Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 18 octobre 2013, sur l'interpellation et l'expulsion de la jeune collégienne kosovar, Léonarda Dibrani, en situation irrégulière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 18 octobre 2013, sur l'interpellation et l'expulsion de la jeune collégienne kosovar, Léonarda Dibrani, en situation irrégulière.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si aujourd'hui, l'enquête administrative conclut à l'erreur et à des abus, est-ce que le ministre de l'Intérieur doit démissionner instantanément ?

VINCENT PEILLON
Certainement pas. Vous savez, je crois et j'entends qu'il y aurait des polémiques au gouvernement, non, il y a une politique du gouvernement. C'est celle que nous appliquons ensemble et dans ce registre, c'est celle qu'applique avec fermeté mais beaucoup d'humanité Manuel VALLS.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais au contraire, si l'enquête démontre que tout a été fait dans les règles, est-ce que vous, vous démissionnez ou vous présentez au moins des excuses ?

VINCENT PEILLON
Mais ce n'est pas du tout… vous en faites une question de personne ou de carrière. Il arrive qu'il y a en France un certain nombre de choses qui relèvent du droit et des principes. Donc si vous voulez bien, je veux vous dire quelle est cette politique du gouvernement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien mais…

VINCENT PEILLON
Dont je viens de vous parler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce qui a été remarqué c'est que mercredi, à la sortie du Conseil des ministres, vous attaquez de votre propre initiative un de vos collègues dans la cour de l'Elysée, c'est-à-dire dans la maison du président de la République. Pourquoi avoir provoqué et peut-être même affaibli le président de la République ?

VINCENT PEILLON
J'ai fait l'inverse et j'aimerais que vous citiez les propos qui sont les miens, car il est important

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Absolument : « qu'on respecte des règles de droit, qu'on sanctuarise l'école, que cette situation ne se renouvelle pas ». Alors vous donnez donc l'impression tout de suite que Manuel VALLS avait agi hors-la-loi.

VINCENT PEILLON
Je soutiens… alors ajoutez « je soutiens Manuel VALLS qui, ce matin même, avait demandé – en coordination évidemment avec nous tous – une enquête administrative dont on aura les résultats aujourd'hui ». Et vous verrez, c'est d'ailleurs ce qui est en train de se produire, que les choses sont simples. Il y a les règles du droit, bien entendu un pays doit être capable de maîtriser ses flux migratoires. Notre pays – et je le dis aux Français – il est généreux, il accueille, il a des voies de recours, c'est un Etat de droit. Et puis il y a des gens qui ne les respectent pas, il faut à ce moment-là et c'est tout à fait naturel…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais…

VINCENT PEILLON
Permettez-moi, qu'on les reconduise alors à la frontière. Mais dans l'application de ces règles, il y a un principe qui va être compris très rapidement. C'est lorsqu'il s'agit de mineurs, ils ne portent pas la faute des parents, lorsqu'ils sont scolarisés on n'intervient pas dans le cadre de la scolarité ou plus globalement de la vie scolaire. Et c'est cet équilibre qui provoque…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord mais qu'est-ce qu'a fait alors Manuel VALLS, qu'est-ce qu'ont fait les policiers, est-ce qu'ils n'ont pas respecté les règles, le droit et les lois de la République ?

VINCENT PEILLON
Mais c'est bien ce que Manuel VALLS comme nous tous, nous voulons savoir, et c'est pour ça qu'il a diligenté…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc aujourd'hui, on ne le sait pas ?

VINCENT PEILLON
Il a diligenté le matin même une enquête administrative. Ce qui est certain c'est que lorsque vous êtes dans le cadre d'une sortie scolaire, c'était le cas, vous êtes donc dans la vie scolaire, et jusque-là… et nous continuons, c'est pour ça que nous parlons de sanctuarisation de l'école, c'est un point commun à nous tous, et on ne doit pas intervenir dans ce temps-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vincent PEILLON, vous ne vous êtes pas trop précipité, vous le philosophe qui donnez des perspectives, qui avez la longue durée, vous sortez du Conseil des ministres et tout de suite vous intervenez, ça, ça a choqué, est-ce que vous pourriez reconnaître que vous avez agi avec peut-être de l'émotion ?

