Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la modernisation du réseau de transports en région Ile-de-France, à Paris le 19 juillet 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la modernisation du réseau de transports en région Ile-de-France, à Paris le 19 juillet 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Signature du protocole relatif au plan de mobilisation pour les transports d'Ile-de-France, au conseil régional d’Ile de France le 19 juillet 2013

ti : Mesdames, Messieurs les ministres,
Chère Cécile,
Cher Frédéric,
Monsieur le président du Conseil régional,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les présidents des Conseils généraux,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les directeurs des opérateurs, des grands opérateurs,


J'ai vu que vous aviez délibéré il n'y a pas très longtemps, Monsieur le président du Conseil régional, et je me suis dit : il y a une signature qui doit suivre maintenant entre l'Etat et la Région. Vous m'avez dit « oui, je suis prêt à venir à Matignon. » Moi, je vous ai proposé de venir vous voir.

Vous venez de dire que c'est une première qu'un Premier ministre vienne au Conseil régional ici, de l'Ile-de-France, mais pour moi, c'est quelque chose de normal, je dirais, disons de légitime. Il m'arrive souvent de me rendre dans les départements, les régions et ce n'est pas la première fois que je suis allé dans un conseil régional rencontrer des présidents de régions, pas toujours pour signer des contrats mais pour parler des projets et donc il aurait été particulièrement injuste que la seule région où il n'y a jamais eu de Premier ministre soit la région de l'Ile-de-France. Donc il y a un sens à ce déplacement.

Le sens, c'est que le Grand Paris, la grande région de l'Ile-de-France, bien sûr, c'est une région à part entière avec ses territoires, sa diversité. C'est aussi une métropole sur laquelle nous comptons et puis, en même temps, c'est une région qui concourt au développement du pays et à son attractivité, sa cohésion, sa force et donc il est légitime de venir vous voir, vous parler, vous saluer et surtout vous dire aussi que c'est ensemble que nous pouvons porter le destin de la France.

Oui parce que nous sommes à un tournant de notre histoire et que nous avons la capacité de redonner à notre pays son rôle moteur, son rôle leader à condition d'engager les réformes en profondeur et de le faire avec lucidité, avec courage et sans opposer les uns aux autres et en tout cas, surtout pas opposer les territoires les uns aux autres. Ce serait une faute et surtout une facilité politicienne à laquelle on a été trop habitué dans le passé, il faut tourner cette page.

En tout cas, moi, je l'ai tournée dès ma prise de fonctions, je ne dirai pas « dès le premier jour » parce que quand j'ai pris mes fonctions le 15 mai 2012, j'ai eu à conduire non seulement le gouvernement mais aussi une campagne électorale. Je dois dire qu'après les élections législatives, disposant heureusement d'une large majorité, c'est à tous les dossiers que je me suis attaqué, dont celui du Grand Paris.

Dans le Grand Paris, il y a la question des déplacements, la question des transports, nous nous sommes vus très vite, Monsieur le président du Conseil régional, et avec Cécile Duflot qui me le rappelait il y a quelques instants, nous nous sommes dits : il faut absolument prendre à bras le corps ce vaste chantier, redonner des perspectives, redonner de la confiance, redonner de l'espoir mais ça ne sera pas facile.

Le ministre de Transports, Frédéric Cuvillier, qui a été dès le premier jour aussi engagé dans ce vaste combat, témoigne de ce qu'il a fallu faire comme efforts pour convaincre, pour mobiliser, pour trouver le bon compromis mais nous y sommes parvenus aujourd'hui, nous y sommes parvenus ensemble.

Si nous sommes là pour cette signature, je crois qu'il faut lui donner toute sa portée. Ce n'est jamais évident d'avoir pu concilier à la fois l'ambition d'un réseau particulièrement ambitieux qu'on a appelé le « Grand Paris Express » et aussi le développement du « Plan de mobilisation », c'était votre expression et vous avez expliqué ce dont il s'agissait. Il s'agit des transports au quotidien et le quotidien, ce sont des millions de Franciliens qui empruntent les différents modes de transports et parfois dans des conditions qui ne sont pas admissibles et dignes d'une grande métropole mondiale.

Il y a beaucoup à faire pour, justement, améliorer la vie au quotidien des Franciliens qui se déplacent pour leur travail, qui se déplacent pour leur formation, qui se déplacent pour tous les usages et quand quelques-uns d'entre eux, parfois par milliers, sont bloqués, arrivent en retard au travail et craignent de perdre leur emploi, je dis que ça, ce n'est pas acceptable.

Dès le premier jour, je vous ai dit avec Cécile Duflot comme avec Frédéric Cuvillier, que nous voulions concilier l'ambition de l'avenir et en même temps améliorer les conditions de vie au quotidien. C'est le sens de cette signature et donc je me félicite que nous soyons parvenus à la fois à financer un « Grand Paris Express » optimisé, donc adapté aux besoins, y compris avec un peu de créativité, d'imagination, et en même temps de nous lancer dans ce vaste plan de mobilisation pour améliorer les transports au quotidien. L'Etat et la Région.

