Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 4 juillet 2013, sur la position défavorable de la France concernant une éventuelle demande d'asile de la part d'Edward Snowden, auteur de révélations sur les activités d'espionnage des Etats-Unis, le limogeage de Delphine Batho, le droit de vote des résidents étrangers, le non-cumul des mandats et la sécurité routière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 4 juillet 2013, sur la position défavorable de la France concernant une éventuelle demande d'asile de la part d'Edward Snowden, auteur de révélations sur les activités d'espionnage des Etats-Unis, le limogeage de Delphine Batho, le droit de vote des résidents étrangers, le non-cumul des mandats et la sécurité routière.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS est notre invité ce matin, bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous poser une question sur Edward SNOWDEN pour commencer, si Monsieur SNOWDEN demande l'asile politique à la France est-ce qu'il faut le lui accorder ?

MANUEL VALLS
Eh bien, d'abord, il ne l'a pas fait encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne l'a pas fait, vous confirmez ?

MANUEL VALLS
Il ne l'a pas fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que 21 pays auraient… il aurait demandé l'asile politique à 21 pays ?

MANUEL VALLS
La France n'a pas reçu de demande d'asile !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

MANUEL VALLS
Ensuite, nous avons des conventions, nous avons des relations avec les Etats-Unis, et même si aujourd'hui nous demandons des explications sur ces informations concernant l'espionnage dans un certain nombre pays - dont le nôtre - auraient fait l'objet de la part des services américains, c'est un pays ami. Nous sommes aujourd'hui le 4 juillet, c'est la fête nationale des Etats-Unis

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que je vous pose la question !

MANUEL VALLS
Je me rendrai moi-même à l'ambassade des Etats-Unis aujourd'hui, nous avons une relation avec les Etats-Unis, j'étais il y a encore quelques jours à Washington et à New-York et nous parlons de lutte commune contre le terrorisme ou contre la menace terroriste, c'est un pays démocratique, donc nous avons des relations évidemment avec les Etats-Unis et notamment concernant l'extradition possible pour un certain nombre d'individus. Donc c'est un dossier extrêmement compliqué et, si cette personne faisait cette demande, elle devrait être examinée avec attention parce qu'elle poserait beaucoup de problèmes juridiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous diriez non ou oui ?

MANUEL VALLS
Je crois que ça pose beaucoup de problèmes très honnêtement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous diriez non ?

MANUEL VALLS
Et, pour ce qui me concerne, je n'y suis pas très favorable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, vous, vous n'y êtes pas favorable ?

MANUEL VALLS
Mais c'est une décision compliquée, il faut qu'il fasse cette demande.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce que vous n'y êtes pas favorable ? Voilà un lanceur d'alerte, voilà quelqu'un qui, grâce à lui, nous… grâce à lui nous apprenons que nous sommes…

MANUEL VALLS
Oui ! Mais, en même temps, c'est un agent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Espionnés ?

MANUEL VALLS
Oui ! Mais c'est en même temps un agent des services américains. Je vous le disais il y a un instant, nous avons une relation avec les Etats-Unis d'Amérique, c'est un pays démocratique, ce n'est pas une dictature, il y a une justice, une justice indépendante, donc ce sont des dossiers extrêmement compliqués, la question aujourd'hui ne se pose pas. Si cette demande est faite, elle sera évidemment examinée, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous n'y êtes pas favorable

MANUEL VALLS
Mais c'est un dossier, pour des raisons essentiellement juridiques, extrêmement complexe, et d'ailleurs y compris pour lui-même aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Et parce que nous sommes amis avec les Etats-Unis ?

MANUEL VALLS
Oui ! Mais c'est le cas d'ailleurs de tous les pays, y compris la Russie là où il y est.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais notre ami nous espionne, apparemment les faits sont avérés puisque les Américains… enfin les Américains nous ont même dit qu'ils allaient nous fournir des informations, nous verrons bien.

MANUEL VALLS
Le Président de la République a demandé des explications…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MANUEL VALLS
Le plus vite possible…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MANUEL VALLS
Le Président d'ailleurs Barack OBAMA a dit lui-même qu'il comprenait le trouble et le questionnement des Européens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MANUEL VALLS
Il faut que ces explications viennent désormais très vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, voilà un homme…

MANUEL VALLS
J'ai moi-même demandé à mes homologues de l'Intérieur et de la Justice à Washington…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement ! J'allais vous poser la question.

