Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur l'ambition de faire du plateau de Saclay un pôle d’attractivité scientifique de rayonnement mondial, à Saclay le 10 octobre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur l'ambition de faire du plateau de Saclay un pôle d’attractivité scientifique de rayonnement mondial, à Saclay le 10 octobre 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Pose de la première pierre du centre de recherche et de développement d'EDF, à Saclay (Essonne) le 10 octobre 2013

ti : Mesdames et Messieurs les ministres
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président de la Région Ile-de-France,
Mesdames et Messieurs les Elus
Mesdames et Messieurs les Recteurs
Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs
Mesdames et Messieurs,


Il y a presque un an, le 30 octobre dernier, lors du 7ème Forum « Paris Capitale Economique » je disais devant beaucoup d'entre vous déjà, l'importance que j'attache à ce projet scientifique et économique exceptionnel qu'est Paris-Saclay.

Cet attachement repose sur quelques raisons simples qui font du projet Paris-Saclay une illustration exemplaire de ce nouveau modèle français qui inspire la politique conduite par mon gouvernement sous l'autorité du Président de la République et dont le pacte de compétitivité lancé il y a un an ou le programme « Investir pour la France » présenté au début de l'été portent la marque.

C'est d'abord la conviction que le développement à venir reposera sur l'innovation et toutes ses étapes, de la recherche fondamentale aux industries du futur en passant par la recherche technologique et son transfert.

De cette conviction découle la nécessité d'encourager voire d'organiser un double rapprochement, entre opérateurs scientifiques et technologiques d'une part, entre eux et les acteurs économiques d'autre part. Ce rapprochement doit être conçu à la fois en termes de finalités mais aussi de proximités physiques facilitant la genèse de nouvelles activités, de nouveaux emplois et de nouveaux modes de vie.

Ce nouveau modèle sera d'autant plus efficace économiquement et équitable socialement qu'il sera fortement ancré dans un territoire et porté simultanément par l'Etat et les responsables locaux, notamment les élus des collectivités territoriales, chacun dans son rôle.

Paris-Saclay peut porter très haut cette ambition du fait de son potentiel scientifique remarquable depuis longtemps déjà, avec notamment l'Université de Paris-Sud, mondialement reconnue, les laboratoires du CNRS ou du CEA, l'Ecole Polytechnique et bien d'autres plus récemment dont Supélec qui nous accueille aujourd'hui ; du fait aussi de sa localisation privilégiée aux portes de la capitale et de la présence proche d'installations industrielles de référence.

Mais pour autant ce projet n'y parviendra que s'il opère les rapprochements et les synergies nouvelles attendues.

Il ne s'agit pas seulement de concentrer spatialement mais de faire naître de nouvelles relations durables entre les différents acteurs de la chaîne de l'innovation et les modes de travail et de vie qui leur correspondent.

En ce sens, Paris-Saclay, malgré sa singularité, peut être non seulement un « champion » international pour la France mais aussi une source d'inspiration pour tout le territoire national.

C'est dans cet esprit que je suis venu vous rendre visite : pour me rendre compte directement de l'état de réalisation de votre ambition, sur le chemin de l'édification de ce que je serais volontiers tenté d'appeler une ville-science.

Je dis ville-science comme on disait au XIXème siècle « ville-usine » pour désigner ces lieux où s'inventait la société industrielle. Je dis ville-science pour désigner cette imbrication volontaire d'un grand projet scientifique et d'un grand projet d'aménagement, cette forme territoriale nouvelle donnée au nouveau modèle français.

Sur la route qui m'a conduit de l'éco-quartier jusqu'à Neurospin puis ici à Supélec, en passant par l'Ecole Polytechnique, le futur centre de recherche EDF, la future Ecole Centrale et bien d'autres emplacements à venir, j'ai senti à la fois la grandeur de ce qui se prépare ici mais aussi toutes les étapes que nous devons encore franchir.

La première étape, c'est évidemment le rassemblement de toutes les initiatives locales dans un projet scientifique cohérent. La Fondation de Coopération Scientifique Paris-Saclay en a été, jusqu'ici, le principal moteur. Et je veux rendre hommage au remarquable travail qu'elle a conduit sous la houlette de Dominique VERNAY.

Mais elle prépare d'ores et déjà sa mue en Université de Paris-Saclay, dans le cadre de la loi du 22 juillet 2013 sur l'enseignement supérieur et la recherche. L'enjeu sera de fédérer les établissements et de conserver leur identité tout en adoptant une stratégie commune dans les domaines essentiels : recherche, formation supérieure, transfert de technologie, coopération internationale, vie étudiante. C'est le sens de la Communauté d'universités et d'établissements, définie à l'article 62 de la loi et qui constitue le cadre le plus adapté pour le projet qui se construit ici.

Cette future université, vous avez choisi de l'adosser à l'Initiative d'Excellence dont vous bénéficiez. C'est un choix original, qui démontre que l'Idex n'est pas seulement un label de reconnaissance mais le moteur d'une véritable dynamique de gouvernance et d'initiative scientifique. En témoignent déjà les appels à projets internes que vous avez lancés et qui vont permettre de structurer encore plus fortement le projet scientifique de la future université dans de nombreux domaines.

