Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à France Inter le 24 septembre 2013, sur l'évacuation du campement de Roms de la rue de Carvin (Lille-Sud), l'intégration des Roms dans la société française et l'entrée éventuelle de la Roumanie dans l'espace Schengen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à France Inter le 24 septembre 2013, sur l'évacuation du campement de Roms de la rue de Carvin (Lille-Sud), l'intégration des Roms dans la société française et l'entrée éventuelle de la Roumanie dans l'espace Schengen.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : PATRICK COHEN
Gérard VIGNOBLE, le maire de Wasquehal, dans la métropole lilloise. Le ministre de l'Intérieur va vous répondre, il est en ligne avec nous. Que dites-vous à cet élu local qui parle de situations délétères et inextricables dans sa région ?

MANUEL VALLS
D'abord que j'entends son message, je connais Gérard VIGNOBLE, et je sais qu'il vit et que beaucoup d'élus vivent des situations particulièrement difficiles. Et c'est pour cela que nous avons décidé l'évacuation du campement de Carvin, en plein coeur de Lille, qui était l'un des plus importants de la métropole lilloise. Et qu'à partir de là, il faut effectivement trouver des solutions. Et ces solutions passent notamment par des reconduites à la frontière…

PATRICK COHEN
Il vous dit, là, pour le démantèlement des camps que le problème se déplace de ville en ville. Que vous ne faites que déplacer le problème ?

MANUEL VALLS
Non. C'est vrai que c'est un problème difficile et que la situation des populations d'origine rom et non seulement très préoccupante, mais extrêmement complexe et qu'elle nécessite des décisions au niveau européen comme au niveau national. Mais depuis que je suis ministre, j'ai décidé le démantèlement de ces véritables bidonvilles qui représentent à la fois un danger pour les populations elles-mêmes, pour les populations d'origine rom. Mais aussi évidemment pour les habitants des quartiers populaires. Parce que ces campements sont souvent installés en face de ces campements. Donc il n'y a pas d'autre solution que de démanteler, ces campements progressivement et de reconduire à la frontière. Il y a évidemment des solutions d'intégrations, elles sont par exemple menées y compris dans la métropole lilloise.

PATRICK COHEN
C'était le sens de votre circulaire, c'était le sens de la circulaire que vous aviez prise en août 2012, qu'on a appelé la « circulaire Valls » les préfets étaient invités à opérer des diagnostics, à relancer des politiques d'intégration. Ça ne s'est pas fait partout, Manuel VALLS ? Il n'y a pas eu ces opérations de vérifier, de vérification qu'il y avait des projets de vie auprès des familles rom.

MANUEL VALLS
Les diagnostics sociaux sont menés, il faut ensuite trouver effectivement des communes qui peuvent accueillir des villages d'insertion. Et de toute façon ces villages d'insertion, il y a des expérimentations qui ont été menées à Montreuil, vous recevrez dans un instant Dominique VOYNET, mais aussi dans la métropole lilloise, mais elle ne concerne que quelques familles. C'est illusoire de penser qu'on règle le problème des populations rom à travers uniquement l'insertion. Et donc cela passe par des reconduites à la frontière, cela a passé aussi par la fin de cette aide au retour qui a créé un véritable appel d'air, nous y avons mis fin, en lien notamment avec les associations et les autorités roumaines. Et je constate aujourd'hui, qu'il n'y a plus cet appel d'air et que les populations d'origine rom, ne viennent plus en France, parce qu'elles savent parfaitement aujourd'hui, qu'il y a une politique particulièrement ferme, républicaine, respectueuse des personnes, mais particulièrement ferme parce que nous ne pouvons pas accepter ces bidonvilles.

PATRICK COHEN
Manuel VALLS vous diriez à nouveau, qu'il y a aujourd'hui, en France, une minorité seulement de familles rom qui ont un projet de vie, qui veulent s'intégrer en France ?

