Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 12 novembre 2013, sur l'attitude des forces de l'ordre face à la dégradation de bornes écotaxe et de radars routiers, la popularité du président de la République et la solidarité gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 12 novembre 2013, sur l'attitude des forces de l'ordre face à la dégradation de bornes écotaxe et de radars routiers, la popularité du président de la République et la solidarité gouvernementale.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Où étiez-vous ?

MANUEL VALLS
Bien, au ministère de l'Intérieur, mon travail, sur le terrain, à l'Assemblée nationale pour présenter le budget du ministre de l'Intérieur qui concerne aussi bien les forces de l'ordre, la police, la gendarmerie, l'organisation des préfectures, la politique d'immigration. Je suis toujours très étonné de ce questionnement. Un ministre n'est pas forcément sur les médias.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous étiez silencieux médiatiquement parlant. Planqué ? Planqué ?

MANUEL VALLS
Je récuse ce terme. Je suis allé dans la Drôme et en Ardèche parce qu'il y a eu des inondations, auprès des élus et surtout auprès de la population touchée. C'est toujours un drame pour les gens quand ils ont perdu en quelques minutes tous leurs biens, leur maison, une vie, des objets qui font leur intimité. J'étais à Bezons dans le Val d'Oise pour soutenir les forces de l'ordre, les élus, la population là aussi contre les trafics de drogue. J'étais à l'Assemblée nationale pour annoncer le dégel de cent onze millions d'euros pour permettre à la gendarmerie et à la police de pouvoir faire son travail. Enfin, c'est quoi ce débat ? J'étais présent, j'étais à ma place, là où on m'attend, c'est-à-dire assurer la sécurité...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne vous êtes pas imposé de silence médiatique. Mais finalement, le problème n'est pas là, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Nous sommes d'accord : le problème n'est pas là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes d'accord. Manuel VALLS, pendant votre silence médiatique justement, une grille de sous-préfecture était défoncée avec un tractopelle, des bornes étaient brûlées, des portiques écotaxe aussi. Manuel VALLS, ce désordre, vous l'avez laissé vivre ?

MANUEL VALLS
Comment pouvez-vous dire cela, Jean-Jacques BOURDIN ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question.

MANUEL VALLS
Il y a quinze jours, mille personnes, mille individus s'en sont pris à un portique dans le Finistère, aux forces de l'ordre qui ont résisté à cet assaut avec beaucoup de discernement. Parmi ces assaillants, un homme a ramassé une grenade pour la relancer vers les gendarmes, vers les forces de l'ordre. Cet homme a perdu sa main, il a été amputé. Les forces de l'ordre agissent avec discernement et dans ces moments de très grande tension, ma place est non seulement aux côtés des policiers et des gendarmes, mais c'est de faire en sorte que le maintien de l'ordre se passe dans les meilleures conditions possibles. Ça a été le cas. Je déplore, je condamne ces dégradations. Elles sont évidemment insupportables et la justice fait et fera son travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les auteurs seront arrêtés.

MANUEL VALLS
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Identifiés, interpellés et jugés ?

MANUEL VALLS
Identifiés, poursuivis, et jugés je l'espère. C'est à la justice, sur la base de procédures judiciaires qui soient impeccables, c'est à la justice de faire ce travail. On ne peut pas s'attaquer aux forces de l'ordre, aux personnes donc, aux biens publics, sans que cela reste impuni.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez la fermeté aux préfets parce que ça se généralise. Deux encore dans la Loire, deux radars écotaxe qui ont été détruits dans la nuit et il y en a d'autres.

MANUEL VALLS
On s'est attaqué à des portiques en Bretagne. Neuf portiques sont aujourd'hui sous la surveillance des forces de l'ordre, des escadrons de gendarmerie mobile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'allez pas pouvoir mettre des gendarmes ou des policiers derrière ou devant chaque portique !

