Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la revalorisation de l'enseignement professionnel dans le cadre de la "refondation de l'école" et de la réforme de la formation professionnelle, à Saint-Jean-de Braye le 2 septembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la revalorisation de l'enseignement professionnel dans le cadre de la "refondation de l'école" et de la réforme de la formation professionnelle, à Saint-Jean-de Braye le 2 septembre 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Rencontre des enseignants au lycée professionnel Gaudier Brzeska de Saint-Jean-de Braye (Loiret) le 2 septembre 2013

ti : Merci mesdames, messieurs d'être là, dans cet atelier de formation, je viens de prendre quelques instants avec vos collègues mais j'y reviendrai. Je suis accompagné, comme vous le voyez, du ministre de l'Education nationale Vincent Peillon, de la ministre déléguée chargée de la Réussite éducative, George Pau-Langevin. Et puis je suis heureux de saluer les parlementaires, madame la députée de la circonscription, monsieur le président du Conseil régional, monsieur le Maire et puis l'ensemble des élus, la rectrice, madame la Rectrice, madame la Proviseur, et mesdames messieurs vous tous les enseignants, les personnels de l'Education nationale et de ce lycée Gaudier-Brzeska. Je n'oublie pas aussi mon ami Jean-Pierre Sueur, sénateur et président de la Commission des mois du Sénat. Merci encore de votre accueil.

Dans cet établissement, qu'on peut qualifier de pionnier, j'ai choisi de faire la pré-rentrée avec les professeurs. C'est vrai que l'on aurait pu imaginer que je me rende dans une école primaire qui est la priorité du grand chantier de la refondation de l'école. J'aurai pu aussi visiter un collège, un lycée, mais j'ai choisi avec mes collègues du gouvernement, ce lycée. Ce lycée Gaudier-Brzeska. Chacun le sait, c'est là qu'on forme aux métiers. Et cette question est pourtant essentielle pour notre pays, mais on n'est pas toujours suffisamment conscients de l'importance de ce que vous faites pour la jeunesse de notre pays.

Et en venant vous voir c'est l'occasion pour moi d'adresser un message d'abord aux enseignants des établissements de formation aux métiers. Un message, comme nous le disions ensemble avec Vincent Peillon, un message de confiance. Et en même temps en visitant il y a quelques instants cette maison passive de Pass-l*Lab, j'ai pu voir qu'ici on était au cœur même de la révolution technologique, de l'innovation, et aussi de la transition énergétique.

Lorsque le gouvernement a lancé un vaste plan de soutien à la construction de logements, ainsi que de soutien à la rénovation thermique, à l'isolation des bâtiments, c'est une opportunité formidable sur le plan à la fois environnemental et écologique, sur le plan des économies d'énergie, mais aussi pour développer de nouveaux métiers, pour développer une vraie filière . Et cela s'organise ; et ici même, quand je dis que vous étiez pionnier c'est ce que vous avez commencé à faire en matière d'éco-constructions, en matière de technologie, de l'énergie et ces thèmes seront au cœur de la prochaine conférence environnementale qui va se réunir les 20 et 21 septembre prochains.

Les métiers auxquels ce lycée prépare, je le répète, sont porteurs d'avenir, ils sont à la croisée de plusieurs initiatives du gouvernement et votre responsabilité mesdames et messieurs, est particulièrement importante. Je le dis avec force. Nous n'atteindrons pas les objectifs que nous nous sommes fixés sans donner à l'enseignement professionnel toute la place qui lui revient. Trop longtemps dans notre pays de longues cultures, seul l'enseignement général a eu droit de cité, et trop longtemps l'enseignement professionnel a été perçu voire pratiqué comme un choix par défaut. D'ailleurs les familles vivaient mal l'orientation de leurs enfants. Ils disaient : « ah bon mais c'est un échec ». Eh bien non ce n'est pas un échec et c'est une chance, et ce que j'ai vu ce matin n'a fait que me convaincre encore davantage. Parce que cette image négative, parfois péjorative, il faut la renvoyer définitivement au passé. Elle ne correspond plus du tout à la réalité. Et il est important de faire passer ce message à ceux qui en doutent encore, que l'enseignement professionnel est de tous nos enseignements celui qui a connu ces vingt-cinq dernières années la mutation la plus profonde. Le lycée d'enseignement professionnel des années 60-70 ce n'est plus qu'un souvenir, lui qui accueillait des classes conduisant au mieux au CAP, voire au BEP. Aujourd'hui devenu un véritable lycée professionnel ouvrant sur de véritables parcours de réussite, c'est lui qu'il faut promouvoir et saluer.

