qui en parle beaucoup.

FREDERIC CUVILLIER
Oui il s'est certainement inspiré du programme du candidat François HOLLANDE devenu président de la République qui a recrée un ministère de la Mer, la croissance bleue, la croissance durable, les énergies maritimes, l'enjeu nutritionnel, le transport, 90 % de l'économie mondiale est sur la mer. La mer c'est certainement l'avenir de la France et l'avenir de la planète.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Frédéric CUVILLIER justement la mer, la SNCM – vous avez vu la transition – la SNCM va pouvoir respirer. La compagnie, cette compagnie dont on parle tant depuis vingt ans maintenant, il y avait un préavis de grève des marins CGT, le préavis de grève a été suspendu, donc pas de grève aujourd'hui, ce qui veut dire que pour le Tour de France là aussi respiration, pas de grève aujourd'hui, mais qu'est-ce que vous avez offert comme perspective à la SNCM ?

FREDERIC CUVILLIER
D'abord, nommé ministre des Transports j'ai eu le dossier de la SNCM, tout comme j'avais eu le dossier Sea France qui m'avait été légué, ou Brittany Ferries, donc il y a un malaise dans le transport maritime français, le pavillon France. Sur la SNCM c'est une société qui a de l'avenir. Il faut d'abord croire en l'avenir de cette société, elle a une bonne image, elle gagne des parts de marché, mais il y a un problème industriel et des vicissitudes liées à son histoire. Il y a d'ailleurs une commission d‘enquête sur les conditions de la privatisation de la SNCM qui été décidée par l'Assemblée nationale et donc il faut, compte tenu de la situation de la SNCM, que l'on puisse donner une perspective. Je le fais depuis un an en discussion avec les représentants syndicaux, les organisations syndicales, les partenaires sociaux, avec les actionnaires, pour monter un plan industriel et une pérennité …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le plan annoncé le 20 juin prévoit donc la suppression de plus de 500 postes, sans licenciement, sur 2600 salariés, et l'acquisition de nouveaux navires.

FREDERIC CUVILLIER
Oui. Un plan qui est à la fois un plan social sans licenciement, qui est dans la durée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'on va supprimer des emplois.

FREDERIC CUVILLIER
Il y aura des départs en retraite, il y aura du non renouvellement de CDD, et il y aura du départ volontaire. Ce plan s'inscrit dans la durée, 2014-2019. Il y a une logique industrielle qui permet de renouveler la flotte, c'est très important. On maintient un niveau de flotte, 8 bateaux, mais on les adapte, parce qu'ils ne sont pas adaptés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire adaptés ?

FREDERIC CUVILLIER
On renouvellement immédiatement deux bateaux et dans la foulée deux autres bateaux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ? L'année prochaine, très vite là ?

FREDERIC CUVILLIER
Dès que possible, c'est-à-dire dès que nous avons …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les faire fabriquer où ces bateaux, construire où ?

FREDERIC CUVILLIER
J'espère que ce sera le savoir-faire français qui s'imposera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'espère moi aussi.

FREDERIC CUVILLIER
Oui bien sûr. STX est un excellent chantier naval. Et puis il y a un enjeu qui est un enjeu industriel parce que vous savez que maintenant les normes applicables dans le transport maritime, on l'appelle la directive « Soufre Marpol» amène à ce qu'il y ait un nouveau concept industriel qui permet de rejeter moins de soufre dans l'atmosphère. Donc il faut changer la motorisation, il faut adapter la flotte : 8 bateaux, 4 renouvelés dont 2 immédiatement et par ailleurs il faudra que nous ayons une volonté de l'actionnariat. Vous savez combien les vicissitudes de l'actionnariat ont amené à de la stabilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
VEOLIA Environnement d'ailleurs ne va pas devenir majoritaire.

