Interview de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication à Europe 1 le 1er octobre 2013, sur l'indépendance de l'audiovisuel public et les nominations au CSA. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication à Europe 1 le 1er octobre 2013, sur l'indépendance de l'audiovisuel public et les nominations au CSA.

Personnalité, fonction : FILIPPETTI Aurélie, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

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JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu’on est revenu à la 4ème République ?

AURELIE FILIPPETTI
On est aujourd’hui, dans cette journée solennelle, où je vais faire voter au Sénat, une loi audiovisuelle, on a une grande avancée, ce n’est pas encore la 6ème République. Mais pour la première fois, l’indépendance de l’audiovisuel public va être garantie par un mode de nominations exceptionnelles du CSA, majorité et opposition vont choisir les membres du CSA.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avant ça, avant le Sénat, on va y venir. Des majorités aujourd’hui hétéroclites, des alliances brinquebalantes et un gouvernement des partis avec un tout petit, qui déclenchent le désordre jusqu’au sommet de l’Etat. Vous avez vu le titre, par exemple, du PARISIEN, « Où est le patron ? » Est-ce que vous savez, vous, où est le patron ?

AURELIE FILIPPETTI
En l’occurrence, je ne pense pas qu’un président de la République ce soit un patron. Le président de la République c’est le chef de l’Etat, il a l’autorité politique, démocratique pour définir les lignes pour la nation, pendant les 5 années qui viennent. Et ce ne sont pas des agitations politiciennes qui remettent en cause son autorité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que le président François HOLLANDE doit commenter chaque semaine, il y est sollicité, les bisbilles de ses ministres ou une fois pour toute est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux qu’il les contraigne à la discipline collective qu’on n’entend pas ?

AURELIE FILIPPETTI
Le président de la République était à Florange la semaine dernière, jeudi, il est allé comme chez de l’Etat, parler aux ouvriers…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, vous étiez avec lui, mais on s’est souvenu surtout de ce qu’a dit Cécile DUFLOT sur Manuel VALLS, vous voyez ?

AURELIE FILIPPETTI
Mais la responsabilité aussi en incombe à ceux qui donnent une importance disproportionnée à des petits propos de congrès politiques, plutôt qu’à ceux qui montrent ce qui se passe réellement sur le terrain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut qu’ils se taisent ! …

AURELIE FILIPPETTI
C’est toujours plus facile de parler des trains qui n’arrivent pas à l’heure, que ceux qui arrivent à l’heure. En l’occurrence à Florange, il s’était passé un évènement important, essentiel, après 24 mois, je le rappelle, 24 mois de lutte des ouvriers quand le président est allé à Florange, il leur a annoncé des choses qui les ont rassurés, qui ont tracé des pistes pour l’avenir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aurélie FILIPPETTI aujourd’hui, vous lancez donc au Sénat, le projet de loi sur l’audiovisuel public. Est-ce que vous êtes satisfaite de la rentrée de l’état de la télévision publique aujourd’hui ?

AURELIE FILIPPETTI
Je suis satisfaite, en tout cas, d’avoir pu redonner une indépendance et même d’avoir donné un niveau d’indépendance jamais atteint à l’audiovisuel public. Indépendance parce que les présidents de l’audiovisuel vont être nommés par le CSA, mais surtout parce que le CSA, les membres du CSA vont être nommés pour la première fois, par les parlementaires eux-mêmes à une majorité des 3/5ème, ce qui veut dire qu’il faudra associer… non, mais laissez-moi finir, parce que c’est important, mais non, parce que c’est révolutionnaire, Jean-Pierre ELKABBACH, vous le savez très bien. Et pour la première fois, majorité et opposition devront s’entendre sur le choix des membres du CSA, ça c’est un signe de responsabilité et de confiance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour l’audiovisuel public, vous promettez l’indépendance, et vous le dites avec insistance, dès le début de l’émission, quel gouvernement a promis la dépendance ? Aucun ! Tout le monde promet la liberté, le problème c’est la pratique. Mais vous voulez que je vous prenne sur ce que vous dites…

AURELIE FILIPPETTI
Mais l’indépendance, c’est comme l’amour, il faut des preuves. Il faut des preuves d’amour et des preuves d’indépendance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il va falloir les donner. Par exemple, allez ! Le président de la République nomme le président du CSA, en l’occurrence l’éminent juriste Olivier SCHRAMECK qui est ex-directeur de cabinet de Lionel JOSPIN. Les présidents de… attendez, ce n’est pas fini…

AURELIE FILIPPETTI
Non, non, mais le président de la République, il nommait jusqu’à présent 3 membres du CSA dont le président. Il n’en nommera plus à partir de ce soir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il nomme celui qui a la décision, le principal.

