Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, à "Europe 1", le 20 août 2013, sur les défis posés à l'agriculture en France, sur le climat du séminaire gouvernementaire de rentrée. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, à "Europe 1", le 20 août 2013, sur les défis posés à l'agriculture en France, sur le climat du séminaire gouvernementaire de rentrée.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, SWITEK Maxime.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt;

ti : MAXIME SWITEK
C‘est à suivre en direct et en vidéo sur europe1.fr, ce matin je reçois donc le ministre de l’Agriculture, bonjour Stéphane LE FOLL.

STÉPHANE LE FOLL
Bonjour.

MAXIME SWITEK
Est-ce que vous avez pu écouter le journal de 8 h sur EUROPE 1 ?

STEPHANE LE FOLL
Non ! Puisque j’étais… je venais, donc je n’ai pas écouté, mais vous allez me dire ce qui s’est passé.

MAXIME SWITEK
Gérard DALONGEVILLE, l’ancien maire d’Hénin-Beaumont, qui a été condamné hier pour détournement de fonds publics, était notre invité, il dit qu’en réalité il y avait dans le Pas-de-Calais un système de financement occulte du Parti Socialiste à une époque où vous étiez le bras-droit de François HOLLANDE qui était Premier secrétaire du PS. Qu’est-ce que vous lui répondez ce matin ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien je lui répondrais que je crois me rappeler qu’on l’a exclu du Parti Socialiste quand François HOLLANDE était Premier secrétaire, donc voilà ce que lui répondrais. Et je lui dirais aussi que son attitude est irresponsable…

MAXIME SWITEK
Pourquoi ?

STEPHANE LE FOLL
Il y a une condamnation - et elle est claire – il a cherché, au travers d’un livre à prouver tout un tas de systèmes pour essayer lui-même de s’innocenter, il a une responsabilité, la justice vient de le dire, à partir de là moi je considère que l’attitude qui est la sienne qui consiste à aller porter la responsabilité sur d’autres et puis ensuite dire lui-même qu’il va faire appel et aller jusqu’à oser dire qu’il va se présenter, il y a un moment où, lorsqu’on est un homme politique – et d’ailleurs quand on est un homme aussi – on doit assumer ses responsabilités.

MAXIME SWITEK
Mais il dit qu’on veut le faire taire, est-ce que vous voulez le faire taire ?

STEPHANE LE FOLL
Oh ! Eh bien vous voyez bien que ce matin il a du parler, moi j’aurais… voilà j’arrivais, vous me dites ce qu’il a dit ce matin à votre micro, vous voyez bien que personne ne le fait taire, la preuve.

MAXIME SWITEK
La France en 2025, c’était le thème du séminaire gouvernemental hier à l’Elysée, il parait que Manuel VALLS a un peu refroidi l’ambiance, est-ce que vous confirmez ?

STEPHANE LE FOLL
Mais moi je… ça m’a frappé ça, oui j’ai entendu et j’ai vu ça sur quelques commentaires, ceux qui sont surpris et qui ont eu une impression d’avoir refroidi l’ambiance, un ministre de l’Intérieur quand il parle de l’avenir, eh bien il parle de quoi ? Sécurité et immigration !

MAXIME SWITEK
Je vais expliquer aux auditeurs ce qu’aurait dit Manuel VALLS…

STEPHANE LE FOLL
Voilà !

MAXIME SWITEK
Vous allez confirmer ou pas.

STEPHANE LE FOLL
Je fais quoi ?

MAXIME SWITEK
Le Parisien et Libération racontent que le ministre de l’Intérieur a surpris certains de ses collègues, peut être vous, en expliquant que la pression démographique en Afrique allait nous obliger à revoir notre politique migratoire, il a aussi expliqué qu’il allait falloir démontrer que l’islam était compatible avec la démocratie. Est-ce que, d’abord, vous confirmez ses propos de Manuel VALLS ?

STEPHANE LE FOLL
Il y a eu les propos sur l’immigration, qui avaient d’ailleurs été anticipés par le fait que Laurent FABIUS - dans sa présentation générale - avait bien précisé que l’Afrique allait connaître une démographie extrêmement importante avec, en particulier, quelques pays qui risquaient d’avoir des niveaux démographiques extrêmement élevés, tout en disant d’ailleurs que c’était ce qui était prévu aujourd’hui, qu’on n’est pas ce qui se passerait, que l’enjeu du développement de l’Afrique était donc majeur, que le partenariat stratégique que la France doit avoir avec la Méditerranée et l’Afrique était essentiel et Manuel VALLS – je confirme – a dit que, sur la base de ce qu’avait dit Laurent FABIUS, il y avait une question qui devrait être posée sur la question de l’immigration et de la politique migratoire. Et deuxièmement, sur la question de l’islam, il a dit que d’autres religions avaient mis des siècles à s’adapter et qu’il fallait reprendre ce qu’avait dit le Président de la République en Tunisie, que l’islam est compatible avec la démocratie. Voilà ce qu’il a dit exactement ! Et que ceux qui font des commentaires, en disait : ça a jeté un froid, de quoi un ministre de l’Intérieur lorsqu’il parle de l’avenir va-t-il parler ? Il aurait pu parler des policiers, il l’a fait d’ailleurs, et puis il parle d’immigration.