Je pense par exemple à la formidable contribution au baccalauréat professionnel. Cette formation qui est une invention, il y a maintenant vingt-cinq ans voulue par un autre gouvernement de gauche, et qui a permis à la France de se rapprocher de l'objectif de 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac, ce sont les lycées professionnels qui l'ont permis et le bac professionnel a été un acquis essentiel. Mais en visitant votre établissement trop brièvement, malgré tout je me suis fait cette impression que vous, vous allez encore plus loin. Vous vous êtes approprié la notion de lycée des métiers, vous préfigurez déjà le campus des métiers des qualifications que Vincent Peillon veut promouvoir et labéliser prochainement qui ouvre au-delà du bac – puisque vous allez jusqu'au BTS – et à la licence professionnelle. C'est dans cette direction que nous voulons avancer. Et le ministre de l'Education nationale et moi-même avons été impressionnés par ce que vous avez pu faire de cet établissement. J'évoquais « la maison passive », passive d'ailleurs ça ne correspond pas tout à fait à la réalité, c'est plutôt le contraire mais enfin c‘est le terme j'allais dire qui correspond du point de vue technologique à ce qui se passe dans cette maison. Cette maison test. Cette maison d'innovation. Où là justement vous êtes en train d'inventer des réponses à ce que j'évoquais comme une priorité, c'est-à-dire la transition énergétique, l'efficacité énergétique, les économies d'énergie, donc moins de charge pour les ménages, pour le logement, pour les transports. Et donc vous vous l'expérimentez dans une « maison » en testant toutes les formes d'isolation et en apprenant aussi les métiers de tout niveau qui vont concerner le secteur du bâtiment.

La force de vos métiers, c'est de conjuguer une longue tradition de savoir-faire, et en même temps un profond besoin de renouvellement de technologies. L'innovation cela concerne tous les métiers, tous les secteurs et pas seulement les hautes technologies. Aujourd'hui un professionnel qui travaille dans une entreprise artisanale a besoin de cette innovation. Il doit donc être soutenu. Les TPE, les PME font partie des priorités du pacte pour la croissance, la compétitivité, et l'emploi que j'ai présentées il y a près d'un an, après le rapport de Louis Gallois qui montrait à la fois nos forces et nos faiblesses.

Donc là il y a une carte à jouer et cette carte nous devons aussi la jouer dans les territoires. Et le gouvernement a une volonté politique, a des priorités, et celle de l'éducation, de la formation, mais il ne peut pas mettre en œuvre cette priorité au-delà évidemment des choix budgétaires que nous faisons - certains nous ont reproché de mettre beaucoup d'argent dans l'Education nationale - mais nous préparons l'avenir du pays, nous préparons l'avenir de la jeunesse. Quand on dit 2025 c'est loin, en ironisant sur le séminaire que le gouvernement a tenu, qui était un séminaire de réflexion stratégique. Un jeune qui entre aujourd'hui à l'école primaire en 2025, il sera au niveau du bac. Donc c'est bien maintenant qu'il faut investir dans l'éducation et la formation. Ça c'est le rôle de l'Etat. C'est bien l'Education nationale, mais en même temps si nous n'avons pas l'appui des collectivités territoriales, si nous n'avons pas l'engagement des collectivités territoriales, alors une grande partie de ce que nous voulons faire ne pourra pas réussir. Et c'est vrai en particulier pour la formation professionnelle où les régions sont le partenaire évidemment premier. Mais comme c'est vrai aussi pour l'école primaire, comme c'est vrai aussi pour le collège, le lycée, en particulier avec les futurs contrats territoriaux que nous allons négocier entre l'Education nationale et les collectivités territoriales.

Ici, vous avez su mettre en avant la cohérence de votre offre de formation, sans exclure la diversité des spécialités, et en couvrant différentes modalités de formation, que ce soit sous statut scolaire, ou par apprentissage. C'est cette cohérence que nous voulons viser dans le travail concerté désormais renforcé par la loi qui a été celle de la refondation de l'école, et que nous voulons promouvoir entre l'Académie et la région, comme je viens de l'évoquer il y a un instant.

Ici, vous avez su instiller de la souplesse dans votre organisation, grâce aux passerelles possibles vers le CAP, mais aussi du CAP au BAC Pro, du BAC Pro au BTS, du BTS à la Licence professionnelle. Là encore notre ambition est bien d'offrir à l'enseignement professionnel des parcours comparables, en durée et en excellence à ceux des autres voies.

