Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à I Télé le 8 juillet 2013, sur la situation économique et le chômage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à I Télé le 8 juillet 2013, sur la situation économique et le chômage.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social;

ti :


CHRISTOPHE BARBIER
Michel SAPIN bonjour, bienvenue.

MICHEL SAPIN
Oui, bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Nicolas SARKOZY assistera aujourd’hui au bureau politique de l’UMP. Est-ce que l’annulation de ses comptes de campagne n’a pas finalement relancé l'ex-président ?

MICHEL SAPIN
C’est ce qu’il croit, il veut toujours croire qu’il est victime de quelque chose, il est victime de lui-même en l’occurrence. Le non-respect des comptes, il le savait, c’est sciemment fait…

CHRISTOPHE BARBIER
Vous diriez qu’il a fraudé, comme dit Ségolène ROYAL ?

MICHEL SAPIN
Il a fraudé, il savait qu’il ne devait pas dépasser une certaine limite. Plusieurs fois, la Commission des comptes qui est là pour cela le lui a rappelé à lui, comme elle l’a rappelé à d’autres, et en particulier à François HOLLANDE.

CHRISTOPHE BARBIER
Oui mais il ne pouvait pas savoir que certaines dépenses de déplacement présidentiel allaient être qualifiées de…

MICHEL SAPIN
Il le savait…

CHRISTOPHE BARBIER
Au candidat.

MICHEL SAPIN
Il le savait, ceci lui a été dit précisément à lui comme à d’autres, je connais bien le fonctionnement de cette Commission, j’ai été responsable en 2007 du financement de la campagne de Ségolène ROYAL, je sais exactement comment ils travaillent, je sais comment ils ont travaillé. Il a été mis en garde, il a passé au-dessus, il a fraudé, il se croit toujours au-dessus des lois, eh bien ! Non.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors pourquoi dans ce cas-là n’est-il pas inéligible, comme l’est le moindre candidat à une cantonale ?

MICHEL SAPIN
Parce que la loi ne le prévoit pas, comme vous le savez, c’est d’ailleurs une loi qui est signée de lui-même, c’est une loi organique qui est signée de lui-même…

CHRISTOPHE BARBIER
Il faut changer la loi sur ce point ?

MICHEL SAPIN
Et quand il dit qu’il découvre aujourd’hui ce critère, ce n’est pas vrai, il a lui-même signé. Je ne sais pas s’il faut le changer, déjà aujourd’hui appliquons la loi et faisons-le dans le respect des institutions et, en particulier, du Conseil constitutionnel.

CHRISTOPHE BARBIER
Ce qui est peut-être excessif, pas pour lui mais pour l’UMP, c’est que pour 400.000 € de dépassement, il y ait 11 millions de manque à gagner

MICHEL SAPIN
Non, ce n’est pas 400.000 €, comme vous le savez la fraude, elle porte sur 2 millions d’euros, il a sous-estimé de 2 millions d’euros ses dépenses. C’est cela qui a été particulièrement sanctionné, c’est le manque de sincérité et le terme est utilisé par la Commission et par le Conseil constitutionnel qui est sanctionné. Un manque de sincérité, ça veut dire un mensonge, un mensonge il doit être en l’occurrence puni.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que François HOLLANDE arrêtera ses déplacements en mai ou en septembre 2016 ?

MICHEL SAPIN
Mais il ne s’agit pas d’arrêter ses déplacements, le président de la République précédent a eu des déplacements qui n’ont pas à être compter dans cette campagne, elles ne l’ont pas été, mais il y a certains types de déplacement dont tout le monde disait à l’époque – vous-même le premier – qu’ils étaient des déplacements de caractère électoral.

CHRISTOPHE BARBIER
Christian ESTROSI a lancé la polémique hier sur I TELE en promettant de mâter les Roms, les Roms qui occupent illégalement des terrains municipaux à Nice. Est-ce qu’il n’exprime pas le ras-le-bol de nombreux élus locaux ?

