Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la revitalisation industrielle de la Lorraine, à Paris le 17 septembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la revitalisation industrielle de la Lorraine, à Paris le 17 septembre 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Signature d'un Pacte 2014-2016 entre l'Etat et la région Lorraine prévoyant des investissements Etat-région en faveur de projets jugés innovants, à Paris le 17 septembre 2013

ti : Madame la ministre, chère Aurélie,
monsieur le Président du Conseil régional de Lorraine, cher Jean-Pierre Masseret,
messieurs les présidents des Conseils généraux,
mesdames et messieurs les parlementaires,
messieurs les maires de Metz et Nancy,
mesdames, messieurs les élus,
monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental de Lorraine,
mesdames messieurs.


Dans quelques instants Jean-Pierre Masseret et moi-même nous allons signer "le pacte Lorraine 2014-2016". Et nous ne faisons pas, nous n'allons pas faire cet acte fort dans n'importe quel endroit, nous le ferons dans la salle d'à côté qui s'appelle le Salon jaune, et c'est dans ce Salon jaune qu'en 1936 Léon Blum a signé les accords de Matignon. Mais c'est aussi dans ce Salon jaune que en 1988 Michel Rocard a signé les accords de Matignon pour la Nouvelle Calédonie, donc c'est un lieu chargé d'histoire. Et c'est donc un symbole fort. Ce symbole fort, cher Jean-Pierre, nous y tenions. Et le discours que je viens d'entendre du président du Conseil régional de la région Lorraine montre à quel point ce que nous allons faire, ce que nous allons engager, a du sens, a de la portée pour l'avenir.

Je suis heureux, mesdames et messieurs de partager avec vous, vous qui représentez le territoire lorrain, cette ambition et cette mobilisation nouvelle. C'est effectivement un évènement parce que ça fait trente ans que la Lorraine n'a pas connu d'action aussi forte, en tout cas d'engagement coordonné de la puissance publique en matière de développement économique. La dernière fois qu'un projet aussi structuré a été lancé, c'était en 1984, avec le plan Chérèque. Beaucoup s'en souviennent. Et cette initiative a marqué les esprits.

Il a permis à la Lorraine, qui avait tant souffert et subi des mutations si douloureuses, plus encore que d'autres régions, de rebondir et de reprendre sa marche en avant.

Cette première étape a permis de moderniser en profondeur l'appareil industriel lorrain, d'accroitre la capacité d'innovation des entreprises régionales, de les orienter vers des secteurs à fort potentiel. C'est cet effort, cette mobilisation qui ont permis à la Lorraine d'affronter les défis de la compétition européenne et internationale, et c'est cette ambition que nous voulons à nouveau porter ensemble aujourd'hui.

Rien n'est jamais fini dans un monde en pleine mutation, ce n'est pas seulement une crise que nous vivons, c'est un changement profond et qui nous conduit à nous adapter sans cesse pour ne pas subir. Et c'est ce que vous avez voulu. Et ce qui a changé aussi peut-être c'est la méthode. L'Etat n'a plus le monopole de l'action publique et le pacte que nous signons aujourd'hui c'est aussi une reconnaissance du rôle et de l'expérience acquise par les acteurs locaux et les partenaires sociaux en matière économique. L'Etat n'est pas venu imposer son schéma, les projets sélectionnés viennent de nos partenaires locaux, viennent de vous-mêmes et c'est cette démarche qu'il s'agit d'accompagner.

C'est l'objectif du "Pacte Lorraine". C'est vrai qu'on mesure là maintenant toutes les conséquences d'une décentralisation qui a pris toute sa place, qui permet aux responsables élus des territoires et en particulier des régions mais aussi des départements, des grandes villes, de jouer pleinement leur rôle. Et d'ailleurs je le dis souvent, sans un partenariat accru entre l'Etat et les collectivités territoriales, bien des politiques que le gouvernement veut conduire, ne pourront pas se mettre en œuvre. C'est vrai des transports, c'est vrai du logement, c'est vrai de l'éducation, c'est vrai de la recherche, c'est vrai du développement économique, et là nous y sommes. Nous y sommes à travers un engagement concret et ambitieux que nous allons prendre ensemble. Et je voudrais monsieur le Préfet de région, Nacer Meddah, vous remercier chaleureusement parce que vous avez été un des acteurs au nom de l'Etat, vous avez été le représentant de l'Etat pour réussir cette négociation avec vous monsieur le président de la région.