C'est un enjeu considérable. Je l'ai dit il y a quelques jours devant les recteurs, et les rectrices, mais aussi les inspecteurs d'Académie, les secrétaires généraux des Académies, que je recevais à Matignon. C'était la première fois d'ailleurs qu'ils étaient reçus tous ensemble, le 22 août dernier avec le ministre de l'Education nationale et la ministre déléguée. L'ambition du système éducatif ne peut être que la réussite de tous, il ne peut y avoir d'excellence qui ne procède de cette réussite pour tous ? Vous allez me dire « ce sont des mots ». Des mots peut-être qui sont beaux et que vous partagez certainement, mais parce que c'est un vrai défi pour l'Education nationale qui a réussi l'accueil de masse des élèves. Et ça c'est vrai, c'est vrai qu'il faut le reconnaitre, cet accueil a été réussi. Et d'ailleurs 80 % des élèves réussissent dans notre système éducatif. Mais il en reste 20 % qui échouent, qui décrochent. Et parfois dans certains quartiers, dans certaines villes, ce n'est pas 20 c'est 30, 40, 50, et d'ailleurs la norme ce n'est pas la réussite, c'est l'échec. Et c'est la dynamique de l'échec, et c'est le devoir de l'école républicaine de régler cette question et c'est tout le chantier que nous avons lancé de la refondation de l'école, et ça vaut bien sûr pour l'ensemble de l'Education nationale.

Votre lycée et plus largement tous les lycées professionnels et leurs enseignants savent mieux que d'autres encore ce qu'est la difficulté scolaire, ce que sont les difficultés liées aux orientations subies, les symptômes de décrochage et les exclusions scolaires, nous en parlions il y a quelques instants à propos de la disparité des niveaux des élèves que vous rencontrez ou des élèves qui acceptent de venir dans un lycée en disant « je vais apprendre un métier » et pour lesquels l'apprentissage des mathématiques, de l'anglais ou d'une autre langue, ou du français, n'est pas toujours considéré comme utile pour eux. Donc c'est vrai que ce n'est pas toujours facile pour vous, les enseignants, j'en suis bien conscient.

Mais l'honneur de ces établissements, je veux vraiment le souligner devant vous, le faire savoir au-delà de cette rencontre, c'est précisément de savoir transformer cette situation de ne pas vous y résigner. Savoir à la fois réparer et construire. Réparer les lacunes de ce qui a été mal acquis, avant notamment en enseignement général, mais aussi construire des compétences et des vocations, former les professionnels dont la France a besoin ; C'est pour cela qu'on ne peut que vous féliciter d'accueillir en cette rentrée 2013, une unité spécialisée permettant notamment à des élèves en situation de handicap d'accéder aux métiers du bâtiment et des travaux publics. Ce n'est pas évident, eh bien vous avez accepté de le faire et vous allez réussir parce que vous y croyez. C'est pour cela que je voudrais aussi saluer un autre aspect qui a déjà été souligné par d'autres collègues du gouvernement, je pense à Najat Vallaud-Belkacem, c'est ce que vous faites en faveur de la mixité garçon-fille. Là nous venons de voir l'atelier des sculpteurs, tailleurs de pierre, pardon - je dis sculpteurs parce qu'ils font de vrais œuvres d'art - et là ce concours général a été gagné par une jeune fille. Donc il n'y a pas les métiers pour les hommes et les métiers pour les filles. Je tiens donc à vous saluer particulièrement pour cet engagement résolu et notamment des organisations professionnelles qui vous accompagnent pour que ces choses changent là aussi. Combien de chantiers de construction sont aujourd'hui conduits par des femmes ? Il y a quelques années, c'était inimaginable. Donc, là aussi, les choses changent. Et mon gouvernement y est particulièrement attaché ; la loi du 8 juillet dernier, que j'évoquais il y a quelques instants, adoptée sous l'impulsion de Vincent Peillon en porte également la marque. Ainsi, de son insistance à clairement signifier dans le code de l'éducation l'égale dignité de la voie professionnelle au côté des voies générale et technologique. Ainsi encore, pour aller à l'essentiel, de la priorité donnée aux bacheliers professionnels pour accéder au BTS dans la loi du 22 juillet dernier sur l'enseignement supérieur et la recherche, adoptée sous l'impulsion de Geneviève Fioraso.

Mais il y a aussi ce dialogue que j'évoquais avec les branches professionnelles, les entreprises, et c'est essentiel. J'ai posé la question tout à l'heure aux enseignants, comment ça se passe ? Il y a sûrement des progrès à faire, que l'offre de stage, l'offre en alternance soit plus importante, et donc ça passe par le dialogue : dialogue auquel les régions apportent un concours particulier. Mais à l'échelle nationale, j'installerai prochainement le Conseil national « éducation-économie » qui consistera en une sphère d'échange particulièrement utile, permettant aux entreprises, à leurs organisations professionnelles de mieux comprendre les enjeux du système éducatif, de contribuer positivement à son amélioration et d'en bénéficier elle-même.

