Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la politique de la sécurité en Guadeloupe, la rénovation urbaine et la lutte contre l'habitat insalubre, et l'aide à l'investissement, en Guadeloupe le 27 juin 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la politique de la sécurité en Guadeloupe, la rénovation urbaine et la lutte contre l'habitat insalubre, et l'aide à l'investissement, en Guadeloupe le 27 juin 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement en Martinique et en Guadeloupe du 26 au 29 juin 2013 - Allocution au commissariat de la commune "Les Abymes" (Guadeloupe) le 27

ti : Je suis désolé de vous avoir fait attendre comme ça. Je souhaitais échanger avec la présidente du Conseil régional que je salue à nouveau, le président du Conseil général, mais aussi les parlementaires, mais aussi les maires des Abymes où nous sommes et de Pointe à Pitre. Et puis également en présence bien-sûr de mes collègues du gouvernement que vous connaissez, Victorin Lurel, ministre des Outre-mer ; George Pau-Langevin ; et François Lamy, ministre de la Ville qui est arrivé un petit peu avant moi ici, et qui était là il y a peu de temps en Guadeloupe. Et puis en présence de madame la Préfète qui vient de prendre ses fonctions, il y a quatre mois, originaire de ce département, en présence de la Procureure Générale et du directeur départemental de la sécurité publique et du colonel de gendarmerie commandant du groupement.

Les élus m'avaient écrit pour me demander un échange sur les questions de sécurité. J'ai accepté bien volontiers et je vous en parlerai dans quelques instants.

En tout cas ma méthode et celle de mon gouvernement c'est de parler et de dialoguer. De dialoguer sur tous les sujets. Parce que si on veut résoudre les problèmes qui sont les nôtres, dans notre pays, et donc aussi en Guadeloupe, il faut rechercher ensemble des solutions et ensuite agir. Et rechercher ensemble des solutions en partant de l'analyse des problèmes en faisant le bon constat, le bon diagnostic, et ensuite en se fixant des priorités et des plans d'action.

C'est la méthode qui permet de réussir. Et s'agissant de la délinquance et de la sécurité, je tiens à rappeler ici que dès ma prise de fonction, dès ma déclaration de politique générale il y a maintenant un an j'ai affirmé que la sécurité n'était pas quelque chose qu'on accordait en plus ou dont on se préoccupe après, elle fait partie du pacte républicain. Il n'y a pas d'Etat de droit, il n'y a pas de République digne de ce nom, il n'y a pas de démocratie si la sécurité - qui est un droit qui est inscrit dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 – n'est pas assurée partout sur le territoire de la République. Donc il faut sans cesse le redire, le réaffirmer, je l'ai fait il y a quelques jours, à Saint Cyr au Mont d'Or en présidant la cérémonie en l'honneur des nouveaux commissaires de police. J'ai donc profité de cette cérémonie pour adresser un message pour dire que le gouvernement est déterminé à lutter efficacement contre l'insécurité.

Mais pour y parvenir il faut mener de front plusieurs politiques publiques. Il faut bien sur mobiliser les forces de sécurité, actionner tous les dispositifs de prévention de la délinquance, permettre à la justice, par les moyens qu'on lui donne et les orientations qu'on lui fixe, de mener à bien ce qu'elle doit faire pour sanctionner lorsque c'est nécessaire, mais le reste y concourt aussi. Donner un cadre de vie décent, respectueux des personnes. D'abord le logement, permettre aux jeunes de se former par l'école, par la formation permanente, trouver un emploi, améliorer les conditions de vie quotidienne de nos compatriote, fait aussi partie du pacte social et républicain.

Et donc au niveau national c'est cette politique-là équilibrée, cohérente que nous menons de front. Nous n'attendons pas qu'un problème soit réglé pour commencer à s'occuper de l'autre.

