Extraits d'un entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec France 2 le 18 aout 2013, sur la situation politique en Egypte. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits d'un entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec France 2 le 18 aout 2013, sur la situation politique en Egypte.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti :


Q - Merci Laurent Fabius d'être avec nous ce soir pour évoquer évidemment cette situation violente et complexe. Vous arrivez il y a quelques minutes de l'Elysée, où il y avait une rencontre entre vous, votre homologue saoudien et le président de la République. Laurent Fabius, on entend, on lit des déclarations diplomatiques très policées : il faut renouer le dialogue ; les Occidentaux appellent à la retenue. Que pouvez-vous nous dire ce soir de ferme, de sérieux, j'allais dire, entre guillemets, face à cette situation de quasi guerre civile que nous montrons dans nos journaux depuis plusieurs jours ?

R - La France, pas plus qu'aucun autre pays extérieur à l'Égypte, ne peut prendre des décisions à la place des Égyptiens. Mais quand on aime l'Égypte, quand on est ami de l'Égypte - ce qui est le cas de la France - on ne peut pas laisser la situation se détériorer sans réagir. Alors réagir, cela veut dire faire le maximum pour que les violences diminuent...

Q - Ça veut dire quoi «faire le maximum» ?

R - Rétablir un dialogue inter-égyptien et puis faire en sorte qu'on aille vers les élections. Qu'est-ce que cela veut dire, diminuer les violences ? Cela veut dire que nous faisons toute une série de contacts - cet après-midi, le ministre des affaires étrangères saoudien était là, le ministre des affaires étrangères qatarien est également venu nous voir, nous avons des contacts au niveau européen - et nous essayons, sans nous ingérer dans les affaires égyptiennes, de faire en sorte que la pression diminue.

C'est extraordinairement difficile parce que le Général Sissi est soutenu par une grande partie de la population et les Frères musulmans, eux, se sentent mis en grave difficulté. Et puis il y a le problème des coptes - on l'a vu dans le reportage, je veux vraiment en faire l'écho - il est inadmissible qu'on s'en prenne à des minorités, en l'occurrence à des minorités chrétiennes. Donc notre action diplomatique, c'est d'essayer de rassembler les uns et les autres pour que le niveau de violence diminue et qu'on aille vers les élections.

Q - Alors pour faire cela aussi, il y a des leviers, des sanctions qui sont à la disposition de la communauté internationale et de l'Union européenne - je donne deux chiffres : l'aide européenne à l'Égypte, c'est 700 millions d'euros depuis 2007, ce sont des prêts à hauteur de 3,5 - 3,6 milliards d'euros en dix ans ; si les violences continuent dans les 48 heures qui viennent par exemple, l'Europe va-t-elle décider de couper les vivres à l'Égypte ?

R - Ce n'est pas si facile que cela. Pourquoi ? Parce que les subventions que nous donnons vont à la population, pour qu'elle puisse manger et être soignée. Les prêts, c'est plus facile de les couper. Donc il y aura une réunion demain de nos représentants auprès de l'Union européenne. Ensuite, les ministres des affaires étrangères européens décideront. Il est probable que nous prendrons une décision subordonnée à la situation. Si la situation s'apaise, ce serait très bien. Si, en revanche, les violences continuent, là on peut et on doit sans doute prendre des décisions. Et puis il y a, indépendamment de ce que fait l'Europe, ce que chaque pays peut faire dans ses relations bilatérales.

Q - Et puis il y a la situation aussi des Français. Vous n'avez jusqu'alors pas demandé aux ressortissants français de rentrer en France mais nous sommes l'été, il y a des Français qui vivent en Égypte et qui sont en France. Est-ce que vous leur demandez de ne pas rentrer ? Le lycée français par exemple en Égypte, va-t-il rouvrir au moment de la rentrée ?

R - Alors soyons précis : il y a 6.200 Français recensés. Aujourd'hui, beaucoup sont en vacances. Mais symétriquement, nous avons beaucoup de touristes. Vis-à-vis des touristes, la consigne est claire : il est formellement déconseillé de se rendre en Égypte. C'est clair. Pour ce qui concerne les Français résidents en Égypte, nous n'avons pas donné d'ordre d'évacuation. Simplement nous avons des contacts avec eux par différents moyens techniques et nous leur recommandons de ne pas aller près des manifestations et de ne pas sortir de chez soi. Pour ce qui concerne le lycée, la rentrée doit se faire autour du 3 ou 4 septembre, je déciderai en fonction de l'évolution de la situation. Si la situation se calme, évidemment le lycée pourra ouvrir ; s'il y avait un risque, on ferait ce qu'on a fait dans d'autres pays, c'est-à-dire pas question d'exposer nos ressortissants.

Q - Merci beaucoup, Laurent Fabius, d'avoir été avec nous ce soir sur France 2 pour évoquer la situation en Égypte.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 août 2013

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