Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RMC le 9 septembre 2013, sur la charte de laïcité à l'école et la réforme des rythmes scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RMC le 9 septembre 2013, sur la charte de laïcité à l'école et la réforme des rythmes scolaires.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

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JEAN-JACQUES BOURDIN
On va évidemment parler, entrer dans la Charte de la laïcité à l’école, mais je voudrais commencer par vous poser une question purement politique, François FILLON était sur EUROPE 1 hier matin, j’ai écouté François FILLON qui nous dit, « en cas de duel PS/ FN, je conseille de voter pour le moins sectaire. » que comprenez-vous ?

VINCENT PEILLON
Je comprends que François FILLON est sorti du cadre traditionnel des désistements et fait une équivalence entre le Parti socialiste, si je comprends bien, et le Front national, il a tort de faire cela. Il a tort pour le pays, il a tort pour son mouvement politique, il est un héritier du gaullisme. Le Parti socialiste est un parti, il le prouve aujourd’hui, il l’a prouvé dans son histoire, qui se maintient absolument dans le cadre républicain, n’exalte pas les haines, ne discrimine pas, ne tient pas de discours qui sont des discours intolérants à l’égard des uns et des autres, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Un allié objectif du Front national », j’ai entendu ça dans la bouche de Luc CHATEL par exemple.

VINCENT PEILLON
On peut trouver toutes les raisons de se démettre d’un certain nombre de principes, mais face à l’histoire on a toujours tort. Il y a, heureusement, à droite, et d’ailleurs il va brutaliser sa formation politique, des gens qui résistent fortement, je pense à Alain JUPPE, je pense à François BAROIN, qui disent « écoutez, ce n’est pas notre tradition, ce ne sont pas nos principes, ce ne sont pas nos valeurs. » Nous avons des désaccords avec la droite, les socialistes, ils ne portent pas justement sur ce cadre commun des principes de la République, et lorsqu’il y a des alternances nous maintenons ces cadres communs et ces valeurs. A laisser entendre qu’il y aurait une équivalence entre le Front national, qui est un parti, vous le savez, xénophobe, c’est un parti qui assume des valeurs qui sont souvent antirépublicaines, et le Parti socialiste, je pense que monsieur FILLON dérape.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, monsieur FILLON dérape. Est-ce que vous ne dérapez pas lorsque vous mettez en place une Charte de la laïcité à l’école, je veux dire par là, est-ce que vous n’êtes pas en train de parler au Front national justement ? est-ce que ce n’est pas fait pour convaincre des électeurs qui seraient attirés par le Front national que vous êtes déterminé à lutter contre l’entrisme de toutes religions au sein de l’école laïque ?

VINCENT PEILLON
Pas du tout. Vous voyez, c’est terrible. D’abord je voudrais préserver l’école de toutes ces querelles médiocres d’adultes. L’école ce doit être un lieu préservé, où, c’est notre tradition d’ailleurs, où les enfants ne sont pas pris en otages, en permanence, par des polémiques que chacun veut alimenter, qui se construisent non pas sur la raison mais sur l’émotion, sur la stigmatisation, sur les raccourcis, et sur l’ignorance bien souvent. C’est le premier rôle. Deuxièmement, c’est comme ça depuis deux siècles, et ça fait la force de la France, si la France est un grand pays c’est parce que la France c’est bien entendu un espace, c’est un droit, c’est une langue, mais c’est une idée, c’est un idéal, c’est des principes. L’article 1 de notre Constitution, c’est quand même ce que l’on a en commun, vous dites nous sommes une République, cette République elle est indivisible, elle est démocratique, elle est sociale, elle est laïque, et c’est la mission de l’école, c’est dans nos textes officiels, je ne le fais que le rappeler, de transmettre ces valeurs à nos enfants, car malgré tout elles relèvent d’une éducation, elles relèvent d’une instruction. Comment saurait-on les choses si on ne nous les enseigne pas ? Et donc l’école enseigne, et là accomplit sa mission. C’est plus grave encore, les enseignants le font déjà assez bien, mais toute la société autour voudrait en permanence polémiquer, intervenir, contredire, et donc c’est aussi une façon de dire aux enseignants on est à vos côtés dans cette tâche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est donc pour défendre l’école républicaine et former les jeunes dans leur réflexion et les aider à se libérer de toutes les influences, que vous mettez en place cette charte ?

