Déclaration de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication, sur l'identité culturelle et les langues étrangères, Paris le 19 septembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication, sur l'identité culturelle et les langues étrangères, Paris le 19 septembre 2013.

Personnalité, fonction : FILIPPETTI Aurélie.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Lancement de la semaine des cultures étrangères à Paris le 19 septembre 2013

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Le monde est une scène, écrivait Shakespeare. Cette semaine, nous n’aurons qu’à pousser la porte des quelque 50 Instituts culturels étrangers de la capitale pour nous en rendre compte. Car c’est bien la richesse et la vitalité de la création partout dans le monde qui sont au cœur de cette 12ème édition de la Semaine des cultures étrangères. Une richesse et une vitalité qui sont les raisons premières du combat que nous menons pour l’exception culturelle.

Je tiens, à saluer devant vous tous, mesdames et messieurs les conseillers culturels, les directrices et directeurs, l’action du réseau Instituts culturels étrangers. C’est vous qui faites de Paris un lieu de rencontre et de convergence de toutes les cultures du monde. C’est votre action qui rend la plus grande richesse du monde accessible à un large public.

C’est grâce à vous et au Passeport pour les langues que tous ceux qui le souhaitent, à Paris ou dans nos régions, peuvent s’initier à la pratique des langues étrangères et découvrir, au-delà d’une langue, une culture. Car bien plus qu’une expérience linguistique, l’apprentissage d’une langue, c’est la rencontre avec une culture qui ne nous est pas familière. C’est aussi une formidable découverte de l’altérité.

La langue structure notre identité, elle porte en elle notre mode de représentation, précise notre mode d’appartenance et de sociabilité. S’initier à une langue, la découvrir, c’est mieux comprendre l’autre. Et c’est essentiel dans notre contexte de crise économique, sociale, politique mais aussi morale, où la tentation est au repli sur soi, à la peur de l’autre et aux tendances les plus réactionnaires. S’ouvrir aux autres et résister à la force dangereusement centripète de cette crise, aux relents populistes de certains discours, cela commence par quelque chose d’aussi simple que des mots. Et c’est d’une efficacité redoutable.

Les langues sont au fondement du dialogue interculturel. Aujourd’hui, plus que jamais, en France mais aussi partout dans le monde, ce dialogue est précieux.

Cette Semaine des cultures étrangères, c’est aussi la preuve que la France est terre de création pour les artistes étrangers. Elle est ouverte, elle est terre d’accueil et de liberté pour les artistes et défend toutes les créations du monde dont chacun de vos Instituts se fait la vitrine. C’est cela qui est en jeu dans le combat que nous menons pour l’exception culturelle.

Le combat mené pour la diversité culturelle n’est pas prétexte à un protectionnisme culturel, impérialiste et nationaliste. Ce n’est pas une position défensive visant à protéger son pré carré. Au contraire, il s’apparente à bien des égards à cette Semaine des cultures étrangères que nous inaugurons aujourd’hui. Car ce qui le motive, c’est la création des conditions nécessaires au plein épanouissement du dialogue interculturel, c’est la préservation de cette diversité culturelle qui nous est si chère.

Nous avons voulu, mes homologues européens et moi-même, réaffirmer ces principes dans le mandat de négociation de la commission européenne pour l’accord de libre-échange transatlantique. Dans ce combat, votre soutien fut décisif. Je vous en remercie. Il nous faut encore poursuivre nos efforts.

La France continuera à porter cette idée forte. Car envers et contre ce que suggèrent les actualités récentes, c’est dans l’ADN de notre pays, dans son histoire, dans sa tradition philosophique, de défendre la diversité des cultures, la liberté de la création et l’élan imaginaire qui dépassent nos frontières.

Cette diversité qui se manifestera toute la semaine à Paris et dans nos régions, ces langues, cette création, il nous faut les mettre en avant. Et c’est pour cela que je me réjouis de l’ampleur de cette manifestation à laquelle je souhaite de rencontrer un très large public. C’est à travers cette diversité des langues et de la création que l’on se dote des outils de se représenter le monde et à travers elle aussi que l’on peut agir sur lui. C’est par elle que nous pourrons faire régner la paix dans le monde et dans nos sociétés.

Pour conclure, je voudrais reprendre une métaphore de Claude Lévi-Strauss : « les cultures ressemblent à des trains qui circulent chacun sur sa voie propre et dans une direction différente. » Ces trains, nous les voyons défiler sous nos yeux et depuis la fenêtre de notre wagon, nous n’en avons qu’un trop rapide aperçu, rendu confus par la vitesse. Ils ne sont plus que visions ou mirages qui brouillent momentanément notre champ visuel. Cette interruption du paysage familier nous étonne, parfois même elle nous irrite, parce que nous n’en saisissons pas le sens. Aujourd’hui plus que jamais, dans notre contexte de crise politique et morale, nous devons aller au-delà de cet étonnement ou de cette irritation.

Cette semaine consacrée aux cultures étrangères permet à chacun de descendre de son wagon, et de monter dans un des nombreux trains à quai dans Paris. Elle nous permet d’être ce passager idéal, que René Char nomme le désir : un voyageur à l’unique bagage et aux multiples trains.


Je vous remercie.


Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 30 septembre 2013

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