VINCENT PEILLON
Ah ! Certainement pas. Dès le mardi… d'abord vous savez, je suis effectivement – c'est une recommandation cartésienne – contre la précipitation. Simplement et vous voyez bien que c'est comme ça d'ailleurs que les choses se déroulent, et il n'y a pas de conflit dans le gouvernement, je le redis, il n'y a pas de polémique dans le gouvernement, il y a une politique du gouvernement. Je vous la rappelle et je l'ai rappelé, c'est d'une part les règles de droit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est bien, on a entendu.

VINCENT PEILLON
Et deuxièmement, c'est la sanctuarisation de l'école.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République devrait s'exprimer bientôt et probablement son soutien à Manuel VALLS. Ce matin, est-ce que vous lui demandez de faire revenir Leonarda, avec ou sans sa famille ?

VINCENT PEILLON
Mais ce n'est pas à moi de prendre une décision ou de demander, il y a une enquête, nous avons à respecter les règles du droit. Ce que je dis, c'est…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous personnellement ?

VINCENT PEILLON
Moi personnellement ce que je dis, mais ce n'est pas personnel, c'est : il ne faut pas intervenir dans le cadre scolaire, nous ne le faisons jamais, il semble que là, ça se soit produit. Ça suscite l'émotion que vous voyez, elle est compréhensible, et donc il ne faut pas que cela se reproduise. S'il faut préciser, c'est ce que dira l'enquête, des règles de droit, s'il faut codifier davantage pour que cela soit mieux compris, il faudra le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dit qu'il va y avoir un élargissement d'une circulaire de 2012, est-ce que vous la confirmez ?

VINCENT PEILLON
Et qu'est-ce qu'elle dira ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'elle dira ? D'après ce qu'on entend, c'est que l'école est sanctuarisée, ce que disait Manuel VALLS tout de suite, et aussi le temps de la vie scolaire…

VINCENT PEILLON
Alors vous reprochez…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que c'est le temps de la vie scolaire ?

VINCENT PEILLON
Vous me reprochez d'avoir dit ce qui serait le propos même de Manuel VALLS, et vous voudriez nous opposer. Moi, je lui affirme ma solidarité, je considère que c'est un excellent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quand vous êtes intervenu – encore une fois – dans la cour de l'Elysée, dans la présidence de la République, en sortant tout seul d'un Conseil des ministres, vous n'avez pas donné le sentiment de… on efface peut-être ce que l'on va dire mais vous n'avez pas donné le sentiment de venir à son secours. Et vous avez donné le sentiment à quelques-uns des ministres de la gauche et du PS d'être gêné par la popularité de Manuel VALLS aussi.

VINCENT PEILLON
Mais enfin, vous imaginez sur quel principe on est, des vies humaines, les règles du droit, l'asile, l'immigration, je suis le ministre de l'Education nationale et vous êtes en train de m'expliquer que les considérations qui seraient les miennes… vous avez vu des milliers de jeunes hier dans la rue, je leur demande d'ailleurs maintenant de rentrer dans les établissements, cette émotion qu'ils ont ressentie, tous ceux qui connaissent notre histoire la ressentent. Maintenant, nous allons… nous ne sommes pas là pour faire des commentaires ou créer des problèmes, apporter des solutions qui sont conformes à nos règles de droit et qui sont conformes à nos valeurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais parce que chaque jour, la police expulse des illégaux qui sont souvent en situation douloureuse, personne ne proteste, même pas vous…

VINCENT PEILLON
Pour la raison que je viens de vous expliquer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout le temps, parce qu'on applique le droit.

VINCENT PEILLON
Mais pour la raison que je viens de vous expliquer. Vous imaginez ce qu'est… mais enfin écoutez Jean-Pierre ELKABBACH, un enfant mineur, ça protège non seulement cet enfant, c'est un grand principe, il n'est pas responsable des fautes de ses parents, et deuxièmement ça protège tous les autres enfants. Vous les voyez dans la rue parce qu'ils sont émus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous venez de dire que vous demandez aux lycéens de rentrer et de retourner dans les classes…

VINCENT PEILLON
Bien naturellement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous leur demandez aussi d'éviter d'être instrumentalisés par des manipulateurs, quels qu'ils soient ?