MANUEL VALLS
Oui, il faut dire la vérité aux Français. Parce que et c'est respecter ces populations. Mais ces populations ont des modes de vie extrêmement différentes des nôtres et qui sont évidemment en confrontation. Le maire vient de le dire, le maire monsieur VIGNOBLE vient de le dire, il y a un instant. Il faut tenir compte de cela. Et donc cela veut bien dire que les Rom ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie et pour cela, il faut évidemment que l'Union européenne avec les autorités bulgares et les autorités roumaines, font des efforts puissent faire en sorte que ces populations soient d'abord insérées dans leur pays.

PATRICK COHEN
Est-ce que vous mesurez l'impact de la présence des Rom et de ces camps sauvages sur la délinquance et sur les niveaux de délinquances puisque ça aussi, c'est au coeur du débat public et des déclarations de ces dernières semaines notamment à Paris ?

MANUEL VALLS
Vous l'avez dit, il y a un instant, on ne peut pas mesurer directement, parce que c'est interdit, cette délinquance, par rapport aux populations d'origine rom, mais nous avons les chiffres concernant les populations d'origine roumaine ou bulgare. Et c'est une évidence, là aussi, nous le savons tous, la proximité de ces campements provoquent de la mendicité, et aussi des vols et donc de la délinquance, nous pouvons le constater sur Paris. Et donc il faut lutter aussi contre cette délinquance, nous ne pouvons pas accepter par exemple, qu'au coeur de la capitale, il y ait des campements, il y ait des mineurs qui pratiquent de la délinquance. Cela veut bien dire, qu'il y a des responsables derrière cela. Et pour cela nous travaillons plus particulièrement, avec les polices roumaines et bulgares qui sont présentes sur notre territoire. Je suis à Bordeaux, en direct, aujourd'hui, sur votre antenne, nous travaillons avec la police bulgare dans cette ville, cela nous a permis de démanteler, aussi des campements et notamment des squats de rom d'origine bulgare. Donc vous voyez, il y a une politique d'ensemble qui est longue, difficile, qui évidemment passionne, jettent les Français contre cette population, cette population contre les Français, cela nécessite encore une fois, beaucoup de détermination et beaucoup de méthodes.

PATRICK COHEN
Un dernier point, Manuel VALLS, sur la situation administrative de ces populations. Depuis l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne en 2007, les Rom peuvent, comme tous les ressortissants européens, circuler librement, et s'installer dans un pays pendant 3 mois. C'est au-delà de cette période et s'ils ne peuvent justifier de ressources suffisantes, ce qui est le cas de la majorité d'entre eux, qu'ils peuvent être en situation irrégulière et faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. C'est cela !

MANUEL VALLS
Absolument.

PATRICK COHEN
Est-ce que l'entrée éventuelle de la Roumanie, dans l'espace Schengen l'an prochain, peut changer cette situation ?

MANUEL VALLS
D'abord vous avez raison, ce droit à circuler, à séjourner sur notre territoire n'est pas du tout absolu. Il y a des conditions fixées par l'Union européenne, ces citoyens bulgares et roumains doivent respecter et notamment des conditions de ressources. Et je veille à ce que ces dispositions soient respectées, d'où évidemment les reconduites à la frontière. Concernant la discussion à propos de Schengen, ce qui est actuellement en discussion et pas décider, c'est seulement une ouverture partielle à l'espace Schengen limitée aux seuls aéroports, c'est une mesure, si elle était décidée qui faciliterait la vie des hommes d'affaires, sans autre conséquence. Mais d'une manière générale, pour le moment on n'en est pas là !

PATRICK COHEN
Jean-Marc AYRAULT n'a pas promis à la Roumanie, l'entrée de son pays dans l'espace Schengen ?

MANUEL VALLS
Non, uniquement en deux temps et d'abord avec l'ouverture partielle concernant les seuls aéroports. Mais par ailleurs, cette décision n'est pas prise, puisque l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, aurait pour effet de rendre ces deux pays responsables de la surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne. Ceci suppose que ces deux pays soient prêts à assumer une telle responsabilité, nous n'en sommes pas là et je crois qu'avant de prendre ce type de décision, il faut rgler les problèmes dans ces pays, et il faut aussi régler le problème que nous discutons, celui des populations rom dans notre pays.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 septembre 2013

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