Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RTL le 14 août 2013, sur le projet de la réforme pénale et les relations entre la police et la Justice. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RTL le 14 août 2013, sur le projet de la réforme pénale et les relations entre la police et la Justice.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, CORBE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : PHILIPPE CORBE
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

PHILIPPE CORBE
Pourquoi avez-vous envoyé une lettre à François HOLLANDE pour lui dire tout le mal que vous pensez du projet de loi de réforme pénale qui dépend de votre collègue Christiane TAUBIRA ?

MANUEL VALLS Nous sommes dans un processus de discussions qui est normal et qui doit rester
d'ailleurs discret, confidentiel.

PHILIPPE CORBE
C'est pas vous qui avez fait fuiter la lettre.

MANUEL VALLS
Bien sûr que non, et nous avons l'obligation de travailler ensemble, sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre, qui rendront au bon moment, les arbitrages. C'est une procédure normale, et j'ai adressé, ce n'est pas la première fois, d'autres ministres le font, bien évidemment, une note au président de la République, et au Premier ministre et c'est normal que nous ayons un débat, sur un sujet important, qui est la politique pénale, que nous devons mettre en oeuvre, pour qu'elle soit véritablement efficace dans la lutte contre l'insécurité et la délinquance.

PHILIPPE CORBE
Alors, Manuel VALLS, il y a un mot que vous n'utilisez pas dans cette lettre, et pourtant on a l'impression de la lire entre les… de lire ce mot entre les lignes, vous dénoncez, entre les mots, de manière assez implacable, le laxisme de Christiane TAUBIRA, ou plutôt la culture du laxisme.

MANUEL VALLS
Jamais je n'utiliserais ce type de propos et depuis un an, avec Christiane TAUBIRA, nous avons donné, contrairement à ce qui s'est passé par le passé, l'image d'une entente, qui va durer, parce que la Justice et l'Intérieur doivent travailler ensemble, au service des Français, pour être efficaces. Nous avons mis, ensemble, en place, les zones de sécurité prioritaire, qui marchent, à Amiens, en Seine-Saint-Denis, à Marseille ou à Grenoble. Nous avons ensemble fait une communication au Conseil des ministres, sur un sujet qui préoccupe nos compatriotes, c'est-à-dire la récidive, et nous allons continuer à travailler ensemble, parce que nous ne cessons de le marteler, ensemble, pour être efficace, il faut que les forces de l'ordre et les magistrats, travaillent ensemble.

PHILIPPE CORBE
Alors, on va prendre quelques exemples précis qui montrent bien les divergences qui vous opposent sur ce texte. Par exemple, Christiane TAUBIRA veut supprimer les peines plancher, mises en place par la droite il y a quelques années, pas vous.

MANUEL VALLS
Mais c'est un engagement du président de la République, mais la seule question qui vaille, c'est par quoi nous les remplaçons, c'est-à-dire quel est le dispositif le plus efficace possible, alors que les peine plancher n'ont pas fait la preuve de leur efficacité, mais les Français, évidemment, sont inquiets sur les questions de récidive, vous l'avez, bien entendu, encore hier, ce drame épouvantable, cette agression d'une sauvagerie insupportable de la part d'un individu qui était en semi-liberté, dans les Hauts-de-Seine, cela préoccupe nos concitoyens. Moi j'ai encore en tête les mots de la mère de l'une des victimes, les Français et nous aussi, souhaitons une justice qui soit efficace et sévère à l'égard de ceux qui se comportent ainsi, mais sévère aussi à l'égard de la petite délinquance qui pourrit la vie de nos concitoyens, tous les jours, avec une réponse appropriée à l'égard de la délinquance des mineurs. Nous voulons, ensemble, avec Christiane TAUBIRA, bâtir une politique pénale, une chaine pénale, qui soit efficace, et c'est ce débat-là qui a lieu, et il y aura qu'une seule ligne, qu'un seul texte de loi, quand il sera arbitré par le président de la République et par le Premier ministre.

PHILIPPE CORBE
Je vais prendre un autre exemple. Quand Christiane TAUBIRA propose, dans cette réflexion sur ce projet de réforme, des aménagements de peine aux 2/3 de la peine, c'est-à-dire qu'une sortie quasi-automatique pour les peines de moins de 5 ans, au bout de 2/3 de la peine, on se dit que ça, ce n'est pas exactement un signe de sévérité.