MANUEL VALLS
Non. Mais ça veut dire que, parce que ces portiques sont surveillés aujourd'hui, ces forces de l'ordre ne peuvent pas être ailleurs, sur d'autres terrains, pour combattre la sécurité, mais il faut surveiller ces portiques. Je condamne non seulement la dégradation des bornes et surtout des radars, parce qu'au-delà de cette dégradation de biens publics, on s'attaque pour ce qui concerne les radars, à des instruments qui ont sauvé la vie de centaines de gens. Grâce à cette politique de radars qui a été mise en place au début des années 2000 – c'était la volonté du président CHIRAC, ç'a été poursuivi par Nicolas SARKOZY, c'est toujours la même volonté avec François HOLLANDE – on fait baisser de manière très forte le nombre de morts sur les routes. On est passé de huit mille à quatre mille morts et les radars, vous le savez, ont parfaitement joué leur rôle. Donc on ne peut pas s'attaquer non seulement à des biens publics mais à des radars qui sauvent la vie de centaines de gens. C'est inacceptable donc il faut évidemment que la justice, avec des preuves nécessaires, passe et soit particulièrement sévère à l'égard de ceux qui s'en prennent à ces biens publics.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, François HOLLANDE hué sur les Champs Elysées, sifflé à Oyonnax le 11 Novembre, jour de souvenir, de commémoration. C'est quoi ? c'est la France qui est humiliée ? c'est une France qui est bafouée ? c'est quoi ?

MANUEL VALLS
C'est un outrage. Je reprends le mot de ces résistants qui étaient hier à Oyonnax pour honorer un acte de courage incroyable le 11 Novembre 1943. C'est la raison pour laquelle le président de la République était là. Hier, on n'a pas hué François HOLLANDE : on a hué le chef de l'État, le président de la République qui, un jour de rassemblement, de commémoration, de mémoire comme le 11 Novembre. Tout le monde doit se retrouver autour de lui, pas parce qu'il est François HOLLANDE seulement : parce qu'il est le chef de l'État, parce qu'il est président de la République. Donc ça suffit !

Jean-Jacques BOURDIN
On va revenir sur ce qui s'est passé sur les Champs Elysées.

MANUEL VALLS
Ça suffit que des individus, et j'en appelle à la responsabilité collective et individuelle de chacun, sifflent ainsi, outragent ainsi le 11 Novembre qui est un jour très particulier. Les Français se recueillent devant tous les monuments aux morts dans toutes les villes, dans tous les villages, et on ne peut pas supporter qu'on s'en prenne ainsi à ce qu'il y a de plus cher, aux institutions, aux valeurs de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Condamnation de ces actions unanime d'ailleurs de la classe politique. Vous l'avez remarqué, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Et je m'en félicite. C'est dans ces moments-là que la majorité et l'opposition doivent trouver les mots justes pour se rassembler autour de l'essentiel. Et l'essentiel, c'est en ce moment-là la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est quoi l'essentiel aujourd'hui ? c'est la République ?

MANUEL VALLS
Face à la crise économique, à la crise sociale, à la crise politique, à la crise d'identité que notre pays traverse depuis longtemps, le rassemblement est plus que jamais nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes en crise ? Manuel VALLS, vous l'admettez : nous sommes en crise aujourd'hui. Crise sociale, crise économique, et crise politique. François HOLLANDE : vingt-et-un pourcents d'opinions favorables ou vingt-deux selon les sondages d'opinion. Jamais un président de la République de la Vème République n'a été aussi bas dans les enquêtes d'opinion. Est-on en train de vivre une crise politique majeure ?

MANUEL VALLS
On vit une crise d'identité, on vit une crise de confiance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de crise politique ?

MANUEL VALLS
Les institutions de la Vème République voulues par Charles de GAULLE sont solides, les Français y sont attachés. Ils ont élu François HOLLANDE pour cinq ans ; il est hors de question de céder à des sifflets, à des factieux, à ceux qui ont toujours combattu la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des factieux ?