AURELIE FILIPPETTI
Non, parce que la décision au CSA, elle est toujours collégiale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors les présidents de l’Assemblée et du Sénat vont désigner chacun 3 membres. Claude BARTOLONE PS, Jean-Pierre BEL PS, après avis conforme comme vous l’avez dit d’une majorité des 3/5ème des commissions des affaires culturelles du parlement, elles sont en majorité PS. Où est l’indépendance et l’impartialité promise !? Il y a du PS partout !

AURELIE FILIPPETTI
Mais Jean-Pierre ELKABBACH, il ne vous a pas échappé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec une pincée d’opposition dans les commissions.

AURELIE FILIPPETTI
Vous êtes un trop fin connaisseur des institutions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci.

AURELIE FILIPPETTI
Pour savoir que la loi que je présente, elle n’est pas encore votée, donc elle ne s’applique pas encore. A partir de maintenant, à partir de ce soir, enfin quand les sénateurs auront voté, eh bien, les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat devront avoir non pas un avis, mais devront demander le vote à une majorité des 3/5ème de la commission des affaires culturelles. C'est-à-dire que si la majorité et l’opposition ne se mettent pas d’accord, si gauche/droite ne se mettent pas d’accord, sur des personnalités, on recommence jusqu’à ce qu’ils arrivent à se mettre d’accords. Et c’est pour ça que je vous dis, que c’est une grande avancée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que les présidents actuels de la radio et de la télévision publique sont assurés d’achever leur mandat ?

AURELIE FILIPPETTI
Oui, absolument. Ils sont assurés d’achever leur mandat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et sur quoi ils seront jugés ?

AURELIE FILIPPETTI
Nous l’avons voulu. Et à l’expiration de leur mandat, s’ils veulent candidater pour un nouveau mandat, ils présenteront un projet devant le CSA.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous êtes satisfaite ? Vous ne m’avez pas répondu, mais est-ce que les programmes correspondent à ce que la société française est en train de vivre, ce qu’elle demande ?

AURELIE FILIPPETTI
Je crois que, moi, je n’ai pas à me prononcer sur tel ou tel programme. J’ai à me prononcer sur des grandes orientations, par exemple, le soutien à la création, le service public, il doit soutenir les productions audiovisuelles françaises et européennes. Et là-dessus on voit des progrès très nets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais ça, ce sont de grands principes, il y a aujourd’hui, des moments où la télévision publique est en train de souffrir. Par exemple, l’écart entre TF1 et FRANCE 2, même au niveau des journaux est en train de s’aggraver, de s’accentuer. Est-ce que la médiocrité reconnue des programmes avant 20 heures de FRANCE 2, qui a des effets sur le journal et les finances, est-ce que par exemple, si les difficultés continuent, l’Etat peut augmenter la redevance ?

AURELIE FILIPPETTI
Vous ne pouvez pas parler de médiocrité reconnue des programmes de FRANCE 2. Il peut y avoir des émissions qui peuvent avoir plus ou moins de mal à trouver leur public. Il peut y avoir des ajustements voire des modifications des programmes, mais je crois que les grandes missions du service public, et notamment en matière d’information, la qualité de l’information, mais aussi bien sûr, le soutien à la création, l’exposition de l’international, des Outre-mer et puis ce sur quoi j’insiste beaucoup, une place plus grande qui doit être faite, et qui sera faite à la fois au numérique, mais aussi au programme pour la jeunesse. C’est ça, les nouvelles orientations du contrat d’objectifs de FRANCETELEVISIONS.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, on est sur les principes. Mais…

AURELIE FILIPPETTI
Oui, mais moi, en tant que ministre de la Culture, je ne peux pas me prononcer sur telle ou telle émission. Sinon, vous seriez le premier à me le reprocher en disant, que je ne respecte pas l’indépendance et ce serait à juste titre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Rien ne choque la ministre de la Culture et de la Communication sur ce qu’elle voit ?

