Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 21 octobre 2013, sur les révélations du journal "Le Monde" à propos des activités de cyberespionnage de l'agence nationale de sécurité (NSA) des Etats-Unis, l'intervention du président de la République au sujet de l'affaire Léonarda et la primaire PS de Marseille. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 21 octobre 2013, sur les révélations du journal "Le Monde" à propos des activités de cyberespionnage de l'agence nationale de sécurité (NSA) des Etats-Unis, l'intervention du président de la République au sujet de l'affaire Léonarda et la primaire PS de Marseille.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Américains nous épient, nous surveillent. Ça, on le savait ! Mais pas avec cette ampleur et ce culot. L'agence de contre-espionnage NSA on l'a dit dans le journal de 8 heures, a épluché selon le journal LE MONDE, 70 millions de données téléphoniques sur 30 jours, fin 2012, début 2013. Comment réagit un ministre de l'Intérieur ?

MANUEL VALLS
Vous savez que dès le début de l'affaire Prism, une action coordonnée des pays européens a été décidée pour engager une démarche de dialogue et de franche explication avec nos amis américains. Les révélations du MONDE que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire, mais à partir des documents exportés par Edward SNOWDEN, sont évidemment telles qu'elles apparaissent, telles que je les ai entendues sur votre antenne, choquantes et vont appeler des explications précises des autorités américaines dans les heures qui viennent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez bien dit que la France, ce n'était pas le seul pays surveillé, le pays allié. Le contre-espionnage américain est-ce qu'il vous informe de ce qu'il détecte chez nous de normal et d'anormal ?

MANUEL VALLS
Non, nous avons évidemment une relation très étroites avec les services américains, pour combattre le terrorisme par exemple, mais quant à l'espionnage d'entreprise, de responsables politiques français, si c'est le cas, cela est totalement inacceptable…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Y compris la vie privée des Français ?

MANUEL VALLS
Y compris la vie privée des Français, avec les nouvelles technologies de la communication, il faut évidemment des règles, ça concerne tous les pays, mais si un pays ami, si un pays allié espionne la France ou espionne d'autres pays européens, c'est totalement inacceptable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Monsieur le ministre de l'Intérieur, la famille DIBRANI recevrait des menaces vrai ou faux, on le verra bientôt. Est-ce que son insécurité au Kosovo peut être une raison d'accepter le retour en France des DIBRANI ?

MANUEL VALLS
Non, je ne le crois pas. Il y a une décision de justice qui a été prise en France, elle doit s'appliquer. Le Kosovo est un pays démocratique. La France s'est battue pour la liberté de ce pays, il y a 15 ans, et je fais confiance à l'autorité kosovare, pour non seulement assurer la sécurité de ses concitoyens, mais aussi, pour permettre et ça va être le cas, l'intégration de ces familles qui doivent revenir dans leur pays, c'est-à-dire le Kosovo.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que votre refus est définitif et que les DIBRANI, doivent s'intégrer au Kosovo ?

MANUEL VALLS
Bien sûr !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le père DIBRANI promet de revenir bientôt en France et il dit par les forêts. Est-ce qu'une entrée illégale, un retour illégal sont possibles ?

MANUEL VALLS
Il ne serait surtout pas acceptable et la même décision de justice qui a été prise concernant la reconduite à la frontière, de cette famille, s'appliquera. C'est la loi de toute façon. Vous savez l'Etat de droits, impose que la loi, la règle s'applique sereinement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et sans exception ?

MANUEL VALLS
Et sans exception, bien évidemment !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Personnellement, est-ce que vous étiez favorable au retour de la collégienne ?

MANUEL VALLS
Mais c'est une décision du président de la République, elle a été évidemment évoquée avec le Premier ministre, le ministre de l'Education nationale, moi-même, elle s'impose…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez tous d'accords pour qu'elle vienne ?

MANUEL VALLS
Mais parce que je crois que c'est un geste fort qu'a fait le président de la République. Le président de la République a rappelé le respect de la loi, à partir notamment du rapport de l'Inspection Générale de l'Administration qui ne relevait aucune faute concernant les procédures d'examen de la demande d'asile. Et ne relevait aucune faute concernant le droit au séjour, donc le président de la République a eu raison de rappeler la loi, de rappeler la règle, il a eu aussi raison de dire qu'il fallait préciser à travers une circulaire, les interventions des forces de l'ordre concernant notamment l'enceinte scolaire. Et il a fait un geste, un geste de générosité, qui honore notre pays et qui est conforme aux traditions de notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le voir, on va voir comment ça a été interprété. Mais en même temps, les Français ne comprennent pas, 4 ans et demi, la famille a été déboutée 7 fois, pour l'école Leonarda est spécialiste de l'absentéisme et de la fugue et elle bénéficie d'une sorte de grasse présidentielle ?

