Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, porte-parole du gouvernement à France 2 le 22 octobre 2013, sur la situation politique et sociale, l'immigration clandestine et l'affaire Titan Goodyear. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, porte-parole du gouvernement à France 2 le 22 octobre 2013, sur la situation politique et sociale, l'immigration clandestine et l'affaire Titan Goodyear.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre des droits des femmes, porte-parole du gouvernement;

ti :


ROLAND SICARD
On commence par cette histoire d'espionnage des Américains sur les activités des Français. Comment ça se fait que les Américains espionnent leurs alliés ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est aux Américains qu'il faut le demander, ce qu'a fait d'ailleurs le président de la République qui s'est entretenu avec le président OBAMA hier soir, ce que fera à nouveau Laurent FABIUS qui s'entretiendra avec John KERRY. Si ces pratiques sont avérées, elles sont contestables bien entendu. Il y va de la violation de la vie privée puisque c'est des interceptions, j'allais dire de communication qui parfois n'ont même pas de lien particulier avec les questions de sécurité publique qui sont même des interceptions visiblement de nature privée. Et donc des explications sont demandées aux Américains, mais surtout je pense que le plus important, c'est le travail qui est entrepris au niveau européen pour que l'Europe à la fois se dote de cette nouvelle directive sur la protection des données personnelles à laquelle elle est en train de travailler, mais aussi qu'elle obtienne les éclairages utiles de la part des Etats-Unis. Et je vous rappelle que quand le programme Prism avait été mis à jour, la France notamment avait insisté pour que l'Union européenne installe un groupe de travail avec les Etats-Unis dans lequel toute la lumière serait faite, c'est en cours.

ROLAND SICARD
Mais est-ce que ça mérite des mesures de rétorsion ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est au ministre des Affaires étrangères Laurent FABIUS lorsqu'il aura vu John KERRY…

ROLAND SICARD
Votre sentiment ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
… de donner la ligne qui doit être la nôtre, mais aujourd'hui je ne crois pas qu'il faille aller dans une escalade, je crois que nous devons avoir une relation de respect entre partenaires, entre alliés qui plus est, y compris au sein de l'OTAN, donc c'est quand même une relation très étroite et toute particulière que nous avons…

ROLAND SICARD
Et là il y a une crise de confiance ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Et là en effet, notre confiance est mise à mal, oui indéniablement.

ROLAND SICARD
Autre sujet l'affaire Leonarda, est-ce que vous considérez que François HOLLANDE a eu raison d'intervenir personnellement ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, je le crois vraiment parce qu'il y avait eu un emballement tel pendant toute la semaine, un emballement lié à la fois à certaines déclarations et réactions intempestives de la part de certains responsables politiques, dont j'espère qu'ils ne commettront pas à nouveau ce type d'erreur, mais aussi un emballement médiatique très important, sans doute inédit même, cette façon, de tendre le micro et d'ouvrir la caméra pendant tout le week-end à une jeune fille de 15 ans, sur laquelle a été mise une pression invraisemblable.

ROLAND SICARD
Il a fait l'unanimité contre lui quand même.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Cette emballement-là, l'émotion provoquée par ce cas particulier méritait que le président de la République vienne d'une certaine façon siffler la fin et donner la position qui était la nôtre, qui était à la fois celle du respect de la légalité, sur le fond, il n'y avait pas eu de faute commise donc la famille de Leonarda devait repartir au Kosovo et en même temps un geste, un geste une main tendue, un geste d'humanité compte te nu des circonstances particulières de l'interpellation de Leonarda, ce manque de discernement relevé par l'inspection générale d'administration…

ROLAND SICARD
Il a fait l'unanimité contre lui, y compris au sein de la gauche et du Parti socialiste.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous savez, les observateurs eux-mêmes lorsqu'ils réécriront l'histoire se rendront compte qu'il y avait dans la démarche de François HOLLANDE, il y a, un équilibre extrêmement bienvenu. Au fond c'est un peu ce que nous disons pour prendre un peu de hauteur lorsque s'agissant des questions de l'immigration, de régularisation, nous disons qu'il faut à la fois avoir ne loi claire, transparente, avec les mêmes critères pour tous et en même temps être capable de faire du cas par cas. Parfois, le cas par cas est une marque de justice, de prise en considération de la situation particulière. Et là nous étions dans une situation particulière à la fois liée au manque de discernement, les autorités qui sont allées emmener la petite à la descente d'un bus scolaire. Et en même temps une situation particulière liée à l'émotion suscité dans le pays tout entier. Et le président qui est proche des Français a souhaité trancher cette question de lui-même. Mais la main qu'il a tendue n'a pas été prise, l'affaire est réglée et elle est derrière nous.