C'est pour ça que j'ai voulu commencer ma visite par une visite de terrain pour voir avec vous ce que vous aviez pris à bras le corps, c'est à dire la rénovation urbaine, ici à Pointe à Pitre et puis aux Abymes. Je suis venu plusieurs fois dans ce département mais là c'était plutôt dans le cadre des loisirs, des vacances avec ma femme, ma famille, et c'est la première fois que je fais une visite en tant que chef du gouvernement dans les Outre-mer et j'ai voulu commencer par la Martinique et puis la Guadeloupe. Ensuite il y aura d'autres déplacements. Le président de la République lui-même se rendra dans ces départements d'Outre-mer, qui font partie de la France, qui ont leur originalité, leur identité, mais qui réclament aussi la solidarité, qui exigent aussi l'égalité. Et hier j'étais à Fort de France où j'ai commencé par rendre hommage à Aimé Césaire, pour le centenaire de sa naissance. J'ai rappelé ce qu'avait été sa vie, celle d'un poète, celle aussi d'un professeur, celle aussi d'un homme politique et c'était son combat, celui d'après la seconde guerre mondiale, pour que les anciens territoires néocoloniaux deviennent des départements à part entière et c'était le cas pour la Martinique, c'était le cas pour la Guadeloupe, c'est le cas pour la Guyane, et c'est le cas pour la Réunion. Des parlementaires d'ailleurs de ces différents département m'ont accompagné dans ce déplacement pour réaffirmer que ce combat de 1946 n'est pas un combat du passé, c'est un combat d'aujourd'hui pour l'égalité et donc le département signifiait cette aspiration, cette exigence à l'égalité. Donc le faire à travers des choix de politique, à travers des moyens que l'on donne pour réduire les inégalités, c'est cohérent avec ce qui a été entrepris il y a maintenant plus de soixante ans.

Et donc ici vous avez fait des choses remarquables à Pointe à Pitre à la place de l'ancien stade par exemple, de nouveaux logements ont été construits. C'est un nouveau quartier qui se met en place avec de l'activité, des commerces, des équipements publics ; et aux Abymes ce sont des logements neufs, là où il y avait de l'habitat insalubre, où on permet maintenant aux familles d'accéder à un cadre de vie dans la dignité. Et je l'ai vu sur les visages des personnes que j'ai croisées. Je l'ai entendu aussi de la part des personnes âgées, des jeunes, des familles et qui peut-être doutaient lorsque les programmes de rénovation urbaine ont été lancés, qui se disaient « oh là là, ce n'est pas pour nous, ça va couter cher, et est-ce que ça sera mieux ? » ; et qui aujourd'hui bien-sûr ne regrettent rien. Il en a fallu de la patience. D'abord pour les habitants, qui vivaient dans des conditions indignes et puis aussi pour les élus du courage, de la détermination, des choix budgétaires, mobiliser tous les services, mobiliser les architectes, mobiliser les urbanistes, mobiliser les entreprises, mobiliser les associations. Vous l'avez fait, et c'est vrai que trente ans après, depuis que François Mitterrand venant ici dans ce département à Pointe à Pitre, aux Abymes, avait été profondément marqué par sa visite dans le quartier de Boissard et qui s'était engagé, et vous l'avez rappelé tous les deux, monsieur le maire de Pointe à Pitre et monsieur le maires des Abymes particulièrement puisque c'est sur votre commune, il s'était engagé à ce qu'une page se tourne, mais c'est vrai qu'on voit là depuis cette visite le temps qu'il faut, parfois trop long, beaucoup trop long et moi je voudrais l'accélérer, parce que c'est vrai qu'aujourd'hui le quartier de Boissard, le grand Boissard c'est fini, une nouvelle page s'écrit mais vous avez encore devant vous tant de quartiers à rénover. Et le ministre de la ville le sait bien. Et donc c'est pour cela que je suis venu, ne pas seulement voir ce qui a été fait, mais pour voir avec vous ce que nous devons poursuivre et amplifier et inscrire dans la durée.