MICHEL SAPIN
Mais on peut exprimer des inquiétudes sans utiliser des mots qui sont des mots de violence. On ne combat pas la violence par la violence, on ne combat pas l’illégalité par l’illégalité. Dans ce domaine, il faut être très simple et très précis, chacun doit respecter la loi, les maires les premiers puisqu’ils ont une obligation d’avoir sur le territoire une aire d’accueil. C’est le cas à Argenton-sur-Creuse, ça n’est pas le cas partout…

CHRISTOPHE BARBIER
C’est le cas à Nice, dit ESTROSI.

MICHEL SAPIN
C’est le cas à Nice, mais il faut le faire partout parce que si vous ne le faites pas dans les autres villes autour de Nice, que se passe-t-il ? Il y a un moment donné où il y a un trop-plein. Donc les maires doivent respecter la loi et évidemment, les Roms ou autres doivent eux aussi respecter la loi.

CHRISTOPHE BARBIER
Si la loi est efficace…

MICHEL SAPIN
Si chacun respecte la loi, il n’y aura pas de problème.

CHRISTOPHE BARBIER
Si la loi est efficace, les maires se plaignent de décisions de justice trop lentes, de circulaires ministérielles trop laxistes.

MICHEL SAPIN
Non, non, ce qui se passe c’est qu’il y a beaucoup de maires – et en particulier de maires de droite – n’ont pas respecté la loi. A partir de là, ils ne disposent pas des moyens légaux pour faire respecter eux-mêmes la loi, et c’est ainsi qu’on en arrive à cette forme de désordre. Mais il n’appartient pas aux maires de créer du désordre.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous êtes ministre du Travail, à partir de janvier 2014 Bulgares et Roumains pourront travailler dans le reste de l’Union européenne, en France notamment. Est-ce que vous ne devez pas demander le report de cette directive vu le chômage ?

MICHEL SAPIN
C’est déjà ce que nous avons fait, puisque les possibilités ont été utilisées au maximum. Et donc nous avons reporté jusqu’au plus loin qu’il était possible de le faire. Maintenant, ce sont les règles européennes qui s’appliquent, il n’y a aucune dérogation possible, ni là ni ailleurs. Ça n’empêche pas de faire respecter évidemment aussi la loi, y compris la loi s’agissant du travail sur notre territoire.

CHRISTOPHE BARBIER
Les entreprises françaises pourront donc embaucher pas cher des Bulgares et des Roumains !

MICHEL SAPIN
Non, c’est inexact puisqu’on doit appliquer en France les règles françaises. Et tout le problème est de faire respecter en France les règles françaises. Vous n’avez pas le droit de payer en France un Bulgare ou un Roumain à un salaire inférieur au Smic.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous pensez vraiment que le chômage va baisser à la fin de l’année, comme vous l’avez répété plusieurs fois, alors que vont arriver tout un stock d’étudiants diplômés qui vont aller au chômage s’inscrire en septembre ?

MICHEL SAPIN
Non mais ça, on le sait, c’est des cohortes qui sont connues à l’avance, donc oui, le chômage baissera à la fin de cette année. Mais il ne s’agit pas de le faire baisser un mois, il ne s’agit pas de le faire baisser deux mois, il s’agit d’inverser durablement la courbe du chômage. Pour ça, il faut un peu plus d’activités économiques, c’est (je pense) ce qui est en train de se passer. Et il faut aller jusqu’au bout de nos politiques en faveur de l’emploi, avec les emplois d’avenir, avec les contrats de génération, avec les emplois aidés d’une manière générale pour répondre à des problèmes sociaux gravissimes.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est-à-dire que c’est les contribuables à travers les emplois aidés qui paient pour les chômeurs !

