Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "Europe 1" le 1er août 2013, sur le décès de Jean-Michel Lemétayer, les aides aux agriculteurs victimes des intempéries, sur la fiscalité écologique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "Europe 1" le 1er août 2013, sur le décès de Jean-Michel Lemétayer, les aides aux agriculteurs victimes des intempéries, sur la fiscalité écologique.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, KARA Alexandre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt;

ti : ALEXANDRE KARA
On a appris hier soir la disparition brutale de Jean-Michel LEMETAYER, président de la FNSEA pendant près de dix ans. C'est une grande figure du monde agricole qui nous quitte ?

STEPHANE LE FOLL
C'est une figure du monde de l’agriculture qui vient de nous quitter. C'est une figure qui était attachante. J’ai bien connu Jean-Michel LEMETAYER, il était il y a quelques jours au ministère encore, il était venu me voir quand j’ai été nommé ministre de l’Agriculture, et c'est quelqu’un qui était, de ces professionnels de l’agriculture, avec une grande sincérité, une vérité dans ce qu’il disait, il croyait à l’ambition pour l’agriculture français. Il a été un des créateurs du SPAS aujourd'hui, qui était une vitrine pour lui, magnifique, de ce qui pouvait être montré, par les agriculteurs, en particulier du Grand Ouest, dans l’élevage. Donc la famille de l’agriculture vient de perdre un des siens et un des grands leaders de cette grande famille.

ALEXANDRE KARA
Au moment où l’agriculture traverse un certain nombre de problèmes, la FNSEA vous interpelle sur les orages, les inondations, les grêles, le début de l’été a été riche en intempéries dans toute la France. Alors, vous allez… comment allez-vous aider les agriculteurs ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien là on a mis en place tous les dispositifs qui sont à notre disposition, à la fois sur les reports de cotisations au niveau de la MSA, sur la mobilisation du fonds de calamité, sur l’organisation, aussi, de l’accès au fourrage pour tous les éleveurs qui n’ont pas pu avoir la production qu’ils attendaient, parce que les terres étaient inondées, parce qu’ils ont pas pu semer suffisamment tôt, donc dans chaque préfecture, à chaque endroit où il y a eu ces problèmes, aujourd'hui il y a des cellules qui travaillent et qui mettent, ensemble, de manière coordonnée, en oeuvre, tous les outils qui sont à notre disposition. Après, l’évaluation de tout ça, est-ce qu’il y a eu beaucoup d’endroits où il y a eu cette année de graves intempéries, en particulier sur des inondations torrentielles comme celles qui ont eu lieu dans le Sud-ouest et dans les Pyrénées, que j’ai moi-même été visiter, eh bien tout cela se fait en ce moment, on aura une évaluation qui sera faite et on pourra mesurer à partir de là quelle a été l’ampleur des dégâts. Aujourd'hui, je le dis, partout, dans tous les départements, les préfets, les DRAAF, les DDT, sont à l’oeuvre pour répondre aux besoins des agriculteurs, et en particulier dans l’immédiat, dans le présent, c’était la question des fourrages. J’ai autorisé d’ailleurs très tôt le fait que l’on puisse utiliser les jachères pour pouvoir récolter du fourrage pour les éleveurs.

ALEXANDRE KARA
Il y a aussi les vignobles de Bourgogne qui ont été fortement touchés, où les récoltes de colza dans l’Eure. Est-ce que vous étudiez des indemnisations précises, pour chacun ?

STEPHANE LE FOLL
A chaque fois il y a deux processus, il y a ce que l’on appelle l’assurance puisqu’il faut être protégé contre les intempéries, sur les récoltes, et puis après il y a, au-delà, lorsqu’il y a, au travers des aléas climatiques, des dégâts sur le fond, qui remettent en cause la production de manière structurée, et c'est là que les fonds de calamités et puis l’ensemble des mesures sont prises, mais je le dis, je le répète, à chaque fois qu’il y a eu un problème, on a été et on est mobilisé. Ça nécessitera, je le dis aussi ce matin, une réflexion sur la manière dont on organise le financement de l’ensemble de ces problèmes et de ces aléas climatiques, le réchauffement climatique risque de conduire à une intensité et peut-être une fréquence plus grande, de ces aléas climatiques, et donc on a, à terme, à bien réfléchir à la méthode que l’on va mettre en oeuvre.

ALEXANDRE KARA
Ça veut dire que vous allez lancer une réflexion par exemple, sur la gestion des risques ?

STEPHANE LE FOLL
C'est déjà fait, la réflexion est déjà lancée.