MANUEL VALLS
Bien sûr ! Ceux qui vont sur les Champs Elysées pour siffler, pour s'en prendre au président de la République parce qu'il est le chef de l'État, de notre pays, ce sont des factieux. Donc dans ces moments-là il faut tenir bon, il faut avoir du sang-froid, il faut indiquer le cap et c'est ça qui me paraît être aujourd'hui essentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Indiquer le cap, même si le cap est mauvais.

MANUEL VALLS
Le cap, c'est celui du redressement de notre pays, de ses entreprises, de ses finances publiques, de sa capacité à redonner confiance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est ce que vous dites depuis des mois dans ce gouvernement, ce que les Français ne comprennent pas, ne voient pas, ne s'aperçoivent pas Manuel VALLS. Vous le savez bien ! Crise politique majeure ou pas, peut-on gouverner quand on est président de la République et Premier ministre en étant si impopulaires ?

MANUEL VALLS
Mais il n'y a pas d'autre choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République qui sort ou le Premier ministre, qui est sifflé et hué à chaque fois ! Peut-on gouverner dans ces conditions ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, gouverner dans ces conditions de chômage de masse, de très grandes difficultés pour beaucoup de nos compatriotes qui sont au chômage ou dans la précarité, gouverner dans un moment qui dure, où les Français sont en doute sur l'action et la parole publique, gouverner dans un moment où le pays traverse une crise d'identité parce qu'on ne lui a pas dit suffisamment quelles avaient été les évolutions du monde et de l'Europe ; gouverner c'est difficile et c'est toute la responsabilité de François HOLLANDE. C'est même son courage que d'indiquer le cap. Le cap, c'est celui du redressement de notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Doit-il prendre une initiative pour faire comprendre tout ça aux Français ? une initiative dans les semaines qui viennent, Manuel VALLS ? À force de faire le dos rond, les Français ne comprennent plus.

MANUEL VALLS
Mais il ne fait pas le dos rond !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne fait pas le dos rond ?

MANUEL VALLS
Il s'exprime. Il s'est encore exprimé cette semaine. Le gouvernement et le Premier ministre s'expriment tous les jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il encore écouté ?

MANUEL VALLS
Mais moi, je le crois. Faut-il mieux expliquer ? Bien sûr. Expliquer davantage le cap.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Doit-il prendre une initiative ?

MANUEL VALLS
Ça lui appartient. Je suis ministre de l'Intérieur, en charge de la protection des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais pardonnez-moi Manuel VALLS. Le président de la République est au plus bas dans les sondages et l'homme politique le plus populaire de France s'appelle Manuel VALLS, qui est dans le même camp que le président de la République. C'est du jamais vu dans l'histoire de la Vème République ! Ça vous donne quoi ?

MANUEL VALLS
Ça me donne une responsabilité : celle d'être loyal auprès du président de la République et du Premier ministre, d'être totalement attelé à ma mission, celle de protéger les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si le président de la République vous propose le poste de Premier ministre, vous l'acceptez ?

MANUEL VALLS
Mais ça n'est pas le sujet ! Mais comment voulez-vous que je réponde à une telle question ? C'est au président de la République de prendre des initiatives. C'est la constitution qui lui donne la possibilité de changer ou non de Premier ministre ou de gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas moi qui le dis. Ce sont les députés socialistes qui demandent un changement de Premier ministre. Faut-il changer de Premier ministre actuellement ou dans les semaines qui viennent ?

MANUEL VALLS
Chacun doit faire preuve de très grand sang-froid et notamment quand on est ministre ou quand on est parlementaire de la majorité, c'est le moment de serrer les coudes. C'est le moment d'indiquer le cap. C'est le moment de faire preuve de cohésion. Si nous-mêmes nous alimentons ce type de débat, si nous-mêmes nous créons le désordre, mais alors il n'y aura plus aucune confiance possible, nous ne pourrons pas agir. Or, le pays a besoin de changement, a besoin de réformes à conditions qu'elles soient comprises, à condition qu'elles soient justes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous feriez mieux que Jean-Marc AYRAULT ?