MICHEL SAPIN
Non, ce n’est pas pour les chômeurs… comme le chômeur, il a choisi d’être chômeur, non, vous le savez bien. Le million de chômeurs de plus depuis un an, un an et demi ce n’est pas ceux qui ont choisi de l’être. Donc il s’agit de mettre en place des politiques pour quoi faire ? Les emplois d’avenir, il y a des jeunes sans emploi et sans formation, si on ne fait rien ils resteront sans emploi et sans formation même s’il y a de la croissance. C’est le moment de leur apporter leur premier emploi et de leur apporter cette formation, qui leur permettra de réussir demain.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous êtes inquiet de voir de plus en plus de chômeurs se dresser contre POLE EMPLOI, y compris par des manoeuvres et des actions juridiques ?

MICHEL SAPIN
Non, ce n’est pas une inquiétude mais c’est vrai qu’il y a un certain nombre de chômeurs qui sont en très grande difficulté. Quand vous êtes en fin de droit et lorsqu’en fin de droit – parce qu’il y a eu un problème, vous n’avez pas signalé tel ou tel gain, tel ou tel revenu – on vous demande de rembourser un indu comme on dit, c’est un drame pour ces chômeurs. Donc il faut être extrêmement attentif au traitement individuel, personnalisé, humain de chacun des chômeurs en difficulté.

CHRISTOPHE BARBIER
Ce n’est pas possible, il y a tellement de chômeurs et tellement peu de fonctionnaires !

MICHEL SAPIN
C’est pour ça que nous avons créé 4.000 emplois à POLE EMPLOI depuis un an, 2.000 l’année dernière et 2.000 cette année, qui permet de répondre de manière plus précise et plus humaine. Il y aura toujours des difficultés et moi, je veux rendre hommage à tous ceux qui travaillent à POLE EMPLOI, ce n’est pas si simple toute la journée de voir des gens qui sont dans l’inquiétude et qui sont parfois dans la désespérance et dans la colère.

CHRISTOPHE BARBIER
La réforme des retraites n’est ni urgente ni opportune, ce n’est pas la droite qui dit ça, c’est la gauche, la gauche du PS, que leur répondez-vous ?

MICHEL SAPIN
Une partie de la gauche… Mais qu’elle est urgente et qu’elle est légitime dès lors qu’elle est efficace, ça n’a pas été le cas la dernière fois, et qu’elle est faite de manière juste.

CHRISTOPHE BARBIER
Ça sera réformette, il n’y aura pas de réforme de l’âge légal, il n’y aura pas de convergence privé public ?

MICHEL SAPIN
Si ce n’était qu’une réformette, je pense qu’on n’entendrait pas ce que vous venez de citer. La réformette, elle ne serait pas considérée comme risquant de poser des problèmes politiques. Non, c’est une vraie réforme en profondeur, pour donner de la visibilité, il faut que les jeunes qui rentrent aujourd’hui sur le marché du travail se disent « j’aurai ma retraite », alors qu’aujourd’hui ils se disent exactement l’inverse, « je n’aurai pas de retraite ». Donc c’est une réforme dans la durée pour de la stabilité, pour de la visibilité. Et, en même temps, c’est une réforme qui doit permettre de faire quelques économies dès l’année prochaine, parce qu’il faut diminuer les déficits publics.

CHRISTOPHE BARBIER
Comment voyez-vous venir la mobilisation syndicale à l’automne, la CGT, Force Ouvrière, Sud vous promettent un automne chaud !

MICHEL SAPIN
Oui mais la météorologie sociale, personne n’est capable de l’ordonner, ni du côté gouvernemental ni du côté syndical, et chacun le sait bien. Non, il y a des inquiétudes, ces inquiétudes peuvent donner lieu à des mouvements. Je pense qu’il appartient au gouvernement de faire en sorte de mener à bien ces réformes, en l’expliquant précisément. Si notre réforme est juste, si elle est proportionnée, si elle pèse de manière juste sur tous, donc un peu plus sur ceux qui ont beaucoup d’argent et un peu moins sur ceux qui en ont moins, à ce moment-là elle sera comprise et les manifestations – qui ont parfaitement le droit de se dérouler – n’auront pas le caractère d’automne chaud.