MANUEL VALLS
Des explications, une partie des révélations n'était pas encore sur la place publique au moment où j'étais à Washington, en tout cas nous avons besoin de ces explications.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous avons besoin de ces explications. Mais, pour en revenir, une dernière fois à SNOWDEN, voilà un homme quand même qui nous fait des révélations qui nous concernent à titre personnel et la Nation toute entière est concernée, on ne va pas le laisser tomber…

MANUEL VALLS
Oui ! Mais, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne peut pas le laisser tomber, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Mais, Jean-Jacques BOURDIN, en même temps… en même temps nous ne connaissons pas ni les documents, s'il y a des documents, ni la réalité de toutes ces informations, de toutes révélations, donc il faut être prudent. Les services secrets américains ou des autres pays ont besoin de surveiller à la fois des réseaux de communication, un certain nombre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est vrai que l'ambassade de France était… qu'il y avait des caméras dans l'ambassade de France à Washington ?

MANUEL VALLS
Ca serait particulièrement grave ! Là, ça serait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou pas ?

MANUEL VALLS
Je n'en sais rien à ce stade ! Mais ça serait particulièrement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine que vous avez diligenté des enquêtes, vous ?

MANUEL VALLS
Il y a un certain nombre d'enquêtes qui sont diligentés ! Mais ça serait particulièrement grave…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça y est ? Les services du contre-espionnage français sont en train de travailler ?

MANUEL VALLS
Je n'ai pas d'élément ! Jean-Jacques BOURDIN. Mais tout ce qui est de l'ordre de l'espionnage, de la surveillance de pays amis, de pays alliés, de partenaires – y compris dans la lutte contre le terrorisme – serait en effet particulièrement grave…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais nous espionnons, nous ?

MANUEL VALLS
Le Président de la République, le ministre des Affaires étrangères Laurent FABIUS L'ont dit avec beaucoup de force.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous espionnions, nous ?

MANUEL VALLS
Nous espionnons tous ceux qui doivent être espionn??s ! Et nous avons évidemment des services extérieurs et intérieurs qui sont là pour protéger les Français, pour protéger la Nation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, nous n'espionnons pas les Américains ?

MANUEL VALLS
Les intérêts fondamentaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous n'espionnons pas les Américains ?

MANUEL VALLS
Nous avons besoin d'espionner ceux qui s'en prennent à la France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

MANUEL VALLS
Et nous avons besoin d'ailleurs de systèmes de communication…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, les Américains n'ont pas besoin de nous espionner ?

MANUEL VALLS
Nous avons besoin de systèmes de communication et de systèmes technologiques pour espionner ceux qui s'en prendraient aux intérêts fondamentaux. Mais je crois qu'on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Donc les Américains n'ont pas besoin de nous espionner, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Nous on n'a pas besoin d'espionner des pays amis, en effet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si les Américains nous espionnent, vous leur dites quoi ?

MANUEL VALLS
Ce serait particulièrement grave et qu'il faut mettre fin à ces pratiques bien sûr et c'est pour ça que nous avons besoin aussi de bâtir entre pays alliés une charte, des éléments qui empêchent ce type de pratiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'accord de libre-échange, discussions qui vont commencer lundi, j'ai entendu François HOLLANDE qui dit, qui a dit : Eh bien on va faire en sorte de retarder l'ouverture de ces négociations, oui mais l'Allemagne a dit le contraire, et que se passe-t-il lundi ? Ouverture des négociations.

MANUEL VALLS
Là, c'est au niveau européen.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui ! C'est au niveau européen.

MANUEL VALLS
Vous le disiez vous-même d'ailleurs sur l'antenne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui, je le disais ce matin.

MANUEL VALLS
C'est la Commission elle-même qui négocie et cela prendra…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord !

MANUEL VALLS
Pas des jours, des mois, parce que c'est un accord extrêmement complexe, sans doute nécessaire en termes de croissance mais qui doit être équilibré d'un point de vue économique, commercial entre les Etats-Unis et l'Union européenne. Mais lundi il va y avoir aussi une discussion entre l'Union européenne et les Etats-Unis concernant l'espionnage, concernant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! C'est compromis, discussion parallèle oui.