VINCENT PEILLON
Et la connaissance de nos principes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la connaissance de nos principes. Alors, Vincent PEILLON, on va entrer dans le détail, mais je voudrais du pratique d’abord. Quand sera-t-elle affichée, aujourd’hui ?

VINCENT PEILLON
Aujourd’hui pour ceux qui… mais dans la semaine, à partir d’aujourd’hui, il faut qu’elle soit affichée dans un lieu visible, il faut que ce soit fait avec, je l’ai demandé, une certaine solennité, ce n’est pas rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une cérémonie ?

VINCENT PEILLON
Chacun choisira quelle est l’occasion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que le directeur de l’établissement doit organiser une petite cérémonie avec tous les élèves ?

VINCENT PEILLON
S’il souhaite le faire, il le fait, en tout cas avec une certaine solennité. Il faut qu’elle soit en même temps expliquée, c’est tout le but que l’on enseigne, et nous avons donc accompagné l’affichage de la charte d’un certain nombre de recommandations pédagogiques, en liant les articles de la charte à des éléments de programmes déjà existants, et en donnant aux enseignants une explicitation des différents articles, absolument objectifs, c'est-à-dire reposant sur le corps commun de droits, déjà sanctionné.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va entrer dans la charte, simplement, au fronton de chaque école le drapeau français, le drapeau de l’Union européenne, puisque nous appartenons à l’Union européenne, la devise de la République, elle est simple, on la connaît, « Liberté Egalité Fraternité », et la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, et à côté de tout cela, la Charte.

VINCENT PEILLON
Absolument. Mais vous savez, je voudrais juste dire une chose, parce que ce n’est pas su, c’est important, par exemple le drapeau européen et le drapeau français, le pavoisement, c’est un amendement parlementaire et c’est voté à l’unanimité des groupes, ce qui est très rare dans notre République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et « La Marseillaise » ?

VINCENT PEILLON
« La Marseillaise », on peut évidemment l’apprendre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L’apprentissage par coeur, obligatoire, non ?

VINCENT PEILLON
Non… elle est déjà inscrite, on peut le faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut.

VINCENT PEILLON
Mais il n’y a pas de raison de ne pas connaître notre hymne national…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains souhaiteraient d’ailleurs qu’on l’apprenne obligatoirement, que ce soit…

VINCENT PEILLON
Mais elle est déjà enseignée, la question qui s’est posée, et qui était amusante dans le débat parlementaire, c’était l’hymne européen, mais il n’a pas de parole, comme vous le savez, c’est une musique, donc ça s’est arrêté là. Vous savez, partager les valeurs, pourquoi je disais les groupes parlementaires à l’unanimité, on peut toujours chercher les polémiques, les valeurs de la République c’est les valeurs communes à tous, sans distinction d’origine, sans distinction de classe, sans distinction d’opinion politique, sans distinction de confession. Si on n’a plus rien en commun, c’est difficile de faire société, la charte elle rappelle uniquement ce qui permet de faire société ensemble parce que ça nous est commun. Et donc, à la fois ça permet la liberté de chacun, et ça protège cette liberté, ça c’est la mission de l’école et elle est rappelée, et je dois dire, vous savez, qu’est-ce qu’ils voient les enfants, ils entendent très souvent que nos valeurs sont agressives, parce qu’elles veulent faire polémique. Pour certains enfants aujourd’hui la laïcité c’est d’abord un interdit, c’est une menace, alors que c’est exactement l’inverse, dans notre tradition la laïcité c’est ce qui va permettre à chacun de construire sa propre liberté dans le respect de celle des autres. Quand il n’y a pas de respect de celle des autres, à un moment, c’est le droit du plus fort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, n’est-ce pas l’Islam qui est visé, parce que les critiques aussi, vous avez entendu ces critiques-là, j’avais Dalil BOUBAKEUR qui était avec moi tout à l’heure sur RMC, qui laissait entendre que l’Islam était visé par cette Charte de la laïcité.

