Déclaration de Mme Fleur Pellerin, sur la construction d'une Europe du numérique, à l'Assemblée nationale le 23 octobre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Fleur Pellerin, sur la construction d'une Europe du numérique, à l'Assemblée nationale le 23 octobre 2013.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur.

FRANCE. Ministre des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique

Circonstances : Séance de questions d'actualité à l'Assemblée nationale le 23 octobre 2013

ti : Madame la Députée Axelle Lemaire,


Vous avez raison de rappeler que le constat que nous devons aujourd'hui dresser en matière de politique européenne du numérique est un constat d'échec.

Alors même que nous nous étions fixé, en 2000, le projet ambitieux de faire de l'Europe le continent no 1 en matière d'économie de la connaissance - c'était la stratégie de Lisbonne -, force est de constater que nous avons échoué. Lorsque nous regardons avec lucidité où en est l'économie numérique en Europe, il est vrai que nous ne pouvons que dresser un constat d'échec.

Pourtant, nous avons eu des succès. Nous avons réussi à construire des réseaux à haut et très haut débit à des prix extrêmement faibles pour les consommateurs. Nous avons soutenu l'effort de recherche et développement partout en Europe. Mais il est vrai que si nous avions en 2000 six constructeurs de téléphones mobiles en Europe qui représentaient 55 % du marché, aujourd'hui, avec le rachat de Nokia par Microsoft, nous n'en avons plus un seul. Et je ne parle pas des difficultés rencontrées par les équipementiers de réseaux de télécom.

Face à cela, la France a effectivement proposé à l'Europe de réagir. Telle est la position que le président de la République portera demain auprès de ses homologues lors du Conseil européen.

Le fait que nous ayons déjà resitué et centré le débat sur le numérique à l'échelle européenne constitue une première victoire politique parce que, vous avez raison, ce sujet n'était pour l'instant pas traité et ne l'avait pas été par la précédente majorité.

Pour la première fois, nous allons proposer à nos homologues les moyens de nous donner une véritable ambition en matière de numérique.

Alors, c'est vrai, l'Europe a raté le virage de l'internet 2.0, des smartphones et des tablettes, mais elle peut encore être au centre des prochaines révolutions numériques en gagnant la bataille de l'innovation, notamment en matière de traitement massif des données, d'informatique en nuage ou d'objets connectés.

Aujourd'hui, dans la compétition mondiale en cours, tous les acteurs - vous l'avez dit - utilisent les failles de nos systèmes réglementaires pour en tirer des avantages indus. La France souhaite ouvrir la discussion sur la régulation des plateformes de certains géants du net et rétablir l'équité fiscale entre acteurs du numérique.

C'est une grande ambition que nous souhaitons porter pour la France.

Monsieur le Député,

Je profite de votre question pour saluer l'initiative parlementaire prise récemment sous la forme d'une proposition de résolution adoptée à l'unanimité par la commission des affaires économiques la semaine dernière, ainsi que le travail d'Axelle Lemaire, d'Hervé Gaymard et de Corinne Erhel sur cette proposition de résolution.

Cette proposition saluait le travail effectué par le gouvernement français pour préciser l'agenda du Conseil européen qui se tiendra demain et après-demain. Contrairement à ce que vous dites, Monsieur le Député, la taxation et la fiscalité ne sont pas du tout au coeur de la position française puisque, précisément, la position que nous avons construite vise à créer les conditions, en Europe, de l'émergence d'un écosystème numérique qui n'existe pas pour l'instant.

J'ai rappelé tout à l'heure un certain nombre de chiffres concernant les fabricants de téléphonie mobile. J'aurais également pu citer la question de la valorisation boursière des entreprises de l'internet, qui font apparaître l'Europe comme un nain vis-à-vis des États-Unis.

Vous avez raison, le sujet, aujourd'hui, c'est bien de construire une Europe du numérique. La fiscalité et la régulation ne sont que des aspects collatéraux des propositions que nous avons formulées.

Nous proposons de créer les bonnes conditions pour que l'Europe puisse s'approprier la révolution de l'internet 3.0, c'est-à-dire l'internet des données. Nous avons évoqué plus tôt le big data et les objets connectés : c'est cela qui est important aujourd'hui.

Nous proposons de créer un capital-risque européen. Aujourd'hui, l'une des difficultés que rencontrent les entreprises françaises et européennes est de trouver les financements pour accompagner leur création et leur croissance ; le financement par capital-risque européen est trop faible. Il nous faut aussi travailler sur la normalisation et la standardisation, dont nous connaissons aujourd'hui l'importance : que les technologies européennes soient reconnues et adoptées par l'ensemble des industries mondiales, c'est un enjeu important.

Les questions de régulation et de fiscalité sont collatérales. L'enjeu, c'est bien de créer l'Europe du numérique.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 octobre 2013

Rechercher