FREDERIC CUVILLIER
De toute façon, tant que nous n'avons pas suffisamment de visibilité, la question de l'actionnariat doit passer après. Et notamment après la question de la délégation de service public puisqu'il y a le lien avec la Corse, vous en parliez, et donc la continuité territoriale. L'Etat, pendant très longtemps, a été actionnaire, un actionnaire dormant. Nous souhaitons nous construire une solution industrielle….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et être un actionnaire…Bien Frédéric CUVILLIER, parlons de l'Etat et des projets de l'Etat. Arrêt du développement du tout TGV, c'est ce que conclut la commission « Mobilité 21 » qui a été chargée de faire le tri dans les grands projets d'infrastructure. Donc elle propose : arrêt du développement du tout TGV, et elle propose aussi la suspension ou le report de tous les grands projets de LGV.

FREDERIC CUVILLIER
Non, mais ça c'est ce que vous pouvez lire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que j'ai lu, oui.

FREDERIC CUVILLIER
Non, mais dans la presse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, le rapport va être rendu aujourd'hui.

FREDERIC CUVILLIER
Le rapport sera beaucoup plus complet. Pourquoi ? Parce que …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce qui va dire ce rapport ?

FREDERIC CUVILLIER
Le rapport, on parle d'une situation, c'est quoi ? Une liste à la Prévert où 245 milliards de projets ou d'idées, qui ont été ainsi listés sans même qu'il y ait le début du commencement, une vision d'aménagement du territoire, complémentarité des modes de transport, de réponse avec les collectivités, de hiérarchisation. J'ai demandé à Philippe DURON et sa commission « Mobilité 21 », de mettre de l'ordre dans tout ça, à savoir à quel endroit la grande vitesse se justifie, comment y parvient-on, où va-t-on chercher des financements, notamment européens, où faut-il de l'équilibre du territoire, où faut-il renforcer du TER ? Et puis quelle est la logique du routier par rapport au ferroviaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors on va entrer dans le détail. Le TGV, est-ce que vous allez arrêter le développement du tout TGV ? Est-ce que vous allez stopper la construction de nouvelles lignes à grande vitesse ? le TGV, le TGV.

FREDERIC CUVILLIER
Le TGV, la grande vitesse c'est plus de 350 km/ heure, ça veut dire qu'il faut de la distance, il faut une vision qui soit …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de nouvelle ligne ?

FREDERIC CUVILLIER
Des lignes qui doivent être adaptées à la grande vitesse. Et pas du TGV…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lesquelles ?

FREDERIC CUVILLIER
Ce sont des lignes transnationales, c'est vrai des liaisons avec l'Espagne, c'est vrai des liaisons …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des liaisons avec l'Espagne c'est maintenu ?

FREDERIC CUVILLIER
Oui bien sûr. Nous n'abandonnons rien, simplement nous regardons là où c'est judicieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas de nouvelle ligne à très grande vitesse ?

FREDERIC CUVILLIER
Aujourd'hui il y a une hiérarchisation, tout le monde confond les lignes nouvelles ferroviaires et les lignes LGV qui sont les lignes grande vitesse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous parle des très grandes vitesses.

FREDERIC CUVILLIER
Eh bien nous ferons ce qui est engagé dans le SNIT pour …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas plus ?

FREDERIC CUVILLIER
D'abord, il y a 245 milliards, il faudrait 120 ans pour faire le SNIT, on peut en rajouter si vous voulez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon d'accord, non, non, non mais d'accord.

FREDERIC CUVILLIER
On va déjà faire ce qui est utile, l'idée c'est de faire ce qui est utile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors le LGV, les lignes à grande à vitesse.

FREDERIC CUVILLIER
Utiles pour des grandes infrastructures, mais depuis des années on oublie l'enjeu du quotidien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce qu'on va faire, les projets reportés, dit le rapport, Bordeaux-Hendaye ?

FREDERIC CUVILLIER
Je ne vois pas pourquoi… on peut reprendre tous les projets, Bordeaux-Hendaye, quelle serait la légitimité alors qu'il y a un accord avec nos amis espagnols pour avoir une liaison européenne entre l'Espagne et …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de Bordeaux-Hendaye en LGV ?

FREDERIC CUVILLIER
Pourquoi, non au contraire, je dis …Au contraire, mais simplement entre le débat public d'une ligne LGV et la réalisation il faut vingt ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et Marseille-Nice ?

