Interview de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative à RMC le 17 octobre 2013, sur l'interpellation et l'expulsion de la jeune collégienne kosovar Léonarda Dibrani, en situation irrégulière. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative à RMC le 17 octobre 2013, sur l'interpellation et l'expulsion de la jeune collégienne kosovar Léonarda Dibrani, en situation irrégulière.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans l'affaire de la petite Léonarda et de sa famille, parce qu'elle n'est pas seule, c'est toute une famille qui a été expulsée, George PAU-LANGEVIN, beaucoup à gauche, et notamment à l'extrême gauche, enfin, la gauche de la gauche, si vous préférez, ou à l'extrême gauche aussi, beaucoup demandent la démission de Manuel VALLS ; est-ce qu'on doit aller jusque-là ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Non, quand même, ce n'est pas la question, simplement, je pense que, effectivement, les préfets doivent faire respecter la loi, donc je ne conteste pas que dans un certain nombre de cas, ils aient une tâche difficile pour faire respecter les OQTF. Mais nous estimons que ceci doit se combiner avec le respect absolu de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui nous demande de respecter l'intérêt supérieur de l'enfant. Et par conséquent, il me semble que nous sommes fondés à souhaiter que le milieu scolaire et les sorties scolaires soient tenus en dehors de ce type de difficulté qui est dramatique pour tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, faut-il, faut-il aujourd'hui… est-ce que l'Etat français doit permettre le retour de Léonarda et de toute sa famille en France ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Le Premier ministre a indiqué qu'une enquête administrative était ouverte et que s'il y avait eu non-respect de la loi, effectivement, cette possibilité pouvait s'envisager. Mais je pense qu'il faut qu'on réfléchisse plus largement, et vraiment se dire que, au-delà de ce cas, qui est un cas qui a créé beaucoup d'émotion, parce que c'est spectaculaire d'intervenir dans un bus, eh bien, il faut impérativement penser qu'on doit faire respecter la loi, mais on doit respecter aussi les droits fondamentaux des personnes et notamment l'intérêt supérieur de l'enfant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut sanctuariser l'école ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Nous le souhaitons, nous le souhaitons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi sanctuariser l'école ? Vous souhaitez une sanctuarisation de l'école, ça veut dire quoi concrètement ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Eh bien, c'est-à-dire que ce genre d'interventions, qui sont des interventions quand même un peu spectaculaires, ne se passent pas dans le cadre de l'école, ni à l'extérieur, aux abords des écoles, ni d'ailleurs dans une sortie scolaire, qui est le prolongement de l'école. Une circulaire d'ailleurs de 2005 recommandait d'éviter ce type d'action, qui avait causé beaucoup d'émotion, vous vous souvenez, on avait arrêté des parents aux alentours de l'école, et monsieur Nicolas SARKOZY avait recommandé de ne pas procéder de la sorte. Par conséquent, il me semble que, aujourd'hui, cette règle, non écrite ou écrite, demeure et que, par conséquent, autant que possible, les enfants, les mineurs soient tenus à l'extérieur de ces problèmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
George PAU-LANGEVIN, doit-on – j'étends ma question – doit-on laisser aux enfants non régularisés la possibilité d'aller jusqu'à la fin de leur cycle scolaire ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Alors, pour l'instant, par exemple, pour les expulsions de campements, souvent, on demandait que l'année scolaire soit terminée, je pense qu'aujourd'hui, s'il faut renforcer la loi, il appartient aux parlementaires de se prononcer et de prendre des initiatives en ce sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Parce que toute la famille, en ce qui concerne Léonarda, est en situation irrégulière, était en situation irrégulière en France, faire revenir Léonarda et peut-être sa soeur qui est aussi scolarisée, et qui parle parfaitement français, les faire revenir, c'est les séparer de leur famille aussi, George PAU-LANGEVIN !

GEORGE PAU-LANGEVIN
Voilà, c'est ça. C'est pourquoi la situation est souvent délicate, c'est que les autorités administratives ont le choix entre rassembler les familles, faire en sorte qu'elles soient ensemble, et ça aussi, c'est un droit fondamental de l'enfant, et en même temps, de faire respecter la loi, et évidemment, le fait que, aujourd'hui, dans le droit français, le fait qu'on soit en famille et qu'on soit scolarisé n'est pas un motif suffisant pour éviter une reconduite à la frontière ; donc ce n'est pas une situation simple, mais je pense que, en général, il appartient aux préfets d'essayer de concilier ces impératifs contradictoires avec un maximum d'humanité. C'est d'ailleurs, en général, ce qui se passe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La loi, c'est la loi, c'est un mauvais signe que l'on donne, si jamais on permet à cette famille de revenir en France, qu'est-ce que vous répondez ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Eh bien, c'est bien ce que je dis, je pense que, effectivement, actuellement, la loi ne prévoit pas que le simple fait d'être scolarisé est une raison pour laquelle ils sont reconduits à la frontière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut changer la loi, George PAU-LANGEVIN ? Est-ce qu'il faut…

GEORGE PAU-LANGEVIN
Mais je pense que si les parlementaires veulent changer la loi, ils…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ? Vous y êtes favorable ou pas ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je pense en tout cas que dans la majeure partie des cas, il est tout à fait possible de concilier le respect de la loi et l'humanité, et, me semble-t-il, il faut faire attention à ce que ce type d'accident ne se reproduise pas dans le cadre scolaire.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 octobre 2013

Rechercher