Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à France-Info le 3 octobre 2013, sur la réforme des rythmes scolaires et l'apprentissage de la lecture. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à France-Info le 3 octobre 2013, sur la réforme des rythmes scolaires et l'apprentissage de la lecture.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :

JEAN LEYMARIE
Cette fameuse réforme des rythmes scolaires est très critiquée, de plus en plus, depuis quelques jours. Pour l’instant elle ne marche pas bien, elle ne marche pas complètement. Pourquoi ?

VINCENT PEILLON
D’abord elle marche bien, mais il y a un certain nombre d’endroits où il y a des difficultés de mise en place, parce qu’il faut un certain temps. C’est un tel changement ! Elle est absolument indispensable, parce que vous savez qu’il y a un déclin scolaire important. Tout le monde s’en plaint. Les jeunes Français, vingt pourcents d’entre eux, arriveraient au collège en ne sachant pas bien lire, écrire, compter. Pour bien savoir lire, écrire, compter, il faut qu’on vous donne le temps de le faire et du bon temps. Or, la France donne le plus mauvais temps scolaire à ses enfants. Depuis 2008, seulement quatre jours et des journées surchargées : six heures. Tout le monde est d’accord, les parlementaires de l’UMP aussi qui l’avaient voté à l’unanimité. Il faut revenir à la semaine de quatre jours. Rapport parlementaire de 2010, une grande concertation organisée par mon prédécesseur.

JEAN LEYMARIE
À la semaine de quatre jours ?

VINCENT PEILLON
À la semaine de quatre jours et demi.

JEAN LEYMARIE
Vous avez dit à la semaine de quatre jours.

VINCENT PEILLON
Non, non ! à la semaine de quatre jours et demi et à des journées raccourcies, car c’est une très grande réforme. Vous savez, quand vous voulez apprendre à lire, écrire, compter, que vous avez six ans en CP, c’est mieux de le faire à neuf heures du matin qu’à seize heures. Tout le monde est d’accord. Et donc, ce n’est pas une affaire politicienne, ce n’est pas une affaire… Tout le monde est rassemblé. Les médecins le demandent, les organismes internationaux nous regardent.

JEAN LEYMARIE
Qu’est-ce qui se passe alors, Vincent PEILLON ? Pourquoi tant de parents décrivent-ils aujourd'hui des enfants déboussolés ?

VINCENT PEILLON
Dans beaucoup d’endroits où la réforme se met en place à cette rentrée – je pars pour Caen, installer une école supérieure du professorat et de l’éducation, puisqu’on remet aussi en place la formation des enseignants – ça se passe très bien. Là où il y a une difficulté, alors on fait gros plan dessus. On a tort de faire ça. Et moi, je veux rassurer quand même les parents qui sont inquiets. On leur dit des choses totalement fausses. La fatigue des enfants ?

JEAN LEYMARIE
Mais ils la voient, ça. Ils les voient, leurs enfants, revenir de l’école à la fin de la journée.

VINCENT PEILLON
Mais ils la voyaient aussi l’année dernière et elle est connue de tous les spécialistes. Et tous ceux qui ont mis en place la journée de quatre jours et demi, et c’est pour ça qu’on le fait, c’est pour qu’ils soient moins fatigués. Vous êtes au pays de Descartes, on va raisonner simplement. Est-ce que c’est plus fatigant d’avoir cinq heures et quart de cours ou six heures ? Six heures, c’est plus fatigant. On est en train précisément de faire cette réforme dans l’intérêt des enfants, en répondant d’ailleurs à toutes les études sur la fatigue des enfants. Que peut-être il y ait dans certains endroits un problème de mise en place, très bien : nous allons améliorer les choses.

JEAN LEYMARIE
Qu’allez-vous faire précisément dans ces endroits-là ? Je pense par exemple à Aubervilliers où des enseignants sont en grève.

VINCENT PEILLON
Cela relève des activités périscolaires et il y a une grande confusion. Cela relève de la responsabilité des collectivités locales. Quand vous mettez vos enfants au centre aéré, quand vous les faites garder le soir après les heures de cours et donc, les collectivités locales qui travaillent avec l’éducation nationale sur ces activités, sur ce temps postscolaire, nous devons en sorte qu’elles s’organisent mieux là où elles ont eu des difficultés.

JEAN LEYMARIE
Comment allez-vous faire ? Je vous repose ma question. Vous allez organiser un comité de suivi, un vrai comité de suivi qui devrait se réunir ?

VINCENT PEILLON
[rires]

JEAN LEYMARIE
C’est ce que vous demandent les syndicats enseignants notamment.