VINCENT PEILLON
Il aurait profondément tort, la laïcité ne s’adresse à aucune religion en particulier puisque précisément elle les met toutes sur un pied d’égalité, mais pas dans la sphère publique. Pour que vous puissiez être musulman, juif, protestant, catholique, ne croire en rien, il faut organiser un espace où on sait se respecter et coexister, c’est un pacte. Qu’est-ce que je dis quand c’est un pacte ? il y a, d’une part, un espace dans lequel nous faisons un effort, c’est l’espace de la neutralité, pour ne pas être là, à faire prosélytisme, et venir imaginer dans l’école défendre ses valeurs religieuses, politiques, économiques, non, il faut préserver, et c’est cette préservation qui permet à côté, c’est ce qu’a fait la laïcité, de vivre en paix. Vous savez que la loi de 1905 c’est une loi de grande paix. Il y a eu en France des guerres de religions, il y a eu des dragonnades, il y a eu des douleurs épouvantables, elles existent ailleurs dans le monde, on sent bien qu’à tout moment elles peuvent resurgir. Si chaque fois on s’adresse à ce qui est particulier, ce qui est agressif, ce qui est belliqueux, là c’est le contraire, c’est le respect de chacun. Donc je ne m’adresse à personne en particulier, je m’adresse à tous, et je m’adresse à tous, j’en ai assez, sans considérer en l’enfant, en l’élève, ni sa classe sociale, ni son origine ethnique, ni son origine géographique. A l’école de la République on ne reçoit pas des petits musulmans, des petits juifs, des petits protestants, des petits agnostiques, on reçoit les élèves de la République sans considération de cette appartenance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Vincent PEILLON, j’ai relevé deux articles moi, j’ai lu attentivement cette charte, article 6, « la laïcité de l’école offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté », elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcherait de faire leur propre choix. Et l’article 13, « nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’école de la République. » Et puis l’article 14, « le port de signes ou tenues par lesquelles les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » Alors je vais vous poser des questions pratiques, on ne sèche pas le cours parce qu’on parle de sexualité, on est bien d’accord ?

VINCENT PEILLON
Le savoir, ce qu’on enseigne dans l’école… obligatoire, il doit être respecté. Il y a une différence, que nous devons d’ailleurs enseigner aux enfants, mais qu’on doit enseigner dans tous métiers, entre le fait et son commentaire, entre le savoir et la croyance, entre la vérité et l’opinion, c’est notre rôle. Ce qui fait que nous sommes des grandes démocraties c’est que nous sommes capables de faire cette distinction, et séparer aussi, vous le savez, le politique du théologique. Et donc, bien entendu, nous avons à préserver cette distinction. Donc personne ne va pouvoir, par rapport au programme officiel, dire « en fonction de mes opinions privées », car chacun peut le faire sur tous sujets, « je ne vais pas aller à tel cours, je vais contester tel enseignement »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les cours sont obligatoires…

VINCENT PEILLON
Les cours sont obligatoires, et personne ne peut contester l’enseignement de nos professeurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour des raisons religieuses…

VINCENT PEILLON
Dès lors qu’ils respectent les programmes et la neutralité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même chose pour le sport ?

VINCENT PEILLON
Mais pour toutes les activités qui sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les filles par exemple, éducation physique et sportive, vous savez que parfois on empêche certains enfants, certaines filles, d’aller pratiquer du sport pour des raisons purement religieuses, vous savez que ça existe ?

VINCENT PEILLON
Bien entendu, et la charte réaffirme aussi ce qui est nos valeurs, qui sont d’ordre constitutionnel, qui est l’égalité filles/ garçons, c'est-à-dire qu’il ne doit y avoir, à l’égard des enseignements de l’école, aucune raison venant d’ordre privé, ce qui ne veut pas dire qu’on ne respecte pas ces croy… mais à l’extérieur de l’école, dans l’école elles ne viennent pas, et elles ne permettent pas de contester des enseignements, ou, dans le fond, de s’abstenir de les suivre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à la cantine pas de repas halal ou kasher ?

VINCENT PEILLON
C’est notre tradition. Il y a toujours eu des accommodements, c'est-à-dire qu’on n’est pas des bruts, on essaye de convaincre, on persuade. Vous savez, je voudrais qu’on comprenne que la laïcité ce n’est pas le gourdin, ce n’est pas l’intolérance, c’est le contraire, ce n’est pas la guerre faite à certains, c’est la paix pour tous, et donc chacun a intérêt à s’y plier, surtout s’il veut garder sa liberté d’opinion, de conscience, c’est ça la laïcité, mais cela suppose qu’un certain nombre relève de l’ordre privé et pas de l’ordre public. C’est cette séparation, qui permet de vivre ensemble, de se respecter, de se protéger les uns les autres, il faut y veiller.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des jeunes femmes qui accompagnent des enfants lors des sorties scolaires peuvent-elles rester voilées ?

