Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC - BFM le 20 août 2013, sur la situation de la sécurité à Marseille, les polémiques suscitées par une vidéo amateur concernant une interpellation à Joué-Lès-Tours (Indre-et-Loire), le regroupement familial et le projet de réforme pénale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC - BFM le 20 août 2013, sur la situation de la sécurité à Marseille, les polémiques suscitées par une vidéo amateur concernant une interpellation à Joué-Lès-Tours (Indre-et-Loire), le regroupement familial et le projet de réforme pénale.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, bonjour.

MONSIEUR MANUEL VALLS, MINISTRE DE L'INTERIEUR
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous ce matin. Rentrée politique hier du gouvernement, mais je voudrais commencer tout de suite par le terrorisme : ces menaces ou pas terroristes. “Bild”, quotidien allemand le plus lu, affirme qu'Al Qaïda prépare des attentats sur des trains à grande vitesse dans toute l'Europe, attentats sur les voies, dans des tunnels, bombes placées dans les trains. Est-ce que vous confirmez de telles menaces ?

MANUEL VALLS
Nous n'avons aucun élément qui confirme ces menaces, même si nous avons eu ces rumeurs il y a déjà plusieurs semaines et que nous avons pris un certain nombre de précautions. Elles ne concernaient pas directement la France, elles concernaient des pays voisins, des pays d'Europe du nord essentiellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez été prévenus ?

MANUEL VALLS
Nous avons été prévenus qu'il y avait ces éléments d'information, ces rumeurs, mais nous n'avons eu aucun élément probant pouvant amener à croire qu'il y avait des menaces concrètes concernant notre pays. Mais soyons clairs : il y a une menace terroriste qui concerne la France depuis déjà un certain nombre de mois. Menace terroriste qui nous concerne en notre sein même depuis les assassinats perpétrés par Mohamed MERAH, menace terroriste évidente après l'intervention de la France au Mali et nous avons relevé le niveau d'alerte à travers notamment Vigipirate et la vigilance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas de surveillance particulière dans les trains, les TGV en ce moment en France ?

MANUEL VALLS
Dans ce domaine-là, il faut être discret. Il y a de toute façon à chaque fois une surveillance et un travail bien évidemment non seulement des forces de l'ordre mais des services de renseignement en France et en collaboration très étroite avec nos alliés et nos amis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'actualité encore : Marseille. Marseille avec encore un mort, un homme tué dans un quartier populaire de Marseille, l'Estaque, hier. Ça s'accumule. Je me souviens ce que vous disiez : « Marseille est un enjeu pour moi ». Les voyous, les trafiquants, les criminels ne sont-ils pas en train de gagner la partie ? N'êtes-vous pas en train de perdre la partie, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Non, mais j'ai toujours que ce serait long et difficile. Pourquoi ? Parce qu'il faut être clair – nous avons un peu de temps, Jean-Jacques BOURDIN, pour évoquer la question de Marseille. Marseille est une ville qui a été abandonnée pendant des années par l'État comme par les collectivités territoriales de Marseille, et notamment par la municipalité. La moitié de Marseille, ce sont des quartiers populaires, des cités. Elles ont été abandonnées, ces cités, en matière de sécurité, d'école, de lutte contre la pauvreté et la précarité. Je me rends régulièrement à Marseille, pas dans des salles de réunion : dans les cités. J'étais il y a encore quelques jours à la cité des Oliviers où grâce au travail de la police, un réseau de trafiquants de drogue a été démantelé alors qu'il y a quelques mois dans cette cité-même, lié sans doute à ces trafics de drogue, il y avait déjà eu un règlement de comptes. Cette ville a été abandonnée. Il y a un an, le Premier ministre à travers un comité interministériel, a décidé de se saisir plein corps du dossier de Marseille, de son aménagement, de sa métropole, de la lutte contre les inégalités et évidemment de la lutte contre l'insécurité. Nous avons mis des moyens considérables : deux-cent-trente policiers et gendarmes de plus alors que, dans les années précédentes, marquant ainsi l'abandon par la droite et par l'État de Marseille, on avait supprimé cent-soixante-quinze postes de policiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais on tue dans le centre-ville de Marseille, Manuel VALLS !

MANUEL VALLS
On tue depuis des années à Marseille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Partout, pas que dans les quartiers !

MANUEL VALLS
Mais c'est lié à cela et l'Estaque est un quartier populaire, qui est en zone de sécurité prioritaire. La moitié de la ville de Marseille, les quatre-vingts cités, notamment les quarante cités que nous essayons de reconquérir et que nous sommes en train de reconquérir, sont en zone de sécurité prioritaire. Nous nous attaquons à ce trafic de drogue qui gangrène totalement cette ville et ces cités, et pas seulement Marseille. Une grande partie du pays est touchée par ces trafics de drogue, mais c'est vrai qu'à Marseille c'est plus spectaculaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, j'entends le maire qui s'adresse à vous et qui vous dit : « Sortez de vos postures médiatiques », Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, qu'a fait le maire de Marseille ? Il a fallu que ce gouvernement se mette en place et que je décide de mettre le paquet sur Marseille pour qu'enfin Jean-Claude GAUDIN, avec qui j'ai de bonnes relations, avec qui nous travaillons, décide enfin un plan de vidéoprotection pour l'ensemble de la ville. Ça ne concernait que le centre-ville. Décide enfin, progressivement, de mettre en place une police municipale qui n'existait pas et il faut que cette police municipale soit présente, Jean-Jacques BOURDIN, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et qu'elle soit armée. Moi, je ne suis pas là pour polémiquer avec les élus mais je rappelle quelle est la situation de Marseille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'armée dans les quartiers, vous vous souvenez de Samia GHALI, c'était il y a un an, elle a répété à peu près la même chose hier soir.

MANUEL VALLS
Mais il y a une surenchère, notamment de la part des élus, ce que je peux comprendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De gauche et de droite, surenchère.

MANUEL VALLS
De gauche et de droite parce qu'il y a des primaires socialistes pour désigner le candidat à la ville de Marseille. Parce qu'il y a des municipales au mois de mars à Marseille comme ailleurs et qu'il y a une course à celui qui en fait le plus. Ce gouvernement a mis ces effectifs. Nous obtenons par ailleurs, et c'est là le paradoxe, des résultats. Non seulement la délinquance quotidienne baisse, mais non seulement nous obtenons aussi des résultats en matière de démantèlement des trafics de drogue qui sont au coeur de ces règlements de comptes. Quand à la Castellane on démantèle au mois de juin un trafic de drogue, ça représente à la Castellane – il faut que vos auditeurs et vos téléspectateurs en aient bien conscience – plus de soixante mille euros de gains qu'apporte le trafic de drogue dans cette cité par jour. Le trafic de drogue en France, c'est deux milliards d'euros. Donc ce sont des sommes considérables qui amènent de très jeunes voyous à se liquider entre eux pour le contrôle de ce marché de la drogue. Seules des enquêtes en profondeur comme nous menons permettront de démanteler ces trafics de drogue et de mettre fin à ces tueries. Il y a eu onze règlements de comptes à Marseille depuis le début de l'année ; il y en avait eu dix-sept à la même époque l'année dernière. Mais je ne me contente pas évidemment de ces chiffres, il faut continuer. Donc aujourd'hui même, cet après-midi, je me rends de nouveau à Marseille à l'Estaque, parce que je connais bien ce quartier qui été touché une nouvelle fois par ce règlement de comptes. Je vais ensuite demander à tous les parlementaires de Marseille et à la municipalité de Marseille de se réunir avec moi parce que je veux que tout le monde prenne ses responsabilités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez réunir tous les parlementaires de Marseille et de la communauté ?