C'est vrai que dans les Outre-mer je parlais d'égalité, il y a plus d'inégalités qu'ailleurs. Il y a plus de pauvreté qu'ailleurs. Et donc c'est pour ça qu'il faut agir avec plus de force. Vous savez bien, je le dis souvent, que nous avons hérité d'une situation financière extrêmement dégradée des comptes publics. Et que nous avons le devoir de réduire la dette et les déficits. Pour aujourd'hui et pour demain, et notamment les générations futures, parce qu'il serait irresponsable de continuer à faire filer la dette que nos enfants et nos petits enfants auront à rembourser. Mais surtout, si cette dette continue d'augmenter il faut la rembourser tous les ans, et si le premier budget de l'Etat c'est le remboursement des intérêts de la dette, alors il ne reste plus assez d'argent pour investir et financer nos priorités. Donc si nous voulons maitriser cette dette et ces déficits en le faisant de façon mesurée, mais équilibrée, sans casser le retour nécessaire de la croissance, nous devons le faire. Mais gouverner, comme disait Pierre Mendes-France c'est choisir, et donc nous avons fait des choix qui sont cohérents avec les engagements qu'a pris le président de la République dans sa campagne des présidentielles.

Le premier choix c'est celui de l'emploi. Le premier choix c'est celui de l'éducation. Le premier choix c'est aussi celui de la sécurité et de la justice. Et puis l'autre choix c'est celui de la lutte contre les inégalités. Et notamment les inégalités Outre-Mer, dans les Outre-mer, les inégalités à l'intérieur de l'hexagone, dans les quartiers plus touchés eux aussi par la pauvreté, par le chômage, en particulier des jeunes, par la délinquance. Donc les efforts nous les ferons. Nous n'allons pas saupoudrer les crédits en mettant ici et là un peu partout pour dire « on a servi tout le monde ». Non. Gouverner c'est choisir et c'est donc aussi en ce qui concerne la politique de la ville, c'est ce que j'ai demandé à François Lamy, de concentrer les aides, de les simplifier, de les réorganiser là où les besoins sont les plus importants. Donc les dispositifs de la politique de la ville doivent être adaptés, doivent être ajustés, en fonction des particularités naturelles, géographiques, socio-économiques de chacun des territoires et particulièrement des territoires ultramarins. Dans cet esprit François Lamy a engagé une concertation avec les élus, mais aussi tous les professionnels concernés. Le projet de loi qu'il prépare sur la ville et qui sera adopté par le conseil des ministres cet été, au mois de juillet, prendra en compte ces particularités. Pour l'instant la phase de concertation se poursuit, mais je peux déjà vous donner quelques pistes importantes. Le premier axe c'est de redéfinir la géographie prioritaire. Le nouveau programme national de renouvellement urbain qui sera lancé l'année prochaine portera une ambition particulière pour la requalification des quartiers ultra marins. Sur les 200 quartiers concernés en France, par ce programme de rénovation urbaine, une trentaine sera située dans les Outre-mer et certains quartiers seront pris en compte pour la première fois mais ils en ont besoin. Et je vous le garantis ce qui a été engagé va se poursuivre dans la durée. Particulièrement pour la rénovation urbaine des deux communes des Abymes et de Pointe à Pitre.

Vous attendez tous en effet que le deuxième plan national de rénovation urbaine soit financé, soit garanti. Je le dis devant vous, ça sera le cas. C'est-à-dire tous les programmes que vous allez engager dans ce cadre seront financés. J'annoncerai ces montants prochainement puisque le 9 juillet je dois présenter à la demande du président de la République un plan d'investissement dans plusieurs secteurs, des investissements publics, des investissements dans les transports, des investissements dans la rénovation urbaine, des investissements dans les filières d'avenir, et donc j'annoncerai à ce moment-là les montants, ils permettront de financer les programmes sur lesquels vous travaillez.