Ce que vous réalisez à Saclay est un modèle car il s'agit de rassembler ce qui a pu apparaitre au départ comme une série éclatée de projets distincts sans synergies explicites.

La célèbre devise « E pluribus unum » (« de plusieurs faire un ! ») qui symbolisa la naissance des Etats-Unis d'Amérique pourrait ainsi être la vôtre. Toutes proportions gardées, bien sûr !

C'est cette gouvernance rénovée qui permettra, demain, de faire émerger de nouveaux projets. Le gouvernement s'est d'ailleurs attaché, dès cette année, à en faire aboutir les plus structurants.

Dans le domaine scientifique, je peux ainsi annoncer aujourd'hui que les hypothèques pesant sur trois opérations parmi les plus importantes, sont désormais levées. Il s'agit de l'installation sur le plateau de l'Ecole Centrale, d'Agro-Paris-Tech et de l'Institut Mines-Telecom.

Ces opérations ont été jusqu'ici retardées par des incertitudes sur leurs plans de financement, mais j'ai décidé que le programme d'investissement d'avenir consacré à Saclay assurerait dans son intégralité les risques liés aux cessions foncières qui conditionnent les plans de financement.

J'ai également décidé que ce même programme couvrirait 50% des risques liés aux projets eux-mêmes hors cessions, le risque restant étant garanti par les trois ministères de tutelle.

Cet effort exceptionnel se justifie par le caractère décisif de ces implantations pour la future université Paris-Saclay.

Ces trois écoles apporteront leur notoriété, leur rayonnement et plus généralement la qualité de leurs formations et de leur recherche.

Par leur diversité, comme par leur volonté de s'intégrer pleinement à la dynamique fédératrice en cours, elles enrichiront fortement le projet.

C'est également le sens du Collège Doctoral en cours de constitution. L'université de Paris-Saclay doit en effet augmenter rapidement le nombre des docteurs de toutes spécialités issus de ses rangs. Ce nombre est aujourd'hui trop faible au regard de son considérable potentiel scientifique. Et je compte sur le rassemblement de des différentes écoles doctorales et de tous les établissements au sein du même Collège Doctoral pour enclencher cette dynamique.

Ces trois opérations, longtemps freinées par de lourdes incertitudes, peuvent donc désormais suivre ou reprendre leurs cours en toute sécurité. Le Président de la République et moi-même, nous souhaitons en voir rapidement les effets concrets.

2013 aura été également une année cruciale, notamment pour le développement économique du Plateau de Saclay.

Comme je l'ai souligné plus haut, c'est en effet une dimension essentielle du projet que d'y créer une relation effective de coopération entre opérateurs scientifiques et acteurs économiques. Paris-Saclay doit réussir le lien entre recherche et entreprise. C'est la première source d'innovation, le principal gisement d'emplois futurs et c'est la condition de réalisation de ce développement économique renouvelé que nous voulons.

L'année 2013 nous apporte plusieurs bonnes nouvelles dans ce domaine. Ainsi ai-je décidé il y a quelques jours la création de la Société d'Accélération du Transfert de Technologie (SATT) à laquelle sont consacrés 66M€ au titre des investissements d'avenir. En lien avec l'incubateur Incuballiance déjà installé sur le site, ce sera un outil majeur permettant de jeter les ponts nécessaires entre la recherche et le monde économique et de faire prospérer les effets de la synergie ainsi établie.

J'ai également décidé le lancement d'un nouvel Institut de recherche partenariale dans le domaine des énergies décarbonées, dénommé Paris Saclay Efficacité Energétique (PSEE) également soutenu par le programme d'investissements d'avenir à hauteur de 19M€. Fruit d'un partenariat entre acteurs académiques de Paris-Saclay (Université Paris-Sud, Ecole Centrale, Mines Paris-Tech, CEA) et entreprises (Air Liquide, Total EDF, Fives Cryogénie, Enertime), il sera consacré à l'efficacité et à la flexibilité énergétique des installations industrielles et fera le lien entre écologie industrielle et écologie urbaine. Avec l'Institut Photovoltaïque d'Ile-de-France, autre fruit d'un partenariat semblable, ce nouvel Institut renforcera la capacité de Saclay à contribuer aussi aux promesses de la transition énergétique et du développement durable.

J'ai évoqué ces opérations car tout le monde s'accorde à en reconnaître le caractère structurant. Je sais qu'il en est d'autres, déjà réalisés ou en attente de l'être. Je pense en particulier à tous les équipements dédiés à cette vie de campus que nous voulons pour que Paris-Saclay ne soit pas seulement un lieu de travail –aussi accompli soit-il – mais aussi un lieu où il fait bon vivre pour tous ses occupants, étudiants, enseignants, chercheurs ou partenaires divers.

Mais le nouveau modèle attendu ne se réalisera que si ce projet scientifique, technologique et industriel est accompagné d'un projet urbain à la hauteur des ambitions que la France a placées à Saclay.