MANUEL VALLS
Il ne suffit pas de demander à l'État alors que les mêmes qui demandent à l'État aujourd'hui, ils ne demandent pas (sic). Troisièmement, et nous y travaillons déjà depuis plusieurs semaines, nous allons – et je vais l'annoncer cet après-midi – donner des moyens supplémentaires à la police judiciaire. J'en ai parlé avec Christian SAINTE, le patron de la police judiciaire de Marseille la semaine dernière, il a besoin de postes supplémentaires d'enquêteurs pour aller au coeur de ces trafics.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de postes ? combien de postes ?

MANUEL VALLS
Je le dirai cet après-midi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

MANUEL VALLS
Je le dirai, Jean-Jacques BOURDIN, cet après-midi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne sais pas, une dizaine, une vingtaine, une cinquantaine ?

MANUEL VALLS
Ce sera de cet ordre-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une dizaine, une vingtaine, oui.

MANUEL VALLS
J'en parlerai cet après-midi. Nous allons continuer à déployer les moyens sur Marseille. Pourquoi ? Parce qu'en plus, Marseille est en train de changer, en tous cas sa façade méditerranéenne avec des logements qui vont être construits. Dans le centre-ville et dans d'autres quartiers il va y avoir plus d'habitants et donc nous allons accompagner en termes de moyens, d'effectifs pour la police nationale, nous allons accompagner ces évolutions. Donc le message est clair : l'État, le gouvernement, ne laissent pas tomber Marseille. C'est difficile et moi je comprends l'exaspération d'abord des Marseillais. Je comprends le scepticisme de nos compatriotes et moi je continuerai ce travail sur Marseille, il donne des résultats. Quand je vois la baisse de la délinquance, les atteintes volontaires à l'intégrité physique : moins quatorze pourcents ; les atteintes aux biens : moins neuf pourcents ; moins dix-huit pourcents de vols avec violence. Ça veut dire qu'on est, grâce à notre méthode globale d'occupation du terrain, du centre-ville comme des autres quartiers, en train d'avoir des résultats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez qu'en matière de délinquance, on ne croit plus aux chiffres, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mais je comprends, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mettez-vous à la place de la population, vous le savez. Elle ne croit plus !

MANUEL VALLS
Oui, mais la population je la rencontre régulièrement. Je le comprends.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand vous voyez qu'un infirmier aux urgences est agressé, quand vous voyez qu'on a tué deux fois en dix jours dans le coeur de Marseille :

MANUEL VALLS
J'ai rencontré la semaine dernière les parents de Jérémy discrètement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ce garçon qui a été tué dans des circonstances qui méritent encore d'être éclaircies.

MANUEL VALLS
Vous croyez que je ne le palpe pas ? que je…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La piste du SDF est abandonnée ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, l'enquête est en cours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La piste du SDF est abandonnée ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, je ne me substitue pas à la justice et aux enquêteurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais moi je vous le dis. Vous le savez.

MANUEL VALLS
Oui, mais soyez vous-même prudent. Il y a une enquête qui est menée, j'ai rencontré ses parents. Vous croyez, Jean-Jacques BOURDIN, qu'avec le nombre de fois où je suis allé à Marseille, je ne me rends pas compte de la situation alors que les élus de Marseille, ceux qui gouvernent cette ville depuis des années et qui ont laissé cette ville à l'abandon – ils l'ont laissée à l'abandon – est-ce que vous savez ce que c'est la misère ? La pauvreté que connaissent les habitants ? Le désespoir dans lequel ils sont ? Quand des familles entières sont sous la coupe des trafiquants de drogue ? Est-ce que vous croyez qu'aujourd'hui ceux qui demandent des moyens ne feraient pas mieux de méditer sur la situation qu'ils ont laissée ? Moi, je ne lâcherai pas cette ville. Nous mettrons les moyens ; nous mettrons les moyens. Jean-Jacques BOURDIN, la prochaine fois que vous invitez Jean-Claude GAUDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait bien longtemps que je ne l'ai pas invité.

MANUEL VALLS
Demandez-lui combien d'emplois d'avenir ont été signés et crées par la municipalité à Marseille. Vous voulez que je vous le dise ? Zéro ! Zéro ! Alors que dans d'autres villes, les maires se mobilisent aux côtés de l'État pour que la jeunesse ait un espoir, pour qu'elle sorte des difficultés. Il n'y a rien qui est fait ! Alors avec le préfet CADOT et avec toute l'équipe de l'État, nous allons continuer à mettre le paquet. Évidemment, il y a eu ces règlements de comptes mais si on est honnête avec moi, la semaine dernière j'ai dit que les règlements de comptes continueraient parce qu'ils n'ont pas d'agenda médiatique et politique, les voyous. Ils veulent s'accaparer le contrôle de la drogue parce que ce sont des millions d'euros qui sont en jeu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais bien sûr.

MANUEL VALLS
Et donc, nous allons continuer parce que moi, je veux qu'on y arrive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Manuel VALLS, je sais que vous allez rester avec nous entre neuf heures et neuf heures et demie ; vous allez répondre aux questions des auditeurs de RMC. D'ailleurs, ce sera retransmis sur BFM TV. Nous allons aborder plusieurs sujets. Je voudrais simplement quitter Marseille un instant. Non, tiens ! Je reste à Marseille parce que j'ai entendu l'infirmier agressé nous dire qu'il voulait des policiers aux urgences. C'est vrai pour Marseille mais ça peut être vrai pour d'autres services d'urgence en France. C'est une bonne idée, ça ? C'est impossible !

MANUEL VALLS
Il faut aussi que les hôpitaux, et j'en parlerai avec ma collègue Marisol TOURAINE… J'ai eu d'ailleurs ce même type de problème à l'hôpital d'Évry-Courcouronnes il y a quelques années. À l'époque, l'hôpital a décidé de mettre au-delà des rondes que la police peut faire, des moyens en termes de vigiles. Il faut que chacun prenne ses responsabilités et que chacun agisse dans ce domaine-là, même si je comprends ce qui s'est passé et que ces infirmiers qui ont été agressés par ces personnes qui ont été arrêtées. Deux d'entre eux sur trois ont déjà été interpellés et je veux de ce point de vue-là, encore une fois, saluer le travail que la police fait parce qu'il y a aussi des résultats et il faut le dire également.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Vous avez vu la vidéo « Honte à la police française » ?

MANUEL VALLS
J'ai vu cette vidéo.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en voir un petit extrait, et en même temps cette arrestation. Est-ce qu'une enquête va être ouverte ?

MANUEL VALLS
L'enquête est déjà ouverte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est déjà ouverte ?

