Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à France-Inter le 26 septembre 2013, sur la courbe du chômage et le débat sur les emplois aidés. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à France-Inter le 26 septembre 2013, sur la courbe du chômage et le débat sur les emplois aidés.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social;

ti :


PATRICK COHEN
Ces 50 000 chômeurs de moins au mois d’août c’est l’inversion de la courbe que vous attendiez ou c’est une aberration statistique ?

MICHEL SAPIN
C’est ni l’un, ni l’autre. Pourquoi aberration statistique ? Il y a chaque mois des mouvements, d’entrées, de sorties, qu’on pourrait commenter à l’infini.

PATRICK COHEN
Eh bien là il y a un grand mouvement de sorties, 277 000 personnes sorties des listes pour défaut d’actualisation, 38% de plus qu’au mois de juillet.

MICHEL SAPIN
Et il y a un grand mouvement que vous avez immédiatement cité et détaillé de la même manière, qui est la diminution des entrées. La diminution des entrées à Pôle Emploi ça veut dire quoi pour les gens ? ça veut dire qu’il y a moins de fins de missions de contrats à durée déterminée, qu’il y a moins de fins de missions d’intérim, qu’il y a moins de licenciements économiques, qu’il y a donc plus d’activité et plus d’emplois, c’est le signal le plus important dans ces chiffres, c’est ça qu’il y a de plus important. C’est d’ailleurs corrélé par d’autres chiffres, d’autres chiffres, d’autres réalités. Les embauches ont augmenté en juillet et en août, quand il y a plus d’embauches, ça veut dire qu’il y a plus de possibilités d’offrir des emplois, et donc, au bout du compte, il y a moins de chômeurs. Donc je disais c’est ni l’un, ni l’autre, ce n’est ni une aberration statistique, même si dans ces périodes de reprise de l’activité, on l’a toujours connu, il peut y avoir des mouvements un peu erratiques d’un mois sur l’autre. Je l’ai dit d’ailleurs. J’ai dit ce n’est pas parce que ça baisse en août que pour autant ça ne va pas augmenter un autre mois derrière, et ce n’est pas encore l’inversion de la courbe du chômage parce que je l’ai dit, et je ne cesserai de le dire, pour moi l’inversion de la courbe ça doit être durable. Ce n’est pas un mois, ce n’est pas un chiffre sur un mois, qui fait une inversion, ce sont plusieurs chiffres, les uns après les autres – plusieurs chiffres, plusieurs situations, qui s’améliorent pour les uns comme pour les autres.

PATRICK COHEN
De l’emploi en plus duites-vous, quels types d’emplois ? L’UMP parle de mystification pour l’essentiel, d’emplois créés par des financements publics.

MICHEL SAPIN
Oui mais ça c’est le débat dit sur les emplois aidés. D’abord il y a une erreur statistique, mais on n’est pas là pour faire de la statistique, est-ce que nos auditeurs, est-ce que ceux qui parlent, là, à l’UMP, savent qu’aujourd’hui il y a à peine autant de personnes en emploi aidé qu’en juin 2012 ? juin 2012, quand ils ont quitté le pouvoir, il y avait autant de personnes en emploi aidé.

PATRICK COHEN
C’est combien aujourd’hui Michel SAPIN ?

MICHEL SAPIN
Aujourd’hui à peu près 230 000. Vous savez quelle est la différence ? C’est que eux c’était pour 4 mois, juste le temps de l’élection du président de la République, alors que nous c’est durable, et qu’à partir de maintenant nous allons pouvoir, avec les emplois d’avenir en particulier, offrir de véritables solutions dans la durée, 3 ans, pour permettre à un jeune de retrouver un emploi, avec une formation.

PATRICK COHEN
Est-ce qu’on peut faire le point là-dessus ? Vous avez aujourd’hui 60 000 emplois d’avenir.