VINCENT PEILLON
Je n'ai pas à juger les uns les autres, à caractériser, à dire où est le bien et le mal, à entrer – comme vous le souhaitez – dans des conflits de personne. Il y a des règles, il y a eu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas moi…

VINCENT PEILLON
Un problème, ce problème nous le voyons, il ne porte pas sur l'application des règles de droit, il porte sur les usages qui sont les nôtres par rapport à la scolarité, ce problème va être réglé. Et donc je demande effectivement aux lycéens de ne pas tout amalgamer, et je leur demande en même temps – puisqu'ils veulent le droit à l'éducation – de ne pas bloquer ceux qui souhaitent entrer dans leur lycée, je leur demande maintenant effectivement de rentrer dans leurs établissements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec Jean-Marc AYRAULT dans une heure, vous allez installer le Conseil supérieur ou national de l'éducation-économie, il sera présidé par Jean-Cyril SPINETTA, c'est-à-dire qu'on ouvre ou on va marier davantage l'école et l'entreprise.

VINCENT PEILLON
On va les marier mieux parce qu'elles le sont déjà, vous savez nous avons 700.000 lycéens dans les lycées professionnels, on n'en parle pas assez, nous avons 700 diplômes professionnels qui sont gérés, à la fois par l'Education nationale et par les branches professionnelles. Mais il y a des difficultés et vous les connaissez : les 150.000 décrocheurs, les orientations qui sont subies pour beaucoup d'élèves, il y a en même temps la nécessité de se préparer à l'avenir, c'est-à-dire que les formations doivent changer très vite et s'adapter au monde. Et donc il faut un dialogue constant entre les régions qui ont la compétence économique, l'Etat et bien entendu les entreprises. Et ce Conseil, il a cette vocation, animer ce dialogue, faire qu'il soit plus précis et aussi prévoir l'avenir, l'anticiper, préparer les métiers de demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur les rythmes scolaires, monsieur le ministre de l'Education nationale vous avez promis des améliorations, j'ai envie de dire quand, on entendait tout à l'heure à 8 heures un reportage très intéressant sur des parents qui réclamaient le samedi matin, c'est ça, quand et quels types d'amélioration ?

VINCENT PEILLON
Il ne faut pas confondre le scolaire et le périscolaire, ma responsabilité c'est le scolaire. Le scolaire, c'est le mercredi matin ou le samedi matin au choix. L'Education nationale a fait son travail, ça n'était pas simple, les enfants français qui passent dans cette réforme ont un meilleur temps pour apprendre. Ça sera important car notre objectif, c'est lire, écrire, compter, c'est la réussite. Après, il appartient aux collectivités locales d'organiser le temps périscolaire, comme avant. Nous les aidons à le faire pour que plus d'enfants en bénéficient. Maintenant, il y a des communes où il y a des difficultés, il faut donc les arranger. Il y a un comité de suivi dans lequel siège à la fois les représentants des parents d'élèves, les syndicats, les collectivités locales. Il remettra un premier rapport sérieux au mois de décembre, et si des recommandations doivent être faites, par exemple sur la maternelle, par exemple sur la liaison entre les professeurs et les animateurs, ces recommandations seront faites mais ça n'est pas un temps de la scolarité obligatoire, c'est un temps périscolaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, c'est pour les 20 % des…

VINCENT PEILLON
Qui sont déjà passés, et puis il y a les 80 % qui doivent passer pour la rentrée

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon. Sur la circulaire, j'y reviens, si on comprend bien, il va y avoir une intervention ou du président ou du gouvernement ou du Premier ministre qui donnera raison à tout le monde, personne n'a tort, vous aurez eu raison et Manuel VALLS aura eu raison, on en sort comme ça ?

VINCENT PEILLON
Je me suis exprimé avec… nous avons eu un échange avec Manuel VALLS dès mardi, je vous le dis, mardi après-midi, et nous n'avons jamais été sur une ligne différente. Il faut de la fermeté parce qu'il est tout à fait naturel qu'un pays comme le nôtre, en plus généreux, puisse réguler ses flux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sinon on change les lois.

VINCENT PEILLON
Il faut de l'humanité et nos principes, et donc ils seront réaffirmés collectivement. Mais il n'y a jamais eu entre nous d'opposition, je le redis, il y a une politique du gouvernement, elle est ferme et elle est humaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il faut vous croire, il faut vous croire…

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'il n'y a pas eu de différend

VINCENT PEILLON
Comme toujours.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2013

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