Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le bilan de la première année du quinquennat et les défis à relever en 2014, notamment les élections municipales et européennes, à La Rochelle le 25 août 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le bilan de la première année du quinquennat et les défis à relever en 2014, notamment les élections municipales et européennes, à La Rochelle le 25 août 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Université d'été du PS, à La Rochelle (Charente-Maritime) du 23 au 25 août 2013

ti : Chers amis, chers camarades,


Je suis heureux de vous retrouver ce matin pour conclure les travaux après Harlem, notre Premier secrétaire qui a permis avec Valérie Rabault l'organisation et le succès de cette université de rentrée.
Je salue les jeunes socialistes, leur enthousiasme communicatif sans lequel il n'y aurait pas d'université réussie.
Merci aussi aux permanents, au service d'ordre, à tous les bénévoles, aux formateurs, aux militants de la Rochelle qui permettent chaque année le succès de ces journées.
Merci également à Pierre Cohen qui à la tête de la FNSER a su pleinement mobiliser les élus sur les enjeux des prochaines élections municipales.
Je veux saluer Ségolène Royal, présidente de cette magnifique et innovante région et Maxime Bono, le maire de cette ville exemplaire, et saluer l'ensemble des Rochelais. Je veux aussi saluer Martine Aubry, et les responsables socialistes présents.
Je veux enfin saluer chacune et chacun d'entre vous. C'est d'abord sur vous qu'a reposé la victoire du 6 mai. C'est à vous, militants, que je dis ce matin ma gratitude pour votre soutien constant. La fréquentation de ce port maritime depuis tant d'années, à marée basse comme à marée haute, vous a donné la force d'âme qui distingue les vrais marins. Vous avez eu raison. Les premiers résultats sont là.

Vous m'avez dit hier "tenez-bon, ne lâchez rien", c'est le message que je retiendrai de cette université, « nous ne lâcherons rien ».

Chers amis, c'est ici, à la Rochelle, que s'entame la deuxième étape de notre action.

Nous avons travaillé durant l'été. Pas simplement pour aborder cette deuxième année du quinquennat, mais pour anticiper la France telle qu'elle sera dans 10 ans.

Pour agir juste, il faut penser loin !
La politique est impuissante dès lors qu'elle se limite à commenter l'actualité sans structurer l'action publique sur le moyen et le long terme.
La politique ne remplit plus son rôle lorsqu'elle renonce à mobiliser les énergies autour d'un avenir commun.
La politique n'est plus rien quand elle abandonne à la technique les choix de l'avenir.

Oui, il faut penser loin car l'enjeu qui est devant nous n'est pas simplement de dépasser une crise, de redresser les comptes publics, pour attendre ensuite qu'une autre crise, plus grave encore, déstabilise le pays. Notre responsabilité, c'est de préparer notre pays à un monde nouveau dont nous ne fixons pas tout seuls les règles.
Il y a 20 ans, la part de la richesse mondiale produite par les pays que l'on disait "émergents" et "en développement" était de 36%. Elle est aujourd'hui de plus de 50%. L'endettement de ces pays "émergents" est de 35% en moyenne contre 110% du PIB pour les "pays avancés". Il y a 10 ans, la Chine émargeait au 6ème rang mondial pour le volume consacré à ses dépenses en recherche et développement. Elle est aujourd'hui seconde, juste derrière les Etats-Unis. Et dans 10 ans, elle sera devant !

Dans cette période où tout bouge, il n'y pas de place pour la paresse intellectuelle et c'est la dernière place qui est promise pour ceux qui, par orgueil ou par aveuglement, estiment n'avoir jamais à se remettre en question.