MICHEL SAPIN
Oui, même un peu plus puisqu’il y en a 500 à 600 par jour de plus.

PATRICK COHEN
Seulement moins 8000 contrats de génération.

MICHEL SAPIN
Ce n’est pas du tout de même nature.

PATRICK COHEN
Oui, sauf que l’objectif c’était 75 000 pour l’année, donc on est très loin de…

MICHEL SAPIN
Moi je ne suis pas dans un Téléthon, je ne suis pas, là, en train de jouer avec des chiffres.

PATRICK COHEN
Mais c’est vous qui avez fixé ces objectifs, Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Je vais vous donner une petite explication qui vous permettra de comprendre mieux, surtout à l’ensemble de nos auditeurs de comprendre. Quelle est la différence entre les emplois d’avenir et les contrats de génération. Les emplois d’avenir c’est une décision de l’Etat, qui est mise en oeuvre par l’Etat sur l’ensemble du territoire, avec le concours des collectivités locales et des associations, et un peu des entreprises. Ce sont pour des jeunes, qui sont très loin de l’emploi, qui n’ont quasiment jamais travaillé, très loin de la formation, ils n’ont quasiment pas de formation, la perspective de retrouver un avenir. A chaque fois qu’un jeune retrouve un emploi, par le biais d’un emploi d’avenir, c’est un espoir pour toute la famille, c’est un espoir pour lui, c’est vraiment une bonne nouvelle, personne ne peut dire que c’est factice, personne ne peut dire que c’est fallacieux, c’est la vérité, la vérité de sa vie. Les contrats de génération, c’est tout à fait différent, c’est entre les mains des entreprises, c’est entre les mains des entreprises, c’est les entreprises qui doivent décider.

PATRICK COHEN
Vous proposez une aide de 4000 euros par an pour les entreprises qui embauchent en CDI un jeune de moins de 26 ans, tout en gardant un senior de plus de 57 ans.

MICHEL SAPIN
Pour éviter, pour la première fois, d’opposer celui qui est dans l’emploi, et qu’on avait tendance à pousser dehors, avec celui qui est hors de l’emploi, le jeune, et qu’on avait tendance à ne pas accepter.

PATRICK COHEN
Idée très chère à François HOLLANDE, qu’il a exposé à de multiples reprises pendant la campagne présidentielle.

MICHEL SAPIN
Absolument. Est-ce que je peux juste me permettre de vous citer une chose, parce que tout le monde n’a pas ça en tête, et en particulier les commentateurs, y compris vous-même, est-ce que vous savez jusqu’à quelle date…

PATRICK COHEN
… poser des questions là.

MICHEL SAPIN
Est-ce que vous savez jusqu’à quelle date les partenaires sociaux, et la loi, ont fixé la possibilité, le devoir dans les entreprises de négocier, jusqu’à fin septembre. Nous sommes quoi ? Le 26 septembre, nous ne sommes pas fin septembre. Vous voudriez qu’il y ait aujourd’hui les résultats que nous pourrons comptabiliser à partir du mois d’octobre. Je comprends qu’on soit impatient, je comprends qu’on soit impatient quand on est au chômage, mais je comprends mal, parfois, le commentaire de ceux qui devraient regarder les faits, les dates, les lois, et s’apercevoir que les contrats de génération ils vont produire leurs effets, considérables, à partir du mois d’octobre, et en particulier en accompagnement de la reprise économique et de la création d’emplois.

PATRICK COHEN
Ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui, vous pouvez l’admettre Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Evidemment, puisque nous sommes en septembre et pas en octobre.

PATRICK COHEN
D’accord.

MICHEL SAPIN
Si chacun ne confondait pas les dates, si on ne confondait pas l’été avec la fin de l’année, si on ne confondait pas Noël avec Pâques, ça irait mieux.

PATRICK COHEN
Les contrats aidés classiques, Michel SAPIN, vous allez les allonger de 4 mois.

