Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RTL le 7 octobre 2013, sur la réforme des rythmes scolaires et l'échec scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à RTL le 7 octobre 2013, sur la réforme des rythmes scolaires et l'échec scolaire.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


LAURENT BAZIN
Jean-Michel APHATIE, vous recevez ce matin le ministre de l'Éducation nationale Vincent PEILLON.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Vincent PEILLON.

MONSIEUR LE MINISTRE VINCENT PEILLON
Bonjour Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Depuis la rentrée, quatre mille communes en France expérimentent la semaine de quatre jours et demi dans les écoles primaires. Plusieurs problèmes, beaucoup de mécontents. Vous-même, Vincent PEILLON, que dites-vous de cette réforme ce matin ?

VINCENT PEILLON
C'est une très grande réforme qui est en train de réussir, vous l'avez dit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez le sentiment qu'elle est en train de réussir ?

VINCENT PEILLON
Oui, oui. Quatre mille communes, une qui est bloquée, quelques-unes qui éprouvent des difficultés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Une qui est bloquée ? à Aubervilliers par exemple ?

VINCENT PEILLON
Des difficultés à Aubervilliers, quelques-unes qui ont des difficultés. Elles sont évidentes devant une si grande réforme. Et beaucoup d'endroits où ça se passe très bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les problèmes dont on parle sont minoritaires, ces classes auxquelles parfois des gens veulent faire des activités périscolaires et ces classes auxquelles ils n'ont pas accès parce que les enseignants ne veulent pas les laisser rentrer ; ces cours de danse prévus qui deviennent des cours de pâte à sel parce que l'animateur n'est pas capable de faire ce pourquoi on l'attend…

VINCENT PEILLON
Bien sûr, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Des élèves qui sont un peu perdus dans l'école parce qu'ils ne savent pas où aller après les cours.

VINCENT PEILLON
Bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout ça, c'est minoritaire ?

VINCENT PEILLON
Bien sûr. D'abord c'est minoritaire, mais deuxièmement c'est normal. Vous ne pouvez pas imaginer que vous allez faire un tel changement qui est considérable – la preuve, c'est qu'il n'a jamais été fait alors que tout le monde dit qu'il fallait le faire. Pourquoi ? Parce que c'est difficile. L'éducation nationale a repris le mercredi matin : c'est l'essentiel ; que les parents le comprennent. Nos enfants doivent mieux apprendre à lire, à écrire, à compter. Il y a une dégradation du niveau scolaire français. Nos enfants sont pénalisés. Pourquoi ? Parce que ce sont les enfants du monde à qui l'on donne le plus mauvais temps scolaire, et donc il fallait rétablir cela. Tout le monde est d'ailleurs d'accord pour le faire. Ça, c'est les trois heures du mercredi matin. Nous les avons reprises mais il fallait en même temps, évidemment, diminuer la journée de classe. Six heures pour un petit en CP, vous n'êtes pas bon pour être vigilant, attentif, pour apprendre à lire, écrire, compter à seize heures. C'est pour ça qu'on l'a mis le mercredi matin et donc, il faut libérer ce temps. Ça suppose une nouvelle organisation qui relève de la responsabilité des collectivités locales, je tiens à le dire. L'éducation nationale fait bien son travail, elle reprend le mercredi matin. Et donc, elles doivent s'organiser, que cette organisation soit nouvelle, difficile à mettre en place, au bout d'un mois c'est tout à fait naturel.

JEAN-MICHEL APHATIE
En termes de rythme scolaire purs, certains disent : « Ce n'est pas le mercredi matin qu'il aurait fallu reprendre, c'est le samedi matin parce que le mercredi matin, les enfants sont très fatigués et finissent la semaine dans un état de fatigue important ».

VINCENT PEILLON
Non !

JEAN-MICHEL APHATIE
Cette critique revient très souvent de la part des parents : « Mon enfant est très, très fatigué ».

VINCENT PEILLON
Oui, mais c'est tout à fait inexact.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! s'ils le disent, peut-être qu'ils le constatent !

VINCENT PEILLON
Laissez-moi argumenter, si vous le voulez bien. D'abord la pause du mercredi. Par tous ceux qui sont les chronobiologistes, l'académie de médecine, elle est mauvaise et elle provoque de la fatigue parce qu'elle provoque une rupture de rythme. Chacun peut le comprendre. Y compris dans les pratiques des parents : on ne fait pas pareil le mardi soir. Là, il va falloir changer. Deuxièmement, ce qui fatigue les enfants c'est les journées les plus longues. Mais les mêmes qui disent : « Les enfants sont fatigués », lorsqu'on veut détendre leur temps scolaire viennent et disent : « On voudrait plus d'activités, davantage d'activités ». Les activités, vous l'avez dit à l'instant, la pâte à sel : moi, je ne maîtrise pas, ni le repos, ni écouter de la musique. Quand je dis qu'il faut une journée de classe de cinq heures et quart, ce n'est pas pour rajouter dans les trois quarts d'heure une hystérie d'activités. Et les mêmes qui se plaignent de la fatigue sont ceux qui veulent souvent plus d'activités. Donc il faut que chacun revienne à la raison dans une idée qui est simple, qui est l'intérêt de l'enfant. Cette réforme est d'ailleurs incontestée quand vous regardez bien de tous, et même d'anciens ministres de droite soutiennent cette réforme comme l'académie de médecine, comme l'ensemble des parlementaires qui ont voté plusieurs fois. À un moment, un rapport, une concertation, ce n'est pas simplement pour rester dans un tiroir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas question de changer quelque chose pour vous, Vincent PEILLON, à cette étape ?

