Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec Canal Plus le 18 septembre 2013, sur les otages français. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec Canal Plus le 18 septembre 2013, sur les otages français.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Vous avez reçu cet après-midi les familles des otages. Nous sommes allés recueillir la réaction de Françoise Larribe. «Des questionnements sans réponse», c'est parce que vous ne pouvez rien lui dire ou vous n'avez rien à lui dire ?

R - J'ai reçu effectivement les familles et je comprends tout à fait leur situation, qui est effrayante. Cela fait maintenant trois ans que leurs proches ont été enlevés. Il y a eu des phases où on avait de l'espérance et des phases de recul. Ce qu'on a pu leur dire et c'est l'essentiel, c'est que les otages sont en vie. Il y a des discussions qui sont engagées avec les preneurs d'otages. Mais pour le moment, ces discussions...

Q - Mais elle a l'air de dire «on ne sait rien, on ne sait même pas si cela avance» !

R - Je leur ai dit ce que je devais leur dire : où nous pensions qu'ils étaient, comment se menait la discussion, mais la seule chose qui importe pour eux - et je le comprends parfaitement -, c'est : quand vont-ils être libérés ? Ils seront libérés, vraiment, tous les services de l'État sont mobilisés, mais on a affaire en face de nous à des ravisseurs épouvantables.

Q - La position de François Hollande, on ne paye plus pour récupérer les otages, vous pensez que c'est une bonne stratégie ?

R - Je pense que c'est la seule position que l'on peut prendre moralement. Je vais vous expliquer pourquoi. Aujourd'hui, je ne parle pas de ce cas particulier, mais en général, les rançons qui sont demandées pour les prises d'otages sont de plusieurs dizaines de millions d'euros par otage. Si un État paye, à qui paye-t-il ? Il paye aux ravisseurs qui eux-mêmes - c'est les gens d'Al-Qaïda - utilisent cet argent pour s'armer contre nous et pour prendre d'autres otages. Si nous entrons dans ce mécanisme, cela veut dire que nous exposons la totalité des Français qui sont à l'étranger. Donc, l'immense difficulté, c'est qu'il faut à la fois essayer de libérer les otages et ne pas céder aux ravisseurs. Sinon, nous exposons la totalité des Français. On l'a fait : vous vous rappelez, par exemple, la famille Moulin-Fournier ; nous avons pu la sortir de là où elle était, entre le Cameroun et le Nigeria. En même temps, je comprends parfaitement la réaction des familles, des proches, qui disent «la seule chose qui nous importe, c'est qu'on nous les rende !»

(...).


source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 septembre 2013

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