MANUEL VALLS
L'inspection générale de la police nationale a été saisie. La justice elle-même mène cette enquête. Le procureur de la République de Tours est évidemment très attentif à cette affaire. Il faut là aussi toute la vérité et toute la transparence. Je n'accepte pas le mot : « Honte à la police française ». Ce n'est pas du tout la police française qui est concernée. Attendons d'avoir tous les éléments concernant cette affaire, mais il n'y a pas de place dans la police pour de la violence ou pour des propos qui n'auraient rien à voir avec l'idée que l'on se fait d'une police républicaine. Nous parlions de Marseille il y a un instant ; vous savez qu'il y a quelques mois j'ai dissous la BAC de Marseille-nord parce qu'il était insupportable d'avoir une attitude comme celle qui était reprochée à ces policiers. La police doit être irréprochable et l'immense majorité des policiers font un travail difficile et remarquable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, vous étiez hier au séminaire évidemment autour du président de la République. Vous allez me dire si je dis des bêtises ; c'est ce que la presse rapporte à propos de la poussée démographique notamment africaine. Selon vous, elle va obliger d'ici à dix ans à repenser notre politique migratoire, et vous avez ajouté : « La question du regroupement familial pourrait être revue ».

MANUEL VALLS
Je suis très gêné par votre question parce que je suis très respectueux du secret des discussions que nous avons au sein des réunions de ministres ou du conseil des ministres sous la présidence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez prononcé cette phrase ou pas ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, je suis gêné par votre question parce que ça m'oblige à dire ce que j'ai pu dire précisément au sein du conseil des ministres. Hier, vous l'avez exposé il y a un instant avec Jean PISANI-FERRY, nous avons eu un séminaire consacré à la France dans dix ans et c'est une bonne initiative. Parce que pour s'attaquer aux problèmes d'aujourd'hui, il faut être aussi capable, comme le fait le chef de l'État, de définir un cap. Dans les grandes évolutions du monde dans les années qui viennent, il y a évidemment la démographie. Huit milliards d'habitants sur la planète, deux milliards pour ce qui concerne l'Afrique, des changements majeurs. Les changements que le monde va connaître en matière démographique impliquent des changements sur le plan alimentaire, sur le plan des transports, sur le plan économique, sur le plan éducatif et sur le plan migratoire. Et Laurent FABIUS lui-même a rappelé ces chiffres, c'est lui qui les a donnés, soyons précis : près de deux milliards en Afrique et un grand pays comme le Nigeria, ce sont évidemment plusieurs centaines de millions d'habitants supplémentaires. Donc quand on aborde ces questions-là, il faut en tirer toutes les conséquences et j'ai dit – ce n'est pas la première fois, je ne suis pas le seul à le dire – il faut rebâtir un partenariat avec l'Afrique, notamment sur la question migratoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc revoir la question du regroupement familial ?

MANUEL VALLS
Non ! C'est l'ensemble de nos politiques migratoires qui devront être questionnées pour la France et pour l'Europe, et notamment sur le bassin méditerranéen, et toutes les questions seront posées. J'ai dit parmi d'autres évidemment la question du regroupement familial peut être posée. Ça n'est pas nouveau. Ce qui est gênant, c'est qu'il y ait ce genre d'information, propos déformés, qui sortent du conseil des ministres et qui ne cherchent qu'à nuire alors que très honnêtement, cette réunion était passionnante, tournée vers l'avenir. Parce que depuis des années, notamment au cours de ces dix dernières années, on n'a plus pensé à la France de demain. Et pour s'attaquer aux problèmes des Français – on parlait de sécurité, c'est vrai pour la retraite, c'est vrai pour l'école. Vous vous rendez compte de l'effort que l'on va faire en matière d'éducation nationale. Vincent PEILLON le rappelait hier : c'est trente mille postes, trente mille enseignants qui vont être formés tous les ans, trente mille enseignants nouveaux pour les départs à la retraite et les créations d'emplois. C'est trois cent mille enseignants dans les années qui viennent qui vont être formés. C'est un changement ! Si nous voulons lutter contre l'échec scolaire, les inégalités qui se sont approfondies au sein de l'école, ça veut dire qu'il faut voir loin, et donc ces questions-là elles méritent mieux que les rumeurs ou de fausses informations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 2025 – vous serez peut-être président de la République en 2025, pourquoi pas ; c'est l'ambition de tout haut responsable politique, la vôtre comme d'autres…

MANUEL VALLS
Vous voyez loin. C'est bien, je vous en remercie Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Onze ans et demi, onze ans et demi.

MANUEL VALLS
Mais là pour le moment, je suis ministre de l'Intérieur et je m'occupe de la sécurité des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est votre ambition.

MANUEL VALLS
Non. Mon ambition, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, il n'y a pas un responsable politique qui n'ambitionne pas de devenir président de la République. C'est normal, c'est normal.

MANUEL VALLS
Écoutez, je souhaite et le succès – et le succès – du quinquennat de François HOLLANDE et qu'il poursuive son action parce que je pense que le principal défi, pas seulement pour la gauche mais pour la France, c'est d'être capable de gouverner dans la durée, de faire des réformes en profondeur qui soient comprises, acceptées, parce qu'elles doivent être justes par nos compatriotes, et c'est le temps qui est nécessaire. Moi, je me consacre uniquement avec l'énergie qui est la mienne à ma responsabilité qui est la lutte contre la délinquance, qui est la sécurité des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Il sait être au service de sa popularité » : ce n'est pas moi qui le dis, c'est François REBSAMEN à votre propos. Et puis, autre propos, celui de Jean-Luc MÉLENCHON qui dit : « Manuel VALLS est contaminé par le Front National ». Est-ce que vous êtes contaminé par le Front National, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Celui qui est en face de vous, c'est celui qui a dissous des organisations d'extrême droite, néonazis, qui tiennent un discours de haine dans ce pays parce que je veux faire la démonstration que la gauche peut réussir en matière de sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors, qu'est-ce que vous répondez à MÉLENCHON ?

MANUEL VALLS
Mais je ne suis pas dans la polémique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non.

MANUEL VALLS
Mais vous croyez qu'on peut répondre à de tels anathèmes ? Encore une fois, ma mission c'est la sécurité des Français et je m'y consacre. Pourquoi il y a parfois aussi des attaques à mon endroit ? C'est que précisément je fais la démonstration que la gauche peut réussir, qu'elle a changé dans ce domaine-là, qu'elle fait mieux que la droite. Les laxistes dans ce pays, c'est ceux qui ont supprimé plus de dix mille postes de policiers et de gendarmes. C'est ceux qui ont laissé la violence prospérer dans notre société, notamment les violences sur les personnes. Je fais la démonstration et nous faisons la démonstration, parce que c'est un combat collectif, que nous allons réussir dans ce domaine comme dans d'autres. Et c'est là où le changement rentre, je crois, précisément dans la réalité. Donc les attaques des uns et des autres, ça n'est pas mon problème. Je m'en fiche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. La réforme pénale, on va beaucoup en parler dans les semaines qui viennent. C'est un sujet très important qui vous a opposé à Christiane TAUBIRA cet été.

MANUEL VALLS
Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il vous a opposés, non ?

MANUEL VALLS
Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Vous êtes tout à fait sur le même…

MANUEL VALLS
Nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des divergences. Attendez, je vais entrer dans le concret.

MANUEL VALLS
Une réforme pénale est nécessaire. Elle a été annoncée par le président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bien sûr qu'elle est nécessaire.