Le monde change à une vitesse stupéfiante. Les défis que nous devons relever prennent chaque jour des formes nouvelles. L'épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique supposent que nous affrontions la question de la transition écologique. Et c'est notre responsabilité, celle de la gauche devant l'Histoire, que de penser la transformation de l'économie et de la société. La gauche a toujours été la grande force politique qui regarde vers l'avenir.
Nous devons organiser le changement pour ne pas avoir à subir. C'est le sens de la politique engagée depuis le premier jour de ce quinquennat.
Alors comme vous, j'entends la droite ironiser sur notre volonté de penser loin, alors qu'elle-même en a été incapable pendant 10 ans.
Alors faute de penser l'avenir, on me dit que la droite serait enfin disposée à regarder son passé... Il était temps ! Les Français, eux, ont réalisé l'inventaire du sarkozysme dès le 6 mai 2012 !
La droite a amputé l'Etat de ses marges de manœuvre en augmentant les impôts de tous les Français, sauf ceux des plus riches pour lesquels elle a inventé un "bouclier fiscal" !
C'est parce que la droite n'a pas eu de vision industrielle, pas développé d'ambition éducative, pas su rendre l'Etat plus performant, pas aidé les entreprises qui en avaient besoin que nous avons trouvé un pays affaibli, miné par le chômage, doutant de ses propres atouts. Voilà ce qu'a coûté à la France l'absence de vision ! Voilà le bilan de 10 ans de la droite au pouvoir !

J'entends aussi sur la gauche de notre gauche une voix, une voix qui se présente comme celle du "bruit et de la fureur", une voix qui refuse toute évolution et ne cesse d'appeler à une forme de "résistance" nostalgique. Je le dis avec force : la résistance ne peut pas être une fuite, devant les réalités d'abord et devant les responsabilités ensuite. Nous assumons la responsabilité que le peuple nous a confiée pour redresser le pays.
Les grandes nations abordent l'avenir les yeux ouverts. Et la France est une grande nation !
Pour qu'elle le demeure, le premier défi est de pousser l'Europe à se doter des pouvoirs qui permettent de maîtriser la folie de la finance, de réguler les échanges et de mutualiser nos forces.

Qu'avons-nous fait depuis un an ?
Depuis son élection, François Hollande a commencé à réorienter l'Europe. Il a infléchi le dogme d'une politique trop exclusivement budgétaire, favorisé une nouvelle doctrine d'intervention de la banque centrale européenne, obtenu la création de nouveaux instruments de solidarité au sein de la zone euro, décroché la création d'une union bancaire, fait partager l'objectif de croissance.
Ces changements s'accompagnent de propositions nouvelles pour relancer la construction politique de l'Union. Elles ont deux priorités pour redonner à l'Europe toute sa force et tout son sens :
- installer un véritable gouvernement économique de la zone euro pour décider d'une politique économique commune qui dispose d'une véritable capacité budgétaire,
- et définir une stratégie européenne pour les industries d'avenir avec notamment le lancement d'une communauté européenne de l'énergie qui favorise la transition énergétique.
Ces propositions sont sur la table. Elles devront faire l'objet d'un débat avec nos partenaires; en premier lieu avec nos partenaires allemands au lendemain de leurs élections législatives de septembre.
Ce choix de la réorientation de l'Europe est un impératif ! Ce sera l'enjeu des élections européennes de 2014. Si l'Europe n'assure plus la protection d'un certain mode de vie, si son influence sur les affaires planétaires décline, si elle ne parvient pas à enrayer, en son sein, le creusement des inégalités entre des Etats membres prospères au Nord et d'autres en crise au Sud, alors nous assisterons à sa désintégration; désintégration accélérée par le poids grandissant des populistes de tous poils. Le Grillo italien a fini de faire rire. Mais il doit encore nous faire réfléchir et agir...
Le premier défi que nous devons relever pour les élections européennes, c'est de faire comprendre que ce vote est un vote utile, que ce n'est pas un exutoire. Que cela ne doit pas devenir un rendez-vous pour rien. Il doit porter une alternative !
Et la seule force, je dis bien la seule, autour de laquelle peut s'organiser demain une nouvelle majorité pour la réorientation de l'Europe, c'est celle des socialistes et des sociaux-démocrates !

Le second défi de la France, c'est de retrouver l'ambition qu'elle n'aurait jamais dû cesser de porter : celle d'être une République sociale, effective, exemplaire. Cette ambition, c'est celle qui nous relie à toutes celles et ceux qui, depuis la Révolution française, ont pensé le progrès humain, notre ambition, c'est celle de prolonger le "rêve français".