MICHEL SAPIN
Ils sont en cours d’allongement, pour une raison très simple, c’est que ces contrats dits classiques c’est pour qui ? C’est pour le chômeur de très longue durée, celui qui n’a pas travaillé pendant 1 an, 2 ans, 3 ans, qui est très loin lui aussi de l’emploi. Est-ce que vous croyez que c’est en faisant comme l’UMP et SARKOZY auparavant, 3 mois ou 4 mois dans un emploi, qu’on va lui permettre de retrouver cette capacité à travailler, de retrouver le goût du travail, de retrouver le sens de la discipline au travail, il faut plus de temps que a. c’est la raison pour laquelle j’ai dit qu’il fallait à peu près 12 mois en moyenne, ça peut être un peu plus ou un peu moins, en fonction des situations, pour pouvoir réinsérer dans l’emploi ceux qui en sont très éloignés. Il y a les jeunes, ça marche, vous savez que la courbe du chômage pour les jeunes elle est inversée, c’est le quatrième mois consécutif que le chômage des jeunes baisse, on pourrait le dire aussi, là c’est le fruit d’une politique, c’est le fruit en particulier des emplois d’avenir, mais pas seulement des emplois d’avenir, mais il y a aussi ceux qui sont depuis très longtemps au chômage, mais il faut trouver une solution à ceux qui sont aussi depuis très longtemps au chômage, ce sont ces emplois aidés que nous allongeons et auxquels nous donnons un contenu de formation.

PATRICK COHEN
Et c’est une politique qui va prendre encore de l’ampleur l’an prochain puisque j’ai vu que dans le budget 2014, votre budget pour le travail et l’emploi est en hausse, budget de 11 milliards d’euros, avec 380 000 contrats aidés financés, c’est bien le chiffre Michel SAPIN ?

MICHEL SAPIN
Oui, il y a des contrats… bon, il y a les flux et les stocks, je ne vais pas regarder ça… ce que nous voulons c’est que la courbe du chômage s’inverse dans la durée, il faut avoir ça en tête. Comment fait-on…

PATRICK COHEN
Oui, mais pour quels types d’emplois, c’est aussi la question que posent des économistes ou des observateurs, comme vous dites ?

MICHEL SAPIN
Ils ont parfaitement le droit de le faire.

PATRICK COHEN
Est-ce que vous pouvez considérer, Michel SAPIN, que…

MICHEL SAPIN
Est-ce que je peux répondre à votre question ?

PATRICK COHEN
Oui, bien sûr.

MICHEL SAPIN
Comment fait-on pour lutter durablement contre le chômage ? D’abord en soutenant l’activité économique, d’abord en faisant en sorte que ce soit dans les entreprises que se créent des emplois, c’est ce que nous constatons au mois d’août, il y a eu une hausse des embauches, tant mieux.

PATRICK COHEN
Donc vous êtes d’accord pour dire que l’inversion de la tendance sera réelle quand le secteur privé créera de l’emploi ?

MICHEL SAPIN
Mais le secteur privé est en train d’en créer, tout doucement, c’est ça le chiffre du mois d’août.

PATRICK COHEN
Pas à la hauteur des destructions.

MICHEL SAPIN
Les embauches ont augmenté, c’est mieux que quand elles diminuent, elles ont augmenté…

PATRICK COHEN
Oui, mais pas à hauteur de 150 000 par an.

MICHEL SAPIN
Donc il se crée des emplois aujourd’hui, donc il faut continuer. Le budget, il est tourné beaucoup vers les entreprises, pour les aider à investir, investir c’est créer de l’emploi, quand on investit on peut ainsi embaucher quelqu’un de plus. Et puis deuxièmement, ce sont ces politiques dites de l’emploi, parce qu’on ne peut pas attendre simplement, comme ça, en baissant les bras, que, l’économie allant mieux, petit à petit elle produise plus d’emplois, et donc moins de chômeurs. Il faut accompagner ce mouvement-là, et ça c’est la politique de l’emploi, qui permet à un jeune, qui de toute façon ne retrouverait pas d’emploi aujourd’hui, même s’il y avait une reprise, d’être plus proche de cet emploi, avec sa formation, avec son capital à lui, avec ce qui lui redonne de l’espoir, avec la confiance en lui-même. Confiance, on pourrait essayer de retrouver un peu confiance en nous.