MANUEL VALLS
C'est un engagement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais par exemple, le président de la République a dit : « Nous allons supprimer les peines plancher ».

MANUEL VALLS
Moi, je respecte les engagements du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes d'accord pour la suppression des peines plancher.

MANUEL VALLS
Oui, je respecte les engagements du président de la République. Le président de la République a dit lui-même qu'il souhaite supprimer les peines plancher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous aussi ? vous aussi ?

MANUEL VALLS
Mais il souhaite qu'elles soient remplacées par un dispositif efficace pour lutter notamment contre la récidive qui est le mal aujourd'hui qui touche une grande partie des faits de délinquance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, vous avez lu comme moi dans “Le Point” l'avant-projet de loi de Christiane TAUBIRA. Pardonnez-moi, mais réduction de peine pour les récidivistes qui manifestent des efforts sérieux de réadaptation sociale ; pour condamner à de la prison ferme, vous savez que le juge doit motiver sa décision, c'est la loi aujourd'hui ; eh bien pour les récidivistes, Christiane TAUBIRA veut obliger les juges à motiver leur décision si la personne est un récidiviste. C'est-à-dire que le juge va aussi être obligé de motiver sa décision pour mettre en prison un récidiviste !

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, j'ai une certaine conception du fonctionnement de l'État, et du gouvernement, et de ce qui est de ma responsabilité. Moi, je ne peux pas commenter des rumeurs qui viennent d'esprits malintentionnés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas des rumeurs. Esprits malintentionnés ?

MANUEL VALLS
Parfois d'esprits malintentionnés. Je ne peux pas être en train de commenter des notes ou des textes qui sont sans doute en partie dépassés et qui sont publiés dans la presse. Il y a un travail interministériel et notamment entre les cabinets de Christiane TAUBIRA et le mien depuis des mois. Ça a été le cas notamment au mois de juillet. Il y a des réunions avec le président de la République et le Premier ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 2 août à huit heures et demie, vous étiez ensemble ?

MANUEL VALLS
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ? vous confirmez ?

MANUEL VALLS
Mais bien sûr !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christiane TAUBIRA, vous et François HOLLANDE ?

MANUEL VALLS
Et le Premier ministre, donc il n'y a aucun secret. Nous travaillons ensemble. Il y aura encore des réunions au mois d'août. Il y aura, comme le Premier ministre l'a annoncé, un texte. Il n'y a pas d'autre solution que Christiane TAUBIRA et moi travaillons ensemble. Il y a une chaîne pénale qui nécessite que le ministre de la Justice et le ministre de l'Intérieur, les magistrats et les forces de l'ordre travaillent ensemble pour être le plus efficaces possible et nous travaillons ensemble pour qu'il y ait un texte. La loi pénale ne s'écrit pas au ministère de l'Intérieur. Elle s'écrit au ministère de la Justice mais elle ne peut pas s'écrire contre le ministère de l'Intérieur et surtout sans l'avis des forces de l'ordre, donc nous y arriverons. Je rencontre souvent les victimes. J'ai parlé avec la mère de cette fille qui est aujourd'hui dans le coma, qui a été agressée d'une manière bestiale il y a quelques jours à Colombes. Ce même individu a violé une autre femme quelques heures après et cette femme ne comprend pas pourquoi cet individu était dehors. Nous devons donc lutter contre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous non plus, vous ne comprenez pas ?

MANUEL VALLS
Si, parce qu'on peut le comprendre de manière rationnelle mais en même temps, parce qu'il y a eu des décisions de justice, en même temps il faut se mettre à la place parfois de ces personnes pour aussi agir. Une réforme pénale, c'est un contrat avec la société pour plus d'efficacité, pour que la peine de prison soit efficace et c'est là-dessus que nous travaillons ensemble et nous continuerons à travailler ensemble, pas seulement parce que le président de la République et le Premier ministre le souhaitent mais parce que c'est l'intérêt des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci d'être avec nous, Manuel VALLS, ce matin. Nous allons vous retrouver dans quelques instants sur RMC, toujours sur BFM TV. Nous allons développer ces questions-là, nous allons parler aussi de la situation économique et sociale du pays. À tout de suite.

MANUEL VALLS
À tout de suite.

(FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE)


JEAN-JACQUES BOURDIN
De retour avec Manuel VALLS qui va répondre aux questions de tous les auditeurs jusqu'à neuf heures et demie sur RMC et BFM TV. Manuel VALLS, j'ai beaucoup de questions qui sont arrivées par mail. À propos de la prison et de la construction de prisons, de la surpopulation carcérale, cent mille peines de prison ferme par an non exécutées en France. Ça, c'est regrettable ; vous le regrettez, j'imagine.

MONSIEUR MANUEL VALLS, MINISTRE DE L'INTERIEUR
Mais que des peines ne soient pas exécutées, c'est toujours regrettable et c'est pour cela que nous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Et alors, on fait quoi ?

MANUEL VALLS
C'est tout le projet de Christiane TAUBIRA. Jean-Jacques BOURDIN, aujourd'hui sous quel régime de loi pénale nous vivons ? Il n'y a aucune loi qui a été votée depuis un an dans ce sens. C'est la loi Dati, la loi pénitentiaire qui s'applique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Qui est une mauvaise loi ?

MANUEL VALLS
Qui est une mauvaise loi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
À vos yeux.

MANUEL VALLS
Et qui permet notamment à ceux qui ont moins de deux ans de peine d'être dehors, sans en plus un système d'insertion et de probation avec des moyens suffisants. Christiane TAUBIRA veut donner et a les moyens supplémentaires pour permettre précisément à un conseiller d'insertion et de probation de suivre ces dossiers. Vous savez qu'aujourd'hui un conseiller d'insertion et de probation, c'est entre cent ou cent-vingt dossiers. Dans des pays comme le Canada, qui n'est pas un pays laxiste, c'est une vingtaine de dossiers par conseiller d'insertion. Elle va donner, elle donne des moyens supplémentaires à la probation, à l'insertion, pour lutter contre la récidive. C'est ça qui est nécessaire. Quels sont les deux ministères prioritaires en plus de l'éducation nationale en matière de postes ? C'est la sécurité et c'est la justice. C'est la police et c'est la justice. Nous avons donc besoins de ces moyens pour lutter notamment contre la récidive et ce qu'on appelle les sorties sèches qui font que cette récidive – parce que les sorties de prison n'ont pas été préparées – augmente et ça, c'est insupportable. Pas seulement pour vous et pour moi, mais d'abord pour l'opinion et surtout pour les victimes de ces récidivistes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de laisser la parole à Frédéric, Dominique, Julien, André qui sont déjà là pour vous poser plein de questions, j'ai une question de Georges qui vous dit : « Est-ce que vous êtes favorable à la suppression du mandat de dépôt obligatoire pour les récidivistes ? »

MANUEL VALLS
Non. Je pense que tout ce qui est automatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes contre ? Ça ne sera pas dans le projet de loi ?

MANUEL VALLS
Nous verrons bien. Je suis défavorable à tout ce qui est automatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En ce qui concerne les récidivistes.