Il y a cette part de nous-mêmes qui ne se dissout dans aucun ensemble, cette part irréductible qui fait que nous sommes la France.
Cette part là ne s'accompagne pas du rejet de l'autre, ne dépend pas d'un entre soi pathologique ou du refus de tout métissage. Elle repose sur une idée universelle, celle de la République.
La République, ce sont des règles de vie ensemble. Trois principes que nous inscrivons au fronton de nos édifices publics : Liberté Egalité Fraternité que nous avons complétés au début du siècle passé, par le principe de laïcité.
Cela implique que l'Etat défende une conception de la vie en société dans laquelle les forces religieuses sont invitées à débattre, mais où aucune d'entre elle n'est susceptible d'imposer sa vision à ceux qui ne la partagent pas.
Une République au sein de laquelle l'émancipation par l'éducation est possible pour chaque enfant, une République où les femmes sont les égales des hommes, où les homosexuels ont les mêmes droits que les hétérosexuels, où la diversité des origines, des cultures, des histoires n'est pas un handicap mais une chance.
C'est dans cette République que nous, femmes et hommes de gauche, nous occupons une place à part. Une part à laquelle nous ne renoncerons jamais. Celle du progrès social, celle du progrès humain, de l'équitable partage des richesses, de la démocratie. La démocratie qui ne se limite pas au jeu institutionnel mais qui prend comme partenaires tous ceux qui, dans le monde professionnel ou associatif, sont prêts à devenir des acteurs du changement.
Mais cet ordre auquel nous nous référons, cette échelle de valeurs ne s'apparente pas à la défense d'un âge d'or mythique. Le combat pour nos valeurs, c'est un combat permanent. Sans cesse recommencé. Toujours renouvelé. Parce que d'autres forces s'opposeront toujours à notre dessein. Parce que le monde change et qu'il faut sans cesse nous adapter. Parce que la République est une promesse qui n'a pas toujours été tenue. Et c'est pourquoi la mission que nous nous sommes assignée est de réinventer un nouveau modèle français. Voilà le cap ! Voilà l'ambition fixée par le Président de la République !
Nous réformons notre protection sociale, car comment garantir sa pérennité si nous la finançons toujours à crédit ?
Nous réduisons les déficits, car comment lutter contre les dérives de la finance, si nos déficits et notre dette nous mettent sous sa coupe ?
Nous maintenons des services publics de qualité, mais comment les financer si l'économie française ne trouve pas sa place dans la mondialisation ?
Nous modernisons sans détruire. Nous adaptons dans la fidélité à nos valeurs. Nous préparons l'avenir.

Je pourrais décliner toutes les réformes engagées depuis un an qui portent cette marque. Je me limiterai à quelques exemples.
Celui de la loi de sécurisation de l'emploi tout d'abord. Aucune négociation de cette ampleur n'avait abouti en cette matière depuis des décennies.
Quel en a été le résultat ?
La complémentaire santé pour tous ! Les droits rechargeables pour l'assurance chômage ! Le compte individualisé à la formation professionnelle! Les salariés dans les conseils d'administration des grandes entreprises !
Nous avons prouvé que la France est un pays capable de penser les évolutions du monde du travail, d'apporter de nouveaux droits pour compenser de nouveaux risques, d'accorder aussi des souplesses aux entreprises en difficulté dès lors qu'il s'agit de préserver l'emploi. A chaque difficulté économique, le licenciement ne sera plus la solution mécanique et les salariés la variable unique d'ajustement !
Oui je suis fier de cette majorité qui sait que le changement suppose la mobilisation de tous et que la négociation est la meilleure voie pour y parvenir !
La question de la méthode n'est pas neutre ! On ne réforme pas un pays en profondeur en six mois à coup de décrets.
On recherche l'adhésion, la mobilisation, c'est la méthode qu'a choisie le Président de la République, c'est la seule méthode qui permette de mettre en œuvre le changement.

Nous avons besoin de développer ensemble ce nouveau modèle pour tourner la France vers l'avenir, mobiliser tout notre potentiel de créativité et créer de la richesse et des emplois.
C'est pour cela que j'ai lancé un plan d'investissement à la hauteur des enjeux qu'affronte notre pays et mis en œuvre un nouveau pacte productif.
C'est pour cela que mon gouvernement porte un projet ambitieux et reconnu en faveur de l'économie sociale et solidaire.