MANUEL VALLS
C'est très difficile aujourd'hui d'agir. Je ne répondrai pas à cette question parce que je suis loyal à l'égard du Premier ministre qui fait bien son travail, qui est courageux, qui affronte les difficultés. Vous croyez que c'est facile de gouverner aujourd'hui ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est parce que vous êtes loyal, Manuel VALLS, que vous êtes revenu dare-dare des Antilles alors qu'il y a une situation difficile aux Antilles sur le terrain de l'insécurité ? – et vous le savez : vous en revenez. Est-ce cette raison ? est-ce que parce que vous êtes loyal, vous êtes revenu plus vite des Antilles pour vous occuper de l'affaire Leonarda ?

MANUEL VALLS
Non ! Écoutez, je me suis attelé à ma tâche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sincèrement ? Vous avez raccourci votre voyage.

MANUEL VALLS
La dernière étape, celle de Saint-Martin. J'y retournerai, mais en revanche pour ce qui concerne la Martinique et la Guadeloupe qui subissent, il est vrai, vous avez raison de le souligner, une grande violence, j'ai pris mon temps. J'ai rencontré les élus, les forces de l'ordre, la population et nous avons remobilisé ces forces de l'ordre pour lutter contre la délinquance. Il n'y a pas un seul territoire dans notre pays qui doit être abandonné. Chaque territoire mérite l'attention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et est-ce que vous êtes revenu plus vite sur ordre ?

MANUEL VALLS
On m'a demandé de revenir et j'ai considéré qu'il fallait que je revienne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ? le Premier ministre ? le président de la République ?

MANUEL VALLS
Le président de la République et le Premier ministre. Mais moi aussi, j'ai considéré qu'à partir du moment où l'inspection générale de l'administration, et j'ai l'impression que cette affaire est derrière nous, donnait un certain nombre d'éléments, ma place était à Paris, avec le président de la République et le Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un fiasco, cette affaire Leonarda ?

MANUEL VALLS
Je ne crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sincèrement ?

MANUEL VALLS
Écoutez, le président de la République a pris la bonne position.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a eu raison de s'exprimer publiquement sur cette affaire ?

MANUEL VALLS
Tout le monde le lui demandait. Vous savez, on est dans un moment très particulier. On demande à la fois au président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On sacrifie à la dictature de l'émotion ?

MANUEL VALLS
Il y avait de l'émotion, c'est vrai, et de toutes sortes. Il faut faire attention à la dictature de l'émotion, il faut maîtriser ses émotions. Mais il y avait, c'est vrai aussi, en même temps des lycéens dans la rue donc il faut être capable de les écouter. Mais le président de la République a rappelé l'essentiel : la règle, le droit, la loi qui doivent s'appliquer. Il l'a dit et en même temps, il a voulu faire un geste à l'égard de cette jeune fille. Comment peut-on reprocher au président de la République à la fois de faire respecter la loi et de tendre une main ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous lui proposez toujours de revenir ?

MANUEL VALLS
C'est à sa famille de faire le choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ? Sa famille pourrait revenir ?

MANUEL VALLS
Non ! C'est à sa famille de respecter cette possibilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous lui proposez toujours de revenir ?

MANUEL VALLS
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr ?

MANUEL VALLS
Bien évidemment puisque cette proposition lui a été faite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Manuel VALLS, revenons à ce qui s'est passé en Bretagne et ce qui se passe un peu partout en France, ces moments de protestation qui se succdent, vous le remarquez, les uns derrière les autres.