C'est vrai que ça a demandé un gros travail. D'abord de diagnostic, des points forts, des faiblesses mais aussi de tout ce que nous pouvons mettre en mouvement, et ça a demandé un effort de mobilisation de tous les services. Services de la région, services de l'Etat, mais aussi de tous les acteurs économiques locaux pour élaborer ensemble cette feuille de route ambitieuse.

Je voudrais tout particulièrement également remercier Roger Cayzelle, le président du Conseil économique, social et environnemental de Lorraine. Votre apport a été très précieux et tous les membres de votre conseil. Je tiens à saluer la manière dont les uns et les autres ont apporté leur concours à la réalisation de ce pacte.

Ce "Pacte Lorraine" va permettre de sélectionner au cours des trois prochaines années des projets exemplaires pour la région, et surtout porteur d'avenir. Les atouts et la richesse du territoire lorrains, monsieur le président, vous l'avez rappelé, ils sont une force. D'abord la localisation géographique au cœur de la grande région ; le lien particulier que vous avez avec les pays voisins et notamment avec l'Allemagne ; une identité industrielle ; une vraie culture de l'industrie et qui reste forte, et dont les Lorrains sont fiers, et à juste titre, mais aussi un potentiel scientifique et de recherche de très haut niveau. Un tissu de PME particulièrement riche soutenu par des grands groupes industriels, et surtout l'envie profonde des Lorrains de ne pas subir et de reprendre leur destin en main. Ca c'est la réalité de la Lorraine. Et l'anecdote que vous avez racontée il y a quelques instants monsieur le président, elle ne me surprend pas. Mais elle ne vaut pas que pour la Lorraine. Moi qui me déplace beaucoup en France, dans les territoires, je suis surpris à quel point on a une vision presque étroite de Paris, de la France. Il faut se déplacer, il faut aller voir mais on voit des souffrances, on voit des difficultés, mais on voit beaucoup d'énergie, on voit beaucoup d'initiatives, on voit beaucoup de réussites. Il faut en parler. Et vous avez eu raison de le dire, parce qu'effectivement si on reste enfermé dans, je dirais les frontières « du périphérique parisien », je ne parle pas seulement sur le plan matériel, mais aussi sur le plan de l'image, je crois qu'on ne comprendra pas la France dans ses profondeurs et dans ses mutations, et dans ce qu'elle est capable d'affronter, parce que nous sommes, et vous, vous êtes d'une région dont l'histoire se confond avec celle de la France, et peut-être encore plus que d'autres vous sentez ce qu'il y a de particulier à notre pays, et sa volonté d'être à nouveau une grande nation qui pèse, qui joue son rôle, et qui soit respectée. Elle l'est sur le plan politique, elle l'est sur le plan militaire, on l'a vu avec la décision du président de la République d'intervenir au Mali, mais il faut que nous fassions à nouveau la démonstration que nous sommes aussi une grande puissance économique, deuxième puissance économique d'Europe, et qui peut jouer à nouveau un rôle leader, mais à condition d'être capable de faire les bons choix, de prendre les bonnes décisions, mais aussi, surtout, et c'est fondamental, de mobiliser toutes ses forces, toutes ses forces vives, et c'est le sens-même de la démarche que nous avons décidé d'entreprendre ensemble.

Ce que nous faisons-là s'inscrit dans la droite logique du Pacte pour la compétitivité, la croissance et l'emploi, que j'avais annoncé en novembre 2012 à la suite du rapport que m'avait remis Louis Gallois, qui avec ses 35 mesures, que parfois on limite trop à la question du coût du travail à travers le CICE, mais qui compte, qui redonne de la marge aux entreprises, mais 34 autres mesures qui vont justement permettre de valoriser les atouts, de mettre en synergie, de mobiliser les nouveaux relais de croissance, pour permettre à la France, et en l'occurrence à la Lorraine, de relever ces nouveaux défis.