Alors, sur le deuxième axe, je reviens sur la prise en compte de la spécificité des Outre-mer. On voit partout « RHI », c'est l'habitat insalubre, je sais que vous auriez souhaité que l'ANRU prenne en charge toutes les opérations de résorption de cet habitat indigne, mais ce sont deux démarches différentes, mais moi je veux la simplification. Dans les contrats de villes, que nous allons négocier, et pas seulement avec les intercommunalités, mais aussi avec les communes elles-mêmes, à l'échelle communale, au plus près du terrain, intégreront désormais la totalité de la problématique ANRU, Agence Nationale de Rénovation Urbaine, et RHI, parce que je parle aux élus qui comprennent ce jargon, mais moi je m'adresse à la population, et je ne voudrais pas qu'on parle un jargon incompréhensible. Ce que je veux, comme eux, comme les habitants, c'est des résultats, donc faisons simple, faisons simple pour faire plus vite, pour faire mieux, et pour faire plus efficace, c'est ce que nous allons faire ensemble.

Alors, si je vous parle des élus c'est parce que le gouvernement ne peut pas arriver à mettre en œuvre sa politique s'il n'a pas des partenaires sur le terrain, et donc vous êtes, vous les élus, ces partenaires. Encore une fois, je crois que vous pouvez compter sur le gouvernement, si je suis venu en Martinique, si je suis venu en Guadeloupe, ce n'est pas pour dire que je suis le Père Noël, et que dans ma hotte j'aurai tout – d'ailleurs, nous sommes au mois de juin, il ne faut pas se tromper de mois. Alors, vous allez me dire « vous pouvez revenir le 25 décembre » - mais, écoutez, moi je dis la vérité. La vérité c'est que nous faisons des choix, la vérité c'est qu'il y a une ambition, et que cette ambition doit s'inscrire dans la durée, pas au coup par coup, pas 1 an et puis après on arrête, pas dans 4 ans, non. Ce qui est engagé c'est le respect du contrat que François Hollande a passé avec les électeurs et les électrices des Outre-mer, c'est un contrat de confiance et je suis venu pour vous dire qu'il sera respecté.

Il avait pris 60 engagements pour la France, beaucoup sont connus, mais il a aussi pris 30 engagements spécifiques pour les Outre-mer, et le premier, vous allez me dire ce n'était pas le plus difficile, mais c'était un geste politique fort, c'était un ministre de plein exercice pour les Outre-mer, et c'est la fonction qu'occupe Victorin Lurel. Mais ce sont aussi des choix budgétaires, des choix de politique fiscale, je les ai évoqués hier en Martinique, je le redirai encore ce soir, pour l'aide à l'investissement, pour l'aide à l'investissement dans les équipements publics d'infrastructures, pour l'aide à l'investissement dans le logement, pour l'aide à l'investissement dans la rénovation urbaine, pour l'aide à l'investissement pour les entreprises, pour la création d'emplois. Donc voilà les engagements.