MANUEL VALLS
Oui mais Jean-Jacques BOURDIN, la situation n'est pas facile. Est-ce qu'il faut tout confondre ? est-ce qu'il faut tout confondre ? Prenons les éléments les uns après les autres. En Bretagne, la semaine dernière, il y a eu un moment important : celui du dialogue ouvert par le préfet de Bretagne, poursuivi par Stéphane LE FOLL et Guillaume GAROT qui ont en charge les dossiers agricoles. Encore aujourd'hui, les discussions se poursuivent à la préfecture de Rennes avec l'ensemble des acteurs économiques, sociaux, et avec les élus de Bretagne. Pourquoi ? Parce que ce que demandent les Bretons, pas ceux qui cassent les portiques ou les radars ou les bornes écotaxe, ce que demandent les Bretons, et c'est ce que leur a proposé le Premier ministre, c'est un pacte d'avenir pour la Bretagne. C'est le soutien à la filière agroalimentaire qui est en grande difficulté. C'est le soutien à l'emploi. C'est ça qui est attendu par les Bretons comme par tous nos compatriotes un peu partout dans les régions. C'est que la priorité des priorités soit donnée à la compétitivité de nos entreprises, à l'excellence, à l'emploi, à la formation des salariés. C'est ça qui est attendu par les Français et cela ne peut se faire que dans le dialogue. Que dans le dialogue entre l'État et les représentants des forces économiques et sociales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi êtes-vous populaire ? selon vous ?

MANUEL VALLS
Mais vous croyez que je vais commenter ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non ! mais je vous demande.

MANUEL VALLS
Je ne peux pas, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne me dites pas que ça ne vous intéresse pas !

MANUEL VALLS
Mais je ne vous ai pas dit cela !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! d'accord.

MANUEL VALLS
Je ne vous ai pas dit cela !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi êtes-vous populaire ?

MANUEL VALLS
Je vais vous dire. C'est qu'un ministre, fut-il populaire, dans un gouvernement il participe à un collectif. Il n'y a pas de réussite individuelle. C'est vrai en politique, c'est vrai dans bien des domaines. Il n'y a pas de réussite individuelle sans réussite collective. Moi je suis engagé dans un combat collectif depuis trente ans. J'ai souhaité, en étant aux côtés de François HOLLANDE pendant la campagne présidentielle, que la gauche l'emporte parce que ce pays avait besoin d'une autre politique, une politique économique et sociale beaucoup plus juste. Je souhaite que la gauche puisse gouverner dans la durée, pour transformer, pour changer ce pays. Ma place, elle est dans un collectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dites-moi, votre place est à gauche ? votre place est à gauche ?

MANUEL VALLS
Mais depuis trente ans, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Depuis trente ans ?

MANUEL VALLS
Bien sûr, bien sûr. Vous en doutez ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui vous en veut alors à gauche ? qui vous en veut ?

MANUEL VALLS
Je ne sais pas. Vous croyez qu'il y a des gens qui m'en veulent ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le croyez ?

MANUEL VALLS
Vous savez, la politique est toujours difficile. Elle est faite de chausse-trappes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin ça, c'est facile ! La réponse est facile, Manuel VALLS : des chausse-trappes.

MANUEL VALLS
Elle est faite de chausse-trappes mais ce qu'il faut, c'est tenir le cap.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains à gauche disent : “ Manuel VALLS est un homme de droite. Manuel VALLS n'applique pas la politique qu'on doit appliquer aujourd'hui. ” Parce que là, est-ce que vous concevez que nous sommes à un tournant politique aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
J'ai la confiance du président de la République pour mener ma mission : celle du ministre de l'Intérieur qui est en charge, encore une fois – pardon de le répéter – de la sécurité des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et vous ne dévierez pas de cette route.

MANUEL VALLS
Et je ne peux pas dévier de cette route, de cette ligne. Si j'ai la confiance des Français pour mener cette politique, tant mieux ; cela représente un atout pour le gouvernement. C'est encore dans ces moments-là notamment que tout le monde doit se rassembler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai encore lu ici ou là : “ Manuel VALLS fait le lit du Front National en appliquant cette politique autoritaire, sans discernement. ” Vous avez lu ça, ces critiques venues de la gauche. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

MANUEL VALLS
Il n'y a pas de démocratie, il n'y a pas de progrès social sans ordre républicain, et c'est pour ça que nous sommes, oui peut-être, dans un moment grave. On sent que les choses peuvent basculer parce que certains veulent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est grave là ? quelles sont les menaces ?

