Déclaration de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, sur le rôle de la presse professionnelle et l'importance de la formation professionnelle, Paris le 16 octobre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, sur le rôle de la presse professionnelle et l'importance de la formation professionnelle, Paris le 16 octobre 2013.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social

Circonstances : Remise du prix du palmarès de la presse professionnelle à Paris le 16 octobre 2013

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Permettez-moi tout d'abord de vous dire mon plaisir d'être ce soir parmi vous et de saluer l'association qui vous regroupe, PRESSE PRO, et qui fait vivre votre réseau.

La presse professionnelle remplit un rôle important d'information et d'expression des acteurs de chaque secteur professionnel. Elle est, dans beaucoup de cas, un indispensable outil de travail et de compréhension des enjeux. Je crois pouvoir dire devant vous que vous avez largement la confiance des acteurs professionnels.

Je veux commencer par vous raconter une anecdote. J'étais en déplacement dans le Maine-et-Loire, en mai dernier, et je participais à la signature d'un contrat de génération dans une entreprise d'aménagement paysager. Le fondateur de l'entreprise venait de passer le relais à son fils. Et, pour cesser progressivement son activité tout en formant celui qui le remplacerait pour épauler son fils, il avait tout juste proposé un contrat de génération à un jeune de 26 ans. Je lui ai demandé comment il avait eu vent du dispositif contrat de génération. Sa réponse a été très claire : par sa presse professionnelle. J'en déduis deux choses : non seulement elle est lue, mais surtout elle est crue et elle compte pour les professionnels de tous secteurs. Mon encouragement est donc le suivant : persévérez dans la voie de la qualité de l'information,

- une information approfondie, sereine, qui n'existe pas que par la polémique mais qui est pourtant sans concession ;
- une information dont l'utilité est prouvée. Je le dis en particulier en pensant aux politiques que mène mon ministère – mais ce n'est pas exclusif : il y a des dispositifs qui peuvent être particulièrement utiles pour les professionnels et votre rôle de relais pour les faire connaître est essentiel. Par relais, vous vous en doutez, je ne veux pas dire courroie de transmission, mais commentateur informé et critique – au sens noble du terme.

J'en profite, par la même occasion, pour saluer la presse professionnelle du champ social, que je connais mieux, et dont je peux personnellement attester de la qualité et de l'intérêt.

Je tiens donc à réaffirmer ici mon attachement à cette littérature et au recul qu'elle est capable de prendre par rapport à l'actualité. Dans la société de l'information, le temps réel ou la pression de l'audimat aiguisent une concurrence qui se fait souvent au détriment de la qualité de l'information et, en tout état de cause, augmente la conflictualité de chaque débat. Votre modèle économique et éditorial est tout autre et je pense qu'il est plus vertueux – ce qui ne veut pas dire qu'il est sans difficulté.

A la place qui est la mienne, je voudrais tenir ici un propos sur le travail et sur la dimension professionnelle qui est le cœur de votre sujet. Pour parcourir le monde du travail, je ressens un nouveau besoin. Les lois Auroux ont créé le droit d'expression dans les entreprises, avancée capitale qui concernait la marche de l'entreprise ou les conditions de travail. Aujourd'hui, je plaide pour une deuxième génération de lois Auroux, offrant un droit d'expression non pas dans l'absolu, mais sur ce qui fait le métier, l'acte lui-même de travailler, ce qui constitue le bon travail et le mauvais travail, les bonnes et les mauvaises méthode. L'enjeu est là. A travers lui, il s'agit de redonner aux travailleurs une prise sur leur travail et par la même du sens à celui-ci. La presse professionnelle a quelque chose de fondamental à apporter à cet échange sur le métier. Elle est, et peut-être encore davantage, le carrefour des expressions sur ce que c'est que travailler, innover dans son travail, initier de nouvelles méthodes ou de nouveaux procédés, faire retour sur une expérience (réussie ou non). La presse professionnelle, pour le dire d'une autre manière, doit être une forme d'agora de cette démocratie du travail qui se cherche.

C'est un mouvement profond, qui va bien au-delà de la presse professionnelle, concerne l'organisation du travail, la place du dialogue social, la capacité de construire des actions collectives et des buts partagés, mais la presse professionnelle peut en être un ciment comme elle est déjà, aujourd'hui, un trait d'union entre les acteurs d'un même secteur. Son rôle est donc loin d'être marginal dans l'approche du travail qui est la mienne.

J'ajoute que les formes du travail sont en évolution. En plus du savoir-faire et des compétences, travailler suppose un véritable savoir social et communicationnel, qui incorpore aujourd'hui plus qu'hier de l'information – tant celle que l'on reçoit que celle que l'on donne. Disposer ainsi de ressources informationnelles précises et fiables est de plus en plus décisif. J'entends, d'ailleurs, madame la présidente, que vous allez dans ce sens en disant vouloir assumer le caractère utilitaire de la presse professionnelle et contribuer de ce fait à rendre le lecteur plus opérationnel dans son travail. C'est un objectif judicieux et sans doute la condition pour maintenir un lien étroit avec les différents milieux professionnels.

Cela relève-t-il des dépenses de la formation professionnelle ? Je veux vous répondre. Les entreprises ont la possibilité d'imputer des abonnements à des publications scientifiques, techniques, financières, économiques ou professionnelles sur leur obligation de participation à la formation de leurs salariés. Je veux vous rassurer sur ce point. Mais vous comprendrez aussi que ces dépenses doivent clairement concourir au développement des compétences des salariés en se rattachant par exemple à une action de formation ou à un centre de formation interne à l'entreprise dont les abonnements viendraient nourrir et actualiser l'expertise. En ce sens, c'est tout un modèle économique à faire bouger. Je sais que vous en êtes conscient et que le défi est de taille.

J'entends, madame la présidente, votre interpellation sur les autres sujets. En effet, conformément à l'engagement du Président de la République, les aides à la presse seront réformées et bénéficieront à la presse d'information politique et générale, mais cela ne veut pas dire que nous méconnaissons la contribution à l'intérêt général de la presse professionnelle. Je tiens à vous le dire pour qu'il n'y ait pas d'ambigüité sur le sujet. Par ailleurs, la presse spécialisée bénéficiera de l'accès au Fonds stratégique de développement de la presse pour ses projets innovants durant les deux prochaines années et pour lui permettre de réussir sa mutation numérique ou, en tous les cas, de réduire sa dépendance au papier. La transition sera donc progressive et le plus en douceur possible.

Voilà, mesdames et messieurs, il ne me reste plus qu'à saluer les lauréats dans les diverses catégories, en insistant sur celles qui relèvent des nouvelles technologies et des nouveaux supports, preuve que la presse professionnelle sait être innovante et se déployer de manière différente, moderne, en lien avec le progrès technologique qui, loin de vous fragiliser, doit vous rendre plus forts et plus lus. Je sais que cela implique des changements importants, mais vous avez montré vos capacités à faire face et, en tous les cas votre pleine conscience des enjeux. Je ne peux que vous souhaiter de réussir la conversion.


Je vous remercie.


Source http://travail-emploi.gouv.fr, le 18 octobre 2013

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