VINCENT PEILLON
Cette question est un débat juridique, qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle est votre position ?

VINCENT PEILLON
Mais ma position elle est connue, elle est celle administrative et juridique de l’Education nationale, et en même temps, ce que je dis d’ailleurs, chaque fois que nous sommes obligés d’exclure ou d’interdire, pour un pédagogue, vous savez ce que c’est, c’est un échec. Il faut convaincre au maximum les gens de respecter nos règles et les faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si vous n’arrivez pas à convaincre ?

VINCENT PEILLON
Il y a déjà des choses qui ont été prononcées et qui relèvent… c’est quelques cas. Moi je m’adresse à 12 millions d’enfants, alors évidemment les polémiques elles portent sur trois cas. Des méchants, comme disait PASCAL, vous en trouverez toujours, si c’est eux qu’on met toujours en exemple, quelle éducation on donne à nos enfants ? Moi je ne m’adresse ni à untel, ni à untel, ni à untel, et lorsqu’il y a des gens qui ne respectent pas nos règles, ce qu’il faut que nous fassions, c’est les convaincre que nos règles sont utiles pour eux, c'est-à-dire qu’ils arrivent à se forger leurs propres convictions, que ce que nous faisons est dans leur propre intérêt.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu’il y a beaucoup d’incidents en lien avec la religion, plus qu’avant ou moins qu’avant, dans les établissements scolaires ?

VINCENT PEILLON
C’est très difficile à dire parce que nos statistiques, surtout dans la durée, ne sont pas extraordinaires, mais il n’y en n’a pas tant que ça, et tant qu’on voudrait le faire croire, donc nos remontées sont assez faibles, il y a une préoccupation générale, et il y a, finalement, cette volonté, à l’extérieur, de faire de ce thème, et en fait de tout ce qui se passe mal, où il y aurait violences, le thème premier. Et moi je veux réaffirmer que mon rôle c’est de protéger les enfants et l’école d’un certain nombre de dérives qui sont celles des adultes, un goût en permanence pour l’émotion, pour le fait divers, pour la violence, car l’école est un lieu préservé, les enseignants y font des choses merveilleuses. Beaucoup d’élèves, surtout ceux des milieux les plus défavorisés, sont contents d’y aller. L’école doit permettre à chacun de ces enfants, précisément, de construire son autonomie, de s’arracher, d’une certaine façon, aux pesanteurs qu’il peut y avoir dans la société, et de ce point de vue là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi ne pas réformer la Charte scolaire (sic) qui accentue les phénomènes communautaristes et ethniques ?

VINCENT PEILLON
Il n’y a pas de phénomène ethnique ou communautariste dans l’école.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? C’est ce que disent les directeurs d’établissement, j’ai entendu.

VINCENT PEILLON
Non, non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Leurs représentants dire ça.

VINCENT PEILLON
Très bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réformer la carte scolaire.

VINCENT PEILLON
Non, mais ça c’est ce que nous faisons, donc… Il y a deux sujets. Le sujet c’est qu’une charte ne suffit pas, ceux qui disent ça ont raison, il faut l’accompagner d’un enseignement, c’est ce que nous faisons, souvenez-vous l’année dernière, je rétablis par les programmes la morale laïque, nous donnons aux enseignants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Morale laïque c’est 2015 !

VINCENT PEILLON
Les moyens d’enseigner. Nous travaillons sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura des cours de morale laïque… ?

VINCENT PEILLON
Il y aura des cours d’instruction morale et civique, et le Conseil Supérieur des Programmes, que j’installe à cette rentrée, va, après le rapport que j’avais commandé, traduire cela dans l’ensemble des programmes que nous revoyons. Et puis il y a une deuxième préoccupation qui est juste, c’est peut-être celle que vous vouliez aborder, c’est dire nos valeurs, « Liberté Egalité Fraternité », les gens peuvent, et les enfants, ne plus y croire si l’institution scolaire elle-même ne manifeste pas cela dans ses pratiques, et donc il y a une refondation, comme vous le savez, de l’école, qui vise précisément à mettre tous les moyens pour qu’il y ait davantage de justice et d’autonomie des enfants. Je vous prends des exemples. Le plus de maîtres que de classes, l’accueil des moins de 3 ans, les 7500 postes créés, ça va toujours dans les endroits qui sont aujourd’hui les plus défavorisés, c'est-à-dire zones urbaines sensibles, territoires ruraux abandonnés, et territoires d’Outre-mer. Il y a dans la laïcité, d’ailleurs, un impératif de justice, il y a dans la République un impératif de justice, et donc cela est en cours, la réforme de l’éducation prioritaire et de la carte scolaire est au menu de cette année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il y a un impératif de justice, on est tous d’accord, mais alors comment comprendre que des enseignants fassent grève au lendemain de la rentrée, c’était mercredi dernier, et encore une fois fassent grève demain ?

