Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, dans "Le Monde" du 3 septembre 2013, sur l'absence de vote au Parlement concernant une éventuelle intervention militaire en Syrie et l'évaluation de la menace terroriste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, dans "Le Monde" du 3 septembre 2013, sur l'absence de vote au Parlement concernant une éventuelle intervention militaire en Syrie et l'évaluation de la menace terroriste.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : Q - La France comprend-elle le revirement de dernière heure de Barack Obama sur la Syrie ?

R - C'est un choix, qui est celui du président des États-Unis.

Q - Est-ce que la France peut y aller seule, sans les Américains ?

R - Non, la France ne peut pas y aller seule, mais vous le savez.

Q - C'est un crime contre l'humanité, mais on ne peut pas y aller seul ?

R - Avec quels moyens supplémentaires ? Non, il faut une coalition.

Q - François Hollande ne va-t-il pas être obligé aussi de demander un feu vert du Parlement ?

R - Le Parlement était déjà convoqué mercredi - 4 septembre -. Il n'y avait aucune obligation à le faire.

Q - Sans vote ?

R - Sans vote. Le Premier ministre a décidé de réunir, lundi à 17 heures, les présidents des Assemblées - de l'Assemblée nationale et du Sénat -, les présidents des commissions - affaires étrangères et défense - et les présidents de groupe, précisément pour préparer ce débat. La Constitution de la Ve République ne prévoit pas de vote préalable.

Q - En 2003, François Hollande demandait un vote sur l'Irak. Qu'est-ce qui a changé ?

R - Il y a une Constitution, il est président de la République. La fonction présidentielle, il faut la préserver. On ne modifie pas la pratique de la Constitution de la Ve République en fonction des humeurs des uns et des autres, ou de ce qu'il se passe dans le monde.

Q - Comment faites-vous pour contrôler les éventuelles conséquences de frappes en Syrie ?

R - La France est soumise à des menaces depuis longtemps, et nous avons considéré, avec l'intervention au Mali, que ces menaces étaient sans doute plus importantes... C'est la raison pour laquelle le plan Vigipirate rouge a été renforcé. Et il y a le travail des services de renseignements, dans une très grande coopération, entre les services - français - mais aussi avec les pays européens concernés par des départs de ressortissants en Syrie.

Q - Combien ?

R - Il y a plusieurs centaines d'Européens qui aujourd'hui se trouvent en Syrie, qui en sont revenus, qui veulent y aller.

Q - Et de Français ?

R - Plus d'une centaine de Français ou de résidents en France, 110, 113 sont aujourd'hui en Syrie.

Q - Quand ils reviennent, qu'est-ce que vous faites des personnes ?

R - Nous travaillons avec le renseignement de surveillance. La difficulté, c'est qu'ils vont combattre un régime que nous condamnons nous-mêmes. Beaucoup combattent dans l'armée officielle de l'opposition, d'autres peuvent se retrouver dans des groupes djihadistes qui sont sur des listes d'organisations terroristes.

Q - La menace terroriste a-t-elle augmenté ?

R - Elle n'a pas augmenté au cours de ces dernières semaines, mais cette menace existe, à la fois de la part d'États et d'organisations djihadistes. Nous avons eu des menaces très précises quand nous sommes intervenus au Mali, de la part d'AQMI - Al-Qaida au Maghreb islamique -, et puis nous avons aussi, malheureusement, une menace intérieure, nous l'avons vécu avec les crimes de Mohamed Merah.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 septembre 2013

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