MANUEL VALLS
En ce qui concerne les récidivistes. Et je suis favorable à laisser au juge d'application des peines, au juge des libertés, je suis favorable à leur laisser le maximum d'autonomie pour permettre de juger en fonction de chacun.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de libération automatique.

MANUEL VALLS
Pas de libération automatique. C'est la position je crois, je peux le dire, du président de la République sur ce sujet comme sur bien d'autres. C'est d'ailleurs l'un des problèmes des peines plancher : c'est qu'il y avait une automaticité qui fait qu'il y a des gens qui se retrouvent en prison et qui ne devraient pas y être, et que certains en revanche qui devraient y être n'y sont plus, et c'est ça qu'il faut changer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai un autre auditeur qui me dit : « Pourquoi avez-vous dit que la lutte contre le voile est un combat essentiel pour la République ? »

MANUEL VALLS
Mais parce que je pense qu'il faut lutter contre tous les obscurantismes et contre tout ce qui nie l'identité de l'autre, et notamment la femme. La laïcité, c'est la libération, c'est l'émancipation de l'individu et des femmes. Il y a bien des combats essentiels mais la laïcité, les valeurs de la République, c'est mon engagement absolu et total. C'est l'engagement de ce gouvernement, c'est l'engagement du président de la République. Il faut faire respecter les lois, il ne faut pas avoir peur de la laïcité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il faut revoir la loi sur l'interdiction du port du voile intégral dans les lieux publics ?

MANUEL VALLS
Il faut déjà qu'elle s'applique, et c'est ça qui me paraît être essentiel. Le voile intégral est interdit dans l'espace public et il faut que cette loi s'applique avec discernement et intelligence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les contrôles continueront.

MANUEL VALLS
Les contrôles vont continuer. Bien évidemment les contraventions continueront puisque c'est une amende qui permet de lutter contre ce qui est un obscurantisme. C'est d'ailleurs, pour ce qui nous concerne, c'est le plus beau message que nous pouvons faire passer aux Musulmans de France. Le voile intégral, ceux qui portent ce voile intégral, provoquent non seulement la République mais l'immense majorité de nos compatriotes et de nos concitoyens musulmans. C'est une loi qui est faite pour les Musulmans de France qui ne se reconnaissent pas dans ce voile intégral. Et donc, nous devons lutter avec la même force contre les actes antimusulmans qui ont augmenté au cours de ces derniers mois. Il faut que tous ceux qui s'en prennent aux Musulmans de France ou à des édifices religieux, à des mosquées, soient arrêtés et lourdement sanctionnés, et il faut en même temps lutter contre tous les obscurantismes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
À ce propos, on va écouter Dominique qui est avec vous.

MANUEL VALLS
Avec plaisir.

DOMINIQUE, AUDITEUR
Bonjour Monsieur le Ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Dominique.

DOMINIQUE
Êtes-vous d'accord avec le fait qu'en France, République laïque, les seules lois qui doivent être appliquées par tous, ce sont celles de la République ?

MANUEL VALLS
Bien sûr.

DOMINIQUE
Les lois religieuses pour moi résultent de choix personnels de vie et ne devraient donc s'appliquer que de manière individuelle. Juste une petite précision suite de ma question : je soutiens votre action depuis les primaires de 2011 et donc je ne suis pas un électeur du Front National.

MANUEL VALLS
Merci monsieur, mais je ne savais avant que vous ne posiez cette question quel était votre engagement politique. Dominique, vous avez raison. Vous avez donné une belle définition de la laïcité qui n'est pas la négation de la religion. C'est la possibilité de croire ou de ne pas croire. C'est d'ailleurs le beau paradoxe de notre pays. C'est que c'est un pays de tradition chrétienne, catholique et qui a vu catholiques et protestants s'affronter de manière terrible. C'est ce pays qui a la plus ancienne communauté juive d'Europe. L'islam est aujourd'hui la deuxième religion de notre pays, donc le fait religieux est présent dans notre pays, y compris dans l'espace public à travers les églises, les mosquées, les synagogues, les lieux de culte, les cimetières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je rappelle que vous êtes ministre des Cultes.

MANUEL VALLS
Et en même temps, oui, c'est la séparation de l'État et des églises. C'est le fait que la religion ne peut pas intervenir dans les choix démocratiques qui sont ceux des hommes et des femmes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dans la sphère publique.

MANUEL VALLS
Et dans la sphère publique. Et c'est la raison pour laquelle j'ai voté les lois de 2004 et de 2010 qui interdisent à la fois tous les signes religieux ostentatoires à l'école. On avait dit à l'époque que ça ne marcherait pas, que les filles à qui on interdirait de porter le voile n'iraient plus à l'école. Nenni ! Balivernes ! Nous protégeons. L'école est un sanctuaire et c'est pour cela que j'ai voté la loi qui interdit le voile intégral.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez revenir sur le sujet ou vous pensez que la loi est suffisante ?

MANUEL VALLS
C'est vous qui me posez les questions. La loi doit s'appliquer, cette loi comme les autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Frédéric, Marie-Françoise, Julien, André, vous choisissez, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
On va les prendre dans l'ordre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez, Marie-Françoise !

MARIE-FRANÇOISE, AUDITRICE DE MARSEILLE
Oui, bonjour Monsieur le Ministre, bonjour monsieur BOURDIN.

MANUEL VALLS
Bonjour madame. Vous êtes des Bouches-du-Rhône, de Marseille.

MARIE-FRANÇOISE
Oui, j'habite Marseille depuis trente-quatre ans. Que comptez-vous faire pour l'insécurité à Marseille, ayant été agressée moi-même deux fois ? Vous savez, la population n'en peut plus maintenant.

MANUEL VALLS
Ah ! la population n'en peut plus à Marseille, elle en a marre. En même temps, comme je m'y rends souvent je discute avec les Marseillais. Ils reconnaissent d'ailleurs les efforts que nous avons engagés, deux-cent-trente policiers et gendarmes supplémentaires, cette nouvelle méthode globale qui permet grâce notamment aux vététistes et aux cyclistes policiers sur l'hyper-centre de faire baisser la délinquance. Mais ça veut dire que nous partons de très loin, ça veut dire que cette ville avait été abandonnée pas seulement sur le plan social, pas seulement sur le plan éducatif, mais aussi évidemment dans le domaine de la sécurité. Donc il faut continuer à mettre les moyens nécessaires sur Marseille, à travailler en profondeur parce que pour démanteler ces trafics de drogue, cette délinquance qui pourrit la vie des Marseillais, il faut aussi du temps quand la situation est aussi gangrénée. C'est pour cela que nous avons, et c'est unique, fait en sorte que la moitié de la ville soit en zone de sécurité prioritaire. Il faut du temps et des résultats, et ces résultats nous les obtiendrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Vous les obtiendrez mais la population en a assez, Manuel VALLS, et la population en a assez d'entendre des ministres de l'Intérieur dire : « Il nous faut du temps ». Je sais bien qu'il faut du temps. C'est là le décalage, le décalage entre l'action politique et le décalage avec l'opinion publique.