MANUEL VALLS
Mais elle est nécessaire !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MANUEL VALLS
Pour avoir les explications. Le président OBAMA, je vous le répète, a compris qu'il devait donner très vite tous les éléments d'explication aux pays européens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE a appelé Barack OBAMA sur ce sujet ?

MANUEL VALLS
Je ne le sais pas !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne le savez pas.

MANUEL VALLS
Mais en tout cas le ministère des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, a eu son homologue John KERRY et l'ambassadeur des Etats-Unis a été convoqué par Laurent FABIUS.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Delphine BATHO, Delphine BATHO qui n'est plus au gouvernement. Alain JUPPE n'est pas choqué : Quand on est ministre, on ne négocie pas son budget sur les ondes de la radio, vous êtes d'accord avec lui ?

MANUEL VALLS
Le budget, vous le savez, c'est ce qui fait le coeur de l'action d'un gouvernement, parce que c'est sur la base d'un budget qu'on mène un certain nombre de politiques publiques et c'est le budget qui fonde la solidarité au sein d'une majorité et aussi au sein d'un gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous êtes d'accord avec lui ?

MANUEL VALLS
Je suis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne va pas… on ne va pas critiquer son budget sur une radio…

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN ! Une décision a été prise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur RTL en l'occurrence ?

MANUEL VALLS
Une décision, mais même sur RMC….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Même sur RMC, ce serait pareil oui.

MANUEL VALLS
Mais une décision a été prise par le Président de la République et par le Premier ministre, à partir du moment où il y avait une critique publique à l'égard du budget cette décision sans doute s'imposait, même si je garde – comme tous les membres du gouvernement, mais comme le Président de la République et le Premier ministre aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une liberté de parole !

MANUEL VALLS
Non ! Je garde l'affection…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! Bon, j'ai cru…

MANUEL VALLS
L'amitié que nous devons à Delphine BATHO.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MANUEL VALLS
Nous avons fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui sera là demain matin d'ailleurs pour s'expliquer.

MANUEL VALLS
Nous avons fait la campagne présidentielle ensemble, elle était l'une des porte-paroles talentueuses de la campagne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui.

MANUEL VALLS
Nous avons siégé à l'Assemblée nationale - c'est quelqu'un qui travaille, qui a beaucoup de qualités personnelles - mais, à partir du moment où il y a un tel désaccord et qu'il est mis sur la place publique, la solidarité gouvernementale elle s'impose et le choix qui a été pris est le bon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Mais, Manuel VALLS, un ministre, un ministre a droit à une liberté de parole ? Lorsqu'Arnaud MONTEBOURG menace Jean-Marc AYRAULT, enfin menace ou insulte Jean-Marc AYRAULT, lorsque vous-même vous parlez du droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales – moi je rappelle ce que vous avez dit dans Le Monde : Est-ce que c'est aujourd'hui une revendication forte dans la société française, un élément puissant d'intégration ? Non ! Est-ce que vous dites la même chose aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
Bien sûr ! Mais enfin c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites la même chose ?

MANUEL VALLS
Bien évidemment ! Mais c'est une analyse politique, je n'ai jamais mis en cause la solidarité gouvernementale, sa politique économique et budgétaire et il est très fondamental…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Vous mettez en cause l'une des promesses du Président de la République.

MANUEL VALLS
Non ! Je n'ai pas dit ça, j'ai toujours dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites : Est-ce que c'est aujourd'hui une revendication forte…

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN ! Jean-Jacques BOURDIN, vous essayez un peu de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je n'essaie rien du tout !

MANUEL VALLS
Si ! Vous essayez de mélanger un peu tous les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Non.

MANUEL VALLS
Tous les sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non.

MANUEL VALLS
Le budget de la Nation c'est ce qui fonde, encore une fois, la solidarité, non pas uniquement au sein du gouvernement mais c'est ce qui fonde une majorité. Puisque, pour permettre une politique publique, pour tous les domaines : l'éducation, la sécurité, l'environnement, l'agriculture, nous avons besoin d'un budget, et ceux qui participent au gouvernement et ceux qui participent à la majorité doivent être solidaires, ensuite on peut avoir les uns et les autres un certain nombre d'analyses. Sur le droit de vote des résidents étrangers, puisque vous m'entrainez sur ce sujet volontairement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Vous allez comprendre pourquoi après.