MAXIME SWITEK
Et…

STEPHANE LE FOLL
Le ministre de l’Agriculture a parlé de quoi, à votre avis ?

MAXIME SWITEK
Alors ce n’est pas tout à fait - vous avez y venir dans un instant – mais ce n’est pas tut à fait ce que raconte Libération, Libération et le Parisien disent que visiblement l’islam aurait encore à faire ses preuves en termes de compatibilité avec la démocratie…

STEPHANE LE FOLL
Alors, ça, c’est…

MAXIME SWITEK
Pour le ministre de l’Intérieur.

STEPHANE LE FOLL
Alors là c’est une interprétation qui est faite par Libération et puis…

MAXIME SWITEK
Le Parisien…

STEPHANE LE FOLL
Et le Parisien.

MAXIME SWITEK
Aujourd’hui en France.

STEPHANE LE FOLL
Parce que ce qu’il a dit c’est clairement – et je me souviens, je n’étais pas très loin de lui, il y avait Michel SAPIN et Manuel VALLS, donc je sais très bien ce qu’il a dit – c’est que, conformément ou dans le sens de ce qu’a dit le Président de la République : il faut que l’islam soit compatible avec la démocratie, et quand il a dit d’ailleurs : d’autres religions ont mis des siècles à s’adapter à la démocratie, j’estime que… et on demande à l’islam d’aller extrêmement vite - c’est ça qu’il a dit – et donc ce n’était pas du tout dans cette idée-là me semble-t-il de ce que j’en ai entendu, et moi je dis que là c’est des commentaires ou des extrapolations qui sont un peu… qui ne semblent pas être ce qui a été le fond de la pensée… en tout cas comme moi je l’ai entendu.

MAXIME SWITEK
Est-ce qu’il y a un problème VALLS au gouvernement ?

STEPHANE LE FOLL
Il y a un ministre de l’Intérieur qui est un homme politique, qui avait été candidat à la primaire, et qui fait son travail, et qui fait de la politique sur les sujets qui le concernent.

MAXIME SWITEK
Mais un ministre aux idées peut-être un peu trop à droite pour certains à gauche, un peu trop attiré par la lumière…

STEPHANE LE FOLL
Mais…

MAXIME SWITEK
Et avec des résultats, on le voit encore à Marseille, qui sont parfois contestés ?

STEPHANE LE FOLL
Alors, sur la question de la sécurité, moi je resterai dans ce domaine avec politiquement la prudence qui doit être la nôtre, parce que laisser penser qu’on va tout régler sur les questions de sécurité - et la droite l’a laissé penser, on voit ce que ça donné – donc moi je suis pour que dans ce débat on ait un peu plus de recul et puis qu’on soit capables de regarder les choses de manière objective et sur du moyen et long terme, donc voilà ce que j‘ai à dire. Il n’y a pas de problème Manuel VALLS, il y a des solutions à apporter aux Français de manière collective sur tous les sujets qui sont… dont chaque ministre est chargé.

MAXIME SWITEK
En 2025 quel visage aura l’agriculture française ?

STEPHANE LE FOLL
Quel visage…

MAXIME SWITEK
Est-ce qu’il y aura encore des agriculteurs en France ?

STEPHANE LE FOLL
Oui ! L’enjeu il est bien de garder des agriculteurs, le risque qui pèse sur l’agriculture aujourd’hui c’est que des investisseurs viennent se substituer aux agriculteurs, donc ça il faut qu’on y fasse très attention. C’est pourquoi… alors je vais vous donner des exemples très précis, mais juste pour illustrer, la question de la transparence des GAEC qu’on a obtenue à l’échelle européenne c’est des enjeux majeurs pour garder des agriculteurs, je dis juste ça ; Deuxièmement, quel visage ? Performant économiquement, performant écologiquement, pour moi c’est un axe essentiel. Donc qu’est-ce qui va se passer ? On aura des exploitations, on aura autour des exploitations des productions d’énergies renouvelables – en particulier biomasse, matières organiques, méthanisation, donc cela ça va modifier le paysage ; et on aura surtout une diversité des agricultures, on aura préservé les grands bassins de production de viande et les bassins céréaliers, les bassins qui sont ceux de l’agriculture méditerranéenne, moyenne montagne et montagne, et on aura donc structuré une agriculture dans sa diversité et avec cette capacité qui est la sienne de pouvoir participer aussi à la lutte contre le réchauffement climatique.