ALEXANDRE KARA
Et ça va prendre quelle forme ? Ça va aboutir sur une loi ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien avec la réforme de la Politique agricole commune, ce que l’on peut mobiliser, la manière dont on va s’organiser, à la fois sur la calamité, les fonds de calamités, c'est-à-dire la question de la solidarité, ensuite comment on peut mutualiser aussi un peu plus les risques, et faire en sorte que l’on ait, à partir de là, un dispositif qui permette de couvrir ces coûts qui sont liés à des aléas qui malheureusement, vous l’avez vu cette année, sont extrêmement… causent de grosses difficultés dans tous les endroits où on les a connus.

ALEXANDRE KARA
L’Union européenne a décidé au mois de juillet, la fin des aides sur les exportations de poulets. Alors, l’Europe, en quelque sorte, n’a-t-elle pas signé l’arrêt de mort de la filière avicole française ?

STEPHANE LE FOLL
Alors, l’Europe a signé l’arrêt de mort de restitutions, de manière globale, qui ont été, qui étaient déjà annoncées comme supprimées depuis longtemps, il a fallu se battre pour retarder cette décision, elle appartenait à la Commission en tant qu’organe d’application des règlements qui gèrent la Politique agricole, et en particulier les OCM, type la volaille, donc il faut qu’on trouve d’abord les moyens de penser notre filière à l’export dans les années qui viennent, à terme on le sait, il n’y aura plus de restitution, il n’y en a plus déjà, et en même temps, aujourd'hui, dans l’immédiat, on a fait un recours, pour contester la décision qui a été prise, qui a été prise extrêmement rapidement, avant l’été. On aurait pu, c'est ce que je souhaitais, aller jusqu’à la fin de l’année, et permettre comme ça, aux entreprises qui en bénéficiaient jusqu’ici, de pouvoir s’adapter. Donc on va s’adapter, travailler de manière structurelle pour l’avenir, on doit avoir et on va garder cette grande filière à l’exportation et en même temps on fera un recours.

ALEXANDRE KARA
Oui, mais comment faire pour la garder dans ces conditions ? Par exemple, l’entreprise DOUX va perdre 55 millions d’euros d’aides, alors dans ces conditions, comment DOUX peut survivre ?

STEPHANE LE FOLL
Dans ces conditions, c'est difficile, on a rencontré les entreprises qui sont concernées, on est en train de travailler sur des plans d’investissements pour améliorer la compétitivité, on est en train aussi de prendre des contacts avec les marchés sur lesquels s’exporte cette volaille, pour savoir s’ils sont pérennisables ou s’il y a un intérêt. Je confirme qu’il y a des marchés à l’exportation pour la volaille française. Je l’ai moi-même constaté, dans les grands pays du Moyen Orient et du Proche Orient, aujourd'hui, personne dans ces pays ne souhaite être dépendant, uniquement d’un exportateur, et en l’occurrence du Brésil.

ALEXANDRE KARA
Oui, mais concrètement, cette filière a besoin d’argent aujourd'hui.

STEPHANE LE FOLL
Mais concrètement, elle a besoin justement d’argent, elle a besoin d’investissements, elle a besoin de soutien. Donc on est en train de voir, dans quelle, de quelle manière on va organiser à nouveau cette filière. Mais, l’idée qui consisterait à dire : « ça y est, on perd 55 millions et donc on compense par 55 millions », non, ce n'est pas comme ça qu’on fera, parce qu’on n’a pas, aujourd'hui, les moyens de le faire. Par contre, ce qu’il faut, c'est qu’on s’organise, pour donner de la compétitivité et pour garantir des débouchés et réorganiser et donner les moyens à ces entreprises, d’investir.

ALEXANDRE KARA
Ce matin, vous assistez à une réunion sur les retraites agricoles, avec Marisol TOURAINE, un des engagements de campagne de François HOLLANDE était d’assurer un minimum retraite à 75 % du smic pour les agriculteurs, après une carrière complète. Est-ce que cette promesse va être tenue ?

STEPHANE LE FOLL
Elle est en cours d’évaluation, elle sera proposée ce matin, on est en train de mettre en oeuvre les promesses qu’a fait François HOLLANDE. S’y ajoutera d’ailleurs aussi, une revalorisation sur les retraites des conjointes et des femmes, dans le choix qui a été fait par le gouvernement, sur l’équilibre et l’égalité hommes/femmes. On est vraiment là dans les retraites agricoles, sur les plus petites retraites. Donc on est dans la conception de la réforme de la retraite, qui sera présentée par Marisol TOURAINE, et le gouvernement. L’idée à la fois de tenir compte des déséquilibres, qui sont ceux que connait le régime, mais avec la volonté de pérenniser ce régime et d’être juste dans cette réforme, c'est-à-dire de revaloriser des toutes petites retraites, puisque les retraites agricoles sont les plus petites aujourd'hui.