C'est pour cela aussi que nous misons sur la transition écologique et que, pour servir cet objectif, nous créerons, conformément aux engagements du Président de la République, une contribution climat-énergie qui ne sera pas un impôt de plus, mais une réorientation de la fiscalité. Le niveau des prélèvements ne sera pas modifié par l'introduction de cette contribution. Il s'agira de modifier progressivement les bases sur lesquelles reposent notre fiscalité en dissuadant les comportements polluants et en favorisant les comportements vertueux. L'écologie, ce n'est pas un discours pour les campagnes électorales... et un grand silence après. La transition écologique, c'est la volonté de laisser en héritage à nos enfants une planète vivable, c'est aussi un formidable levier de croissance, avec de nouvelles technologies et de nouveaux emplois ! Voilà comment la gauche prépare l'avenir !

C'est pour cela que nous misons sur l'école, car la réussite de tous est un impératif moral et économique. Ce sont les élèves d'aujourd'hui qui feront la puissance de la France demain. La scolarisation de masse a été une réussite. Mais le modèle pédagogique ne fonctionne bien que pour 80% des élèves. Cela ne suffit pas ! Nous devons tout faire pour favoriser aussi la réussite des 20% restants, qui sont parfois 30, 40 voire 50% selon les quartiers ou les communes.
Les "hussards noirs" de la IIIème République si souvent célébrés ne reproduisaient pas l'école d'avant, quand ils combattaient l'illettrisme dans les campagnes et les banlieues ouvrières : ils ont inventé une nouvelle école. Pour avoir de nouveaux hussards de la République nous devons inventer, partout où c'est nécessaire, une autre façon de travailler, adaptée au public scolaire d'aujourd'hui. Voilà pourquoi nous consacrons autant de moyens à l'école ! que nous mettons le paquet sur les premiers cycles ! que nous formons les maîtres! Que nous réformons les rythmes scolaires ! Voilà comment la gauche prépare l'avenir !

Le nouveau modèle français repose sur la consolidation de la solidarité entre les générations. C'est le sens de notre politique de l'emploi, avec les emplois d'avenir et les contrats de génération. C'est le sens, bien sûr, de notre combat contre la dette.

Ce sera aussi le sens de la réforme des retraites que nous préparons. La concertation avec les partenaires sociaux se poursuivra dès demain matin. Notre responsabilité est de garantir que notre système de retraite par répartition traverse le temps.
Je connais l'inquiétude de nos concitoyens; des plus âgés qui redoutent la baisse des pensions; des plus jeunes qui craignent de ne jamais toucher de retraite. Je veux leur adresser ici, un message de confiance. Tout indique qu'à long terme l'équilibre du système de retraite est garanti. Car la chance de la France, c'est son dynamisme démographique. La chance de la France, c'est aussi notre volontarisme pour retrouver la croissance et le plein emploi. La difficulté se situe dans l'intervalle entre aujourd'hui et 2035, c'est-à-dire pour les deux décennies qui viennent. Nous allons la surmonter. Mais nous ne nous contenterons pas d'une réforme qui se bornerait à une simple mesure de gestion financière et d'ajustement budgétaire, nous introduirons de nouveaux droits pour ceux qui exercent des métiers pénibles.
Nous ne sommes pas égaux devant la vieillesse, il n'est pas vrai que nous atteignons l'âge de la retraite dans les mêmes conditions et avec la même espérance de vie. Je suis résolu à m'attaquer à cette injustice comme je souhaite faire en sorte que les femmes ne soient plus les perdantes d'un système qui cumule les rémunérations les plus faibles pendant la vie active et les pensions les plus faibles, l'âge de la retraite venue ! C'est cette volonté de justice qui nous anime depuis l'élection de François Hollande. La meilleure preuve, c'est la première décision du quinquennat qui a été le droit de partir à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler très jeunes et souvent dans des métiers pénibles.

