Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à France Inter le 19 septembre 2013, sur les chiffres de la délinquance, le projet de réforme pénale et le démantèlement des campements Roms. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à France Inter le 19 septembre 2013, sur les chiffres de la délinquance, le projet de réforme pénale et le démantèlement des campements Roms.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : PATRICK COHEN
Vous pouvez nous aider à trancher entre François HOLLANDE et Jean-Marc AYRAULT ?

MANUEL VALLS
Pourquoi vous voulez les opposer ?

PATRICK COHEN
La pause fiscale, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

MANUEL VALLS
La pause fiscale est un objectif, je crois qu'il faut être honnête. Il y a des choix qui ont été faits, notamment concernant la TVA, qui va augmenter au 1er janvier, moins de ce qui avait été prévu par la droite, mais qui va augmenter, parce qu'il faut financer les aides aux entreprises, mais le président de la République l'a dit, il faut, avec ce que les Français ont connu comme hausses des impôts au cours de ces dernières années, et notamment avec la droite, oui, il faut aller vers cette pause fiscale.

PATRICK COHEN
Le président de la République n'a pas dit « il faut », il a dit « il y aura, l'an prochain. »

MANUEL VALLS
Il y aura pause fiscale, nous sommes dans un débat sémantique. Il ne faut pas mentir aux Français, les prélèvements obligatoires ont monté, les choix qui ont été faits par la gauche ont considéré que chacun participe de l'effort de redressement, mais il y aura cette pause fiscale.

PATRICK COHEN
Et la pause dans les pataquès au gouvernement, c'est pour quand ?

MANUEL VALLS
Oui, mais là vous êtes en train de m'interroger sur des sujets qui ne me concernent pas, moi je suis concentré sur mon action, ma mission, protéger les Français.

PATRICK COHEN
Elle concerne beaucoup de Français. Un autre sujet qui préoccupe beaucoup de Français, l'insécurité. Manuel VALLS, la montée de l'insécurité, est-ce que c'est un sentiment, c'est une réalité, ou c'est une invention de l'opposition ?

MANUEL VALLS
Non, c'est une réalité. Depuis que je me suis installé Place Beauvau, j'ai toujours dit qu'il fallait regarder avec beaucoup de lucidité les chiffres de la délinquance, qui ont été maquillés pendant des années, depuis 2004, 130 000 faits d'insécurité, de délinquance, ont disparu des statistiques, et je souhaite moi un outil statistique totalement indépendant, qui dise la vérité sur la violence de notre société. Le sentiment d'insécurité a augmenté entre 2007 et 2012, et il est toujours présent. Pourquoi ? Parce que notamment il y a une augmentation significative des cambriolages, il y a eu une explosion des cambriolages, en zone urbaine, dans les villes, mais aussi dans les campagnes. C'est souvent dû, d'ailleurs, à des groupes, à des réseaux, qui viennent d'Europe de l'Est, des Balkans, que nous sommes en train de démanteler, mais qui sèment – utilisons des mots qui frappent – la terreur, qui font peur, dans des départements ruraux où les gens avaient l'habitude de laisser la clé sur la porte ou sous une pierre, c'est des départements qui ne connaissaient pas la délinquance, dans le Cantal, dans la Creuse, dans l'Aveyron, dans l'Ariège, il y a, depuis quelques années, ces groupes. Et donc, le travail de la police, et de la gendarmerie, est concentré sur ces réseaux. Donc il y a une réalité, il y a une réalité et un sentiment d'insécurité qui a augmenté.

PATRICK COHEN
Vous parlez des cambriolages, Manuel VALLS, est-ce que, comme le titrait LE FIGARO la semaine dernière, tous vos indicateurs sont en hausse ?

MANUEL VALLS
Non, il y a évidemment, heureusement, grâce aux mesures que nous avons prises, augmentation des effectifs de police et de gendarmerie. Je veux rappeler qu'au cours du quinquennat précédent 13 700 postes de policiers et de gendarmes ont été supprimés, nous avons mis fin à cette hémorragie, nous remplaçons les départs à la retraite, et nous allons créer tous les ans 400 à 500 postes supplémentaires de policiers, de gendarmes. Et puis nous avons créé, dans les territoires urbains, ou ruraux, ou sous responsabilité de la gendarmerie, les Zones de Sécurité Prioritaires, qui visent à s'attaquer là où la délinquance, à travers les trafics de drogue, ou d'armes, les violences sur les personnes, est la plus enracinée, et dans ces Zones de Sécurité Prioritaires, la délinquance est très fortement en baisse. Je pense à ce qui se passe à Amiens, en Seine-Saint-Denis, à Grenoble, il faut continuer, parce que la réalité que vivent les gens est souvent extrêmement difficile. Donc il faut poursuivre ce travail, donc vous voyez il y a aussi des indicateurs à la baisse. Mais ce n'est pas en quelques mois, face à une société très violente, face à la violence sur les personnes, je pense notamment à la violence qui est faite aux femmes, aux jeunes, aux personnes isolées, qu'on peut inverser des courbes qui sont particulièrement préoccupantes.