VINCENT PEILLON
D'abord, nous devons réussir ce que nous sommes en train de faire et moi je m'intéresse plutôt qu'à ceux, les dix, les vingt qui grognent sur quatre mille – car tout n'est pas fait divers : de temps en temps la France peut faire des réformes de structure – aux trois mille qui travaillent bien, qui sont en train de dire : « Oui, il y a quelques difficultés, il faut ajuster ». C'est la bonne volonté qui compte, pas la mauvaise volonté. C'est la raison qui compte, ce n'est pas l'émotion. C'est le temps long, ce n'est pas le temps court et l'instant. C'est d'une certaine façon la capacité de construire ensemble des solutions plutôt que de désigner l'autre, toujours comme le responsable des échecs – les parents, les professeurs, les animateurs, les collectivités locales, le ministre. Donc à un moment, la France doit se redresser, elle doit le faire, je le dis depuis le début, autour de ses enfants. Vous êtes sur le teste, à un moment quand on sait où est le juste chemin, est-ce qu'on l'emprunte quand ça demande un effort, où est-ce qu'on s'arrête et on fait demi-tour ? On ne fera pas demi-tour.

JEAN-MICHEL APHATIE
« On ne fera pas demi-tour », c'est dit. Vous êtes, si vous me passez l'expression, droit dans vos bottes ce matin Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Ce n'est pas mon état d'esprit, parce que je veux le dialogue. Je pars pour Grenoble, je veux la discussion. J'ai bien compris. Vous savez, l'élève c'est celui qu'on doit élever, que je dois entraîner, chacun. Il y a des résistances. On connaît l'éducation nationale. Si on dit à l'un ou à l'autre : « C'est de ta faute », on va tout bloquer. Je ne le souhaite pas. Un des aspects intéressants de cette réforme, c'est qu'elle oblige aussi dans un pays en tuyau, où personne ne parle à personne, elle oblige les uns et les autres – les professeurs, les animateurs, les associations, les collectivités locales – à se parler et à construire ensemble un projet éducatif. Priorité aux enfants, priorité aux élèves, priorité à la réussite éducative, priorité à l'épanouissement des enfants. Je n'en bougerai pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous dialoguerez tout à l'heure avec des parents d'élèves à partir de huit heures quinze, et sans doute des professeurs aussi qui vous interpelleront sur RTL. Toutes les communes seront concernées par la réforme des rythmes scolaires l'année prochaine, dès 2014 ? Vous allez tenir le calendrier ?

VINCENT PEILLON
Le président de la République avait souhaité laisser du temps aux communes, souvenez-vous. Elles ont eu dans le fond presque deux ans pour se préparer.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour s'adapter.

VINCENT PEILLON
Et donc maintenant, il faut y aller et donc c'est bien à la rentrée 2014…

JEAN-MICHEL APHATIE
Que toutes les écoles en France auront le même régime.

VINCENT PEILLON
Toutes les écoles en France auront le même régime et d'ailleurs, le fait qu'elles ne l'aient pas aujourd'hui pose – imaginez pour les transports scolaires, pour les familles qui ont des enfants dans des lieux différents – un certain nombre de difficultés. Bien entendu, il faut en même temps que nous sommes en train de remettre en place la formation des enseignants, des moyens dans le primaire, un service du numérique, que nous accompagnions mieux les enfants en situation de handicap. Il faut faire aussi la réforme qui est peut-être la plus difficile pour les adultes, mais elle est dans l'intérêt des enfants.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous constatons ce matin, Vincent PEILLON, pour parler politique, qu'à Brignoles dans le Var, lors d'une élection cantonale partielle, le candidat du front arrive très largement en tête, risque très probablement – ou sera très probablement élu dimanche prochain conseiller général. C'est un échec pour le gouvernement ?

VINCENT PEILLON
Écoutez, en tous cas il faut… Il y a un deuxième tour.

JEAN-MICHEL APHATIE
La gauche est éliminée.

VINCENT PEILLON
Nous sommes clairs et nous appelons à faire barrage au Front National.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un échec, tout simplement ?

VINCENT PEILLON
Je crois, vous savez, les échecs politiques commencent toujours par des démissions intellectuelles. Je le dis pour tous : par rapport au Front National, il faut à la fois être très clair sur la démarche politique et donc, nous, nous appelons à faire barrage au Front National. Deuxièmement, très clairs sur les thèmes que nous utilisons dans le débat politique et aux mots que nous utilisons. De ce point de vue, pour la France, qui depuis des années…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est transmis au ministre de l'Intérieur, ça.

VINCENT PEILLON
Non, pas du tout. Pas du tout ! C'est essentiellement transmis à la droite. La dérive, elle est depuis des années – je regardais encore un sondage ce matin – sur la montée du racisme, la discrimination et il faut mettre dans le débat public des thèmes qui ne favorisent pas ceux qui sont toujours à exalter la haine de l'autre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vincent PEILLON, ministre de l'Éducation, invité de RTL et qui reste avec nous.

LAURENT BAZIN
Oui, avec les auditeurs évidemment, 32 10 et 64900 code matin pour toutes vos questions au ministre de l'Éducation. À tout à l'heure, huit heures et quart !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 octobre 2013

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