Entretien de M. Thierry Repentin, ministre des affaires européennes, avec RFI le 2 octobre 2013, sur les populations Rom au sein de l'Union européenne et sur la situation politique en Italie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Thierry Repentin, ministre des affaires européennes, avec RFI le 2 octobre 2013, sur les populations Rom au sein de l'Union européenne et sur la situation politique en Italie.

Personnalité, fonction : REPENTIN Thierry.

FRANCE. Ministre des affaires européennes

ti :
Q - Le président de la République devrait sortir de son silence ce matin sur la question des Roms au Conseil des ministres ?

(...)

R - Il s'agit d'un dossier qui n'est pas simple. L'assimilation d'une population étrangère avec un mode de vie qui n'est pas celui choisi par la grande majorité de nos concitoyens, interpelle les consciences et doit inciter les gouvernements à prendre des initiatives pour l'intégration de ces populations.

Comme ministre des affaires européennes, je me sens en première ligne car nos concitoyens l'ignorent mais c'est une compétence de l'Union européenne, qui a mis en place des fonds permettant aux États membres d'avoir des programmes spécifiques pour ces populations, que ce soit dans les pays d'accueil ou dans les pays dont ils sont originaires, par exemple en Bulgarie, en Hongrie, ou en Roumanie.

Ma responsabilité, c'est de m'assurer que dans les pays d'origine, les gouvernements fassent aussi le nécessaire pour intégrer les populations Rom qui y vivent.

Q - On va parler de cet aspect des choses dans un instant, mais sur votre blog vous écrivez : «depuis quelques jours circulent de nombreuses contrevérités sur l'Union européenne».

R - (...) Il n'y a aucun lien entre l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à Schengen et le fait que les Rom bulgares ou roumains, peuvent comme vous et moi se déplacer dans tous les pays de l'Union européenne, y compris dans ceux qui ne sont pas dans l'espace Schengen, comme le Royaume-Uni ou l'Irlande. La seule différence lorsqu'un état rejoint l'espace Schengen, c'est qu'on ne montre plus de papier d'identité à la frontière. Et à l'heure où je vous parle la décision d'ouvrir l'espace Schengen est loin d'être prise. C'est une décision qui devra être prise à l'unanimité des 28 pays de l'Union européenne, et en l'état nous pensons que ce ne sera pas le cas, compte tenu du fait qu'il y a encore des carences au niveau du contrôle des frontières externes dans ces deux pays.

Q - La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a fait savoir il y a quelques jours que - je la cite - la France n'était pas favorable à l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen, en estimant que les conditions ne sont pas réunies. Il y a deux mois, en juillet, vous étiez avec lui, Jean-Marc Ayrault en visite à Bucarest avait déclaré, je le cite là aussi, que la France avait proposé comme mesure immédiate l'ouverture des frontières aériennes de Schengen pour la Roumanie et la Bulgarie. Qu'est-ce qui s'est passé en deux mois, on a réalisé qu'il y avait des élections municipales en mars et que le débat sur les Rom ayant pris les proportions qu'il a prises, il fallait apaiser la situation ?

R - Non, nous attendions un rapport de la Commission européenne, un mécanisme de vérification en quelque sorte, pour savoir quels efforts sont faits par ces pays en matière de sécurité, quelles actions sont mises en oeuvre pour sécuriser les frontières. Nous espérions que ce soit un rapport très positif, il ne le sera vraisemblablement pas ; il sera connu d'ici quelques semaines.

La France ne sera pas la seule à se prononcer sur l'entrée de ces pays dans l'espace Schengen. Ce sont 28 pays qui doivent prendre la décision à l'unanimité. Nous estimons pour notre part qu'il y a encore des efforts à faire pour l'ouverture de Schengen.

Q - Le ministre roumain des affaires étrangères sera notre invité ici même vendredi matin. Qu'est-ce que vous auriez à lui dire ?

R - Je le salue avec sympathie par avance. Il est très francophile. Je lui dis que la France sera à ses côtés au sein de l'Union européenne pour mobiliser l'Europe, pour des fonds qui puissent venir accompagner les efforts du gouvernement de M. Ponta. Et je loue la responsabilité de ce Premier ministre roumain. Le gouvernement précédent n'avait pas fait les efforts nécessaires pour l'intégration des Roms dans leur propre pays. Donc la France est aux côtés de la Roumanie.

Q - C'est aujourd'hui que le gouvernement italien va affronter le vote de confiance au Parlement. Silvio Berlusconi, on le sait, veut faire chuter le gouvernement, est-ce que vous êtes inquiet pour la situation politique en Italie ?

R - Il s'agit de la situation politique en Italie mais aussi en Europe parce que l'Italie est un grand pays de l'Union européenne. S'il y a une crise qui dure en Italie, on peut imaginer que cela puisse déstabiliser son économie. Par ailleurs, Enrico Letta, depuis son arrivée, est un allié important de la France dans l'Union européenne. Les Italiens ont été à nos côtés lorsqu'il a fallu convaincre les autorités bruxelloises, notamment pour que nous ayons une ligne spécifique pour l'accompagnement des jeunes en recherche d'emploi. Enrico Letta a aussi été à nos côtés pour l'élargissement d'ERASMUS à des jeunes qui ne sont pas forcément étudiants - apprentis, jeunes en formation. C'est aujourd'hui, d'une manière générale, un allié de la France pour rééquilibrer l'Union européenne vers la croissance et l'emploi.

Q - Mais craignez-vous aujourd'hui que le gouvernement ne chute ou qu'un certain nombre d'élus du parti de Berlusconi ne suive pas la consigne ?

R - Je pense qu'il y a une prise de conscience et que peut-être une page va se tourner en Italie, en tout cas je l'espère, pour que M. Letta puisse continuer à être là où il est, en partenaire de la France dans le concert européen.

Q - Vous redoutez les conséquences économiques si le gouvernement italien chute ?

R - Nous avons besoin d'une Italie forte qui porte des grands projets. Avec la France, par exemple, il y a un grand projet de liaison ferroviaire Lyon/Turin. Et il y aura un sommet franco-italien à la fin de l'année sur beaucoup d'autres projets.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 octobre 2013

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