FREDERIC CUVILLIER
Marseille-Nice, si vous ne réglez pas le problème du noeud ferroviaire, c'est-à-dire les gares qui sont aujourd'hui saturées vous pourrez mettre tous les TGV que vous voulez, avec les lignes à plus grande vitesse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas demain la veille qu'on aura une ligne LGV entre Marseille et Nice ?

FREDERIC CUVILLIER
D'abord, est-ce que c'est adapté ? Ce qu'il faut c'est régler le problème de la vitesse et de la régularité sur cette ligne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Montpellier-Perpignan ?

FREDERIC CUVILLIER
Montpellier-Perpignan est un chainon qui est indispensable à la continuité de l'autre liaison espagnole sur la Méditerranée, et donc nous avons décidé, j'ai décidé le contournement Nîmes-Montpellier, j'ai décidé que les études seraient cofinancées par l'Europe, nous avons demandé à l'Europe, et donc la perspective d'avoir un axe qui soit complet. Mais chaque chose doit être priorisée, doit être… on commence par les études, on réalise en fonction de nos capacités. Vous savez aujourd'hui les 4 LGV qui ont été lancées en même temps ont ruiné, ont ruiné le financement des infrastructures publiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des lignes LGV actuellement en construction, jusqu'à Bordeaux, jusqu'à Rennes…

FREDERIC CUVILLIER
Vous savez qu'elles ne sont payées !!

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !!

FREDERIC CUVILLIER
Non, c'est du partenariat public-privé, il faudrait un loyer de plus de 300 millions d'euros pendant des années et des années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors qu'est-ce qui peut se passer ?

FREDERIC CUVILLIER
Eh bien voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez poursuivre ces projets ?

FREDERIC CUVILLIER
Certains ont commandé, ont passé la commande et d'autres payent la facture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez poursuivre ces projets ?

FREDERIC CUVILLIER
Bien sûr, ils sont engagés. L'Etat est engagé. Le contrat est signé. Simplement moi j'arrive au moment où il faut payer la facture. Et donc …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment allez-vous faire ?

FREDERIC CUVILLIER
Eh bien nous allons nous mobiliser, le Premier ministre, dès le début juillet, prononcera et annoncera un grand plan de modernisation des infrastructures et surtout ce ne sera pas simplement de la LGV pour….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'argent pour ça ?

FREDERIC CUVILLIER
Vous allez voir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'argent ? Combien d'argent Frédéric CUVILLIER, ça va couter combien ?

FREDERIC CUVILLIER
Je laisserai au Premier ministre…. Jean-Jacques BOURDIN, le 9 juillet le Premier ministre va vous annoncer un plan d'investissement, c'est dans 15 jours, le rapport va m'être rendu aujourd'hui, pendant les 15 jours nous peaufinons la stratégie d'aménagement du territoire sur le routier, sur le ferroviaire, et sur les problématiques des gens qui vous écoutent, qui nous écoutent, qui aujourd'hui sont embêtés parce qu'il n'y a pas de mobilité, parce que les infrastructures ne sont pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Projet abandonné : le canal Saône-Rhin, l'A51 Gap-Grenoble, et l'A26 Troyes-Auxerre.

FREDERIC CUVILLIER
La question elle ne se pose pas comme ça. La question elle est par territoire, et par région. Quelles sont les priorités ? D'abord je vous rappelle que pour financer il y aura de la contractualisation avec les régions, donc à partir du rendu cet après-midi du rapport DURON, les préfets de région auront la mission de hiérarchiser avec les territoires chaque région, les priorités de mobilité et les priorités d'infrastructure. Donc je ne veux pas décider seul. Pourquoi je déciderai seul ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est sûr.

FREDERIC CUVILLIER
Et nous allons hiérarchiser et surtout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va attendre le 9 juillet.

FREDERIC CUVILLIER
Et surtout Jean-Jacques BOURDIN, il y a tant de projets, 245 milliards dont j'hérite, moi, peu importe les projets, je veux des réalisations et je ferai des réalisations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On en parlera le 9 juillet.

FREDERIC CUVILLIER
Volontiers.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juin 2013

Rechercher