C'est donc dans ce dialogue rénové et en lien avec les professionnels du secteur que nous saurons dépasser les oppositions stériles et trouver les moyens d'aller en avant au service de la jeunesse.

Souvent on dit « oui mais l'Education nationale ne fait rien pour la formation professionnelle ou s'y prend mal ». C'est un peu une image trop facile. Donc je suis venu vous dire aussi que je défends l'enseignement public, professionnel avec le ministre de l'Education nationale et qu'il est tout à fait possible de dialoguer et de travailler avec les entreprises. Mais il y a des barrières à faire tomber, il y a des a priori à combattre, mais ça ne peut être que dans l'engagement concret, dans l'action, c'est ce qui se fait ici. Et dans ce grand chantier qui s'ouvre il y a aussi celui de la réforme de la formation professionnelle. Vous savez le gouvernement, après la deuxième conférence sociale de juin dernier, a adressé à tous les partenaires sociaux, organisations patronales et syndicales, une feuille de route pour que cette négociation s'engage. Ce que nous voulons c'est une réforme en profondeur, car on ne peut plus accepter qu'un si grand nombre d'emplois reste non pourvu, nous ne pouvons plus accepter que 20 % seulement des demandeurs d'emploi accèdent chaque année à une formation professionnelle, et nous ne pouvons pas nous résigner à ce que les ouvriers y accèdent deux fois moins que les cadres. C'est le sens de la feuille de route adressée aux partenaires sociaux.

Et cette réforme qui doit passer par la négociation pour aboutir ensuite à un projet de loi vise deux objectifs : mieux orienter la formation professionnelle vers ceux qui en ont le plus besoin, les demandeurs d'emploi, les jeunes sans qualification, les salariés confrontés aux mutations économiques. Le deuxième objectif c'est faire de la formation un levier de compétitivité, de croissance pour l'ensemble des entreprises.

Et donc cette réforme devra se faire avec les questions de formation initiale et d'orientation. Le document que le gouvernement a envoyé dès le 8 juillet l'indique, je souhaite que les partenaires sociaux puissent aboutir avec une échéance que le gouvernement a fixé car il y a urgence, c'est la préparation d'un projet de loi avant la fin de l'année.

Mesdames, messieurs, demain aura lieu partout en France la rentrée des élèves. On dit la pré-rentrée, mais vous vous êtes déjà là. Et donc encore une fois c'est le sens de ma présence. J'aurai été heureux de voir des élèves, et j'aurai l'occasion de le faire aussi, le président de la République sera lui-même demain à Denain. Mais c'est d'abord des enseignants que je voulais rencontrer. Mais la rentrée, même pour les plus aguerris des enseignants, ceux qui ont l'expérience, c'est toujours un moment particulier après une période de repos, de détente, on a pris du recul, là on revient. On revient devant les élèves. On trouve d'autres collègues, ceux qui viennent d'arriver tout simplement dans la carrière ou qui viennent de formation, qui sont encore stagiaires. Et donc il faut faire connaissance. Et il faut constituer une équipe. Madame la Proviseur votre rôle est essentiel, il est fondamental si on veut que ça marche et j'ai cru comprendre à travers vos propos et votre détermination que vous savez animer parce que c'est essentiel de mettre en relation et créer un climat, une ambiance, une confiance. Et donc ce que je dis là c'est parce que je l'ai ressenti en parlant avec quelques-uns d'entre vous et j'ai été frappé par la diversité de vos parcours. C'est sans doute particulier à l'enseignement professionnel. Moins vrai peut-être dans l'enseignement général mais là ce qui m'a le plus touché c'est plusieurs témoignages d'anciens élèves ici, formés, qui commençant une carrière professionnelle au bout de dix ans, quinze ans, ce sont dit qu'ils avaient aussi une responsabilité c'est de transmettre à leur tour un savoir-faire, une expérience. Apprendre aux jeunes un métier. Leur donner confiance dans leur propre avenir. Le mot confiance en soi a été plusieurs fois évoqué tout à l'heure. Donner confiance dans ses capacités. Combattre tous les sentiments d'échec « on n'y arrivera pas », c'est toute la noblesse du métier d'enseignant.

A un moment il se passe toujours quelque chose entre un élève, le professeur, c'est-à-dire quand un élève est en situation de découragement, il y a là l'attention, il y a là le propos ou l'attitude qui fait qu'un déclic se produit. Et ça repart. Et c'est votre métier, c'est ce que vous faites.