Parmi les 30 engagements, je l'ai dit, il y a celui qui concerne, pas seulement les Outre-mer, et j'y reviens, c'est la sécurité. Je sais que la situation, ici, se dégrade, mais pas seulement depuis 1 an, depuis que François Hollande est élu président de la République et que moi je suis chef du gouvernement, je ne dis pas ça pour me défausser, mais ça fait plusieurs années, plusieurs longues années, que la situation se dégrade et que la délinquance, parfois violente, s'est organisée et structurée, donc c'est ça qu'il faut démanteler, et ça demande beaucoup de travail. Si je vous dis ça ne fait pas seulement 1 an, ce n'est pas pour me défausser, c'est pour dire qu'il faut vraiment agir en profondeur. Il y a trop d'agressions, il y a trop de vols, il y a trop de violence, je l'ai dit, les cambriolages, il y a aussi des affrontements entre des bandes rivales, qui se multiplient, il y a le trafic de drogue, qui prospère un peu trop facilement. Sur les quatre premiers mois de l'année, je donne un chiffre – quand je dis je ne veux pas me défausser – les violences aux personnes ont augmenté, donc ça, ça s'est passé maintenant, +20%. Il y a eu aussi des homicides ces derniers jours dans votre département. Donc ça conduit à une exaspération, à une colère, légitime, et à un message fort qui est adressé à l'Etat. Donc déjà des résultats sont là, des réseaux importants de trafic de cocaïne ont été démantelés, tant mieux, mais ces opérations témoignent aussi de la vitalité de ces réseaux, souvent armés, et prêts à tout, et donc ces trafics, lorsqu'ils existent, gangrènent nos villes et nos quartiers. Cette situation, je le redis, est inacceptable, elle est inacceptable pour les Guadeloupéens, qui ont droit à la sécurité, mais elle est inacceptable pour moi, pour le gouvernement, elle est inacceptable pour l'Etat. Donc nous avons décidé tout de suite d'agir en renforçant les forces de sécurité, mais ça ne suffira pas, il faut aussi mettre en œuvre des modes d'actions et de coordinations nouvelles, c'est ce que les élus m'ont dit il y a quelques instants. Moi je sais qu'il faut des forces de police et de gendarmerie, je sais qu'il faut une justice efficace, mais j'ai été maire 35 ans, dans une ville de 40 000 habitants pendant 12 ans, et 23 ans dans une grande ville comme Nantes, 300 000 habitants, et à la tête d'une agglomération de 600 000 habitants, donc je connais les problèmes du quotidien, je connais l'impatience, je connais les difficultés, mais je sais aussi que si vous vous contentez de faire une visite de police ou de gendarmerie, d'aller fouiller une cave, ça fera peut-être impression, mais si vous ne vous attaquez pas à la racine du mal, à l'économie souterraine, alors vous risquez de décevoir, et les choses s'installeront une fois que vous aurez le dos tourné. Et ça je ne l'accepte pas. Mais je sais aussi que l'action de la police, l'action de la gendarmerie, l'action de la justice, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit pas, si on ne mène pas en même temps ce que j'ai appelé les politiques globales, les politiques de rénovation urbaine, les politiques d'éducation, les politiques de prévention. Ce n'est pas l'un qu'il faut opposer à l'autre, il n'y aurait pas ceux qui diraient il y a la prévention, et puis d'autres qui diraient il y a la répression, ça ne tient pas debout, il faut faire les deux, autant que nécessaire. Et donc les habitants veulent voir des policiers et des gendarmes sur le terrain, parce qu'ils veulent être rassurés, ils veulent, quand on appelle, qu'il y ait une réponse, ils veulent que les délinquants soient mis hors d'état de nuire, ils veulent qu'ils soient recherchés, ils veulent qu'ils soient arrêtés, et présentés à la justice pour les sanctionner. Mais, même si les moyens de police et de gendarmerie ne suffisent pas, ils sont nécessaires, et quand je vous disais que ce n'est pas facile de remonter la pente, qu'il faut du temps, c'est qu'entre 2008 et 2012, c'est-à-dire pendant 5 ans, on a supprimé 10 000 postes de policiers et de gendarmes, 10 000, c'est énorme. Et savez-vous qu'en 2013 il était programmé la suppression de 3415, exactement, postes supplémentaires, de policiers et de gendarmes en France, et si le gouvernement, que je dirige, n'avait pas pris la décision d'arrêter ce processus, j'allais dire de destruction d'emplois de sécurité, alors ce n'est pas 10 000 qui auraient été supprimés, c'est plus de 13 000, donc nous y avons mis un coup d'arrêt. Mais, plus que ça, il ne suffit pas de mettre un coup d'arrêt, nous avons décidé chaque année de créer 500 postes supplémentaires, certains nous reprochent de créer des postes de fonctionnaires, eh bien nous en créons dans l'Education, mais en créons dans la police, nous en créons aussi 500 par an dans la justice. Donc des postes de policiers et de gendarmes, pendant 5 ans, c'est un engagement du président de la République.