MANUEL VALLS
C'est un engagement du Président de la République, pour mener à bout cet engagement il faut une majorité qualifi??e, il faut une réforme constitutionnelle et le Président de la République a dit lui-même que ce dossier serait ouvert après les Elections Municipales pour pas qu'on puisse l'accuser et nous accuser d'utiliser ce thème à l'occasion des Elections Municipales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien ! Mais est-ce que c'est un élément puissant d'intégration ?

MANUEL VALLS
Ou de modifier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

MANUEL VALLS
Non ! Aujourd'hui je ne le crois pas, c'est un élément parmi d'autres...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Ce n‘est pas un élément d'intégration ?

MANUEL VALLS
Non ! L'intégration par exemple c'est le choix que nous faisons sur la naturalisation, l'intégration c'est l'emploi, le logement, l'école, le partage des valeurs de la République, est-ce que c'est être Français aujourd'hui autour de la devise républicaine ? C'est ça l'intégration ! C'est un élément… Le droit de vote des résidents étrangers, c'est un élément de la citoyenneté mais ça n'est pas la puissance que cette revendication pouvait avoir il y a 30 ans, puisque le problème que nous avons aujourd'hui ce sont des jeunes – et pas seulement des jeunes – des citoyens Français qui ne votent pas, qui expriment un vote de désespoir ou qui expriment une marque de défiance à l'égard de la politique en n'allant pas voter, il est là d'abord le problème et le droit de vote des résidents étrangers ne résout pas cette crise d'identité ou cette crise de défiance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'est-il pas plus facile quand même de virer Delphine BATHO que Pierre MOSCOVICI, Arnaud MONTEBOURG qui s'est exprimé ou alors, là, Manuel VALLS ? Non ! Franchement ? Non ! Mais je…

MANUEL VALLS
Mais pourquoi vous voulez virer tout le monde ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Non, je ne veux pas virer tout le monde, ce n'est pas qui vire.

MANUEL VALLS
Ecoutez ! Moi je suis… (brouhaha)…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je ne risque pas d'être viré par François HOLLANDE.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN ! Je suis en charge de l'ordre public au plan national, pour protéger les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! Bon.

MANUEL VALLS
Je ne suis pas en charge…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De l'ordre public…

MANUEL VALLS
De l'ordre au sein du gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au sein du gouvernement.

MANUEL VALLS
C'est le Président de la République et c'est le Premier ministre, ils ont pris le choix qui s'imposait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En tant que Premier ministre… si vous étiez Premier ministre, ça peut arriver, non ?

MANUEL VALLS
Ah ! Oui, mais je suis ministre de l'Intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Mais…

MANUEL VALLS
Mais, Jean-Jacques BOURDIN, vous me tendez un peu à chaque fois les mêmes pièges, je ne veux pas y tomber.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Ce n'est pas les mêmes pièges, je dis : Si vous étiez Premier ministre, vous auriez viré Delphine BATHO ?

MANUEL VALLS
Le choix a été fait par François HOLLANDE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! D'accord.

MANUEL VALLS
Et par le Premier ministre et, encore une fois, c'est le choix qui s'imposait. On ne peut pas contester les choix et les arbitrages budgétaires effectués par le Premier ministre, il y a une demande d'autorité – elle est normale, elle est logique – il y a débat au sein du gouvernement, nous ne sommes pas caporalisés, la discussion avec le Président de la République et le Premier ministre elle est de très bonne qualité, mais, quand les arbitrages ont été rendus, ils s'imposent. Et puis on ne peut pas qu'il faut redresser les finances du pays, réduire les déficits, réduire la dette, et, ensuite, ne pas accepter un certain nombre de choix qui sont faits sur le plan budgétaire et qui s'imposent à tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le non cumul des mandats, discussion à l'Assemblée nationale, alors je rappelle le projet de loi : interdiction de cumuler un mandat parlementaire - député ou sénateur – et une fonction exécutive locale ou la présidence d'un organisme HLM par exemple, ou encore la présidence du conseil de surveillance d'un hôpital, ça entrera en vigueur si la loi est votée après les Législatives de 20017… On est bien d'accord, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE… Oui !

MANUEL VALLS
En fait avant, mais pour les Elections Législatives de 2017.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Voilà, voilà. Un député ou un sénateur pourra quand même rester conseiller municipal, c'est bien cela ?