Et pour ça il faut que le gouvernement vous donne les moyens de vous former. C'est pourquoi nous mettons, nous attachons beaucoup de prix à la réussite des nouvelles écoles supérieures du professorat et de l'éducation. C'est cette année qu'elle démarre.

Ce projet a été préparé minutieusement avec le ministère de l'Enseignement supérieur et la Recherche et les Universités. Nous attachons beaucoup de prix, je le répète, à cette réussite. Il s'agira de former des vrais professionnels avec tout ce que ça implique comme difficulté. Il ne s'agit pas de refaire la formation générale, la formation du métier que vous aurez à enseigner pour les professionnels, il s'agira d'apprendre à apprendre et c'est ça qui est le plus difficile avec la jeunesse d'aujourd'hui, avec le doute qu'elle a parfois à l'égard des institutions. Déjà ce qu'elle sait ou qu'elle croit savoir en raison de la révolution numérique et de tout ce que ça implique en terme de changement relationnel dans la société.

Eh bien c'est avec tous les moyens nécessaires que vous devrez vous former et aussi la possibilité vous sera donnée de l'innovation pédagogique.

J'ai posé la question tout à l'heure, j'ai vu qu'ici l'innovation pédagogique ne faisait pas peur. Et c'est vrai que pour ça il faut aider, il faut former puis aussi donner la chance de pouvoir tenir compte des contextes spécifiques. Et donc cette formation là doit pouvoir redonner à nos enseignants qui n'y avaient plus droit finalement depuis ces dernières années puisque au fond par mesure d'économie, de suppression de postes, on pensait pouvoir s'en passer, comme si le seul métier auquel on n'était pas conduit à donner une formation c'était celui justement qui consistait à former la jeunesse. Une sorte de paradoxe pour ne pas dire plus. Mais cette page est tournée, maintenant il faut en écrire une autre, c'est que ces écoles réussissent. Il faut en quelque sorte retrouver la fierté de ceux qui ayant fréquenté les écoles normales en gardaient toujours un souvenir ému et fier de ce qu'ils avaient appris parce qu'ils avaient appris aussi à partager une passion et pas seulement la passion du métier mais aussi celle d'une mission qui était de former la jeunesse de la France. Et ça c'est votre tâche, mesdames et messieurs.

Madame la Rectrice je vous demande de bien veiller à la réussite de cette mise en place de l'école supérieure des professorats et de l'Education. Ca ne sera pas si simple, la routine est toujours notre premier ennemi en la matière. Et donc il faut inventer, il faut innover, il faut mobiliser. Parce que trop de gens doutent de ce que nous avons entrepris. Ce que nous avons entrepris, on disait : « vous allez mettre 60 000 postes dans l'Education nationale, et alors après qu'est-ce que ça changera ? ». Mais il fallait réparer. Il fallait faire en sorte que la rentrée dernière se passe dans de bonnes conditions. Donc quand on supprime des dizaines de milliers de postes un jour ça finit bien par se sentir. Mais il ne suffira pas de créer des postes, mais il faut les créer. Il faut aussi tous les autres personnels de l'Education nationale. Je pense par exemple à la médecine scolaire, aux assistantes sociales, tous ces métiers, l'encadrement, tout ce qui fait le vivre ensemble dans nos établissements. Tout ça est engagé, tout ça va se poursuivre, et durera. Mais en même temps c'est l'état d'esprit de tous qu'il faut changer et ça passe par la formation. Ça passe aussi par l'image que la nation donne de son Education nationale et de l'image qu'elle donne de ses professeurs, de ses enseignants, de tous ceux qui assurent le fonctionnement quotidien de nos établissements.

Vous pouvez compter sur moi et sur mon gouvernement. Si j'ai tenu à venir ici c'est parce que justement nous croyons à cette mission. Nous croyons que c'est nécessaire pour l'avenir de la France. Donc vous pouvez compter sur le gouvernement pour poursuivre dans la durée cette refondation de l'école, pour redonner à l'école de la République toutes les capacités et tous les moyens pour qu'elle tienne sa promesse. Et sa promesse c'est de faire en sorte qu'elle permette la réussite de tous. Et la réussite de tous c'est la réussite de chacun, sa promotion personnelle, son bien-être, mais c'est aussi la réussite de la France.

Merci mesdames et messieurs d'y contribuer. Je vous souhaite une bonne rentrée et une bonne année scolaire.


Source http://www.gouvernement.fr, le 3 septembre 2013

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