Mais en même temps j'étais, je vous le disais, à l'école de police de Saint-Cyr-au-Mont-D'or, il faut les former ces policiers, il faut les former ces gendarmes, donc il ne suffit pas de créer les postes, parfois il faut 1 an, voire plus, pour les former, donc le processus est parti, mais ce que vous voulez, vous, c'est voir sur le terrain. Donc s'agissant de la Guadeloupe, j'ai décidé que pour le 1er janvier les effectifs de police seraient augmentés de 27 fonctionnaires supplémentaires, ils sont disponibles, donc ils seront affectés à votre département. Je sais que ça ne répond que partiellement, mais je ne vais pas attendre 2 ans, qu'ils soient tous formés, donc c'est un choix, c'est une réaffectation, et c'est vous qui en seraient les bénéficiaires. Mais comme j'ai vu la situation particulièrement grave de la Guadeloupe, j'ai demandé au ministre de l'Intérieur d'envoyer ici, en plus des deux escadrons de gendarmerie présents, un escadron de gendarmerie mobile supplémentaire de 75 hommes, qui se verront confier – donc tout de suite – qui se verront confier des missions de sécurisation et de lutte contre la délinquance, là où elle est la plus dense, la plus intense, dans les zones urbaines sensibles de Pointe-à-Pitre et des Abymes.

Je le répète, ce renforcement des moyens est nécessaire, mais il faut aussi changer de méthode, c'est pour ça qu'a été créée la Zone Prioritaire de Sécurité. Le gouvernement a donc décidé, dans la zone de Pointe-à-Pitre et des Abymes, que vous pourriez bénéficier de ce dispositif. Là ce n'est pas la politique du chiffre que je veux, c'est une politique en profondeur, et donc ça veut dire quoi concrètement ? ça veut dire que police, gendarmes, mais aussi la justice, Madame la Procureur, avec l'ensemble des services, y compris les services fiscaux, les services des douanes, travaillent ensemble, mais ils ne travaillent pas ensemble sans parler avec la population, ils ne travaillent pas ensemble sans parler avec les maires, les maires sont au cœur du dispositif, ce sont les maires qui sont les premiers abordés par la population quand il y a un problème qui se pose, pour n'importe quel problème, on le sait. mais les maires ne sont pas responsables de tout, ils ont la police municipale, ils ont la responsabilité de la prévention, il y a le Conseil Général aussi, il y a la Région, qui m'a dit qu'elle était prête à aider, en vidéo-protection, ou même en soutien à la prévention, donc cette nouvelle organisation, qui n'est pas seulement la gestion des moyens, qui est la gestion à partir d'un diagnostic partagé, et la mise en mouvement des acteurs chacun dans leurs responsabilités, que ces Zones de Sécurité Prioritaires vont maintenant agir. Et quand je disais services fiscaux, ça veut dire que quand il y a une économie souterraine qui est en place, ce n'est pas uniquement, je le disais tout à l'heure comme une image, d'aller vider les caves, d'abord vous ne trouverez pas, dans les caves, ce que vous cherchez vraiment, vous trouverez peut-être des petites choses, mais les choses essentielles, c'est-à-dire si vous ne vous attaquez pas au portefeuille, si vous ne vous attaquez pas au train de vie, si vous n'allez pas vérifier pourquoi telle personne qui est au RSA vit sur un pied qui est incroyable, avec des grosses voitures, c'est ce travail qu'il faut faire, moi je ne veux pas m'attaquer qu'à la petite délinquance, mais aussi à la grosse délinquance. Alors autour de la table il faut qu'il y ait les acteurs de l'Education nationale, les élus des communes et des départements, je l'ai dit, les transporteurs publics, les bailleurs sociaux, les associations, tous ceux qui ont un mot à dire, sur ces questions de sécurité.