C'est une étape très importante mais qui est une étape importante qui s'inscrit dans une ambition plus vaste. Le nouveau Grand Paris, lui, il participe aussi au nouveau modèle français. Le nouveau modèle français, c'est regarder les problèmes en face, ceux que le pays rencontre et les résoudre mais les résoudre en étant capables d'innovation, en changeant en quelque sorte parfois les habitudes, les modes de pensée.

Le 9 juillet dernier, j'ai présenté en effet un plan « Investir pour la France » qui comporte évidemment beaucoup de facettes dont une très importante pour préparer l'avenir de notre pays et améliorer aussi les conditions de vie des Français et donner à la France toutes ses chances. C'est le grand chantier des transports et, en particulier, des transports ferroviaires. Et ce que le gouvernement a adopté, c'est de donner la priorité, là aussi pour tous les territoires, aux transports du quotidien. Je rappelle qu'ils concernent chaque mois 80 millions de passagers dans des trains.

Le premier objectif, c'est la remise en état de nos réseaux. Le deuxième, ce sont les trains Intercités, pour les rendre à la fois plus attractifs, plus performants, plus abordables aussi financièrement : ces trains seront tous remplacés. Enfin, les trains et le matériel roulant évidemment, c'est ça que j'évoque en cet instant.

Enfin, pour les nouveaux grands projets – ce n'est pas la fin des grands projets de TGV, ça serait une absurdité – mais il s'agira de traiter en priorité pour ces investissements majeurs, parfois colossaux, les blocages de réseau, c'est-à-dire les grands nœuds ferroviaires. Vous pouvez rajouter une ligne de TGV à une autre ligne de TGV mais si vous êtes bloqué dans la grande métropole régionale – ça vaut d'ailleurs pour Paris – eh bien, vous n'aurez jamais la capacité d'améliorer la performance. Donc il faut commencer par le commencement et pas par la fin. C'est ce que nous avons décidé de faire.

Depuis le 6 mars, et je vous le redis aujourd'hui puisque le 6 mars j'avais présenté le nouveau Grand Paris sur le plan des transports, je vous le redis ici aujourd'hui : quand la situation s'améliore en Ile-de-France, c'est bon pour la France. Ce n'est pas seulement bon pour l'Ile-de-France, ses habitants, ses entreprises, c'est bon pour toute la France. Ça, c'est une réalité ; ce n'est pas seulement une conviction. Car l'Ile-de-France est un concentré des enjeux de mobilité auxquels nous sommes confrontés. C'est le premier nœud d'un réseau dans lequel les circulations nationales et franciliennes sont extrêmement imbriquées. C'est un réseau si dense que son exploitation ou les incidents qui l'affectent peuvent avoir un impact sur l'ensemble du pays.

Et vous l'avez évoqué, monsieur le président Jean-Paul Huchon, le tragique accident de Brétigny a marqué tous les Français. Ils considèrent d'ailleurs – les Français – que le train est le transport… le mode de transport le plus sûr, et c'est vrai que, quand un accident de train se produit, bien sûr on pense d'abord aux victimes lorsqu'il y a des morts et des blessés, mais on pense aussi à la fiabilité du réseau : est-ce qu'il y a une faille, est-ce qu'il y a quelque chose de grave qui va se reproduire ?

Aujourd'hui, ma pensée va d'abord aux victimes, elle va bien sûr à leurs familles, elle va aux blessés. Mais je voudrais aussi adresser mes sentiments de soutien et de solidarité à tous ceux qui se sont mobilisés. Je dirai d'abord les cheminots, Monsieur le président de la SNCF, oui parce que quand je me suis rendu sur place après mon retour de Roumanie, avec les ministres qui m'accompagnaient Frédéric Cuvillier, Marisol Touraine, c'était quelques heures après la visite du président de la République qui était venu marquer et exprimer sa solidarité. Nous avons fait là une réunion de travail pour voir où nous en étions dans l'organisation des secours, la remise en état du réseau pour essayer de comprendre ce qui s'était passé aussi. Mais ce que j'ai vu, ce sont des hommes et des femmes sur les quais, partout dans la gare, qui étaient mobilisés et qui étaient d'abord des cheminots, dont certains m'ont dit : mais je suis retraité, je suis venu spontanément, on n'a pas eu besoin de m'appeler. Il y a une grande famille des cheminots avec un état d'esprit des valeurs et ça, je veux - et c'est tout le sens de la réforme qu'avec Frédéric Cuvillier nous préparons - m'appuyer sur cette force de la culture des cheminots, de cet amour du métier.