MANUEL VALLS
Mais, Christiane TAUBIRA a une préoccupation que je partage, qui est d'éviter ce que l'on appelle « les sorties sèches » des prisons, donc il faut des aménagements de peines, et bien évidemment, il ne peut pas y avoir d'automaticité, je crois qu'avec la garde des Sceaux, nous sommes d'accord sur ce sujet-là. Vous savez, moi je ne veux pas participer au vieux débat entre une droite qui serait soi-disant sécuritaire, alors qu'elle a échoué sur ce sujet-là, les violences ont cessé d'augmenter au cours de ces dernières années, et une gauche qui serait laxiste. Ce n'est pas le cas. Avec la garde des Sceaux, nous voulons et nous incarnons une gauche qui n'est pas laxiste, qui est sévère à l'égard de ceux qui ont des comportements insupportables. Vous savez, la gauche, elle doit se préoccuper des plus faibles, des plus modestes, et ce sont souvent les plus faibles, les plus modestes, les plus fragiles, dans les quartiers populaires, les femmes, les personnes âgées, les personnes handicapées, qui sont d'abord victimes de la délinquance et de l'insécurité. Et moi je suis tourné, exclusivement, vers eux.

PHILIPPE CORBE
Enfin, Manuel VALLS, quand on vous écoute ce matin, on a l'impression que vous êtes sur la même ligne que Christiane TAUBIRA, alors que les Français qui vivent parfois cette insécurité au quotidien, les policiers constatent, au quotidien, des décalages entre vous, vos propos qui sont parfois très durs, une ligne assez ferme, et disons une culture de l'excuse, au moins dans les mots de Christiane TAUBIRA.

MANUEL VALLS
Il n'y a aucune culture de l'excuse et vous ne trouverez pas, dans les discours, dans les mots de la garde des Sceaux, de tels propos. Sortons de ce débat caricatural, il n'a évidemment aucun sens. Ce que les Français souhaitent, ce qui n'a pas été le cas au cours de ces dernières années, malgré de nombreux textes votés, c'est une réponse appropriée, aux questions de sécurité, à la délinquance et notamment à cette délinquance, encore une fois, qui pourrit la vie des gens, et nous y travaillons, ensemble, parce qu'il n'y a pas d'autre choix, encore une fois, que la justice et les forces de l'ordre travaillent ensemble.

PHILIPPE CORBE
Alors, vous dites, Manuel VALLS, que c'est un débat normal, dans un gouvernement, pourtant Christiane TAUBIRA est furieuse que vous ayez envoyé cette lettre au président, vous l'avez vue deux fois, le 29 juillet puis le 30 juillet, je crois, sans lui en parler, c'est un peu étrange comme fonctionnement, au sein d'une équipe gouvernementale, non ?

MANUEL VALLS
Non, nous avons travaillé ensemble, nos équipes ont travaillé ensemble, il y a eu une réunion à l'Elysée sous la présidence de François HOLLANDE, en présence du Premier ministre. Nous travaillons ensemble, encore une fois, c'est le fonctionnement normal au sein de ce gouvernement, il y a un débat, il y a des discussions, ces notes n'ont pas à fuir, évidemment, je le regrette, et ensuite il y aura un arbitrage, c'est quand même la moindre des choses qu'il y ait un débat, mais ce débat, depuis un an, n'est pas public, il n'a pas à être public, pour que le président de la République et le Premier ministre puissent ensuite arbitrer.

PHILIPPE CORBE
Aucun, de vous ne va démissionner.

MANUEL VALLS
Pourquoi démissionner alors que nous sommes au service des Français, pour précisément répondre à leurs aspirations ? C'est vrai sur les questions de sécurité, c'est vrai évidemment sur les questions d'emploi ou de croissance.

PHILIPPE CORBE
Justement, on va y revenir. Est-ce que vous diriez, comme une majorité de Français, dans un sondage IFOP, que publie LE FIGARO ce matin, des Français de gauche et de droite, d'ailleurs, que la justice n'est pas assez sévère aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
Mais la justice, elle est sévère, en même temps, c'est cela le paradoxe, puisqu'en même temps on constate qu'il y a une surpopulation carcérale, mais elle doit être juste dans ses décisions, et à chaque fois elle doit prononcer la peine qui s'impose, par rapport à un acte délictuel. Et les Français demandent, et ils ont raison, de la sévérité, vis-à-vis de ceux qui cambriolent, qui arrachent, des vols de colliers, qui gênent la vie quotidienne de millions de Français. Il y a de la violence dans la société et il y a une demande, en même temps une aspiration très forte, que la gauche incarne et qu'elle doit pleinement incarner, une réponse d'ordre, d'ordre républicain et d'autorité, c'est ça que demandent nos concitoyens, et c'est cette réponse-là que nous travaillons avec la garde des Sceaux.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, la garde des Sceaux, justement, disait dans le NEW YORK TIMES ce week-end, qu'elle ne supporte pas d'avoir un patron, c'est son expression, « ma conscience, c'est mon patron ». Il n'y a pas de patron au gouvernement, à la tête de l'Etat ?