MANUEL VALLS
Les mêmes qui critiquent aujourd'hui auraient critiqué aussi, si aucun geste n'avait été fait. Le président a su, je crois, faire le bon choix, et bien sûr et vous le savez en la matière, ce n'est jamais facile. Il a rappelé la force de la loi, sa volonté de préserver l'école des conflits de la société, et a fait un geste en direction de cette jeune fille. Et cette intervention, moi, je trouve très injuste les critiques qui sont adressées au président de la République, permet précisément de rappeler la force de la loi et de la règle et en même temps de faire un geste, qui est un geste de générosité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manuel VALLS ce n'était pas aussi la crainte des mouvements qui pouvaient naître et se développer chez les jeunes, les lycéens, les étudiants etc. comme le disait Caroline ROUX, tout à l'heure ?

MANUEL VALLS
Mais le président de la République est à l'écoute du pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, c'est pour ça !

MANUEL VALLS
On ne va pas lui faire ce reproche et il a raison. Je comprends également l'émotion qui peut saisir une partie de la jeunesse, mais parce qu'il y a eu un manque de discernement concernant l'interpellation de cette jeune fille, due à toute une série, un processus et une forme de confusion. Le président a souhaité faire ce geste à la famille. Puisque pour que cette jeune fille puisse revenir il lui faut l'autorisation des parents. A la famille de réfléchir, hors des caméras, de ce cirque médiatique qui est insupportable, qui met en danger non seulement cette famille, mais aussi cette jeune fille. A elle de réfléchir et la main tendue du président de la République, elle est toujours là !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous savez que ça a été mal interprété. Vous dites que c'est un acte de générosité du président HOLLANDE. Mais séparer une mineure de ses parents, lui donner le choix entre l'exil ou l'asile en France et sa famille, ça ne passe pas.

MANUEL VALLS
Non, mais… moi, je ne crois pas du tout à cette thèse. C'est une proposition qui est faite aux parents, pour que leur fille puisse poursuivre la scolarité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'elle a une deuxième chance si on vous comprend bien ?

MANUEL VALLS
Proposition qui est généreuse, c'est au fond la protection de la France, qui est offerte à cette jeune fille, c'est tout à fait conforme aux règles internationales et surtout à notre Constitution à l'article 53-1 c'est la protection de la France et c'est le président de la République qui a fait ce geste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manuel VALLS si l'exécutif avait décidé le retour de DIBRANI, est-ce que vous seriez resté au gouvernement ?

MANUEL VALLS
Moi, je ne réponds pas à cette question, parce qu'elle n'a pas lieu d'être. J'ai toujours été persuadé qu'une décision respectant la force de la loi, serait trouvée. Vous savez nous travaillons en confiance directement, sur ces questions-là, avec le président de la République et le Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En l'occurrence, il vous a protégé ou il vous a ménagé ?

MANUEL VALLS
Ni l'un, ni l'autre, si vous me permettez cette réponse. Nous n'avons pas ce type de rapport. Il n'a pas à me ménager et à me protéger. Il exerce pleinement son autorité et nous prenons ce type de décisions, avec le Premier ministre, parce qu'il en va encore une fois de l'autorité de l'Etat et l'autorité de la loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi c'est lui qui est intervenu à la télé ? Est-ce que chaque fois, qu'il va y avoir des histoires et peut-être des incidents plus ou moins graves, le président de la République va mettre en jeu son autorité ?

MANUEL VALLS
Vous avez vu comment cette affaire a enflammé le débat public ? Y compris, c'est lui qu'on interpellait. Et donc il a considéré qu'il fallait qu'il réponde. Parce que quand il s'agit de rappeler la force de la loi, c'est au président de la République chef de l'Etat, qu'il appartient de rappeler la force de cette loi et son application.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Français ont assisté samedi à un faux et hallucinant dialogue catholique, cathodique, cathodique. Entre un président de la République qui apparemment ne savait rien, le père et la fille DIBRANI, qui appelaient à réagir instantanément au président de la République. Ça ne vous a pas choqué, vous ?