MANUEL VALLS
Celles que vous avez encore vues hier sur les Champs Elysées, et ces menaces plus générales de désordre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

MANUEL VALLS
Il n'y a pas de place pour le désordre et pour la violence. Le seul moyen d'aller de l'avant, de redresser le pays, c'est le progrès. C'est l'ordre républicain mais dans le dialogue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'est-ce pas d'appliquer une politique de gauche ?

MANUEL VALLS
Et nous menons une politique de gauche. C'est vrai sur le plan fiscal, c'est vrai sur le plan économique, c'est vrai en donnant la priorité à l'Éducation nationale, c'est vrai en privilégiant en permanence le dialogue. Prenez un sujet : celui des retraites. Réforme difficile peut-être pour la gauche ; elle s'est fait dans le dialogue avec les syndicats ; elle est passée à l'Assemblée nationale. C'est une réforme importante. Prenez la réforme du marché du travail : voilà deux réformes importantes qui visent à améliorer la compétitivité de notre pays. En même temps, elles sont justes parce qu'elles se sont faites sur la base du dialogue. La réforme des retraites préserve notamment la question de la pénibilité. Elle s'attaque aux injustices, notamment celles qui concernent les femmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, lorsqu'on vous accuse par vos positionnements, par vos prises de décision, d'encourager la montée du Front National, vous dites : “ Non”.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, ce que nous devons faire c'est assumer, approfondir, aller plus loin par rapport à ce que nous faisons depuis un an. C'est ce réformisme assumé que je veux que nous portions davantage, et en même temps que nous soyons intransigeants sur la République. Ceux qui m'accuseraient de faire monter le Front National, moi qui ai proposé au président de la République et au Premier ministre de dissoudre les groupes d'extrême droite, moi qui suis en train de changer les règles pour acquérir la nationalité française parce que je crois qu'on doit être fier d'être Français ; moi qui combats l'insécurité, qui s'attaque aux plus faibles, aux plus démunis de notre société, ceux qui font ça, ceux qui m'accusent de cela, ont perdu le sens des réalités, des mots. Au moment où on siffle le président de la République sur les Champs Elysées….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu'il y a un complot qui menace ?

MANUEL VALLS
Je ne crois pas, je ne crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Vous ne croyez pas au complot.

MANUEL VALLS
Mais, au moment où on siffle le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Provocation policière a dit le Front National à propos des arrestations d'hier.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, au moment où on siffle le président de la République sur les Champs Élysées, où un parlementaire, le maire de Chateaurenard Monsieur REYNÈS subit l'agression que vous connaissez, trois coups de couteau…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'allais en parler. Vous l'avez appelé.

MANUEL VALLS
Oui, je l'ai appelé. Le président de la République l'a fait aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République l'a appelé ?

MANUEL VALLS
Pour lui témoigner son soutien et sa solidarité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien un dséquilibré ? Enfin, “ c'est bien ”…

MANUEL VALLS
C'est bien un déséquilibré, mais l'enquête doit nous permettre d'en savoir plus. Quelques jours après les mots ignobles à l'égard de Christine TAUBIRA, il y a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne vous ai pas entendu à ce propos !

MANUEL VALLS
Eh bien alors, on ne m'a pas écouté, parce que je l'ai dit et j'ai témoigné publiquement de mon soutien à Christiane TAUBIRA.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et où ? Quand ?