VINCENT PEILLON
Mais vous voyez la plaisanterie de l’information en France ! Cela fait deux mois qu’il est installé, avec le patron y compris du SNUipp, qui est présent dans ce comité…

JEAN LEYMARIE
Et qui vous demande de faire travailler un comité de suivi réel, pour régler les situations problématiques. Il était sur France Info tout à l'heure.

VINCENT PEILLON
Oui, il y est. C’est monsieur SIHR, avec qui d’ailleurs je ne veux pas polémiquer. Il y en a même dans chaque département. Vous savez quand même, la France, cette réforme s’est mise en place depuis trois semaines, c’est une réforme considérable que tout le monde souhaitait. Il faut lui laisser un peu de temps pour rentrer dans la réalité. Moi je veux laisser du temps aux enfants et aux enseignants pour mieux apprendre. Laissons à cette réforme, qui est un très grand progrès à la fois sur le plan scolaire, sur le plan périscolaire, en termes de justice : laissons-lui le temps d’entrer dans les faits. Dans quatre-vingt-quinze pourcents des cas, qu’il faudrait aussi mettre en évidence, ça marche très bien. Les parents sont contents, les enfants sont contents, les professeurs sont contents. Dans les quelques cas où il faut ajuster, faisons les ajustements mais évitons l’hystérie, l’émotion, le tout blanc, le tout noir. Avançons !

JEAN LEYMARIE
Vincent PEILLON, parlons de temps mais aussi d’argent avec le problème financier soulevé par les communes. L’État verse une aide aux communes entre cinquante euros et quatre-vingt-quinze euros par an et par enfant. Allez-vous continuer à verser cette aide l’an prochain ?

VINCENT PEILLON
C’est bien que vous disiez cela parce que, comme ça, ça permet de remarquer que c’est la première fois dans l’histoire de la République que nous versons, l’État, de l’argent pour organiser des activités qui relèvent des collectivités locales. Et pour les parents, car c’est eux qui nous écoutent, généralement lorsqu’on met son enfant dans des activités périscolaires, on doit payer. Là, ça peut être gratuit.

JEAN LEYMARIE
Plus d’activités du fait de la réforme, du fait de votre réforme aussi. Le volume d’activités périscolaires a changé.

VINCENT PEILLON
Le volume d’activités a changé mais l’éducation nationale a repris les trois heures le mercredi matin, mais ça va concerner plus d’enfants. D’après l’INSEE, on va passer de vingt pourcents d’enfants qui avaient le droit à des activités péri-éducatives à quatre-vingts pourcents. C’est un très grand progrès et ça va donc toucher des enfants qui, jusque-là – parce que leurs familles n’avaient pas les moyens – n’avaient pas accès à la culture, à la musique, au théâtre, à un certain nombre de choses. C’est cette réforme que nous avons voulue. Nous avons donc prévu des financements et nous avons prévu des financements plus importants pour les communes rurales et les communes urbaines qui sont en difficulté. Cet argent qui a été prévu d’ailleurs n’a pas été consommé, ça veut bien dire que tout n’est pas un problème d’argent, car il y a encore de l’argent pour ceux qui voudraient passer, mais il ne faut pas qu’il y ait d’inquiétudes sur ce sujet. Il faut surtout qu’on travaille les uns et les autres à offrir aux enfants le meilleur temps scolaire et le meilleur temps péri-éducatif.

JEAN LEYMARIE
Je vous pose là-dessus ma question plus clairement parce que je n’ai toujours pas la réponse. Allez-vous continuer à aider les communes l’an prochain et les années suivantes ?

VINCENT PEILLON
La caisse d’allocations familiales a déjà prévu que cette aide serait pérennisée sur trois ans. Sur le budget 2014…

JEAN LEYMARIE
C'est cinquante euros par an et par enfant sur une somme globale de cent cinquante euros. Mais sur cette somme dont je parlais, la somme versée directement par l’État, entre cinquante et quatre-vingt-quinze euros par enfant…

VINCENT PEILLON
Je ne veux pas vous laisser dans cet état d’interrogation.

JEAN LEYMARIE
Non mais c’est les maires. Vous les entendez, les maires.

VINCENT PEILLON
Non, non, mais vous avez tout à fait raison. Il y a aussi pour les communes en difficulté - DSU, DSR - l’aide est déjà prévue pour 2014. Il y a l’association des maires de France qui demande la pérennisation des aides globales. Ils seront reçus par le Premier ministre la semaine prochaine. Mais aux uns et aux autres, je dis : “ Ne vous inquiétez pas et surtout travailler à faire – car c’est quand même ça – les meilleurs projets pour les enfants”.

