Interview de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication à France 2 le 24 juillet 2013, sur l'audiovisuel public et le CSA. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication à France 2 le 24 juillet 2013, sur l'audiovisuel public et le CSA.

Personnalité, fonction : FILIPPETTI Aurélie, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti :


ROLAND SICARD
Bonjour à tous, bonjour Aurélie FILIPPETTI.

AURELIE FILIPPETTI
Bonjour.

ROLAND SICARD
C’est aujourd'hui que commence l’examen de la loi sur l’audiovisuel, avec notamment une mesure, le nombre de membres du CSA, le gendarme de l’audiovisuel va passer de 9 à 7. Pourquoi ? Economies ?

AURELIE FILIPPETTI
D’abord c’est une grande loi sur l’indépendance de l’audiovisuel et notamment de l’audiovisuel public. On va enfin revenir sur cette réforme inique qui avait été celle de Nicolas SARKOZY en mars 2009 où, vous vous en rappelez, il avait décidé de nommer tout seul les patrons des chaines de l’audiovisuel public.

ROLAND SICARD
Il disait que c’était lever une hypocrisie parce que de toute façon, les présidents étaient toujours nommés avec l’accord du politique.

AURELIE FILIPPETTI
Les garanties républicaines ce ne sont jamais des hypocrisies. Vous savez, les libertés, la démocratie, ça a toujours été inscrit dans des textes. Si vous n’avez pas de textes eh bien vous êtes soumis à toutes les dérives et là, nous avons un texte qui est un bon, un grand texte sur l’indépendance, qui va garantir l’indépendance de l’audiovisuel avec des nominations qui seront faites par le CSA, c’est-à-dire par l’autorité qui garantit l’indépendance de l’audiovisuel…

ROLAND SICARD
Mais il n’y aura pas de pression ? On ne peut pas empêcher les coups de téléphone.

AURELIE FILIPPETTI
Surtout le CSA lui-même sera désormais nommé, vous savez qu’il y avait 9 membres qui étaient nommés par groupe de 3 par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat, cette fois le CSA sera nommé pour 6 de ces 7 membres par les commissions compétentes des affaires culturelles, de l’Assemblée nationale et du Sénat, mais avec une majorité très large, les trois cinquièmes, qui implique qu’il y ait un travail entre la majorité et l’opposition pour pouvoir donner une très forte légitimité, donc une garantie d’indépendance aux futurs membres du CSA.

ROLAND SICARD
Et pourquoi passer de 9 à 7 ?

AURELIE FILIPPETTI
C’est le président de la République qui a souhaité là aussi comme un signe très fort d’indépendance, qui a souhaité se dépouiller lui-même de deux de ces pouvoirs de nomination parce qu’il considérait que c’était un geste très fort qui montrait qu’il voulait rompre ce lien entre l’exécutif et l’audiovisuel.

ROLAND SICARD
Qui désignera le président du CSA ?

AURELIE FILIPPETTI
Alors là pour une raison tout à fait simple et pragmatique qui était qu’on ne pouvait pas décider entre l’Assemblée nationale et le Sénat, eh bien ça sera le président de la République qui nommera le président du CSA. Mais les 6 autres membres seront nommés donc en dépassant les clivages partisans entre la droite et la gauche et ça, ça ne s’est jamais fait. C’est une innovation et j’en suis très fière parce que c’est une grande avancée démocratique qui montre aussi qu’on peut parier sur l’esprit de responsabilité des élus et leur sens de l’intérêt général.

ROLAND SICARD
Alors sur l’audiovisuel public, c’est aussi une question d’argent, pourquoi ne pas avoir rétabli la redevance ? La publicité après 20h00 pardon.

AURELIE FILIPPETTI
D’abord ce n’est pas du tout le sujet de la loi aujourd'hui. Toutes les questions de financement ça vient à la fin de l’année dans le cadre de la loi de finances. Mais sur la question du financement, vous savez, on aurait pu là encore faire la politique de l’autruche comme l’avait fait la droite précédemment en disant nous n’augmenterons pas la redevance, parce que, pourquoi, parce que la redevance évidemment ce n’est pas très populaire. Eh bien le gouvernement l’année dernière, a fait le choix d’augmenter cette ressource qui évidemment demande une petite contribution aux Français puisqu’on l’a augmentée de 4 euros, plus 2 euros d’inflation, mais en même temps qui est la vraie, la seule garantie de l’indépendance financière de l’audiovisuel public. Parce que c’est par la redevance qu’on a une ressource qui est une ressource durable, pérenne, qui n’est pas soumise aux aléas ni du marché publicitaire, ni des ressources budgétaires de l’Etat qui sont évidemment contraintes et donc ça permet d’avoir une prévisibilité pour FRANCE TELEVISIONS et pour l’ensemble de l’audiovisuel public bien plus forte.

ROLAND SICARD
C’est vrai mais la télé ça coûte cher, je repose ma question : pourquoi n’avoir pas rétabli la publicité après 20h00 ?