La rénovation de notre modèle n'est pas exclusivement économique et social. Elle passe aussi par le dépassement d'oppositions traditionnelles qui affaiblissent l'autorité de l'Etat. Ainsi la sécurité et la justice sont les deux fronts d'un combat unique.
Nous sommes intransigeants sur le respect de la loi. Nous traquons la délinquance, le crime organisé, le terrorisme sans relâche. Notre objectif commun c'est l'efficacité dans la lutte contre la délinquance et contre la récidive. Il n'y a pas deux approches, deux politiques, mais une seule ligne au sein du gouvernement que je conduis : celle de l'efficacité !
C'est dans cet esprit qu'avec le président de la République j'arbitrerai définitivement les grands principes de la réforme pénale.
Plus de peines automatiques parce que la justice efficace repose sur le principe d'individualisation de la peine; mais plus de libérations automatiques non plus parce qu'il n'est pas responsable que 80% des sorties de prison se fassent sans mesures de suivi ni d'accompagnement !
Nous voulons restaurer la confiance des Français dans la justice.

Sur ces questions, nous n'avons aucune leçon à recevoir. Ni de la droite qui a supprimé plus de 10000 postes dans la police et la gendarmerie. qui a échoué à faire reculer la délinquance. Ni de l'extrême-droite dont les propositions portent un sceau qui n'est pas celui de la justice mais du populisme, sur cette question comme sur les autres.
C'est vrai, l'extrême-droite de Marine Le Pen a modernisé son discours, gommé les références suspectes, écarté les crânes rasés.
Mais cette nouvelle extrême-droite a changé de masque, sans changer de visage.
Marine Le Pen n'est pas moins à l'extrême-droite que son père. Ce qui la distingue c'est sa volonté de conduire son parti au pouvoir, là où son père se livrait à des provocations qui le rendaient infréquentable.
Elle rhabille la maison Le Pen aux couleurs de la République. Après le drapeau tricolore, l'hymne national, l'extrême-droite cherche à se réapproprier la laïcité pour en faire l'arme, non plus contre les seuls immigrés, mais contre tous les musulmans, qu'ils soient français ou étrangers.

Et le problème de la droite classique, c'est de ne pas savoir se renouveler en trouvant sa propre trajectoire. Ce qui la place aujourd'hui sous l'influence d'une "nouvelle" extrême-droite, plus avenante, plus habile et plus présentable.
De petits pas en "petits pains", de dérive en dérive, c'est une partie de la droite qui en est venue à contester la République elle même !
Après le vote et la promulgation de la loi sur le mariage pour tous, cette partie de la droite a continué à appeler à manifester, certains allant jusqu'aux appels à la "résistance" et à la "désobéissance civile".
Il est temps que la droite se ressaisisse. La loi votée, c'est la loi de la République !
Il est temps que les dirigeants de l'UMP lèvent toutes leurs ambiguïtés. Qu'ils cessent de courir après une extrême-droite qui se nourrit de chacun de ses reniements !

Voilà chers amis, vous l'avez compris notre responsabilité est grande. Nous ne pourrons compter que sur nos propres forces.
Nous gouvernons le pays dans une période où la tentation populiste est forte, parce que la situation est difficile pour beaucoup de nos compatriotes.
Les messages simplistes, la désignation de boucs émissaires, le repli national, le déclinisme... nous savons que les périodes de crise favorisent ces mauvaises réponses.
Nous avons l'obligation de réussir. Ne pas laisser penser que tout a été essayé et qu'il ne reste plus qu'un recours, désespéré, celui du vote extrême.
Nous devons donner de la politique le plus beau des visages. Celui du désintéressement. L'exemplarité doit être la règle. L'indépendance de la justice doit être totale.
Nous avons mis en place de nouvelles règles de transparence des patrimoines et des revenus des élus, donné les moyens de contrôler leurs déclarations, limité les situations de conflits d'intérêts.

Le non cumul des mandats, voté dans tous les congrès, plébiscité par les Français, mais jamais mis en œuvre, c'est encore la gauche qui a le courage de le mettre en œuvre !
La refondation des règles de la vie publique ne pourra évidemment suffire pour rendre confiance à celles et ceux qui désespèrent de la politique. D'autres signes doivent être donnés aux classes populaires, aux classes moyennes qui se sentent parfois oubliées, reléguées, abandonnées par la République. Nous devons combattre ce sentiment d'écœurement de ceux qui paient des impôts mais n'ont plus le sentiment d'être servis en retour parce que c'est chez eux que les services publics sont défaillants, que les déserts médicaux se creusent, que les écoles ferment, que les transports se dégradent, que le logement est inaccessible et que le chômage augmente ! C'est tout le sens de notre combat pour le nouveau modèle Français !
Mais si nous voulons être entendus, notamment lors des prochaines échéances électorales, nous devons aussi faire preuve de notre capacité à nous rassembler.
Pourquoi les Français nous conserveraient-ils leur confiance si nous ne donnons pas le sentiment de nous faire confiance entre nous ?