MAXIME SWITEK
Et est-ce qu’en 2025 on vivra encore des crises comme aujourd’hui autour de l’oeuf ?

STEPHANE LE FOLL
Le vrai sujet c’est que toutes les crises…

MAXIME SWITEK
Crise de surproduction, on le rappelle.

STEPHANE LE FOLL
Les crises de surproduction ce sont des crises qui sont plus possibles sur les fruits et légumes par exemple, la moindre évolution fait toujours basculer le marché dans un mauvais sens ou quelquefois avec une augmentation des prix. Je termine sur cette question de l’oeuf ! Il y a une réunion à Rennes la semaine dernière, j’avais pris l’engagement de nommer un inspecteur général de l’Agriculture, il y en aura en fait deux, qui seront nommés aujourd’hui pour rentrer dans la discussion de l’organisation de cette filière – c’était une demande des producteurs – et donc aujourd’hui seront nommés deux inspecteurs qui devront me rendre un rapport début octobre pour qu’on puisse mieux structurer cette filière, pour éviter justement que, à un moment où on met aux normes des bâtiments d’élevage pour assurer un meilleur bien-être pour les animaux, eh bien on a augmenté la production et quand on a des poules eh bien derrière on a beaucoup d’oeufs.

MAXIME SWITEK
Hier on a appris que 15 millions d’oeufs allaient être vendus à l’étranger…

STEPHANE LE FOLL
Oui !

MAXIME SWITEK
Pour essayer de faire baisser les cours en France, ça c’est une solution à court terme…

STEPHANE LE FOLL
Oui !

MAXIME SWITEK
Quelle pourrait être la solution à long terme ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien la solution à long terme c’est la structuration, c’est l’organisation, c’est le fait qu’on ait un cheptel - je le dis comme ça - c’est un potentiel de production d’oeufs qui soit adapté à la demande, demande intérieure française, demande européenne lorsque c’est le cas et demande internationale si c’est possible, on n’est pas là pour aller chercher tout de suite à l’extérieur. Mais aujourd’hui il y a un excédent d’oeufs, donc il faut le réduire en le faisant de manière extrêmement… Comment dirais-je ? Structurée et en faisant en sorte que demain cette filière soit mieux organisée pour éviter qu’à un moment, eh bien, tout dérape et qu’on finisse par des surproductions qui sont extrêmement lourdes à supporter pour les producteurs aujourd’hui.

MAXIME SWITEK
Stéphane LE FOLL, les fruits et légumes, beaucoup de ceux qui nous écoutent ce matin ont vu cet été que les prix avaient beaucoup augmenté, d’après FAMILLES RURALES + 14% pour les fruits…

STEPHANE LE FOLL
Oui !

MAXIME SWITEK
17% pour les légumes. Est-ce que vous confirmez ces chiffres, est-ce que c’est ce que vous avez aussi au ministère ?

STEPHANE LE FOLL
Je confirme que les chiffres qui ont été fournis pour les fruits et légumes qui sont indiqués sont ceux que nous avons constaté…

MAXIME SWITEK
Oui !

STEPHANE LE FOLL
Je confirme aussi que le printemps que nous avons connu en France mais aussi plus largement dans d’autres pays européens a retardé beaucoup les récoltes et la floraison et puis toutes les pollinisations, donc il y a eu un retard, et donc il y a eu une baisse du volume - en qualité aussi d’ailleurs – et donc mécaniquement, c’est toujours le même principe, c’est à dire que sur la nourriture et l’alimentation vous êtes sur un marché où l’offre et la demande sont à l’équilibre, dès qu’il y a un déséquilibre ça fait bouger les prix dans un sens ou dans un autre.

MAXIME SWITEK
Et est-ce qu’on peut remédier à ça ?

STEPHANE LE FOLL
Très difficile ! Parce qu’on est directement dépendant de la nature, c'est-à-dire du climat, il peut faire chaud, il peut faire plus froid, il peut y avoir de la pluie, il peut y avoir des sécheresses… Regardez sur les fruits par exemple les impacts du climat, vous pouvez avoir des productions qui passent, si je me mets dans une échelle, de 1 à 2, voire à 3 en fonction des années, en fonction des situations, et donc ça c’est très difficile, ce n’est pas comme quand vous produisez des voitures, vous dites : je fais tant de voitures par jour et puis je stocke et puis après je les vends, là vous faites de l’abricot, l’abricot sur un arbre – je vous le dis – vous passez de 1 à 3. Parce que, si le climat se prête bien, eh bien vous pouvez avoir une production qui se développe sur le choux- fleur, sur l‘artichaut, je pourrais en prendre des dizaines d’exemples.