ALEXANDRE KARA
Donc vous dites ce matin aux agriculteurs, qu’il y aura bien un minimum retraite à 75 % du smic.

STEPHANE LE FOLL
Il y a, dans les propositions que nous allons discuter ce matin, cette proposition.

ALEXANDRE KARA
Ils réclament aussi le retour du calcul de leur retraite sur les 25 meilleures années, et non pas sur la totalité de leur carrière, comme c'est le cas aujourd'hui. Ça semble quand même assez raisonnable comme demande, non ?

STEPHANE LE FOLL
Sur cette demande, il y a eu des évaluations qui ont été faites, puisque vous savez que des agriculteurs, sur les 25 meilleures années, ce n'est pas du tout la même chose quand vous êtes éleveur bovin dans un endroit, céréalier dans un autre, donc c'est une proposition… c'est une demande qui a été faite par la profession agricole. Ce que je veux dire, ce matin, c'est que l’axe que nous allons présenter ce matin avec Marisol TOURAINE, c'est à la fois la revalorisation des petites retraites et puis la valorisation aussi des retraites des conjointes.

ALEXANDRE KARA
A l’agenda toujours, le Conseil d’Etat devrait statuer d’ici demain sur l’interdiction d’un maïs OGM, le MON810. Alors, si l’interdiction est levée, qu’allez-vous faire ?

STEPHANE LE FOLL
Alors, le Conseil d’Etat va s’appuyer sur la base juridique qui avait été choisie par le gouvernement précédent, pour interdire ce maïs. Le Conseil d’Etat n'est pas encore le décideur, ce n'est pas lui qui dit si on peut ou pas interdire, ils disent simplement : si les bases juridiques qui sont utilisées sont les bonnes ou pas. Donc, de toute façon, je ne sais pas ce que dira le Conseil d’Etat, on va attendre, quand même, mais quelle que soit la décision, la ligne du gouvernement sera la même, nous ne sommes pas favorables…

ALEXANDRE KARA
C'est-à-dire que si l’interdiction est levée, vous allez de nouveau interdire ce maïs.

STEPHANE LE FOLL
On va… Nous ne sommes pas favorables à l’utilisation de ces maïs OGM, en particulier ce MONSANTO 810 qui est un maïs résistant à des herbicides. Il y a autre chose à faire. La modernité de l’agriculture, ce n'est pas uniquement, ça a été trop souvent dit, ou on a laissé entendre que c’était ces grandes techniques d’OGM, en particulier sur les OGM résistant aux herbicides, ou OGM pesticides eux-mêmes, franchement, il y a des techniques qui sont aussi performantes, voire plus performantes, et on va les mettre en oeuvre aujourd'hui.

ALEXANDRE KARA
Mais, Stéphane LE FOLL, vous le dites vous-même, qu’il faut dépasser le débat entre pro et anti OGM. Ça veut dire quoi ?

STEPHANE LE FOLL
Ça veut dire que quand on se contente de ce débat, on évite de penser les modèles agricoles dans leur globalité. Moi j’ai connu ce débat depuis des années. Vous êtes pro, vous êtes contre, vous êtes pour, vous êtes contre, vous interdisez, vous interdisez pas, mais attendez, en termes politique, en termes d’objectifs, pour l’agriculture et en particulier pour ceux qui veulent une agriculture qui intègre la question environnementale, c'est un débat qui enferme tout le monde dans pro ou contre OGM, alors qu’on a besoin de créer une dynamique nouvelle, c'est l’agro-écologie.

ALEXANDRE KARA
Stéphane LE FOLL, autre inquiétude pour le monde agricole, en 2014 les agriculteurs pourraient voir diminuer ou disparaitre la fiscalité avantageuse dont ils bénéficient, sur le gasoil, pour cause de fiscalité verte. Qu'est-ce que vous pouvez faire ?

STEPHANE LE FOLL
Ce que l’on va faire, c'est que sur cette question-là, il est hors de question que l’agriculture soit, comment dirais-je, on anile les avantages. L’agriculture, sur le gasoil, elle a un certain nombre d’avantages, la fiscalité écologique elle est prise de manière globale, donc ce que l’on essaie de voir, c'est…

ALEXANDRE KARA
Donc vous préserverez les intérêts du monde agricole.

STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr, on préserve les intérêts du monde agricole. En même temps, on ira aussi dans le sens d’une fiscalité qui intègre l’idée que dans les énergies fossiles, il y a besoin de les… de réduire leur consommation, et c'est ce que je vais proposer aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 août 2013

Rechercher