Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le programme de formation des futurs cadres calédoniens, en particulier d'origine kanak, à Nouméa le 26 juillet 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le programme de formation des futurs cadres calédoniens, en particulier d'origine kanak, à Nouméa le 26 juillet 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement officiel en Nouvelle-Calédonie du 26 au 28 juillet 2013 - Rencontre avec les anciens étudiants du programme Cadres avenir, au campus de Nouville de l'université de Nouvelle-Calédonie, à Nouméa le 26

ti : Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Madame la présidente de la province Sud,
Monsieur le Haut-commissaire,
Monsieur le président de l'université de la Nouvelle-Calédonie,
Mesdames, messieurs,


Je suis très heureux d'être ici dans ce magnifique lieu, ce campus universitaire de la Nouvelle-Calédonie. J'ai eu l'occasion il y a quelques instants de rencontrer plusieurs membres bénéficiaires du programme "Cadres avenir".

Si je m'exprime c'est pour d'abord remercier l'université de la Nouvelle-Calédonie, qui est un partenaire particulièrement engagé pour la réussite de ce programme. Mais je m'exprime aussi pour dire tout le soutien du gouvernement à ce programme, parce que ce programme est nécessaire, c'est ainsi que nous pouvons concrétiser encore davantage les accords de Matignon et de Nouméa. L'université de la Nouvelle-Calédonie fait partie aussi des engagements, cette université est jeune, elle a donc beaucoup d'ambitions. Je crois que ça correspond aussi aux besoins de la Nouvelle-Calédonie, notamment en matière de formation initiale, sans oublier les formations continues, avec le souci que je veux saluer de renforcer l'employabilité des jeunes, c'est-à-dire faire en sorte que les formations qui seront accordées ici leur permettront en effet d'exercer un métier et de l'essayer au service du développement du pays, de la Nouvelle-Calédonie, en prenant en compte les nombreux besoins: bien sûr il y a les besoins des administrations publiques mais il y a aussi le besoin de la société civile, le besoin des entreprises, le besoin de toutes les professions privées ou libérales. Ça vaut dans tous les secteurs : depuis la recherche jusqu'au secteur du développement durable ou la biodiversité, des énergies marines, enfin les champs de développement sont considérables dans ce territoire, et puis en soutien aussi aux entreprises comme cadres d'entreprises.

Votre université est donc au service du développement de la Nouvelle-Calédonie. Mais, au-delà, elle rayonne, elle rayonne dans cette région océanienne. Vous faites désormais partie du réseau des universités du Pacifique insulaire, dans cette vaste région, cet engagement participe aussi au rayonnement de la francophonie, c'est donc un atout pour la Nouvelle-Calédonie mais c'est aussi un atout pour la France. Je l'ai dit monsieur le maire de Nouméa ce matin lorsque vous m'avez accueilli, vous m'avez parlé de la région Pacifique, vous m'avez dit : est-ce que la France continuera d'être présente ? Mais quoi qu'il arrive, quel que soit le choix qui sera fait entre 2014 et 2018, il est hors de question que la France soit absente de cette région Pacifique, évidemment elle le sera de toute façon.

La rencontre que j'ai eue il y a quelques instants me tenait particulièrement à cœur - ce sont des témoignages que j'ai entendus - je l'ai évoqué dans mon intervention de ce matin devant les élus du Congrès, l'accès des Calédoniens, l'accès de tous les Calédoniens - et donc des Kanaks - aux responsabilités dans tous les secteurs d'activité est l'un des objectifs essentiels de l'accord de Nouméa. Il est donc au cœur du processus d'émancipation que cet accord a mis en place et constitue l'un des piliers de ce que l'on appelle la politique de rééquilibrage qui a été initiée en 1988 dès les accords de Matignon. C'est dire le temps qu'il faut pour faire bouger les lignes, pour rééquilibrer les choses, il faut beaucoup de temps, il faut surtout beaucoup de temps de persévérance, de détermination. Et la formation est, je le rappelle, la première des priorités qui est mentionnée dans les dispositions du document d'orientation de l'accord de Nouméa qui concerne le développement économique et social, territorial et, donc, la formation est au cœur.

Il fallait pour ça un programme, un programme volontariste pour assurer la formation de suffisamment de cadres Calédoniens, en particulier d'origine kanak, pour exercer les responsabilités dans les entreprises privées et les administrations, parce que tout simplement je l'ai dit les différences étaient trop grandes et elles le sont encore. Il faut donc les combler, c'est une question de principe, une question de volonté, une qualité de valeur aussi, d'égalité. A la table ronde de tout à l'heure j'ai mieux compris les méthodes qui sont utilisées et qui ont permis déjà des succès, des succès personnels, mais qui viennent enrichir des projets collectifs, de territoires, des projets d'entreprises.