MANUEL VALLS
Ou conseiller général ou conseiller régional.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà ! Ou conseiller régional ou conseiller général.

MANUEL VALLS
Et il ne pourra plus être responsable d'un exécutif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Voilà.

MANUEL VALLS
Maire, maire adjoint, président ou vice-président.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous êtes opposé à l'interdiction d'exercer plus de 3 mandats consécutifs, pourquoi ?

MANUEL VALLS
D'abord je veux vous dire que c'est une loi importante, parce que c'est une véritable révolution démocratique. Je le dis, parce que c'est une tradition française, qu'on peut comprendre, qu'on peut analyser, mais dans un pays qui s'est autant décentralisé que le nôtre au cours de ces 30 dernières années il était temps d'en finir avec le député-maire, le sénateur-maire, le député- président ou le sénateur-président, et, ça, ça va être fait. Cette loi elle va s'appliquer avec un temps de transition, vous l'avez rappelé, d'ici 2017- et d'ailleurs pas seulement pour des raisons politiques mais d'abord essentiellement pour des raisons constitutionnelles - parce qu'on ne pouvait pas provoquer une mini-dissolution au lendemain des Elections Municipales, le Conseil constitutionnel, le Conseil d'Etat d'ailleurs nous l'ont très clairement rappelés. Et puis il y a d'autres débats qui s'ouvrent, il y a des amendements qui enrichissent ce texte, vous l'avez rappelé, en…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très peu d'amendements ! C'est ce qu'a rappelé le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Oui ! On va discuter quand même à partir de ce matin de 300 amendements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! 300… Bon.

MANUEL VALLS
Mais l'équilibre du texte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Non, mais amendements socialistes très peu, ce que je veux dire.

MANUEL VALLS
L'équilibre du texte était préservé. Il y a des amendements socialistes, qui durcissent d'ailleurs le non cumul, vous l'avez rappelé, par rapport à d'autres fonctions : président de société d'économie mixte ou HLM. Et puis il y a un débat sur le temps, sur le cumul dans le temps, là c'est aux électeurs de faire ce choix. Vous savez dans une grande démocratie, nous en parlions il y a un instant - comme les Etats-Unis – il y a une limitation du cumul dans le temps pour le président…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui.

MANUEL VALLS
C'est le cas aussi chez nous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

MANUEL VALLS
Et pour tous les exécutifs : gouverneur, maire, mais ils ont eu eux aussi ce débat sur le non cumul dans le temps et ils ont considéré que pour ce qui est une chambre, le Sénat ou la Chambre des représentants – et ça vaut pour nous – il ne fallait pas ce temps, c'est aux électeurs de faire ce choix. Mais cette loi elle va changer beaucoup de pratiques, parce que, même si elle ne s'applique qu'à partir de 2017, j'ai la conviction profonde qu'à partir des Elections Municipales d'une certaine manière elle va s'appliquer puisque ceux qui sont candidats aux Elections Municipales et qui cumuleraient leur poste de maire avec une fonction parlementaire seront obligés de dire...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien évidemment !

MANUEL VALLS
Le choix qu'ils feront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Alors, dans les 60 engagements de François HOLLANDE, il y avait l'introduction d'une dose de proportionnelle, ce n'est pas dans votre texte. Est-ce que, avant la fin du mandat, de François HOLLANDE, on aura un projet de loi sur l'introduction d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale, lors des élections législatives ?

MANUEL VALLS
C'est au président de la République de le dire, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ou pas ?

MANUEL VALLS
Mais il n'y a aucune raison que cet engagement ne s'applique pas. J'ai porté, au cours de ces derniers mois, et encore ces heures-ci pour ce qui concerne le cumul des mandats, des engagements du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous porterez cet engagement-là ?

MANUEL VALLS
Davantage de proportionnelle au Sénat, c'est fait, ça doit être voté définitivement, mais c'est fait, la parité totale au niveau des départements. Quel changement ! Là, aujourd'hui, que 13% de femmes dans nos départements, vous vous rendez compte, il y a même des départements où il n'y a aucune femme, au Conseil Général. La loi qui a été votée permet, aujourd'hui, la parité absolue grâce à un scrutin binominal, un homme et une femme candidats ensemble, la parité dans tous les départements. Nous allons même approfondir la démocratie dans l'intercommunalité, communautés d'agglomérations, communautés de communes, puisque là aussi les électeurs pourront choisir leurs délégués à l'intercommunalité. Et demain, si le président de la République le souhaite, c'est un engagement, il y aura une dose de proportionnelle à l'Assemblée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous porterez un projet de loi ?