MANUEL VALLS
Il n'y a pas d'autre solution. Quand je suis devenu maire d'Évry, je le rappelle à chaque fois, la délinquance envahissait tous les pores de la ville. Le prix de l'immobilier baissait, les classes moyennes partaient, l'insécurité était dans la tête des gens, dans l'esprit. Et nous avons, avec l'État, mis le paquet pour faire baisser la délinquance. L'État a mis des moyens supplémentaires et la ville d'Évry dont j'étais le maire a crée une police municipale digne de ce nom, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, avec de la vidéoprotection, une police municipale armée et nous avons obtenu des résultats. Et donc cette coproduction, cette coopération, ce partenariat entre l'État et les collectivités, il faut le mener. Hier, j'étais à Avion dans le Pas-de-Calais. Il y a eu des incidents la semaine dernière avec un maire communiste, avec des élus de très bonne volonté. Il y a eu trois nuits de violence. Tout le monde s'y est mis ! Les forces de l'ordre parce qu'il fallait ramener le calme, faire respecter l'autorité de la République, la justice avec des interpellations et, je l'espère, des condamnations à venir, et la municipalité qui s'est mobilisée. Hier, j'ai rencontré les habitants de ces quartiers très populaires, en très grande difficulté. Qu'est-ce qu'ils demandent, ces habitants comme à Marseille, comme à Évry, comme en Seine-Saint-Denis, ou comme à Lyon ou à Lille ? Ils demandent le respect de la loi, le respect de l'autorité qui est trop souvent contesté. Le policier, le gendarme, le sapeur-pompier, le fonctionnaire, l'élu sont trop souvent contestés. Donc nous devons, nous, nous adresser à ces Français qui souffrent, qui en ont assez de cette délinquance, qui ont été délaissés pendant des années et la sécurité, avec ce gouvernement, est une priorité. Mais ça met du temps, il ne faut pas raconter des histoires aux Français : on ne règle pas ces problèmes en quelques semaines ou en quelques mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marie-Françoise, vous êtes convaincue ou pas ?

MANUEL VALLS
Non, elle n'est pas convaincue j'imagine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! eh bien je lui pose la question à Marie-Françoise !

MARIE-FRANÇOISE
Non, non. Non, non ! Écoutez, moi je ne suis pas convaincue parce que j'ai entendu quand même votre discours. Il y a deux-cent-trente policiers qui sont arrivés à Marseille : moi, je ne les vois pas dans la rue.

MANUEL VALLS
Vous habitez où, madame ?

MARIE-FRANÇOISE
J'habite dans le IIIème arrondissement, début de la Belle de Mai, mais je vais quand même vous poser une autre question.

MANUEL VALLS
Allez-y.

MARIE-FRANÇOISE
Vous devez rassembler demain, si j'ai bien compris, les parlementaires de la région pour discuter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui même.

MARIE-FRANÇOISE
Aujourd'hui même. Alors pourquoi n'invitez-vous pas en même temps les citoyens de Marseille qui pourraient également vous donner des petites idées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un grand débat public à Marseille.

MARIE-FRANÇOISE
Voilà. Parce que vous, vous n'êtes pas…

MANUEL VALLS
Il se trouve que le préfet de police, monsieur BONNETAIN, qui fait un travail remarquable, le directeur départemental de la sécurité publique monsieur BOURNIQUEL, vont souvent à la rencontre des Marseillais, participent à des réunions publiques. Moi-même, je vous le disais il y a un instant, à la cité des Oliviers j'ai rencontré des habitants. Je rencontre les Marseillais parce que, vous avez raison, il faut aller à la rencontre des habitants, mais moi je sais ce que vous pensez, et moi je comprends votre colère et votre scepticisme. Mais nous avons mis des moyens supplémentaires et dans le centre-ville comme dans les autres quartiers, on voit la police. Mais pour lutter contre ces trafics de drogue, contre cette violence, il faut du temps, il faut des moyens et il faut que tout le monde s'y mette. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. C'est pourquoi j'invite les élus à me rencontrer tout à l'heure.

MARIE-FRANÇOISE
Moi je vous parle de l'incivilité de tous les jours, de ceux qui vous arrachent le collier, c'est de ça que je vous parle. Parce que la drogue, ce n'est pas dans mon quartier – enfin, dans mon quartier il n'y en a pas.

MANUEL VALLS
Oui, mais c'est la conséquence du trafic de drogue, madame.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

MANUEL VALLS
Bien sûr. C'est la conséquence sur l'ensemble de la ville.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, merci Marie-Françoise. Pardon de vous couper parce que les questions sont extrêmement nombreuses. Tiens ! on va prendre Frédéric, si vous voulez bien, qui est policier municipal dans les Alpes-Maritimes. Frédéric, bonjour.

FREDERIC, AUDITEUR DES ALPES-MARITIMES
Bonjour Jean-Jacques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, Manuel VALLS est avec vous.

MANUEL VALLS
Bonjour Frédéric.

FREDERIC
Bonjour monsieur, bonjour Monsieur le Ministre. Frédéric FONCEL, secrétaire général du syndicat national des policiers municipaux FO. Monsieur le Ministre, je souhaiterais savoir quels moyens et comment vous pouvez obliger les maires à armer et à équiper correctement leur police municipale parce que c'est très beau, vos paroles ;

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que tous les policiers municipaux doivent être armés ?

FREDERIC
Mais bien entendu ! Bien entendu ! Pour le syndicat national des policiers municipaux, ils doivent être armés. Je pense qu'il est temps d'utiliser les vingt-mille policiers municipaux à leur juste valeur et les reconnaître aussi socialement, bien entendu, mais ça c'est un autre débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est un autre débat. Alors ?

MANUEL VALLS
Je connais Frédéric, et je connais les syndicats de policiers municipaux, je vous disais il y a un instant que j'ai moi-même créé une police municipale armée, et je crois de très grande qualité, mais c'est vrai que la police municipale elle est sous l'autorité des maires. Nous ne pouvons pas obliger les maires à armer leur police municipale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pouvez leur demander.

MANUEL VALLS
A Lyon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pouvez le leur demander.

MANUEL VALLS
À Lyon, maire socialiste, Gérard COLLOMB, la police municipale est armée. À Bordeaux, maire UMP, Alain JUPPE, la police municipale n'est pas armée. Mais à Marseille, quand même, avec la situation que nous connaissons, avec les leçons que donne la municipalité de Marseille demandant à l'Etat de faire plus, alors que pendant des années ils n'ont rien demandé à leurs amis qui étaient au pouvoir, qui supprimaient des postes de policiers, ils ont décidé de créer une police municipale digne de ce nom seulement maintenant, il a fallu attendre que nous leur demandions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui sera armée ?

MANUEL VALLS
C'est à Jean-Claude GAUDIN de faire ce choix, 24h/24, 7/7 jours, avec une police municipale armée, formée, adaptée à la réalité de Marseille. Oui, moi je suis pour un partenariat. La police municipale c'est une force supplémentaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez que toutes les polices municipales de France doivent être armées ?