Et puis j'ai entendu les difficultés que vous pouvez rencontrer, il y en a, mais la qualité du travail est là - et encore une fois je remercie tous les acteurs conjointement avec l'Etat parce que s'il n'y a pas l'Etat qui apporte ses moyens et j'ai bien entendu que vous étiez attentifs à ce que ces moyens ne s'affaiblissent pas, vous avez même souhaité qu'ils augmentent, en tout cas je m'engage à ce qu'ils soient préservés – parce qu'il faut préserver l'esprit des accords de Nouméa. Les institutions de la Nouvelle-Calédonie et les organismes qui participent au programme mettent toute leur énergie pour que ça marche - et je les remercie particulièrement – il y a déjà eu un programme précédent qui s'est appelé « 400 cadres » qui a été lancé donc en 88 après les accords de Matignon et c'est donc la suite en 1998 à travers ce programme « Cadres avenir ». Quand on regarde les chiffres, ça fait quand même un bon palmarès : depuis 1988, 1.400 stagiaires ont bénéficié de cette formation, la proportion de stagiaires kanak est de l'ordre de 77%, donc on est bien dans l'esprit de la démarche, et nous sommes au cœur de la Nouvelle-Calédonie de demain avec une proportion de femmes, d'ailleurs il y en avait beaucoup autour de la table, de 41%, parmi ceux qui participent à ces programmes.

L'engagement de l'Etat, je l'ai dit, a été constant et le restera. C'est vrai que c'est un effort, mais d'abord c'est un effort pour les stagiaires, pour ceux qui ont accepté des sacrifices, je pense aussi à leurs familles. Leurs familles ont du bonheur à voir leurs enfants réussir, accéder à une formation, parfois de très haut niveau ; et puis c'est un bonheur aussi pour toutes les équipes qui les accompagnent, qui ont animé ces programmes depuis 25 ans. Moi j'ai été enseignant et quand on voit des élèves qui réussissent, quand vous les revoyez quelques années plus tard et qu'ils viennent vous dire ce qu'ils sont devenus et que vous vous dites : « peut-être que je suis un peu pour quelque chose dans leur parcours », je dis bien un peu, parce qu‘évidemment ils ont apporté leurs propres capacités, ils ont fait d'autres rencontres, mais c'est quand même une grande joie, une grande satisfaction. Je le dis aux professeurs, je le dis à tous les enseignants, à tous les formateurs : "soyez fiers de ce que vous faites et surtout continuez, parce que les résultats sont là, vous pouvez être fiers de ce que vous apportez à ces jeunes mais aussi ce que apportez à la société toute entière". D'ailleurs le taux de réussite des stagiaires est de 78%, pour ceux qui sont allés jusqu'au bout le taux d'insertion professionnelle dans les 3 mois qui suivent le retour de formation est de 95%, donc c'est une formation qui marche, elle marche sur tous les plans. Plus de la moitié des anciens bénéficiaires du programme occupe des emplois de cadres ou exercent des professions intellectuelles, ou une profession libérale, et ils sont aujourd'hui des cadres administratifs – je l'ai dit – mais aussi des enseignants, des chercheurs à l'Ifremer, des médecins, des sages-femmes, des ingénieurs, des géologues, des techniciens supérieurs, des architectes, des journalistes, des avocats. Je pourrais continuer la liste. Ce sont les élites d'aujourd'hui, ce sont aussi les élites de demain. Elites, certains voient toujours le négatif des choses, n'ayez pas peur de progresser, c'est pour être au service qu'on a besoin d'élites.

La 3ème République, avec ses défauts, , y compris dans ce territoire : elle avait quand même voulu - lorsque l'école a été développée partout – former les élites de la République, c'était un bon programme, c'était un bel idéal. Il faut se fixer encore des ambitions, se fixer des ambitions c'est permettre à la jeunesse d'avoir accès à l'école, à la formation, de lutter contre toutes les formes d'échec dès l'école primaire, et puis ensuite de pouvoir progresser, monter - et nous en avons besoin pour la société toute entière - mais je crois que pour une personne de pouvoir progresser c'est une satisfaction, et c'est important de créer les conditions pour que ça devienne possible. Ça veut dire aussi se battre pour l'éducation pour tous, je le dis dès l'école, mais se battre aussi pour la formation continue, se battre pour les passerelles du possible, quand on a fait un parcours et qu'ensuite on veut évoluer, donc il faut être en permanence en veille, et ce travail il va se poursuivre.