MANUEL VALLS
Si le président de la République le souhaite et met en oeuvre cet engagement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est prévu ou pas ?

MANUEL VALLS
Aujourd'hui ce n'est pas prévu, nous avons le temps, parce que, introduire une dose de proportionnelle, c'est opérer un découpage, parce qu'il faudra de toute façon redécouper…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça sera fait avant la fin du quinquennat, vous pensez que c'est une promesse qui sera tenue ?

MANUEL VALLS
Je crois, il n'y a aucune raison que cet engagement ne soit pas tenu. Il faut le faire, soyons précis, avant 2016, parce que s'il doit y avoir un découpage des circonscriptions, puisqu'on ne peut pas rajouter des députés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que je vous en parle.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, on ne peut pas rajouter des députés, donc c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ferait mieux d'en supprimer quelques-uns, non ?

MANUEL VALLS
Ça c'est votre idée, pourquoi pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas mon idée, je vous pose la question.

MANUEL VALLS
Pourquoi pas, c'est une idée qui peut être mise sur le débat public, mais attention à ne pas lancer des débats tout azimut, aujourd'hui nous sommes en train de discuter du non-cumul des mandats, c'est déjà un changement, une révolution démocratique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin nous sommes dans la réforme des institutions.

MANUEL VALLS
Oui, donc, s'il y a demain une part de proportionnelle dans le scrutin législatif, il faudra un découpage et ce découpage devra être arrêté définitivement avant mars 2016, c'est-à-dire 1 an avant les élections législatives. Si le président de la République engage ce chantier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le ferez.

MANUEL VALLS
Il devra être reporté, mais c'est son choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors trois, quatre questions, très rapides, les contrôles au faciès, 13 personnes qui attaquent l'Etat et le ministère de l'Intérieur. Contrôles musclés, disent-ils, qu'est-ce que vous dites à ce propos ? Vous laissez la justice agir, j'imagine.

MANUEL VALLS
Il appartient à la justice de décider. Si ces citoyens ont le sentiment d'avoir subi un contrôle au faciès…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça existe ?

MANUEL VALLS
Evidemment, c'est une réalité qui existe, et elle doit être condamnée sévèrement, parce que le contrôle au faciès porte un nom insupportable, c'est tout simplement le racisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les caméras sur les uniformes, on en est où ?

MANUEL VALLS
Ça avance, puisque l'expérimentation a été lancée dans la plupart des zones de sécurité prioritaires. Nous avons adopté aussi un code de déontologie commun, nous avons refondu le code de déontologie qui ne l'avait pas été depuis 1986, ce code de déontologie est commun à la police et à la gendarmerie, il interdit par exemple le tutoiement, c'est aussi un élément, parfois, un sentiment d'humiliation que peuvent subir un certain nombre de nos concitoyens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire, si un policier tutoie une personne contrôlée, que se passe-t-il, la personne contrôlée peut se retourner ?

MANUEL VALLS
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contre le policier ?

MANUEL VALLS
Bien sûr. Ce code de déontologie, aussi, et le défenseur des droits…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Se retourner contre le policier, saisir l'Inspection générale de la Police ?

MANUEL VALLS
Je vais y venir. Ce code de déontologie prévoit, et le défenseur des droits y a été très attentif aussi, à l'encadrement de ce qu'on appelle les palpations, elles sont nécessaires dans des contrôles identité, mais elles doivent être faites aussi avec beaucoup de rigueur. Et puis nous avons fait une réforme très importante, c'est un changement majeur, qui est effectivement la réforme de l'Inspection générale de la Police nationale, que tous les citoyens, jusqu'à maintenant c'était uniquement l'Inspection générale des Services, qui s'occupe de la préfecture de police, que tous les citoyens, au niveau national, pourront saisir notamment à travers une plateforme Internet. Et enfin, policiers et gendarmes, en uniforme ou en civil, porteront leur numéro d'identification, leur numéro de matricule.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A partir de quand, tout, tout ?