AURELIE FILIPPETTI
Pour moi, par exemple, ma priorité c’était aussi, suite à la suppression de certaines émissions culturelles avant l’été, que la plage, que l’espace consacré aux émissions culturelles soit maintenu. Je constate qu’il l’est. Après sur la qualité de telle ou telle émission encore une fois, c’est au spectateur, au téléspectateur de se prononcer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu’un programme qui n’obtient suffisamment d’audience, doit être maintenu ou supprimé de l’antenne ?

AURELIE FILIPPETTI
Je pense que la question c’est plus : Est-ce que le programme finalement trouve sa marque, son rythme et son public. L’audience n’est pas la seule, le seul critère. Bien entendu ! Mais ça fait partie évidemment, aussi des missions du service public de donner satisfaction aux Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De tous côtés, on me dit qu’il y a une injustice, par exemple, la concentration des attaques contre une animatrice Sophia ARAM, est-ce qu’elle porte seule la responsabilité de l’échec profond de son émission ?

AURELIE FILIPPETTI
Enfin, Sophia ARAM est une animatrice de grand talent, avec beaucoup d’humour, donc voilà ! Moi, je n’ai pas, encore une fois, malgré toute l’estime que je lui porte, je n’ai pas à me prononcer. Désolé en tant que ministre de la Culture, je ne peux pas. Mais je pourrais en tant que téléspectatrice… je ne peux pas en tant que ministre de la Culture, mais je trouve que le procès qui lui est fait, prend des proportions qui sont disproportionnées. Et encore une fois, je constate qu’on est plus dur avec des jeunes quand ils commencent, il ne faut pas avoir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et des femmes en plus.

AURELIE FILIPPETTI
Et des femmes. C’est bien que ce soit vous qui le disiez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sûrement ! Et je le dis souvent. Est-ce que le problème de la publicité après « Le 20 heures » peut se poser ? Quand on voit la décente et l’échec ?

AURELIE FILIPPETTI
Non, cette question a été tranchée. Il n’y aura pas de retour de la publicité après 20 heures. Et il n’y aura pas non plus, nous l’avons tranché, de suppression de la publicité avant 20 heures. Ca va permettre d’avoir une visibilité pour FRANCETELEVISIONS sur le budget dans les années à venir. Il n’y aura pas non plus de hausse de la redevance, cette année, Jean-Pierre ELKABBACH, c’est une décision du gouvernement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plus 2 euros.

AURELIE FILIPPETTI
Non, il y aura simplement le suivi de l’inflation, mais pas de hausse de la redevance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le CSA sera doté de plus de pouvoir et d’autonomie, vous me l’avez dit, il y a un instant. Est-ce qu’il va accepter comme le réclame à corps et à cris TF1, le passage de LCI en gratuit ?

AURELIE FILIPPETTI
En tout cas, il aura le pouvoir de l’accepter, ce qu’il n’avait pas jusqu’à présent. Nous donnons au CSA, la compétence pour juger de la pertinence ou pas du passage du payant au gratuit. Je crois que c’est important, parce qu’il y a des chaînes qui avaient fait certains choix à une époque avec un paysage donné. Ces éléments ont évolué depuis, et donc aujourd’hui, il faut que le CSA puisse autoriser ou pas ces passages.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un dernier mot…

THOMAS SOTTO
Merci, beaucoup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a connu, depuis 59, une vingtaine du ministre de la Culture, ils ont laissé plus ou moins un certain souvenir. Quelle réforme vous laisser dont on se souviendrait ? La réforme audiovisuelle ? La réforme FILIPPETTI ?

AURELIE FILIPPETTI
Non, pour moi, je pense qu’il n’est plus aujourd’hui, ce n’est plus le moment de construire des nouvelles pyramides du Louvre, mais il faut construire des petites pyramides du Louvre, dans la tête de chaque enfant, donc pour moi, la grande réforme, c’est l’éducation artistique et culturelle.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2013

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