Justement, les cheminots, ce sont les premiers experts du réseau. Ce sont eux qui nous disent : mais quand est-ce que vous allez choisir les bonnes priorités ? Et les bonnes priorités, c'est d'investir pour remettre le réseau en état et le rendre plus dynamique, plus performant et notamment dans l'Ile-de-France. Voilà ce que je voulais dire à propos de ce grave accident, je sais tous les efforts qui sont faits pour remettre le plus vite possible en état les moyens de circulation dans la région, et ça vaut aussi pour toute la France. Mais c'était l'occasion pour moi de remercier les cheminots, les services de sécurité, les services de santé mais aussi les élus. Je vous ai tous rencontrés, messieurs et mesdames les présidents de Conseils généraux, aussi les maires, les présidents d'intercommunalité. J'ai vu votre sens de la solidarité et votre générosité.

C'est l'occasion de rappeler les règles que la France s'applique en matière ferroviaire. La SNCF et RFF, comme la RATP, monsieur le président, d'ailleurs ne font aucune concession sur la sécurité, même si chacun le sait le risque zéro n'existe pas. Quand le moindre risque apparaît sur le niveau de sécurité d'une ligne, les trains sont ralentis ou alors ils sont supprimés ou détournés. C'est la règle et vous l'appliquez, vous la respectez. Parce que l'ensemble de ces précautions pour les circulations est indispensable. Mais je sais que cela paie sur la qualité globale du service sur nos réseaux, alors que les Français - et particulièrement les Franciliens - demandent plus de mobilité, plus de régularité. C'est pour cette raison que le gouvernement a donc décidé de donner la priorité à la remise en état et à la transformation en qualité et en efficacité du réseau existant, comme je viens de l'évoquer.

Le cap est fixé, les objectifs sont clairs et le gouvernement va les mettre en œuvre méthodiquement, sérieusement, en mobilisant les moyens nécessaires sur le plan financier.

Merci encore à madame Cécile Duflot et à monsieur Frédéric Cuvillier pour leur travail. C'est ainsi que pour le Grand Paris, nous avons choisi de mobiliser 2 milliards d'euros de la Société du Grand Paris, pour donner un coup d'accélérateur aux projets structurants que sont entre autres EOLE et la modernisation des RER. C'est ainsi que nous renforcerons les volets mobilité des futurs contrats de plan Etat – région, avec notamment un effort supplémentaire de l'agence de financement des infrastructures de transport, l'AFITF.

Ma méthode, vous la connaissez désormais, ça vaut pour tous les chantiers, toutes les réformes que le gouvernement doit engager pour assurer l'avenir de la France. C'est celle d'abord d'un diagnostic partagé, c'est celle du dialogue, c'est celle de la négociation, c'est, dans le cadre d'une ambition, celle de la recherche du compromis, du compromis entre les différentes contraintes et le compromis entre les différents acteurs. Ce n'est pas quelque chose de mou ou de faible, c'est pour réussir. Et pour ça, il faut se donner les moyens et la méthode y contribue.

C'est pourquoi j'ai annoncé aux présidents de région et aux présidents des collectivités locales que j'ai réunis cette semaine pour traiter des problèmes financiers, comme je l'avais annoncé la semaine dernière aux préfets de région et de département, que je vais lancer ou relancer à la rentrée, après les vacances, la négociation des futurs contrats de plan Etat - régions.

Nous venons déjà de commencer à le faire avec vous, monsieur le président, pour la région Ile-de-France, c'est ce que je voudrais faire pour toutes les régions. Bien entendu, les contrats de plan comportent d'autres aspects : l'enseignement supérieur et la recherche, l'égalité des territoires, la politique de la ville et beaucoup d'autres sujets. Mais la question de la mobilité sera la question prioritaire. Il faut du temps pour négocier un contrat de plan entre une région et l'Etat, en associant les autres niveaux de collectivités locales, les grandes métropoles, les départements, les agglomérations. Et donc, cela demandera sans doute plusieurs mois, au-delà du printemps 2014. Mais, sans attendre, la demande que j'ai exprimée aux préfets, et donc ça vaut pour vous mesdames et messieurs les élus, c'est d'aller vite sur le volet de la mobilité et, si possible, de conclure avant la fin de l'année 2013.

Cela veut dire que nous avons, vous avez, nous avons ensemble beaucoup de travail mais ça vaut la peine, ça vaut la peine parce que c'est comme cela que la confiance renait. Quand on fixe le cap, quand on dit comment nous allons parvenir en décrivant précisément les objectifs, et en se donnant les moyens concrets qui permettent de voir que ce que nous disons va pouvoir se réaliser.

Je mesure bien que, pour les Franciliens, il y a parfois de l'impatience, même parfois peut-être de la colère à rester bloqué dans un transport, arriver - je le disais tout à l'heure - en retard au travail, avoir cette angoisse de ne pas pouvoir se déplacer. Eh bien, tous les Français, partout, dans toutes les régions et dans l'Ile-de-France aussi, ont le droit de pouvoir se déplacer confortablement, à un prix abordable, avec régularité, avec confort, avec sécurité. Ce que nous allons signer dans quelques instants, monsieur le président Jean-Paul Huchon, va y contribuer fortement, je vous en remercie et je vous remercie d'avoir compris qu'il fallait avancer. Nous avançons ensemble pour les Franciliens et pour la France.


Source http://www.gouvernement.fr, le 23 juillet 2013

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