VINCENT PEILLON
D’abord le droit de grève existe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais mettons-nous à la place des parents, et des enfants, Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Le droit de grève existe, mais vous aurez observé par ailleurs, par exemple pour la rentrée, que les choses se sont bien passées. Tout le monde a annoncé le cataclysme, y compris vos collègues, parce qu’ils le souhaitaient, c’est plus amusant d’annoncer les trains qui ne sont pas à l’heure, c’était titré « La pagaille », et puis quand ça se passe bien, on est presque gêné. Vous savez, il y a beaucoup de choses qu’on a pu faire l’an dernier, dont personne n’a parlé, on a remis en place la formation des enseignants, on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais Vincent PEILLON…

VINCENT PEILLON
Donc, ce que je vous dis c’est que les enseignants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous comprenez qu’on fasse grève 8 jours après être rentré en classe ?

VINCENT PEILLON
Ce que je comprends c’est que les enseignants, dans ce pays, font bien leur travail et qu’ils ont besoin de votre soutien, parce que si on veut, dans une société…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d’accord.

VINCENT PEILLON
Voilà, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d’accord, les parents doivent soutenir les enseignants, mais pas les enseignants qui ne sont pas là pour enseigner à leurs enfants.

VINCENT PEILLON
Et donc l’immense majorité des enseignants font très bien leur travail, et le droit de grève, il faut aussi l’enseigner à nos enfants, c’est un droit qui a été conquis de haute lutte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le regrettez, pas le droit de grève, mais vous regrettez que des enseignants se permettent de faire grève 8 jours après la rentrée ?

VINCENT PEILLON
Je veux que l’école retrouve sa place au coeur de la République, chacun l’a compris. Je dis à tous ceux qui travaillent avec moi, tous les enseignants, j’en suis un à la base, si nous voulons ce respect nous devons être exemplaires, nous devons être une école conquérante, nous devons être une école, c’est ce que nous faisons ce matin, qui affirme ses valeurs, nous devons être une école qui montre aux uns et aux autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais comment être conquérant lorsqu’on est prof, qu’on gagne moins qu’un prof allemand ou qu’un prof… qu’on est mal payé, vous l’avez vous-même dit, ils sont mal payés tous ces enseignants, Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
C’est pour ça que nous avons… vous avez vu cette année, revalorisés nettement les débuts de carrière, remis en place une formation, une année de stage, que nous essayons d’améliorer les conditions de travail, ce sont les premières affectations, ce sont les rapprochements de conjoints, que nous tenons, après des années de discours inverses, un discours qui reconnait la valeur de la transmission des savoirs et du métier qu’est le leur. Le président de la République, qui a fait son premier discours devant le monument Jules FERRY, le président de la République, pour dire « vos valeurs sont les plus importantes », vous croyez que ça ne compte pas ? Ça compte. La preuve en est que nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand on a bac+5 on ne devient pas prof aujourd’hui Vincent PEILLON, on fait autre chose malheureusement, on a une crise des vocations, vous le savez bien…

VINCENT PEILLON
Mais non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des difficultés. Des profs de maths, il vous manque des profs de maths par exemple, vous en avez 3, 4, 500, qui viennent de l’étranger. Vous le savez bien.