MANUEL VALLS
A partir de cet automne pour la plupart des réformes que je viens d'annoncer. C'est un changement majeur, parce que moi je fais confiance aux policiers et aux gendarmes, qui font tous un travail remarquable, qui luttent contre la violence et la délinquance. Mais nous savons aussi qu'il faut, pour que la police et la gendarmerie soient encore plus efficaces, qu'elles s'appuient sur la population, sur les citoyens, qu'il y ait un lien de confiance, qui s'est distendu au cours de ces dernières années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les policiers, présumés corrompus à Marseille, ont repris le travail. Ça ne vous choque pas ?

MANUEL VALLS
Oui, mais là aussi ce sont des décisions de justice, Jean-Jacques BOURDIN, il faut respecter les décisions de justice. Beaucoup de ces policiers, aujourd'hui, mais vous le savez aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En tout cas ça choque, dans les quartiers Nord de Marseille notamment, vous le savez bien.

MANUEL VALLS
Oui, mais la plupart d'entre eux ne travaillent plus ni sur ces quartiers, ni en brigade anti-criminalité, ni dans les Bouches-du-Rhône, et il y a deux procédures, une procédure judiciaire, et là c'est l'indépendance de la justice, je suis convaincu que la justice ira jusqu'au bout, et puis il y a une procédure administrative, disciplinaire, qui est en cours actuellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux choses encore. Est-il vrai que 20% des radars sont en panne ? C'est vrai ou pas ça ?

MANUEL VALLS
Non. Il y a des radars qui peuvent être en panne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu ça. J'ai lu ça.

MANUEL VALLS
Qui sont défectueux, je regardais d'ailleurs une petite note qui m'était fournie sur ce sujet-là, puisque je vous ai entendu ce matin, ou j'ai entendu une information sur votre radio, sur RMC, certains peuvent être défectueux, certains peuvent avoir été vandalisés, mais c'est une petite part. Faisons attention d'ailleurs, surtout maintenant, à la veille des grands départs des vacances…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que je vous en parle.

MANUEL VALLS
Un message de très grande vigilance, de respect de limitations de vitesses, pas boire bien évidemment, pas utiliser le téléphone, de quel que mode que ce soit sur le plan technique, au volant, le nombre de tués sur les routes est en train de baisser, j'ai un objectif, 2000 morts sur les routes, et c'est déjà beaucoup, mais en 2020, alors qu'aujourd'hui on en a autour de 3600, il faut faire un effort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et fin 2013, l'objectif sera quoi ?

MANUEL VALLS
L'objectif c'est 2000 tués seulement sur les routes, c'est déjà énorme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MANUEL VALLS
3600 aujourd'hui. Il faut continuer l'effort, il faut respecter les règles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins de 3000 fin 2013, fin 2014 ?

MANUEL VALLS
C'est déjà un palier très important, mais nous avons besoin de ces radars et nous avons besoin notamment des radars de nouvelle génération, il y en aura, dans les 2 ans qui viennent, près de 300, et ils sont ô combien utiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernière question. Nicolas HINARD sera-t-il promu major ? C'est une promesse qui lui a été faite.

MANUEL VALLS
Cette promesse lui a été faite, la C.A.P (phon) ne lui a pas donné, il a été promu, il y a un recours gracieux, et je vais examiner, tout en respectant les formes, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez examiner son cas ?

MANUEL VALLS
Je vais examiner très favorablement son cas, parce que son témoignage, je l'ai entendu ce matin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur RMC, oui.

MANUEL VALLS
Je l'avais lu, c'est un homme courageux, il a expliqué dans quelles circonstances il avait été très gravement blessé. Je l'avais rencontré… parce que le 14 juillet je reçois, après les cérémonies, toutes les familles de victimes, mais aussi tous les blessés, sapeurs-pompiers, policiers et gendarmes, et donc nous devons ça, soutenir ceux qui ont été blessés, soutenir leurs familles. Vous savez, j'aime les policiers, les gendarmes, les sapeurs-pompiers, les hommes et les femmes de ce grand ministère de l'Etat et de la sécurité, dont j'ai la responsabilité, nous devons être à leurs côtés, donc j'examinerai très favorablement ce dossier, je crois qu'il mérite cette promotion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci pour lui. Manuel VALLS, merci.

MANUEL VALLS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2013

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