PATRICK COHEN
Mais dans les mois à venir, Manuel VALLS, et malgré tous vos discours de fermeté, vous allez entendre l'UMP faire campagne contre la future loi TAUBIRA qui conduirait, c'est ce que dit Jean-François COPE, à des remises en liberté massives de délinquants. Ce n'est pas vrai ?

MANUEL VALLS
Je ne tiens pas uniquement des discours de fermeté, nous agissons, et c'est ça l'essentiel. La réforme pénale vise à mieux prévenir, et à mieux punir, en luttant notamment contre la récidive. Je veux rappeler…

PATRICK COHEN
Elle ne va pas vider les prisons ?

MANUEL VALLS
Non, bien évidemment, et d'ailleurs nous avons durci la loi DATI, la loi pénitentiaire qui avait été votée au cours du quinquennat de Nicolas SARKOZY, qui était totalement laxiste sur un point. Avant toutes les peines allant jusqu'à 2 ans donnaient lieu à un aménagement, le gouvernement réduit, dans le texte qui sera présenté par la garde des Sceaux, cette possibilité à 1 an en général, et à 6 mois pour les récidivistes. Mais je veux cependant rappeler que la loi TAUBIRA, qu'on soit pour ou qu'on soit contre, ne s'applique pas encore, n'est même pas passée encore en Conseil des ministres, et la récidive, pourtant, a explosé au cours de ces derniers…

PATRICK COHEN
La droite… un signal aux délinquants.

MANUEL VALLS
Ce qui compte c'est la réalité des faits, la récidive a explosé au cours de ces dernières années, l'affaire de Nice en est, d'une certaine manière, une démonstration. L'individu qui a été tué par le bijoutier avait commis 14 faits qui avaient fait l'objet d'une sanction, d'une condamnation. Que je sache, la loi TAUBIRA ne s'appliquait pas. Ce que moi je souhaite, et je ne suis pas naïf pourtant, c'est que sur ces questions de sécurité et de justice, nous trouvions la force, les uns et les autres, je parle des responsables politiques, pour se rassembler. Ce sont les Français qui souffrent de l'insécurité, de la délinquance, de la récidive. Il est grand temps que l'opposition, qui a gouverné pendant 10 ans, qui a été en échec sur les questions de sécurité, augmentation de la violence chez les personnes de près de 30% pendant ces 10 dernières années, avec la récidive…

PATRICK COHEN
Ce n'est pas en l'accusant comme ça que vous allez rassembler, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Non, oui mais il faut rappeler les faits. Moi je ne suis pas dans la polémique, elle ne m'intéresse pas, vous rappelez uniquement, Patrick COHEN, quels sont les propos de l'opposition, qui veut faire une nouvelle fois de la question de la sécurité ou de la justice un sujet de polémique, eh bien moi j'en appelle au rassemblement.

PATRICK COHEN
Alors, je vais vous citer d'autres propos.

MANUEL VALLS
Quand vous discutez avec les maires, de droite ou de gauche, ils mettent en place les mêmes politiques de prévention, de vidéoprotection, de police municipale, de partenariat avec la police et la gendarmerie, eh bien, bon sang, pour une fois, si dans ce pays chacun pouvait prendre ses responsabilités et travailler ensemble, comme nous le faisons. Quand je vais à Nice, je travaille avec le maire de Nice, nous travaillons bien sur le terrain, quand il est à l'Assemblée il tient un discours caricatural sur madame TAUBIRA, ça n'a pas de sens…

PATRICK COHEN
C'est vrai à Marseille aussi ?

MANUEL VALLS
Ça peut être vrai aussi à Marseille, ça peut être vrai ailleurs, ce que je veux dire par là c'est que c'est ça qui crée une crise de confiance entre les responsables politiques et le peuple.

PATRICK COHEN
Des propos je vais vous en citer d'autres, à propos des Roms. « Les Roms harcèlent les Parisiens » affirme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, qui voudrait rétablir, à Paris, des arrêtés anti-mendicité agressive. Elle a raison ?