MANUEL VALLS
Bien sûr ! Quand je vois cette enfant de 15 ans, interrogée par les médias à chaud, sur un sondage, sur le rapport de l'Inspection Générale de l'Administration, sur l'intervention du président de la République, je dis : ça suffit ! Et je le redis : laissons-la ! Cessons de l'utiliser. Et je sais que nombre de vos confrères journalistes partagent ce sentiment. Il y a une forme d'indécence. Mettre au même niveau l'intervention du président de la République sur le rappel de la force de la loi et cette jeune fille désemparée, ça suffit ! C'est inacceptable !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vous rassure, ce n'est pas ce qu'a fait EUROPE 1.

MANUEL VALLS
Je le sais !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez lu la presse Manuel VALLS, avec son envie de ne déplaire à personne et peut-être pas à la jeunesse, François HOLLANDE ne perd-t-il pas de la crédibilité ? Est-ce qu'il n'a pas affaibli la fonction d'un président de la République ? Je sais qu'il nous écoute, probablement. Ce qu'il a fait est interprété comme un acte de faiblesse et un manque d'autorité. Quelle est votre réaction ?

MANUEL VALLS
C'est le contraire. Je crois que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment c'est le contraire ?

MANUEL VALLS
L'autorité, elle doit s'exercer dans l'écoute de la société. Et il faut s'appliquer, vous le savez, Jean-Pierre ELKABBACH, dans ce domaine-là, trois règles simples. Respecter la loi et les institutions de la République. C'est ce que le président de la République a fait. Etre solidaire des choix collectifs, car ils s'imposent à tous et notamment aux membres du gouvernement. Et sur cette affaire-là, parler quand on sait, et c'est ce que le président de la République a fait, il a attendu que l'Inspection Générale de l'Administration me remette le rapport qui décrit parfaitement le processus concernant cette famille.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est formidable ce que vous faites ce matin, et c'est un paradoxe. Manuel VALLS, le plus populaire, vient soutenir le personnage le plus élevé de l'Etat et le moins populaire. Comme si c'était le monde à l'envers non ?

MANUEL VALLS
Non, pourquoi rentrer dans ce débat ? Je suis membre du gouvernement de Jean-Marc AYRAULT. J'ai la confiance du président de la République et du Premier ministre pour mener cette mission difficile qui est d'assurer la sécurité des Français, qui est de mettre en oeuvre une politique d'immigration qui soit à la fois ferme, respectueuse du droit, respectueuse des personnes et nous avons fait beaucoup depuis 16 mois, et soyons fiers de ce que nous avons engagé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous dites au PS qui n'a pas tout à fait compris ? Avec le numéro un du PS qui dit, il faut que toute la famille revienne. Est-ce que vous considérez que c'est une faute ? Qu'est-ce que vous leur dites ? Il y aurait deux gauches, certains qui vous trouvent trop sécuritaire et qui auraient, eux, le monopole de la morale ?

MANUEL VALLS
Non, la ligne du président de la République est responsable, il faut qu'elle soit totalement assumée collectivement, sinon nous n'aurons pas la confiance des Français. Chacun doit prendre ses responsabilités, et nous devons nous retrouver, nous rassembler autour de toutes les décisions du président de la République et du Premier ministre. C'est vrai sur les questions économiques, c'est vrai sur les questions fiscales et budgétaires, c'est vrai sur les dossiers de la sécurité, c'est vrai sur l'immigration et c'est vrai encore une fois, sur les décisions prises et annoncées par le président de la République samedi, nous ne pouvons pas créer nous-mêmes le désordre à partir de nos propres rangs, la situation est suffisamment difficile dans notre société qui vit à la fois une crise économique, une perte de repère, une crise de confiance, donc il est essentiel que la majorité et notamment les socialistes prennent totalement leurs responsabilités et soient autour du président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot sur Marseille, ce qui s'est fait, Patrick MENNUCCI qui devance Samia GHALI, sénatrice socialiste et qui fait conspuer le président de la République et le Premier ministre, votre avis ?

MANUEL VALLS
Vous savez le soir d'une défaite, on a des attitudes que l'on regrette après. Ce gouvernement et notamment Jean-Marc AYRAULT a fait beaucoup pour Marseille. C'est la première fois qu'un Premier ministre prend à bras-le-corps le dossier de Marseille, l'avenir de la métropole, le développement économique de la ville, les quartiers en difficulté, notamment l'éducation et la sécurité où nous avons mis le paquet avec plusieurs centaines de policiers et de gendarmes qui sont désormais sur le terrain pour combattre la délinquance.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2013

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