Monsieur le Haut-commissaire, vous aviez auprès de vous je crois monsieur Jacques Wadrawane. Il est parti au Ministère des Outre-mer, et il pilote 2 cellules, 2 cellules sensibles : la lutte contre la vie chère mais aussi la cellule d'accompagnement des transferts de compétences vers la Nouvelle-Calédonie et cette compétence, ce transfert de compétences - je le répète - ne pourra pas se faire sans expertise, ne pourra pas se faire sans préparation, ne pourra pas se faire pour qu'elle réussisse sans cadre, et pas seulement je le répète dans les administrations. C'est cohérent si on veut aller jusqu'au bout de l'esprit, pas seulement de la lettre, des accords de Nouméa.

Et puis, si je regarde les différentes personnes qui ont participé à ces programmes de formation de cadres, de futurs cadres, je vais citer quelques noms : je pense à Alcide Ponga, qui exerce des responsabilités au plus haut niveau au sein de la société KNS, il confirme justement qu'on peut réussir et parfois dans des responsabilités très importantes, notamment c'est le cas dans un groupe industriel ; je pense aussi à Henri Drowa qui vient de passer avec succès les épreuves du concours de commissaire de police et qui est désormais élève à Saint-Cyr au Mont d'Or, près de Lyon. J'ajouterais encore Sébastien Mabon, qui vient de soutenir à Lille sa thèse de médecine. Ces réussites, ce sont les vôtres et soyez attentifs, soyez vigilants, rien n'est jamais gagné. Quelqu'un m'a dit tout à l'heure : « rien n'est jamais acquis », oui c'est vrai, mais si on n'essaie pas rien n'est possible, si on ne persévère pas tout recule, donc je le dis ça vaut pour chacun et ça vaut pour nous tous ensemble. Nous devons donc continuer à former les cadres Calédoniens à l'exercice de ces compétences transférées, le pouvoir et les responsabilités sont aujourd'hui concentrés dans les administrations de la Nouvelle-Calédonie et des provinces, dans les établissements publiques, dans les sociétés d'économie mixte et les entreprises. Pour gérer et diriger, pour préparer l'avenir et décider, il faut des cadres bien formés, je l'ai dit et je le répète. Et j'ai proposé, lors du dernier Comité des signataires, que la Nouvelle-Calédonie définisse elle-même des besoins en formation de ses jeunes cadres pour que l'administration de l'Etat ici et dans l'hexagone puisse les accueillir dans le cadre de parcours individualisé de formation et je ne doute pas qu'avec le gouvernement de la Nouvelle Calédonie nous parviendrons à avancer rapidement sur ce sujet. Si je dis cela, c'est parce que rien n'est possible si ce qui est décidé n'est pas décidé d‘abord ici avec vous.

Nous devons également veiller à ce que les cadres Calédoniens, qui ont choisi le service de l'Etat, puissent exercer leur talent ici dans leur pays, je pense bien sûr à la police, à la justice, à l'administration pénitentiaire, la gendarmerie. Il ne s'agit pas bien sûr de remettre en cause les règles de la fonction publique, elles ont été mises en place pour protéger les citoyens et les agents sur les bases de l'égalité, mais nous devons concevoir des dispositifs qui donnent de la souplesse aux systèmes et qui permettent aux Calédoniens de travailler prioritairement dans leur pays et dans leur région. Nous allons donc explorer toutes les voies possibles, conformes évidemment à la Constitution, avec des concours organisés localement, des recrutements contractuels, des détachements dans d'autres corps. En tout cas mon gouvernement est décidé à procéder de la sorte, c'est une marque de confiance, c'est je crois important de le dire et on me l'a demandé d??s mon arrivée. Depuis que je suis ici, j'ai l'impression d'être là depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, je fais presque un rattrapage, mais ça vaut la peine, parce que vous avez une grande faculté c'est d'être très convaincants, d'être très persuasifs lorsque vous vous exprimez avec beaucoup de précision, de sérieux. L'ambition de ce que nous avons engagée depuis 25 ans avec Michel Rocard, mon prédécesseur et ensuite il y a 15 ans avec Lionel Jospin, autre prédécesseur, est avant tout de réussir, vraiment réussir. Je crois que ce que j'ai vu depuis ce matin me convainc que c'est le cas. Je partirai de toute façon après ces premiers témoignages, après ces premiers échanges, avec une conviction et une confiance dans l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, et c'est ceux qui vivent ici, qui travaillent ici qui le permettent et qui le permettront.

Je voulais, dans cette belle université, vous le dire, vous remercier, remercier tous ceux qui chaque jour donnent le meilleur d'eux-mêmes, encourager les jeunes, les étudiants - je les vois là, ils sont nombreux, leur dire que vous avez raison d'avoir choisi cette université, d'avoir raison de vous battre pour mieux vous former encore, et de mettre votre savoir et votre talent au service de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Merci !


Source http://www.gouvernement.fr, le 29 juillet 2013

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