ROLAND SICARD
Autre sujet, c'est aujourd'hui le budget de la Sécu qui commence à être examiné, de nouvelles hausses de cotisations, vous ne craignez pas une nouvelle fois un ras-le-bol fiscal des Français ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je crois que là encore il faut prendre un peu de champ pour comprendre de quoi on parle, parce que nous allons faire sur les comptes sociaux de manière générale, 6 milliards d'euros d'économies cette année. Si vous prenez les seules dépenses d'Assurance-maladie par exemple, qui intéressent quand même beaucoup les Français, c'est 2,5 milliards d'euros qui sont économisés sur la progression attendue normalement de ces dépenses d'assurance maladie. Un milliard d'euros sur la baisse du prix des médicaments…

ROLAND SICARD
Ça c'est le bon côté, c'est les baisses d'accord mais il y a des hausses de cotisations ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui mais c'est important parce que quand on parle de Sécurité sociale…

ROLAND SICARD
Les PEA sont plus taxés, les assurances vie sont plus taxées, le quotient familial va baisser…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors pour rester un instant et j'y reviendrais ensuite, mais pour rester un instant sur la Sécurité sociale, qu'entend-on depuis des années maintenant quand on parle de Sécurité sociale ? Du trou, on parle du trou de la Sécurité Sociale, du fait que ça n'a cessé de se creuser, que ça va finir par poser un problème y compris pour la pérennité de notre modèle social. Donc la première exigence, la première responsabilité du gouvernement , c'était bien de combler petit à petit le déficit des comptes sociaux et c'est pour cela que j'insiste sur le fait que nous nous soyons fixé notamment comme objectif d'atteindre 13 milliards d'euros contre 20 milliards d'euros en 2011, 13 milliards d'euros de déficit seulement de la Sécurité sociale.

ROLAND SICARD
Autrement dit la hausse des cotisations vous l'assumez ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Evidemment que nous assumons tout ce qui va dans le sens en effet de la résorption de ce déficit. Nous le faisons essentiellement par des économies , 6 milliards d'euros pour les comptes sociaux, mais parfois cela passe en effet par des efforts supplémentaires de la part des Français, avec cette précision que le président de la République a déjà donné, à savoir une quasi stabilisation fiscale pour ce qui est de l'année 2014, et une stabilisation fiscale pour ce qui est de l'année 2015, nous ne revenons pas sur ce sujet.

ROLAND SICARD
Ce n'est pas très bon pour le pouvoir d'achat ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous savez ce qui est bon pour le pouvoir d'achat c'est que les gens puissent se soigner aussi, puisqu'on parle de santé. Ce qui est bon pour le pouvoir d'achat, c'est qu'on puisse développer ce droit tout à fait nouveau que nous avons introduit, qui est le droit à une complémentaire santé, aujourd'hui seulement la moitié des salariés français y avait droit, désormais tous les salariés y auront droit.

ROLAND SICARD
Sur le droit des femmes, vous avez instauré un classement pour les grandes entreprises de la parité, qu'est-ce qu'il en ressort ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, c'est assez…

ROLAND SICARD
On est loin du compte.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est assez inédit comme démarche mais en fait on a voulu aussi agir sur l'image des entreprises et la réputation des entreprises, on sait qu'elles y sont attachées pour valoriser celles qui font des efforts pour féminiser quoi ? Leurs instances dirigeantes, parce que c'est, on sait qu'existe ce plafond de verre qui fait que même quand vous avez des femmes dans une entreprise, elles n'accèdent pas nécessairement aux plus hautes responsabilités. Donc valoriser celles qui font le mieux, encourager davantage celles qui sont tout le temps en bas de la liste, puisque c'était les 100 plus grandes entreprises qui étaient comparées les unes aux autres et classées. Et ce classement donc sera reproduit et réactualisé chaque année et nous espérons qu'il incitera les unes et les autres à s'inspirer des pratiques exemplaires de celles qui sont le mieux classées.

ROLAND SICARD
Juste un mot sur GOODYEAR ? Hier Arnaud MONTEBOURG disait que l'américain TITAN allait reprendre une partie de l'activité de GOODYEAR en France, l'américain dit qu'il n'est pas au courant, qui dit vrai, qui dit faux ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, non ils sont sur la même ligne, ce qu'il faut retenir de cette affaire, c'est que le gouvernement n'a jamais renoncé à trouver un repreneur pour le site de GOODYEAR à Amiens, ce qui est une bonne chose car vous savez que de nombreux salariés étaient en suspend d'une certaine façon, depuis déjà longtemps et donc visiblement TITAN se serait engagé à trouver une solution, à reprendre partiellement ce site pour un peu plus de 300 salariés et surtout à engager des investissements importants, ce qui permet de se projeter un peu dans l'avenir pour ce site et pour ces salariés, c'est une bonne chose, mais tout cela vous sera précisé très prochainement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2013

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