VINCENT PEILLON
Comme des internes en médecine, comme des chercheurs et vous savez que cette année nous avons recruté 39% déjà de professeurs en plus, il y en avait besoin puisqu’il n’y a plus, vous le disiez à l’instant, parfois de possibilité d’avoir des remplaçants, d’avoir un certain nombre de professeurs dans les classes. Mais enfin quand vous supprimez 80.000 postes, il ne faut pas vous étonner qu’il n’y ait plus de professeurs devant les élèves. Donc nous avons besoin de recruter les professeurs et nous avons créé les conditions, le concours est maintenant en fin de 4ème année, on a remis en place la professionnalisation, on a même remis en place la promotion républicaine pour des enfants boursiers qui sont en deuxième année d’université, nous leur donnons une somme qui leur permet de poursuivre leurs études pour devenir professeur. Tout ça existe à nouveau en l’espace d’un an.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les traitements seront revalorisés en 2014 ?

VINCENT PEILLON
J’ai accordé, et c’était bien justice et tout le monde était d’accord, aux professeurs des écoles, ceux qui vont accueillir à nouveau les élèves le mercredi matin, une indemnité supplémentaire, nous avons fait le choix de faire des recrutements, de remettre en place la formation, vous savez la formation des enseignants ça coûte 27.000 postes dans ce pays, c’est la priorité budgétaire, personne ne le conteste. Pour autant que nous pouvons améliorer la condition de travail des enseignants, nous le faisons. Maintenant nous sommes dans un système contraint, tout cela va prendre du temps, mais cette considération morale et matérielle, je veux qu’elle soit donnée aux enseignants mais pas simplement par le ministre, par l’ensemble de la société car il y a trop de contradictions. D’un côté on dit c’est le métier le plus essentiel et de l’autre côté on passe sa vie à stigmatiser, se plaindre, critiquer les enseignants. Non, ayons une politique cohérente, les enseignants, l’école, vous savez, la réussite du pays au 21ème siècle, ce sera l’école, ça a toujours été comme ça. Les autres pays l’ont compris, on est dans une économie de la connaissance, on a besoin de mieux former ces citoyens actifs, mais aussi, préparés au travail avec le sens de l’effort, la connaissance des nouvelles technologies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous réfléchissez à donner un peu plus d’autonomie aux établissements ou pas, aux chefs d’établissement ?

VINCENT PEILLON
Aux équipes pédagogiques, aux équipes pédagogiques, il faut changer des aspects de ce métier, il faut travailler ensemble…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par exemple, les équipes pédagogiques, quelle autonomie pourraient-elles obtenir ?

VINCENT PEILLON
Quand vous regardez, c’est la notion même de programme, si vous voulez faire réussir des élèves, vous voyez bien qu’enseigner dans un collège de centre-ville, enseigner dans un collège difficile, ce ne sont pas les mêmes élèves, ce ne sont pas les mêmes méthodes. Donc il faut que les équipes pédagogiques, ce sont ceux qui connaissent le mieux les élèves et une marge d’adaptation, en équipe, pas avec un chef, un patron, il peut y avoir un chef de file, mais pas… il faut qu’ils aient la possibilité d’adapter leurs enseignements à leur public. Mais en maintenant et c’est toute une exigence commune, un cadre commun car ça ne doit pas être non plus une, ici une éducation au rabais et là une meilleure éducation. Donc ça, nous voulons le faire, cela existe déjà un peu et il faut le faire. Vous savez, j’étais dans une école de la Somme cette semaine et chaque fois on voit, quand on laisse cette liberté tellement d’intelligence justement des enseignants sur le terrain. L’accueil des moins de 3 ans, je rentrais dans une classe maternelle, avec des petits donc de moins de 3 ans qui arrivent et le professeur des écoles les avait regroupé avec la moyenne section ce qui est étonnant, pas avec les 3 ans, avec les 4 ans. Je lui ai dit pourquoi. Elle avait déjà fait ça dans la Meuse dans un poste précédent et pédagogiquement, c’est excellent. Voilà, qu’il y ait de la possibilité d’initiative, travailler en inter disciplinaire, du temps pour se former, oui il faut changer l’école.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les rythmes scolaires, vous allez continuer ?

VINCENT PEILLON
Bien sûr, il faut d’abord réussir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous attaquez aux grandes vacances ?

VINCENT PEILLON
Il faut d’abord réussir la réforme vous avez vu que nous avons lancée, il y a eu des résistances, ça n'est pas simple, ça bouscule les habitudes, ça suppose de s’engager pour les enfants, lorsque nous aurons réussi cette réforme cette année, eh bien nous continuerons puisque le temps scolaire français n’est pas bon pour les apprentissages et pour enfants.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 septembre 2013

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