Bien sûr vous avez évoqué le contrat de plan, j'ai relancé la procédure des contrats de plan. La semaine dernière après avoir écrit aux préfets de région, aux présidents des Conseils Régionaux, j'ai réuni les 27 présidents de région, nous avons ensemble parlé de la méthode, nous avons parlé du calendrier. L'objectif c'est, avant l'été 2014, de signer ce contrat, dans chaque région, en avançant plus vite peut-être sur la partie mobilité si les régions en sont d'accord. Mais, ce qui est sûr, c'est qu'il faudra se concentrer sur les priorités, et les priorités c'est d'abord retrouver les dynamiques de croissance, retrouver des dynamiques de créations d'emplois, et c'est l'enjeu principal, mais en faisant les choix essentiels, et je pense en particulier dans la question de la transition écologique et énergétique, du choix de soutenir l'enseignement supérieur et la recherche, de favoriser les filières d'avenir, de diffuser des technologies et des usages numériques, et de mobilité multimodale, ça sera donc au cœur des futurs contrats de plan, et le Pacte Lorraine va appuyer cette stratégie en aidant les acteurs locaux, sans attendre, à structurer leurs projets, puis en cofinançant, à parité, les plus prometteurs pour la création d'activités et les emplois. Trois axes principaux vont donc guider la mise en œuvre de ce Pacte.

Le premier consistera à consolider et spécialiser le tissu de recherche locale autour d'une grande technopole Lorraine des matériaux et de l'énergie, rassemblant les industriels des plateformes technologiques, l'université, les grandes écoles. C'est l'enjeu de la constitution d'une vallée de l'énergie et des matériaux. L'arrivée prochaine d'une quatrième plateforme CEA Tech, et dont on connaît l'efficacité à Grenoble, qui s'est ouverte également à Nantes, à Toulouse, à Bordeaux, viendra par exemple compléter l'action menée par l'Institut de recherche technologique matériaux, métallurgie, procédés, à Metz, ces deux structures devront travailler étroitement l'une avec l'autre, chacune dans son domaine de spécialité, sans se faire concurrence, et l'Etat veillera étroitement à ce que les financements apportés bénéficient exclusivement au territoire lorrain et à ses entreprises.

Le second axe c'est le développement des filières à fort potentiel, à travers quelques projets très concrets, c'est la logique du Pacte de compétitivité, que je viens d'évoquer, celle du plan "Investir pour la France", celle du nouveau programme des investissements d'avenir, que j'ai annoncé en juillet, celle des défis industriels lancés par le président de la République la semaine dernière. Par exemple valoriser la filière bois, stimuler l'innovation dans l'agroalimentaire, accélérer la couverture en très haut débit de toute la région Lorraine, développer l'e-santé, la Silver économie, autant de thématiques pour lesquelles les acteurs locaux sont prêts à formuler des propositions concrètes comme l'atteste le travail conduit par Nacer Meddah et le conseil régional.

Enfin le dernier axe, c'est celui de l'attractivité du territoire, de l'amélioration de la qualité de vie de ses habitants. Je sais le travail qui est fait par toutes les collectivités locales. Les collectivités locales et l'Etat doivent continuer à travailler ensemble, bien entendu la question de la mobilité, mais c'est vrai la LGV Est, qui est en cours d'achèvement, ou l'exploitation de nombreuses voies fluviales, y contribuent fortement, la question de la mobilité est essentielle, elle change beaucoup de choses, elle change aussi la perception, nous en avons parlé.

Et puis je dois dire aussi, chère Aurélie, que je sais que Madame la ministre de la Culture va prendre des décisions, mais elle les annoncera elle-même, qui vont renforcer encore ce que le Centre Pompidou à Metz a rapporté à cette ville et à cette région, mais aussi en termes d'image, de perception, mais aussi en déclenchement d'autres initiatives, parce que la culture ce n'est pas quelque chose en plus, c'est au cœur-même du projet, parce que ça permet aussi non seulement l'accès aux œuvres, ça permet aussi la création, ça permet l'innovation, ça permet la rencontre et la dimension économique de la culture. Vous le savez bien, elle n'est pas étrangère au dynamisme d'un territoire, en tout cas mon expérience m'a convaincu que c'était un vrai levier de croissance, de cohésion sociale, mais aussi de fierté, et vous avez raison d'être fiers, pas seulement du Centre Pompidou de Metz, mais d'être fiers de la Lorraine.