MANUEL VALLS
J'ai eu l'occasion de le faire à l'occasion d'une de mes sorties sur le terrain. Mais au moment où ces faits très graves se produisent, la seule réponse Jean-Jacques BOURDIN qui cible, c'est le rassemblement autour des valeurs de la République. Plus que jamais la réponse que doit incarner la gauche dans ces moments difficiles, c'est la République jusqu'au bout. Nous ne pouvons pas laisser de tels mots, de tels actes se produire dans notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de réponse politique, là dans les semaines qui viennent à la situation grave, vous l'avez dit vous-même, dans laquelle nous nous trouvons ?

MANUEL VALLS
Écoutez, la seule réponse c'est de poursuivre cette tâche qui consiste à redresser notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec le même Premier ministre ? le même gouvernement ?

MANUEL VALLS
Les initiatives politiques c'est au président de la République, s'il les considère utiles, de les prendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous les considérez utiles, vous, de votre côté ?

MANUEL VALLS
Mais personne ne peut croire qu'une seule initiative politique, quelle qu'elle soit, règle les problèmes de fond des Français, c'est-à-dire le chômage, la peur de l'avenir, l'insécurité, la crise d'identité, la lutte contre le Front National qui doit être une cause…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de personnes sur les Champs Élysées hier ?

MANUEL VALLS
Une centaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'interpellations ?

MANUEL VALLS
Soixante-dix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur les cent ?

MANUEL VALLS
Oui. Absolument, sans doute cent ou encore plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il y a encore des gardes à vue ce matin ?

MANUEL VALLS
Il y a, je crois, encore effectivement quatre gardés à vue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui sont ces protestataires ?

MANUEL VALLS
Mais ces protestataires viennent de groupes bien identifiés, qu'on a vus notamment à l'occasion des manifestations contre le mariage pour tous, qui n'acceptent pas les lois de la République : le Printemps français, le Renouveau français. Ce sont des individus qui s'en sont pris, encore une fois, à ce symbole qu'est le 11 Novembre. C'étaient des manifestations interdites, qui, en plus, ont essayé de faire croire qu'il y avait un lien avec le mouvement social en Bretagne. Ce sont des gens, qui pour certains s'en sont pris aux forces de l'ordre, qui ont voulu traverser l'avenue des Champs Élysées au moment où le cortège présidentiel repartait. Ce sont, encore une fois, des actes inadmissibles. L'ordre républicain doit s'imposer partout, il y a une demande très forte de la part de nos concitoyens, des Français, d'ordre, de protection, il y a une attente très forte dans les régions, dans les départements souvent ruraux de protection, de présence de l'État. C'est vrai évidemment pour les forces de l'ordre de police et de gendarmerie mais c'est vrai aussi pour les services publics, et la gauche elle doit incarner la République, la cohésion, ce qui fait France, ce qui permet de rassembler autour de la Nation. Le président de la République avait des mots très justes hier à Oyonnax, il disait qu'il fallait tout faire pour lutter contre ce qui défait, contre ces particularismes, contre aussi d'une certaine manière – c'est moi qui le rajoute parfois – contre des régionalismes qui défont au fond ce qu'est la France qui est unie, qui est indivisible et qui doit se rassembler autour des valeurs : liberté, égalité, fraternité, laïcité et je rajoute responsabilité, la responsabilité de tous, la majorité et l'opposition. Mais évidemment, pour ceux qui gouvernent à gauche c'est encore une fois de faire bloc, d'être unis et d'assumer les responsabilités, c'est-à-dire gouverner. La France est un beau pays, qui a des atouts sur le plan économique, industriel, sur le plan culturel, sur le plan éducatif, il y a des services publics de très grande qualité, il faut défendre ce pays. Il y en a assez au fond de cette vision toujours pessimiste, négative sur ce que nous sommes, ça ne veut pas dire qu'on n'oublie pas ceux qui souffrent, ceux qui sont sur le bord de la route.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui sont de plus en plus nombreux, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Qui sont nombreux, mais moi je suis convaincu que la politique que nous menons elle va payer, à condition que ceux qui gouvernent assument pleinement leurs responsabilités.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 novembre 2013

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