MANUEL VALLS
Il faut faire toujours attention à la stigmatisation quand on désigne une population dans son ensemble. Il y a des problèmes, bien sûr, et je ne le nierai pas, et notamment avec les populations issues des campements Roms, et souvent, d'ailleurs, des mineurs, et très jeunes, et donc il faut non seulement appliquer la loi avec beaucoup de fermeté, et agir avec beaucoup de force. Ce que nous avons fait cet été, pour faire reculer la délinquance, par exemple sur les lieux touristiques, au Louvre, au Trocadéro, à la Tour Eiffel – je parle évidemment, vous m'avez compris, de Paris – mais nous menons ces actions aussi dans toutes les grandes villes, vise précisément à faire reculer cette délinquance. Les démantèlements de campements Roms, qui sont en train de se terminer par exemple en Seine-Saint-Denis, plus les expulsions, les retours en Roumanie, en Bulgarie, participent de cette politique.

PATRICK COHEN
Démantèlements de campements, mais les familles vont s'installer ailleurs, non loin des campements démantelés.

MANUEL VALLS
Oui, mais… regardez. Nous venons de démanteler l'un des campements les plus difficiles…

PATRICK COHEN
Dans la métropole lilloise.

MANUEL VALLS
Qui était au coeur même de la ville de Lille, à la demande de Martine AUBRY, eh bien il y aura un avion qui va ramener ces populations, parce qu'elles ont vocation à revenir dans leur pays…

PATRICK COHEN
Combien ?

MANUEL VALLS
Une centaine, c'est déjà beaucoup.

PATRICK COHEN
Une centaine de reconduite à la frontière ?

MANUEL VALLS
Oui, mais…

PATRICK COHEN
Trois mille Roms toujours installés dans une quarantaine de campements de la métropole lilloise.

MANUEL VALLS
Non, non, c'est beaucoup moins, nous en avons démantelés, et puis nous avons surtout mis fin à l'effet pervers de l'aide au retour, qui au lieu de limiter les allées et venues entre la Roumanie et la France, les multipliaient. Là aussi c'est un sujet difficile.

PATRICK COHEN
Là-dessus, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
On m'a souvent beaucoup accusé de mener une politique très dure à l'égard de ces populations en démantelant des campements Roms, ce qui était insupportable ce sont ces bidonvilles, les conditions de sécurité, les conditions sanitaires dans lesquelles ces personnes vivaient, et notamment, souvent, en face de quartiers populaires, où il y a déjà des gens en très grande difficulté. Eh bien, il faut nommer les choses, quand il y a des problèmes… mais jamais en stigmatisant, jamais en jetant les uns contre les autres, les Français contre les étrangers, les citoyens contre les Roms. Il faut une politique de fermeté, respectueuse des personnes, et des valeurs de notre pays…

PATRICK COHEN
Quel sera l'effet de l'entrée de la Roumanie dans l'espace Schengen au 1er janvier prochain ? Marine LE PEN explique dans chacune de ses interventions que les Roms seront, alors, inexcusables, qu'ils seront chez eux en France.

MANUEL VALLS
Mais Marine LE PEN est incompétente, et pourtant elle est députée européenne. Aujourd'hui il n'y a pas de décision prise quant à l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace Schengen, et comme ministre de l'Intérieur, siégeant au Conseil des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, je suis évidemment plus que réservé sur l'ouverture, aujourd'hui, de ces frontières, tant que la Roumanie et la Bulgarie n'ont pas accompli un certain nombre d'efforts.

PATRICK COHEN
Donc ça ne se fera pas ?

MANUEL VALLS
Ce n'est pas aujourd'hui à l'ordre du jour, et je vous le dis très clairement.

PATRICK COHEN
Ça risque de se faire, ça risque d'avoir lieu ?

MANUEL VALLS
Mais pas là, pas au 1er janvier, tant qu'il n'y a pas les mesures, qui ont été prises, pour garantir la sécurité des autres pays et des autres citoyens. Vous savez, nous le voyons pas bien par exemple sur un autre dossier, qui est le problème lié à l'asile et au détournement du droit d'asile, il y a des villes qui sont confrontées à ces problèmes, à la fois liés aux populations Roms, aux déboutés du droit d'asile, aux sans papier, je pense à ce qui se passe aujourd'hui au coeur de Lyon, et avec le maire de Lyon, Gérard COLLOMB, nous voulons mener une action très forte parce que c'est insupportable pour les populations, on rajoute de la misère à la misère, de la pauvreté à la pauvreté, on risque de la confrontation. A Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon, ce sont les élus de gauche, c'est la population de ces quartiers populaires, qui ont demandé qu'on démantèle un campement de Roms. Donc, il faut poursuivre ce travail, et en lien évidemment avec l'Union européenne, et avec la Roumanie, qui fait des efforts, mais ces efforts doivent se poursuivre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2013

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