AURELIE FILIPPETTI
Mais parce que ça n’aurait résolu aucune des questions sur le financement de FRANCE TELEVISIONS. Moi je préfère qu’on réfléchisse à l’évolution des modes de financement, c’est d’ailleurs le sens de notre travail qui est engagé, il y a un groupe de parlementaires qui travaille sur l’évolution des ressources publicitaires, il y a un groupe de travail dans le cadre des assises de l’audiovisuel qui va faire des propositions d’ici à la fin de l’année, d’ici la loi de finance pour savoir finalement quelles sont les évolutions à apporter aux différents mécanismes pour qu’ils soient les plus pertinents possible. Et donc aussi bien la redevance, la question par exemple des supports technologiques aujourd'hui à travers lesquels on regarde la télévision, elle se pose bien sûr, donc ça sera dans le cadre de cette réflexion. Les réflexions sur la publicité eh bien là aussi c’est dans ce cadre-là et ça débouchera d’ici la fin de l’année sur des propositions et on les examinera à ce moment-là.

ROLAND SICARD
La pub avant 20h00 elle devait être supprimée en 2016, elle restera ?

AURELIE FILIPPETTI
Alors ça voilà, j’ai souhaité qu’il y ait ce geste qui soit adressé notamment aux équipes de FRANCE TELEVISIONS parce que cette mesure nous l’avions dit, n’était pas pertinente, on n’allait pas créer une instabilité supplémentaire et donc j’ai préféré qu’on l’annonce aujourd'hui, donc ça sera dans le cadre de ce débat ce soir, et ça donnera une prévisibilité y compris sur l’après 2016 aux équipes de FRANCE TELEVISIONS.

ROLAND SICARD
Est-ce que pour l’après 20h00 on pourrait envisager des exceptions ? Par exemple pour le cadre de grands évènements sportifs qui coûtent très cher comme les Jeux Olympiques ; est-ce qu’il pourrait y avoir des exceptions ?

AURELIE FILIPPETTI
Mais vous savez, on peut toujours… on peut être très créatif, très imaginatif sur ces sujets-là mais l’essentiel c’est les grandes masses parce que financer une entreprise comme FRANCE TELEVISIONS c’est beaucoup d’argent et ce n’est pas avec des mesures ponctuelles, sporadiques qu’on résout les questions qui se posent pour le financement de grandes entreprises comme ça. Donc il faut avoir des principes clairs. Moi mon principe numéro un c’est de dire, la stabilité de l’entreprise, elle passe par la redevance qui est une ressource qui est à la fois moderne, elle peut s’adapter aux évolutions technologiques, qui est stable, qui est juste parce qu’il y a beaucoup d’exonérations. Je rappelle que par exemple quand vous ne payez pas de taxe d’habitation, vous êtes exonéré de la redevance, il y a tout un tas d’exonérations sur des motifs sociaux pour les gens qui ne paient pas d’impôt, pour les personnes âgées, pour les personnes handicapées et donc c’est la ressource qui est la plus stable pour le service public.

ROLAND SICARD
Est-ce qu’on n’aurait pas pu aussi rétablir la redevance sur les résidences secondaires ?

AURELIE FILIPPETTI
(rires) Mais vous voyez que moi je vous parle de grands principes et vous, vous me parlez de petites mesures techniques et ponctuelles…

ROLAND SICARD
L’argent ça compte.

AURELIE FILIPPETTI
Les grands principes c’est… si on veut faire évoluer la redevance, on doit la faire évoluer en fonction de l’évolution des modes de consommation et des technologies et aujourd'hui il y a la question, la grande question dans l’univers de la télévision, c’est évidemment le rapprochement entre ce qui en gros vient de l’Internet, des supports numériques et puis la télévision, ce qu’on appelle la Télé connectée en fait. Et donc on a aussi, évidemment on consomme la télévision par d’autres biais aussi que les supports traditionnels et les objets télévisés traditionnels et à mon avis c’est plutôt dans ce sens-là qu’il faut réfléchir. Il faut réfléchir à ces évolutions, ça c’est dans le cadre d’un second temps législatif qui viendra à la fin de l’année ou début 2014, qu’on pourra travailler sur l’évolution de la régulation notamment pour le numérique et puis sur ces questions aussi de financement.

ROLAND SICARD
L’internet justement, comme lutter contre le téléchargement illégal ?

AURELIE FILIPPETTI
Alors d’abord en réorientant la lutte contre les vrais contrefacteurs, c’est-à-dire les sites qui font de l’argent sur le dos des artistes et des créateurs. ADOPI était uniquement, quasiment uniquement concentré sur la lutte contre les petits internautes qui téléchargeaient chez eux. Et donc aujourd'hui on a besoin d’avoir une réorientation vers ceux qui gagnent énormément d’argent et qui organise d’une manière industrielle de la contrefaçon. Ça sera le rôle qui sera désormais dévolu à l’instance en charge de cela qui pourra être, si l’Assemblée en décide, le CSA, à partir du moment où on fera passer ce texte dans la loi. Mais en tout cas, il faut changer radicalement de logique. On ne peut pas dire qu’on va lutter contre le piratage uniquement en poursuivant les internautes, il faut aussi développer l’offre légale et pour développer l’offre légale, il faut qu’on travaille notamment sur ce qu’on appelle la chronologie des médias, c’est-à-dire la durée minimale d’exposition d’une oeuvre à la télévision. Il faut qu’on arrive à décloisonner les catalogues et puis il faut qu’on ait des nouvelles sources de financement issues du numérique et ça, c’est un enjeu majeur.

ROLAND SICARD
Merci.

AURELIE FILIPPETTI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 août 2013

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