PATRICK COHEN
Michel SAPIN, le président de la République se rend à Florange aujourd’hui, pour quoi faire, pour le symbole, pour la photo ?

MICHEL SAPIN
Et s’il n’y avait pas été, qu’auriez-vous dit, qu’auraient-ils dit là-bas ? Moi j’en connais un qui n’y est pas allé alors qu’il avait dit qu’il irait, il s’appelait Nicolas SARKOZY, sur un autre lieu, mais dans la même Lorraine, qui est fracassée par les restructurations. Donc François HOLLANDE tient un engagement qui est un engagement de courage, qui est un engagement de la rencontre, qui est un engagement de l’explication. Parce que contrairement à ce que tout le monde dit, et je comprends que localement on l’ait perçu comme cela, jamais il n’a promis que Florange ne fermerait pas, que les hauts fourneaux ne fermeraient pas, jamais il n’a prononcé cette parole-là, jamais il ne l’a dit, parce qu’il ne pouvait pas le dire. Je comprends que localement on l’ait ressenti ainsi, mais jamais il ne l’a dit ainsi.

PATRICK COHEN
Michel SAPIN il y a eu d’autres promesses, qui ont été faites, et ça a fait une question pour vous du délégué FO de Florance, qu’on va écouter tout de suite, Walter BROCCOLI.

WALTER BROCCOLI
Le ministre du Travail, monsieur SAPIN, a signé ces engagements pris par l’Etat et monsieur MITTAL, dans ces engagements l’article 2 disait qu’on ferait à Florange le projet ULCOS, ce projet il est bien écrit dans ces engagements qu’il serait réalisé à Florange et que l’Etat y mettrait 150 millions. Monsieur MITTAL a retiré ce projet, 2 jours après l’annonce de monsieur AYRAULT, du retrait du projet. Monsieur MITTAL n’a tenu ses engagements, pourquoi il n’y a eu aucune réaction des ministres concernés, entre autres de monsieur SAPIN ?

PATRICK COHEN
Le délégué FO de Florange Walter BROCCOLI. Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Oui, je connais bien Walter BROCCOLI, on s’est rencontrés souvent. Quel a été le premier engagement du président de la République, du gouvernement, de moi-même, par rapport à Florange, c’est qu’il n’y aurait personne à Pôle Emploi, qu’il n’y aurait pas un licenciement, qu’il n’y aurait pas un chômeur de plus à Florange, il n’y a pas un chômeur de plus à Florange, c’est quand même un engagement considérable par rapport à ce qui aurait pu se passer si ça avait été fermé de manière sèche et par rapport à ce qui peut se passer dans beaucoup d’autres endroits en France, ça c’est le principal engagement, il n’y a pas eu un chômeur de plus. Deuxièmement, l’avenir…

PATRICK COHEN
Et sur le désengagement de MITTAL ?

MICHEL SAPIN
L’avenir c’est de donner une perspective. Ce n’est pas un engagement seulement de MITTAL, c’était un engagement de l’Europe, et c’est au niveau de l’Europe que ULCOS a été abandonné. C’est très difficile de mettre en oeuvre, à Florange, quelque chose qui est abandonné à Bruxelles. Mais il y a un autre projet, d’une autre nature, qui pourrait éventuellement voir le jour ici parce qu’il faut essayer de produire demain de l’acier dans des conditions qui soient beaucoup plus respectueuses de l’environnement, c’est ça le projet nouveau qui est devant nous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2013

Rechercher