Et puis, je disais, changement de méthode, mais aussi changement des directives, changement des orientations, avec une nouvelle stratégie qui devra se concentrer sur quatre types d'infractions, les vols à main armée, les vols à l'arrachée, les violences entre bandes rivales et les cambriolages. Madame la Préfète le sait, je lui ai confié, avec le ministre des Outre-mer et le ministre de l'Intérieur, une mission, elle doit préparer un plan spécifique de lutte contre les bandes violentes, qui doit être élaboré sans délai, et mis en œuvre, non pas seulement à Pointe-à-Pitre et aux Abymes, mais dans l'ensemble du département. Du côté des forces de sécurité intérieure, tous les services doivent contribuer à l'élaboration de cette stratégie et à l'application des actions qui seront décidées, je pense au Service Départemental de l'Information Générale, le SDIG, en coopération avec la gendarmerie, je pense aux groupes d'intervention de la police nationale, aux groupes de pelotons d'intervention de la gendarmerie, qui sont pleinement mobilisés dans l'accomplissement de ces missions. Et puis j'ai demandé à la Garde des sceaux, j'ai demandé à la Garde des sceaux ministre de la Justice, d'élaborer, j'en ai parlé il y a quelques instants avec Madame la Procureure Générale, une circulaire de politique pénale territoriale, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles l'action pénale est engagée, sur le terrain, en adaptant cette action pénale aux problèmes spécifiques de la Guadeloupe, pour définir des priorités. Et donc c'est un tout que je vous présente. Ces actions de répression, je le répète, se mèneront avec la plus grande fermeté, mais elles sont aussi indissociables de l'action de prévention que je viens d'évoquer, puisqu'il ne s'agit pas d'opposer l'un à l'autre.

Le gouvernement a arrêté une nouvelle stratégie nationale de prévention de la délinquance, qui s'appuie sur trois plans, la prévention de la délinquance des jeunes, la prévention de la violence faite aux femmes, des violences intrafamiliales et le renforcement de la tranquillité publique pour lutter contre la petite délinquance. J'ai décidé, pour atteindre ces objectifs, d'apporter un complément financier par le biais du fonds interministériel de prévention de la délinquance, pour cette Zone de Sécurité Prioritaire, pour que vous puissiez disposer, aux côtés des moyens des collectivités locales, de moyens supplémentaires. C'est donc vous, Madame la Préfète, vous êtes là, que j'ai chargée de la coordination de l'ensemble de ces missions, en lien bien sûr avec l'autorité judiciaire qui a ses propres compétences et responsabilités. Des moyens humains supplémentaires, une organisation nouvelle, des priorités définies, dans la circulaire de politique pénale.

Mesdames et messieurs les élus, et tout particulièrement mesdames et messieurs les maires, messieurs les maires de Pointe-à-Pitre et des Abymes, je vous remercie encore une fois de votre accueil, chaleureux, de votre disponibilité, de votre engagement, la population vous connaît, vous apprécie, je sais qu'elle a raison de vous faire confiance. Vous êtes plus que des maires, vous êtes des médiateurs, vous êtes sur le terrain les représentants de la République, avec tous les autres élus, avec les représentants de l'Etat, mais la République, si on veut que les citoyens continuent d'avoir confiance en elle, elle doit respecter toutes ses promesses, celles de l'idéal républicain des révolutionnaires de 1789, c'est le sens de mon engagement et de celui de tout le gouvernement, mais c'est ce qui fait tenir debout notre peuple, y compris dans sa diversité. Moi je n'ai pas peur de reconnaître la diversité des cultures, c'est une richesse, la diversité des langues et des cultures, c'est vrai dans les Antilles, c'est vrai en Martinique, c'est vrai en Guadeloupe, la langue créole, la culture caribéenne, la culture française, la culture européenne, mais c'est tout ça la France, n'ayons pas peur de cette diversité, parce que ce qui est au-dessus de cela, ce sont les valeurs d'égalité, de liberté, et de fraternité, qui sont notre patrimoine commun, celui de la République française à laquelle nous appartenons tous. alors, en venant vous voir, je suis venu vous dire mon affection, mon amitié, ma solidarité, mais surtout mon engagement à ce que les 30 mesures annoncées par le président de la République, et qui vous ont conduit à lui donner, ici, une très large majorité, soient tenues, et j'en suis le garant, vous pouvez compter sur mon gouvernement. Merci encore de votre accueil chaleureux et amical.


Source http://www.gouvernement.fr, le 15 juillet 2013

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