MAXIME SWITEK
Je reviens à la politique, Stéphane LE FOLL, on a vu le week-end dernier Arnaud MONTEBOURG et Claude BARTOLONE à la fête de Frangy…

STEPHANE LE FOLL
Je l’ai vu ! Oui.

MAXIME SWITEK
Plutôt calme, pas un mot plus haut que l’autre -alors que tout le monde s’attendait à ce que les flingueurs soient de retour – est-ce que ça va être ça l’ambiance à La Rochelle qui débute en fin de semaine, l’université d’été du PS, pas une tête qui dépasse, la majorité soudée ?

STEPHANE LE FOLL
Je pense que l’image qui a été donnée à Frangy est la bonne ! Dans cette rentrée, qui est toujours difficile économiquement pour les Français, les efforts qui sont demandés sont là, en même temps on commence à avoir des résultats - je ne voudrais pas revenir sur ce qu’a été la nouvelle surprise de cet été avec les + 0,5%, + 0,5%, mais c’est une nouvelle qui a surpris tout le monde positivement - donc on voit bien qu’on a enclenché un processus et qu’on commence à sortir de cette crise, qu’on commence à redresser ce pays. Donc aujourd’hui, dans cette rentrée, eh bien il faut que les Socialistes qui sont au gouvernement mais surtout aussi les Socialistes, les militants Socialistes, donnent une image d’unité et surtout de confiance, parce que c’est par la confiance que nous exprimerons qu’on donnera aussi confiance aux Français.

MAXIME SWITEK
Et, donc, pas une tête qui dépasse.

STEPHANE LE FOLL
Et donc… Oh ! Pas une tête qui dépasse, si il y aura des têtes qui dépasseront, le Parti Socialiste a une histoire, des histoires d’ailleurs, elles existent, mais je crois que la ligne de l’unité, la ligne du rassemblement c’est une ligne qui doit s’affirmer, s’afficher à La Rochelle et je suis sûr que ce sera le cas.

MAXIME SWITEK
Il a été question que les Hollandais, les plus fidèles supporters du Président – dont vous faites partie - se réunissent, montrent qu’ils existent…

STEPHANE LE FOLL
Non !

MAXIME SWITEK
Il parait que vous y avez renoncé ?

STEPHANE LE FOLL
Mais les Hollandais, oui… D’abord ils existent, enfin je veux dire on n’a pas fait une primaire sans qu’il y ait aucune trace quelque part…

MAXIME SWITEK
Mais certains disent au PS que vous n’êtes pas assez nombreux…

STEPHANE LE FOLL
Donc, si…

MAXIME SWITEK
Pour remplir une salle à La Rochelle.

STEPHANE LE FOLL
Ah ! Ceux-là ce sont des mauvaises langues, ça peut arriver, mais ce n’est pas grave, ce n’est pas le sujet, ce qu’on a affaire maintenant, la responsabilité qui est la nôtre – et c’est celle que nous assumons - c’est de faire en sorte qu’on soit capables de se rassembler, d’aller au-delà de ce que vous appeler les Hollandais historiques…

MAXIME SWITEK
Une toute dernière question !

STEPHANE LE FOLL
Pour aller chercher les nouveaux Hollandais d’ailleurs.

MAXIME SWITEK
Une toute dernière question, Stéphane LE FOLL, ce matin Libération imagine dans son cahier d’été les conséquences d’une légalisation du cannabis en France…

STEPHANE LE FOLL
Oui ! J’ai vu ça, je n’ai pas eu le temps de le lire.

MAXIME SWITEK
Libé explique que ça permettrait de donner du boulot à beaucoup d’agriculteurs. C’est une bonne idée ou pas ?

STEPHANE LE FOLL
Vous savez qu’aujourd’hui, malheureusement pour les producteurs de tabac, toutes les subventions sur le tabac sont remises en cause à l’échelle européenne et ça pose de gros soucis et de gros problèmes, donc je ne serais pas comme Libé en train de faire des anticipations pour savoir si le cannabis serait un nouvel Eldorado, je ne le crois pas, parce qu’il y a d’autres endroits où il est produit.

MAXIME SWITEK
Merci beaucoup Stéphane LE FOLL d’avoir répondu à nos questions ce matin…

STEPHANE LE FOLL
Merci.

MAXIME SWITEK
En direct sur EUROPE 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 21 août 2013

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