JEAN LEYMARIE
Mais ils s’inquiètent, Vincent PEILLON. Vous ne leur répondez pas sur ce point. On dit toujours que l’argent est le nerf de la guerre : il l’est. Allez-vous les aider ou pas les prochaines années ?

VINCENT PEILLON
Ils ont été aidés cette année. Des aides sont prévues et je vous réponds : “ Ne nous inquiétons pas ”.

JEAN LEYMARIE
Mais qu’est-ce que ça veut dire, « Ne nous inquiétons pas » ? Peut-être une aide reconduite ? peut-être pas ?

VINCENT PEILLON
Ça veut dire qu’honnêtement, l’argent n’a pas été consommé. Voyez monsieur COPÉ : il se plaint, il n’y aurait pas d’argent, il parle d’une taxe Peillon. Il y avait cent cinquante euros par enfant, il ne les a pas consommés. Est-ce que vraiment ce que nous voulons donner à nos enfants – moi, je suis ministre de l’Éducation nationale, c’est en permanence un débat dans lequel on ne parle que d’argent plutôt que de parler de la qualité de ce qu’on offre à nos enfants, d’où leur situation en France. Deuxièmement, je reviens à monsieur COPÉ. Vous imaginez le débat aujourd'hui ? Un chef de parti qui dit : “ Je vais boycotter une réforme de l’État ”. Ça veut dire quoi ? Que monsieur COPÉ veut – et je vois d’ailleurs beaucoup d’élus UMP qui sont catastrophés – qui dit de laisser les enfants dans la rue à quinze heures trente, c’est ça qu’il propose. Car si vous n’organisez pas les activités périscolaires parce que vous boycottez, qu’est-ce que vous faites ? Vous mettez les enfants dans la rue. Ça, c’est de la responsabilité politique ? Nous, nous mettons de l’argent. Il n’y a pas d’inquiétude pour l’avenir. Nous accompagnons…

JEAN LEYMARIE
Il y a de l’inquiétude pour l’avenir chez les maires.

VINCENT PEILLON
Je viens de vous répondre : “ Ne vous inquiétez pas. Le Premier ministre recevra la semaine prochaine le président de l’AMF ”.

JEAN LEYMARIE
Donc on comprend peut-être une réponse la semaine prochaine du côté du Premier ministre. Je voudrais qu’on parle aussi de la formation des enseignants, puisque vous serez effectivement à Caen tout à l'heure, Vincent PEILLON, pour lancer très officiellement ces écoles supérieures du professorat. Nouveau système, nouvelle mouture. Est-ce que les trente écoles mises en place à la rentrée fonctionnent aujourd'hui ?

VINCENT PEILLON
Elles ouvrent aujourd'hui. Elles fonctionnent, on va aller s’en rendre compte sur le terrain. C’est une réforme fondamentale. Pour que les Français comprennent, on avait non seulement enlevé un demi-jour de classe aux enfants il y a quatre ans – c’est une catastrophe scolaire – et on a supprimé la formation des enseignants. Imaginez ! C'est-à-dire qu’on met devant les élèves des enseignants qui n’ont eu aucune formation pour enseigner. Nous remettons en place cette formation avec des écoles nouvelles qui vont permettre une entrée progressive dans le métier. Certains pourront, à partir de la deuxième année d’université, la troisième, choisir de s’orienter vers le métier d’enseignant et donc être accompagnés, dans une formation en alternance où ils auront à la fois des cours théoriques et des cours communs, et en même temps de la présence sur le terrain. C’est un modèle que nous n’avons jamais eu. Ça coûte vingt-sept mille postes sur les cinquante-quatre mille ou les soixante mille qui concernent l’éducation nationale. Ce qui donnera un résultat, parce que d’après tous les spécialistes, le facteur le plus important pour la réussite des élèves, c’est la formation des professeurs. Formation initiale, formation continue. Ces écoles ont une grande ambition, elles sont en train – il y en a trente en France – d’ouvrir partout sur le territoire. Elles accueillent des étudiants, bonne nouvelle ! : deux fois plus à Caen en Master I que l’année dernière ; ça veut dire qu’il y a des candidats lorsqu’on le propose. Nous allons voir comment ces écoles fonctionnent.

JEAN LEYMARIE
Très vite, le Premier ministre veut encadrer la communication des ministres. Matignon veut maintenant tout coordonner, on l’a entendu hier soir. Avez-vous demandé la permission avant de venir à France Info ce matin ?

VINCENT PEILLON
J’ai même demandé qu’on contrôle vos questions avant !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 octobre 2013

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