Léon Blum avec le Front populaire, François Mitterrand avec l'union de la gauche, Lionel Jospin avec la gauche plurielle ont sans relâche cherché cette unité. Avec François Hollande, avec Harlem Désir, nous partageons cette exigence.
Le débat entre sensibilités est nécessaire. Il y a des congrès pour cela. Il peut y avoir des désaccords, il y a des instances du parti pour les exprimer. Je n'ai pas une vision caporaliste de la politique. Je préfère la richesse de la diversité à la sécheresse de l'uniformité. Mais je ne suis pas non plus adepte de l'angélisme. Chaque fois que le débat est sur la place publique avant même d'avoir été posé entre nous, c'est une faute contre le collectif.

Je vois des clubs et parfois des mini clubs se créer. J'entends des prises de position qui donnent quelques secondes de visibilité à leurs auteurs. Mais j'entends surtout des Français qui ne goûtent pas toutes nos subtilités et qui ne retiennent qu'un sentiment de flou. J'entends surtout des militants qui ne comprennent pas que les jeux personnels viennent ruiner leurs efforts.
Alors montrons le meilleur de nous-mêmes ! Montrons que nous portons ensemble cette idée toujours neuve du socialisme !

Cette volonté de rassemblement, nous devons la porter au-delà de nous-mêmes.
C'est l'union de la gauche et des écologistes qui a permis la victoire au deuxième tour de l'élection présidentielle.
La gauche a marqué l'Histoire de France chaque fois qu'elle a su se rassembler, du cartel des gauches au Front populaire, du Conseil National de la Résistance à l'union de la gauche, de la gauche plurielle à la majorité présidentielle de 2012. Elle est au contraire passée à côté de l'Histoire chaque fois qu'elle n'a pas su se retrouver.
C'est l'union qui depuis 1977 a permis à la gauche et aux écologistes de conquérir progressivement sur la droite une majorité de collectivités locales. Depuis des années, nous travaillons et nous réalisons ensemble. C'est cette alliance entre les différentes sensibilités de la gauche qui séduit. C'est notre complémentarité qui convainc.
Sur l'essentiel, où sont les divergences locales entre socialistes, écologistes, radicaux, communistes ?
Cet impératif d'unité n'a peut-être jamais été aussi fort pour des élections municipales. La droite et l'extrême droite seront concurrentes électoralement mais unies sur l'objectif de nous battre. Alors dans une compétition à trois, il faudra arriver en tête parce que la droite ne pratiquera pas le front républicain dans l'hypothèse où elle serait devancée par le PS et le FN. Le risque de la division sera la perte de municipalités et l'entrée du Front National. Quel résultat !
La gauche unique, n'est pas souhaitable, mais la gauche unie demeure la clé de notre réussite.
Si Pierre Mauroy était encore parmi nous aujourd'hui, nous aurions entendu sa voix grave et puissante nous appeler à l'unité qui a été l'un des combats de sa vie.
Alors il faut rassembler, rassembler encore, rassembler toujours! Multipliez les listes unitaires ! La règle entre nous doit être l'union ! Et si nous devons être unitaires pour deux, n'ayons aucune hésitation, il n'y a pas de succès qui se construise sur la division !

Le rassemblement des socialistes, celui de l'ensemble de la gauche doit servir au rassemblement des Français autour des premiers résultats.
La bataille pour l'emploi, la modernisation de notre modèle économique et social, la nouvelle étape de la décentralisation, la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales, la réorientation de l'Europe, le redressement de nos comptes publics, tous les chantiers ont été lancés.
Personne n'a voulu prendre avec nous le pari de la réussite d'une politique originale en Europe. Et pourtant !
La croissance que tous les instituts annonçaient négative en 2013 sera positive alors même que des efforts de redressement sans précédent de nos comptes publics ont été entrepris. En optant pour une baisse raisonnée de la dépense publique et en faisant porter l'essentiel de l'effort sur les hauts revenus et les grandes entreprises, nous sommes parvenus à réduire le déficit sans tuer la croissance.