CHRISTOPHE BARBIER
Jusqu’où les retraités seront mis à contribution ?

MICHEL SAPIN
Je ne sais pas, le gouvernement est en train d’y travailler, il le fait en concertation avec les uns et les autres, donc attendons encore quelques mois. L’objectif là, c’est vraiment – je le répète – dans la durée. Vous savez, la France a en fait un atout aujourd’hui…

CHRISTOPHE BARBIER
La démographie.

MICHEL SAPIN
Sa démographie, ce n’est pas du tout la même chose en Allemagne, en Allemagne ils sont très inquiets parce qu’ils ont de moins en moins d’actifs. Alors que nous aujourd’hui, on a une bosse, c’était ceux qui étaient dans des âges… nés dans les années 45…

CHRISTOPHE BARBIER
Les baby-boomers…

MICHEL SAPIN
Les baby-boomers…

CHRISTOPHE BARBIER
Ils partent à la retraite.

MICHEL SAPIN
Qui deviennent des… donc il faut payer les retraites. Oui mais…

CHRISTOPHE BARBIER
Avec des jeunes qui n’ont pas de travail.

MICHEL SAPIN
Mais on a des jeunes en quantité qui arrivent, donc ça veut dire qu’il faut passer cette bosse. Et en même temps oui, vous le disiez, ils n’ont pas de travail, l’activité économique, la lutte contre le chômage c’est le premier moyen d’équilibrer nos régimes sociaux.

CHRISTOPHE BARBIER
Pierre MOSCOVICI prévient, l’arrêt de la hausse des impôts dépend du retour de la croissance. Est-ce qu’on a bien compris, si la croissance ne revient pas, les impôts augmenteront encore en 14, en 15, en 16 ?

MICHEL SAPIN
Oui mais, il faut le faire avec intelligence et subtilité, c’est ce que fait d’ailleurs Pierre MOSCOVICI. Donc nous verrons par exemple s’agissant des retraites, peut-être qu’il sera nécessaire – c’est ce que demandent les organisations syndicales – qu’il y ait une augmentation… une petite augmentation des cotisations des uns ou des autres, on dira « c’est une augmentation d’impôt », non ! C’est de la pérennisation dans la durée du régime social. Et puis ensuite oui, une croissance supplémentaire ça rapporte…

CHRISTOPHE BARBIER
Sinon il y aura des impôts…

MICHEL SAPIN
Du bon argent.

CHRISTOPHE BARBIER
Sinon il y aura des impôts.

MICHEL SAPIN
La croissance supplémentaire c’est du bon argent, c’est de l’impôt qui rentre mais pas de l’impôt en plus.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que nous ne vivons pas le tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom et prépare la marche au pouvoir de l’extrême droite…

MICHEL SAPIN
Non.

CHRISTOPHE BARBIER
C’est Delphine BATHO qui dit ça !

MICHEL SAPIN
Oui mais elle a tort pour une raison simple, c’est qu’il n’y a pas eu de tournant. Le tournant de la rigueur, c’est les années 83 où on commence en 81 en distribuant beaucoup, et puis en 83 en retenant. Non, François HOLLANDE dès le début a dit : il y a deux temps dans ce quinquennat, le premier temps du quinquennat c’est celui du redressement, et quand on dit redressement c’est le temps de l’effort, et ce temps du redressement et de l’effort a commencé avec l’élection de François HOLLANDE et va continuer encore jusqu’à ce que ce redressement soit établi ; puis il y aura le deuxième du quinquennat, et là vous direz « ce n’est pas le tournant »…

CHRISTOPHE BARBIER
S’il advient, s’il advient.

MICHEL SAPIN
Ça ne sera pas le tournant, ça sera le moment où les choses étant redressées, la France se portant mieux, il sera possible de faire en sorte que les Français fassent moins d’efforts personnels.

CHRISTOPHE BARBIER
Michel SAPIN merci, bonne journée.

MICHEL SAPIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juillet 2013

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