J'ai évoqué la transition énergétique, qui est aussi au cœur de ce Pacte, je n'y reviens pas davantage, mais il faudra de la rigueur dans la mise en œuvre, l'investissement de l'Etat et de la Région sera sélectif, il sera ciblé, il sera choisi en faveur des projets les plus porteurs d'avenir pour la Lorraine, et ça je crois que tout le monde est d'accord sur la méthode pour faire les bons choix. Pour la mise en œuvre de ce Pacte j'ai une exigence, c'est que les projets soutenus parlent aussi aux Lorrains, qu'ils leur bénéficient directement, que cela puisse entraîner la mobilisation la plus large possible, et surtout que les Lorrains en soient les principaux acteurs. L'Etat et la Région sont prêts à mobiliser jusqu'à 300 millions d'euros, à parité, pour la mise en œuvre de ce Pacte, pour les trois prochaines années. Ces moyens s'appuieront sur des porteurs de projets motivés, engagés, et nous miserons aussi sur un effet de levier maximal, évidemment avec les financements privés, les financements bien sûr de la Banque Publique d'Investissement, mais tout cela pourrait très rapidement, avec l'effet de levier, provoquer un effort d'1,5 milliard d'euros, c'est tout à fait accessible à court terme.

Voilà mesdames, messieurs, voilà Monsieur le Président, Monsieur le Préfet, voilà l'objectif de ce Plan Lorraine, que je suis heureux de signer maintenant avec Jean-Pierre Masseret, il constitue assurément une réelle innovation, dans le partenariat entre l'Etat et la Région, il traduit nos orientations communes, au service du redressement, il ne tient qu'à nous d'ouvrir une nouvelle page dans la si longue histoire économique et sociale de la Lorraine. L'industrie a fait la force de la Lorraine, sa richesse, elle en a fait, dans l'histoire, un des fers de lance de la croissance française, et c'est cette prodigieuse vitalité qui a été ébranlée par les mutations économiques et la compétition internationale. J'en mesure les souffrances, humaines, pour les familles, pour les travailleurs, le découragement que cela a pu provoquer pour les jeunes générations, mais en même temps, avec le regard attentif qui convient, on voit où est l'énergie, on voit où sont les capacités, elles sont chez les Lorrains eux-mêmes. c'est cette force qu'il nous faut retrouver, qu'il nous faut mobiliser, en jouant aussi la carte de l'innovation, la carte de l'avant-garde, car quand on a en soi la culture de l'industrie, on sait bien qu'il n'y a pas d'industrie durable s'il n'y a pas d'investissement, s'il n'y a pas d'innovation. Quand je discute avec les travailleurs, les ouvriers, les techniciens, les ingénieurs des entreprises, et qu'ils me disent "ça fait des années qu'on voit que l'entreprise n'investit plus, donc comme on connaît bien notre métier on sait qu'on va vers le déclin et que l'entreprise finira par fermer", mais quand c'est le contraire, lorsqu'il y a un effort qui est fait, alors il y a aussi une fierté partagée, il y a une envie d'y contribuer, d'améliorer encore davantage la performance économique en apportant son savoir-faire, d'où aussi l'enjeu, extrêmement fort, de la formation, l'école bien entendu, l'université, mais aussi la formation professionnelle et permanente. Vous avez cette compétence Monsieur le Président. Nous avons l'ambition, que nous partageons, d'aller beaucoup plus loin.

Je remercie d'ailleurs les régions d'avoir accepté, après la Conférence sociale de juin dernier, d'avoir, avec l'Etat, élaboré un inventaire, région par région, des emplois non pourvus pour atteindre cet objectif des 30 000 contrats de qualification pour permettre justement à des personnes éloignées de l'emploi de pouvoir répondre à ces offres non pourvues. Ce travail vous avez commencé à le faire, et nous irons plus loin avec la négociation entre les partenaires sociaux qui, j'espère, aboutira avant la fin de l'année, pour déboucher sur un projet de loi qui rénovera notre système de formation professionnelle et d'orientation, qui associera à la fois, je dirais les régions, mais aussi les entreprises, mais aussi l'Education nationale, à des schémas de formation, qui tiendront compte des réalités et des besoins, et qui redonneront là aussi l'espoir et la confiance.

C'est donc dans cette perspective que nous allons signer ce contrat qui dépendra de notre capacité à le mettre en œuvre, de nous rassembler, de vous rassembler, de bâtir une nouvelle étape de l'histoire de la Lorraine, mais je dirais aussi de la France. Comme je vous le disais, les histoires sont tellement liées et tellement mêlées, que bien sûr la Lorraine attend de la France, attend de l'Etat, mais je dois vous dire aussi que la France a besoin de la Lorraine.


Merci.


Source http://www.gouvernement.fr, le 18 septembre 2013

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