MANUEL VALLS
Je respecte le choix des maires, mais puisqu'on m'interroge sur Marseille et que je connais bien la situation de Marseille, je pense qu'à Marseille nous avons besoin d'une police municipale qui fasse son boulot aux côtés de la police nationale. De la même manière il a fallu que je convaincs, et l'Etat apporte des moyens financiers énormes à la ville de Marseille, j'ai inauguré le centre de supervision, bref, la salle de vidéosurveillance de la ville de Marseille, elle est financée aussi par l'Etat aux côtés de la ville de Marseille, nous avons donc besoin là aussi d'une vidéoprotection, pas uniquement sur le centre ville, elle est utile, notamment pour arrêter, interpeller ceux qui se livrent à des faits de délinquance, mais sur l'ensemble des quartiers Nord et des quartiers Sud, c'est ce que nous avons réclamé d'ailleurs avec mes amis socialistes, Eugène CASELLI, Patrick MENNUCCI ou Samia GHALI, évidemment la ministre Marie-Arlette CARLOTTI, qui suit très attentivement la situation de Marseille. C'était eux, il y a 2 ans, je n'étais pas ministre, qui m'avaient alerté sur le fait qu'à Marseille il n'y avait pas les moyens supplémentaires de l'Etat et de la municipalité. Mais encore une fois, mon problème n'est pas de polémiquer, au-delà de rappeler les faits, c'est que je veux que chacun, face à l'attente des Marseillais, prenne ses responsabilités, l'Etat prend les siennes, il faut que la ville et les collectivités territoriales prennent les leurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Frédéric merci. Ludovic est fonctionnaire dans le Puy-de-Dôme, 40 ans, bonjour Ludovic.

LUDOVIC
Bonjour Jean-Jacques, bonjour Monsieur le ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Ludovic.

LUDOVIC
Voilà ma question. Je voulais savoir, sur le projet de la loi de madame TAUBIRA, si ça ne risque pas d'ouvrir un boulevard pour la délinquance et de par delà, de démotiver les forces de police ou de gendarmerie, qui font un travail exemplaire ?

MANUEL VALLS
Elles font, ces forces de police et de gendarmerie font un travail exemplaire, le projet de loi il vise au contraire à mieux lutter contre la récidive, à mieux lutter contre la délinquance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dites-moi, mais Manuel VALLS, elles vont un travail exemplaire et elles nous disent sans cesse, notre travail est détricoté par la justice. Nous retrouvons dans la rue les agresseurs de vieilles dames que nous avons arrêtés 3 jours avant, ou 8 jours avant.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, ne vous faites par le porte-parole de propos…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'entendez, comme moi, sans cesse, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mais bien sûr que je peux entendre cela, mais moi je ne veux pas rééditer le jeu de rôles traditionnel du ministre de l'Intérieur et du ministre de la Justice face au ministre de la Justice parce que je sais, je sais, que c'est ensemble que nous devons trouver les bonnes solutions. Il faut lutter contre le sentiment d'impunité, au fond je traduis ce que vous venez de dire dans d'autres termes. Des habitants hier, je l'évoquais, Avion dans le Pas-de-Calais, me disaient, on connaît un certain nombre de voyous, on connaît des familles qui posent des problèmes dans les quartiers. Le maire, le maire communiste, me disait il faut de l'ordre, de la fermeté, il me disait aussi il faut de l'emploi, un avenir pour les jeunes quand le chômage, dans certains quartiers de sa ville, atteint 30%, mais il faut de la fermeté, il faut surtout qu'on trouve les bonnes solutions adaptées et la sanction nécessaire aux voyous qui sèment le trouble et que l'on connaît. Et donc, le problème de la délinquance des mineurs, des très jeunes, ou des récidivistes, sujets différents mais qui parfois se confondent, c'est le problème de la justice depuis des années, on a voté je ne sais combien de lois pénales, on n'a pas réglé ce probl??me-là, c'est un débat sérieux, compliqué, à la fois sur le terme technique, budgétaire, juridique, et nous y travaillons parce que nous voulons lutter contre la récidive et contre ces phénomènes de délinquance, qui sont insupportables pour nos compatriotes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un sujet très important, est-ce la raison pour laquelle vous êtes intervenu durant l'été en disant qu'on traitait le sujet peut-être un peu trop vite ?

MANUEL VALLS
Ça fait un an qu'on y travaille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou pas ?

MANUEL VALLS
Non mais ça fait un an, ça fait un an qu'on y travaille, il faut du temps de toute façon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce vous qui avez envoyé cette fameuse note, qui avait rendu publique cette fameuse note ?

MANUEL VALLS
Vous plaisantez ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vous pose la question.

MANUEL VALLS
Non bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas vous ?

MANUEL VALLS
Ca n'aurait aucun sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La fameuse note qui a été rendue publique, qui a fait beaucoup de bruits au coeur de l'été.

MANUEL VALLS
Mais ce genre de note, celle-là je l'ai adressé au président de la République, au Premier ministre, mais il y en a beaucoup de ce type, le Premier ministre le rappelait, heureusement. Mais la condition pour qu'il y ait un travail qui même permette l'échange, les arguments, c'est qu'il reste discret pour qu'on aboutisse à un texte de loi, qui lui-même d'ailleurs fera l'objet d'un débat, d'une discussion, d'amendement, j'imagine à l'Assemblée nationale ou au Sénat. Et sur ces questions là il s'agit en plus de bâtir un vrai contrat, je vous le disais tout à l'heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas avant les municipales je crois, présentation en conseil des ministres au mois de septembre et débat pas avant les municipales.

MANUEL VALLS
Oui c'est sans doute ce calendrier, mais c'est au président de la République et au Premier ministre d'arbitrer sur le fond comme sur le calendrier. Et puis il y a déjà beaucoup de textes prévus au Parlement. Mais c'est un vrai contrat qu'il faut bâtir, moi je souhaite que la gauche ne pose pas une réponse idéologique à ce qui a été souvent une réponse idéologique de la droite, c'est-à-dire brève pour dire les choses autrement, ce que les Français demandent, vos auditeurs le disent bien, c'est de l'efficacité. Comment on lutte contre la récidive…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les prisons sont pleines, Manuel VALLS, alors on construit de nouvelles prisons.

MANUEL VALLS
Il y a des nouvelles prisons qui vont être construites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on en construit plus encore ?

MANUEL VALLS
Mais c'est à Christiane TAUBIRA d'évoquer ces questions là, il y aura des constructions de prisons et de places de prison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à la construction de nouvelles…

MANUEL VALLS
Mais bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A accélérer la construction de prisons ?

MANUEL VALLS
Mais nous sommes engagés dans la construction de nouvelles prisons et de nouvelles places de prison. J'entends dire souvent par l'opposition qu'on a abandonné la construction de tout nouvelle place, mais ça n'a aucun sens, ça n'est pas vrai, c'est un nouveau mensonge, de la même manière que nous construisons des centres éducatifs fermés parce qu'il fait s'attaquer à la délinquance et à la violence des mineurs, des jeunes. Donc nous prenons à bras le corps ce débat. Mais sur ce sujet là, moi j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire Jean-Jacques BOURDIN, moi j'ai un souhait et pourtant c'est difficile, vous savez que je ne suis pas naïf, c'est que la droite et la gauche se rassemble sur ce sujet là. La sécurité, elle n'est ni de droite, ni de gauche, c'est une valeur de la République, c'est la protection que nous devons à nos citoyens, les plus fragiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais votre politique est de droite dit le Front de Gauche.