MANUEL VALLS
Mais évidemment, il y a un chef, et ce chef c'est François HOLLANDE, et c'est avec lui, évidemment, et sous sa responsabilité, que nous travaillons. Mais dans chacun d'entre nous il y a forcément un rebelle, heureusement, vous connaissez la liberté de chacun d'entre nous, mais nous travaillons ensemble et c'est là l'essentiel.

PHILIPPE CORBE
Alors, Manuel VALLS, vous serez tout à l'heure à Marseille. On ne compte plus les faits divers à Marseille ces derniers mois, ces dernières années, d'ailleurs, l'insécurité, les trafics, notamment les trafics de drogue, les règlements de comptes. Vous avez mis des moyens supplémentaires, en place, et pourtant on n'a pas l'impression de voir l'insécurité reculer ces derniers mois.

MANUEL VALLS
Nous avons mis beaucoup de moyens supplémentaires, parce que beaucoup de ces moyens, avaient été supprimés au cours de ces dernières années à Marseille, plus de 200 policiers et gendarmes aujourd'hui travaillent sur Marseille. Nous avons créé des zones de sécurité prioritaire sur les quartiers Nord et Sud de Marseille, cela représente 80 cités, et nous avons mis surtout en place, une méthode globale d'occupation du terrain, de lutte notamment contre les trafics de drogue, qui sont au coeur de la délinquance et des règlements de comptes, et je me rendrai ce matin même, en effet, sur la cité des Oliviers, pour constater les résultats que nous obtenons, et nous obtenons des résultats, mais il est vrai qu'en même temps, il y a de la violence et de la délinquance.

PHILIPPE CORBE
Quels résultats ? Sur la drogue ?

MANUEL VALLS
Il y a la baisse de la délinquance sur Marseille, des cambriolages, des agressions sur les personnes, il y des résultats tout-à-fait probants en matière de lutte contre la drogue, mais cela prend évidemment du temps, tant cette ville a été laissée à l'abandon au cours de ces dernières années. Et il faut que chacun prenne ses responsabilités, que la municipalité mette des moyens aussi importants en termes de police municipale, et de vie de protection. L'Etat est présent, et pas uniquement sur les questions de sécurité, parce qu'il faut aussi, évidemment, une réponse en matière sociale, en matière éducative, et nous répondons à l'attente des Marseillais et chacun doit être responsable et surtout ne pas participer, à quelques mois des élections municipales, à une surenchère qui n'a aucun sens.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, comment vous interprétez ce chiffre surprise de la croissance au 2ème trimestre, qui est tombé il y a moins d'une demi-heure, + 0,5. Vous vous y attendiez ?

MANUEL VALLS
Eh bien moi, je suis convaincu, et le président de la République a raison, que la politique que nous mettons en place permet de soutenir la croissance, et l'engagement du président de la République, du Premier ministre, de tout le gouvernement, au service de l'emploi et de la croissance, est en train de donner des résultats, et c'est ça qui est important pour les Français et pour demain.

PHILIPPE CORBE
Ça veut dire que vous serez, le gouvernement sera à ce niveau-là, au troisième trimestre, au quatrième trimestre, ou il faut s'attendre à une…

MANUEL VALLS
Ça veut dire qu'évidemment il faut là aussi du temps, mais le président de la République s'est fixé des objectifs, en matière de soutien à la compétitivité, à la croissance, sur l'inversion de la courbe du chômage. Il faut redonner de l'espoir, et ce chiffre donne précisément, cette lueur d'espoir qui est attendue par nos compatriotes.

PHILIPPE CORBE
Manuel VALLS, ministre de l'Intérieur, pas rebelle, était l'invité ce matin de RTL. Bonne journée.

MANUEL VALLS
Merci à vous, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 août 2013

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