Cela implique en premier lieu de créer un Etablissement Public d'Aménagement adapté à la dimension nouvelle du projet. Je salue évidemment la qualité du travail accompli par l'Etablissement Public Paris-Saclay sous la direction du Président Pierre VELTZ. Mais cette structure où l'Etat était seul pilote doit aujourd'hui se transformer en un établissement d'aménagement dont le statut affirme clairement ce qui se joue ici : l'alliance d'une formidable ambition scientifique, technologique, économique et d'une grande opération d'aménagement du territoire donnant aux élus territoriaux la place qui doit normalement leur revenir aux côtés de l'Etat. Nous avons donc voulu qu'à l'EPPS succède, dès que le texte de loi sur l'affirmation des métropoles sera adopté par le Parlement, l'Etablissement Public d'Aménagement Paris-Saclay, au territoire de compétence mieux délimité et permettant une meilleure articulation entre acteurs locaux et acteurs nationaux.

Ce changement de statut ne signifie bien entendu aucun renoncement à l'ambition nationale et internationale de Saclay que je viens de rappeler. Tout au contraire, il implique une responsabilisation plus grande des collectivités territoriales. Parce que nous leur faisons confiance, nous faisons le pari qu'elles sauront porter avec nous une telle ambition.

L'année 2013 aura également été importante pour la desserte du plateau par le réseau de transports du Nouveau Grand Paris.

Le 6 mars dernier, j'ai présenté les orientations du gouvernement pour les transports en Ile de France, avec une approche nouvelle combinant la modernisation du réseau existant – le plan de mobilisation – et la réalisation des branches nouvelles du Grand Paris Express, selon un calendrier clair et avec des financements sécurisés.

La desserte de Saclay par la ligne 18 a été confirmée. Les travaux du tronçon Massy – CEA seront engagés immédiatement après ceux de la ligne 15 Pont de Sèvres-Noisy Champs qui est la plus avancée, pour une mise en service peu après 2020. Le tronçon Massy – CEA prendra la suite de la desserte par bus à haut niveau de service qui accompagnera les premières années de développement du plateau. Elle sera complétée de manière continue et progressive jusqu'en 2030 par la mise en service du prolongement jusqu'à Orly puis jusqu'à Versailles Chantier.

Cette desserte qui faisait cruellement défaut, efficace et disponible pour tous – étudiants, chercheurs de passage, etc. – permet d'envisager dans de bonnes conditions le développement urbain durable du plateau. Un développement qui se veut cristallisation d'une rencontre entre un territoire et toutes les ambitions du projet : excellence scientifique, développement économique et qualité urbaine. A ce titre, je veux saluer la finalisation du contrat de développement territorial du sud du plateau, qui a été validé le mois dernier par l'État, la Communauté d'agglomération Paris-Saclay et les sept communes concernées en son sein: il marque une étape importante dans la vie de ce grand projet.

Trop longtemps les écoles ont coexisté ici sans se voir. Trop longtemps les étudiants ont été obligés de dépendre de la voiture. C'est un véritable tissu urbain qu'il faut aménager, suffisamment dense pour que les rues deviennent vivantes. Il s'agit d'être dans la ville, de faire ville, plutôt que d'avoir besoin de se rendre en ville. Les logements sont essentiels à cette dynamique et je sais que le projet de territoire fait sien les objectifs de construction franciliens : cette mobilisation de tous les acteurs est nécessaire et ne doit pas faiblir pour permettre à ceux qui le souhaitent d'habiter sur le plateau.

Je veux aussi saluer la qualité du projet au regard des exigences environnementales. Je pense par exemple à la valorisation de la vocation agricole du plateau. Je pense aussi aux solutions innovantes qui sont à l'étude concernant les infrastructures énergétiques : des réseaux d'électricité et de chaleur intelligents pourront relier les bâtiments et réduire d'autant les consommations de ressources. C'est une démarche globale exemplaire qui a été conduite en abordant l'environnement comme une qualité du projet, le plus en amont possible.

Il est toujours un moment dans l'élaboration d'un grand projet où tout bascule, du rêve à la réalité. Je crois qu'avec Paris-Saclay, nous sommes tout près de ce moment-là.

Longtemps en effet Paris-Saclay a pu apparaître comme une utopie, au sens premier de ce terme. Certains jours d'hiver ce plateau peut apparaître bien triste, bien vide, plus voué aux herbes qu'aux idées folles. Les premiers établissements qui s'y sont installés ont pu s'y sentir isolés même si, non loin, prospérait déjà une de nos plus brillantes universités, ou des implantations renommées de nos grands centres de recherche, des usines importantes ou des entreprises innovantes.

Mais si nous sommes rassemblés ici, c'est parce que nous portons ensemble la même volonté de transformer cette utopie en une réalité bien vivante.

Les décisions que je viens d'annoncer ou de confirmer sont la preuve de la volonté du Président de la République et du gouvernement d'apporter tout son appui à cette entreprise, et de donner, avec Paris-Saclay, un exemple de réalisation territoriale du nouveau modèle français. Je suis persuadé qu'en retour vous y apporterez la même conviction, la même énergie, le même engagement.


Je vous en remercie.

Source http://www.ile-de-france.gouv.fr, le 25 octobre 2013

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