MANUEL VALLS
Oui et de l'autre côté monsieur CIOTTI, je crois dit que je suis laxiste, il faut bien peut-être qu'ils se mettent d'accord les uns et les autres, ça veut peut-être dire que nous sommes sur la bonne voie, ces anathèmes, ce n'est pas mon problème. Moi ce que je souhaite c'est que, je le vois bien souvent avec les maires qui mènent les m??mes politiques, sauf à Marseille, en matière de prévention, de vidéo-protection, de police municipale, de partenariat avec l'Etat, moi je ne me suis jamais demandé quand j'étais maire d'Evry, est-ce que je mène une politique de gauche ou de droite, j'ai mené la meilleure politique possible en matière de lutte contre la délinquance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
André est avec nous. Bonjour André.

ANDRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous vouliez poser comme question à Manuel VALLS ?

ANDRE, AUDITEUR
Bonjour monsieur le ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour André.

ANDRE
Je suis un ancien capitaine CRS et maitre nageur sauveteur donc j'ai une question à vous poser, suite aux nombreuses noyades sur tout le littoral, avez-vous l'intention monsieur le ministre de renforcer le dispositif maitre nageur CRS pour 2014 ? Et dans cette optique pour ne pas démunir les effectifs des diverses unités, pourquoi ne pas utiliser des réservistes CRS, spécialistes nautiques ?

MANUEL VALLS
C'est une bonne piste, mais je voudrais rappeler que dans les plus de 10 000 postes de policiers, de gendarmes qui ont été supprimés sous la présidence de Nicolas SARKOZY, ils sont où les laxistes ? Ils sont où quand même ? C'est ceux qui ont supprimé des postes de policiers. Les mêmes qui aujourd'hui dans l'opposition demandent des postes de policiers supplémentaires à Marseille ou à Paris, c'est les mêmes qui ont voté les budgets qui supprimaient des postes de policiers et de gendarmes, il y en a marre quand même à un moment, un peu de cohérence dans le débat public, les Français nous observent. Et ces anathèmes en permanence, ces accusations, elles font monter qui ? Le dégout de la politique, l'abstention, l'extrême droite, donc regardons les choses, c'est ce gouvernement là qui remplace tous les policiers et tous les gendarmes qui partent à la retraite, c'est ce gouvernement là qui crée tous les ans 500 postes de policiers et de gendarmes supplémentaires, plus de 2 000 postes de CRS au cours des 5 dernières années, sous le quinquennat précédent ont été supprimés. J'ai maintenu près de 500 CRS en 2012 et en 2013 sur les plages, avec en plus les 5 000 sauveteurs agréés qui font un bon travail et dans les postes nouveaux que nous allons créer, dans les sorties d'école, nous allons privilégier la sécurité publique, la police de proximité, celle qui est sur le terrain tous les jours et les compagnies républicaines de sécurité. Ce gouvernement est engagé pour la sécurité des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos de sécurité, deux couples qui louent un canoë dans le Verdon, qui chavirent, qui abandonnent le canoë, qui rentrent chez eux, qui ne préviennent personne, les recherches sont engagées, ça a couté 65 000 euros et ces couples ne seront pas poursuivis. Est-ce que les secours doivent rester gratuits ?

MANUEL VALLS
Oui j'ai eu l'occasion cet été d'aller à la rencontre souvent des sapeurs pompiers, des sauveteurs sur les plages, des CRS, ils font tous un travail formidable pour sauver l'autre, mais que ce soit ce couple du Verdon, ces couples ou ces irresponsables qui ne respectent pas les règles de prudence sur les plages, il y a quand même un mot qui à un moment doit s'imposer, c'est la responsabilité de chacun quand même. On ne peut pas, il y a un moment où on ne peut pas mettre un policier ou un sauveteur derrière chaque Français pour lui dire ce qu'il doit faire. La responsabilité de chacun est engagée et c'est l'honneur de la sécurité civile, des sauveteurs en mer, en montagne que d'apporter secours et ce modèle de sécurité civile dont j'ai la responsabilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Secours gratuits ?

MANUEL VALLS
Oui il est important quand même parce qu'heureusement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Solidarité.

MANUEL VALLS
Solidarité, vous savez il y a ces sapeurs pompiers volontaires ou professionnels, je crois qu'il y a 16 000 jeunes sapeurs pompiers, on parle souvent en négatif de la jeunesse. Vous vous rendez compte il y a 16 000 jeunes sapeurs pompiers qui sont engagés, ce qu'il y a de mieux dans notre jeunesse pour porter secours aux autres, il y a 26 000 réservistes dans la gendarmerie, 13 000 aujourd'hui sont engagés. Il y a aussi des réservistes dans la police, oui il faut s'appuyer sur ces réservistes qui ont une expérience tout à fait indispensable et qui peuvent apporter beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai plusieurs questions, on en termine parce qu'il nous reste un peu plus d'une minute, j'ai plusieurs questions de politique générale, Manuel VALLS. La première Thierry MANDON a déclaré sur Europe 1 hier, «supprimer la non imposition des heures supplémentaires a été une erreur », Thierry MANDON, rappelons le, député de l'Essonne et porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale. Vous êtes d'accord avec lui ?

MANUEL VALLS
Vous savez là vous m'interrogez depuis maintenant une heure, je suis ministre de l'Intérieur, moi je ne peux pas être sur tous les sujets, sur tous les fronts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais vous êtes aussi responsable politique.

MANUEL VALLS
Oui mais je crois que Thierry MANDON alerte sur un point qui est celui du pouvoir d'achat et notamment des salariés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que ça a été une erreur de supprimer comme ça d'un seul coup, d'un coup de baguette magique les heures supplémentaires défiscalisées ?

MANUEL VALLS
J'ai le sentiment que beaucoup de Français dans le secteur privé comme dans le secteur public n'ont pas compris cette décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes allés trop vite ?

MANUEL VALLS
Non, je ne crois pas, c'était aussi un engagement, il fallait également récupérer, parce qu'il faut être cohérent des milliards pour financer un certain nombre de politiques et surtout pour réduire le déficit de l'Etat et plutôt que de regarder le passé, regardons l'avenir, les réformes qui sont au coeur de cette rentrée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement la réforme des retraites, est-ce que cette réforme doit être une vraie réforme, une réforme forte, une réforme qui prenne en compte toutes les demandes et qui impose des choix, parce qu'on reproche au président de la République de ne pas faire de choix, de ne pas choisir, de ne pas décider ?

MANUEL VALLS
Je pense qu'il y a peu de mandats présidentiels où il y a eu autant de choix et de choix difficiles depuis un an.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez une réforme forte ?

MANUEL VALLS
Vous savez moi je soutiendrais le président de la République jusqu'au bout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous demandez une réforme forte ?

MANUEL VALLS
Mais il y aura une réforme, elle sera fortement forte puisqu'il s'agit de sauver notre système de répartition, de trouver les financements, de s'attaquer à la pénibilité, aux injustices notamment qui concernent les femmes, donc financement et lutte contre les injustices, c'est cette réforme là. Mais c'est le Premier ministre qui répondra à vos questions sur ces questions là puisque c'est lui qui engage le débat avec les partenaires sociaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien il est invité, merci Manuel VALLS d'être venu nous voir ce matin.

MANUEL VALLS
Merci à vous Jean-Jacques BOURDIN et merci à vos auditeurs.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 août 2013

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