Grâce à cette stratégie, nous sommes en passe de concilier ce que l'on nous annonçait inconciliable : la croissance et le redressement des comptes publics.
Nous faisons tout pour qu'à ces premiers signes s'ajoute l'inversion de la courbe du chômage au cours des prochains mois.

Dans les prochains arbitrages budgétaires et fiscaux, ces objectifs continueront à nous guider : croissance, emploi, préparation de l'avenir.

Chers amis, nous sommes un beau et un grand pays. Nous croyons souvent moins en nous-mêmes que ceux qui nous observent à travers le monde et envient nos atouts.

Un pays dont la grandeur ne se mesure pas seulement à sa puissance économique, mais aussi à sa capacité à penser le monde, à s'élever à l'universel.

C'est la France qui, par la décision du président de la République, est venue porter un coup d'arrêt au terrorisme au Mali, c'est la France qui est aujourd'hui aux avant-postes pour que le monde ne laisse pas se commettre sous ses yeux un crime odieux, un assassinat de masse, un crime contre l'Humanité en Syrie.
Et c'est François Hollande qui, aujourd'hui, porte cette parole, demande à ce que la communauté internationale prenne ses responsabilités s'il se confirme que le dictateur Assad utilise l'arme chimique contre son propre peuple.
La priorité consiste aujourd'hui à établir les faits. C'est le rôle de la mission des Nations unies dont nous demandons à ce que son mandat soit étendu aux atrocités commises mercredi dernier dans la banlieue de Damas.
C'est la France qui a toujours su à la fois porter un message pour le monde et qui a su aussi développer son propre modèle.
C'est la France des droits de l'Homme, la France de la culture, la France de la protection sociale et des services publics, la France de la laïcité.

C'est avec notre histoire et avec ce modèle que la droite veut rompre.
C'est l'UMP qui propose d'en finir avec la durée légale du travail, c'est l'UMP qui veut de nouveau baisser les impôts des plus riches pour laisser le remboursement de la dette à tous les autres en augmentant la TVA à 24%, c'est l'UMP qui propose de passer l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans et l'âge du taux plein pour les carrières incomplètes à 70 !
C'est nous qui défendons la valeur travail en n'acceptant plus que le travail soit davantage imposé que le capital, c'est nous qui créons de nouveaux droits pour les salariés, pour les consommateurs, pour les couples, pour les jeunes ! C'est nous qui aidons les entreprises en difficulté, qui finançons l'innovation et la recherche, c'est nous qui rénovons les pratiques politiques !
C'est nous qui redonnons un droit à l'avenir à tous les jeunes de ce pays. C'est nous qui créons 60000 postes dans l'éducation. C'est nous qui augmentons les bourses pour les étudiants. C'est nous qui favorisons l'accès des élèves handicapés dans les écoles. C'est nous qui mettons en place la garantie-jeunes. C'est nous qui séparons les activités spéculatives des banques des opérations de dépôt. C'est nous qui plafonnons les frais bancaires. C'est nous qui cédons les terrains de l'Etat aux collectivités qui veulent construire des logements sociaux. C'est nous qui bloquons l'augmentation des loyers dans les zones en tension, C'est nous qui mettons la priorité sur les transports du quotidien en rompant avec l'ère du tout TGV, C'est nous qui engageons le grand chantier de l'efficacité énergétique pour réduire notre dépendance aux énergies polluantes et diminuer la facture des ménages, c'est nous qui recherchons dans chaque entreprise en difficulté les moyens de préserver l'emploi...

C'est nous, chers camarades, qui faisons vivre l'esprit de la République quand la droite s'arrête à la lettre. C'est nous qui défendons notre art de vivre, l'exception et la diversité culturelle. C'est nous qui ouvrons à nouveau le champ des possibles.
Pour tous ces chantiers, pour toutes ces réformes, celles qui ont été votées comme celles qui restent à inventer, nous avons besoin de vous !
Soyez fiers de ce que nous portons, soyons fiers de ce que nous faisons !
C'est nous qui sommes en train d'écrire, ensemble, avec François Hollande, le nouveau modèle Français.

Vive la République, vive la France.


Source http://www.gouvernement.fr, le 26 juillet 2013

Rechercher