Déclaration de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, sur la filière du tourisme et les gisements d'emploi dans ce secteur, Paris le 7 novembre 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, sur la filière du tourisme et les gisements d'emploi dans ce secteur, Paris le 7 novembre 2013.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social

Circonstances : Remise du rapport "le tourisme filière d'avenir à Paris le 7 novembre 2013

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Je veux d'abord à mon tour saluer la qualité du travail de François Nogué et de l'équipe qui a composé le comité de pilotage. Ils ont su produire un rapport complet, sans verser dans l'excès de complexité, et nourri des expériences vécues des professionnels.


* Importance et défis de la filière touristique en matière d'emploi

Comme l'a dit Sylvia Pinel, le tourisme ne doit pas, ne peut pas être traité comme n'importe quel secteur économique dans un pays qui reste la première destination touristique du monde. Dans ma perception des choses, le tourisme est d'ailleurs plus qu'un secteur économique, c'est une part de l'identité du pays. Comme professionnels, vous êtes, bien sûr, des acteurs économiques mais aussi les gardiens et les promoteurs d'un patrimoine. Et moi qui parle avec toutes les filières, toutes les branches, je peux mesurer le privilège qui est le vôtre. Privilège qui est également une exigence – celle de la qualité, de la compétence, du service, c'est-à-dire de l'excellence « à la française ».

Ainsi, pour le ministre de l'Emploi que je suis, l'enjeu est de taille. Si nous voulons gagner la bataille pour l'emploi, il y a des secteurs socles sur lesquels nous devons nous appuyer tout particulièrement. Le tourisme est l'un de ceux-là.

D'abord, du fait de son poids économique. Le tourisme, c'est 237 000 entreprises, plus de 800 000 salariés et 2 millions d'emplois directs et indirects largement non délocalisables.
Ensuite du fait de son rôle social, c'est un secteur clef en termes d'insertion professionnelle des personnes peu qualifiées et notamment des jeunes : 80% des emplois à pourvoir sont des emplois de premier niveau de qualification.
Enfin, du fait de son ancrage local qui en fait un levier unique de maintien de l'emploi dans de nombreux territoires.

Le secteur a plutôt bien résisté à la crise, avec une croissance de 15% de l'emploi salarié entre 2000 et 2010. Et son potentiel d'emploi pour l'avenir reste important. Mais pour que ce potentiel puisse se concrétiser, il faut impérativement que le tourisme parvienne à faire face à trois défis majeurs :

1. D'abord, le défi de l'attractivité de ses métiers, alors que les conditions de travail y sont souvent difficiles, que l'emploi saisonnier y occupe une place importante et qu'il existe pour certains peu de perspectives de carrière ;

2. Ensuite, le défi de l'adéquation des compétences des salariés et des demandeurs d'emploi avec une demande qui évolue très vite ;

3. Enfin, le défi du dialogue social et des droits collectifs, dans une filière qui reste insuffisamment structurée, composée d'une quinzaine de branches, avec des inégalités importantes entre les salariés.
Les risques liés à ces différents enjeux sont connus : un fort taux de turn-over, des offres d'emploi qui restent non pourvues dans un contexte de chômage élevé et une fragilisation de notre offre touristique face à la concurrence internationale.

C'est pour relever ces défis que nous avons souhaité que des propositions nous soient faites en vue d'optimiser le potentiel emploi de la filière.


* Méthode et orientations prioritaires

La balle est désormais dans notre camp et je souhaite que nous puissions agir rapidement en mêlant traitement de l'urgence et préparation de l'avenir.

Il y a des orientations prioritaires que nous pouvons affirmer dès aujourd'hui et des actions pouvant être mises en œuvre dans un temps court. D'autres sujets nécessiteront au contraire un travail plus approfondi. Pour ceux-là, les assises du Tourisme constitueront un cadre de travail adapté.

Les orientations prioritaires que je retiens du rapport peuvent se résumer dans ce que je me risquerai à appeler la stratégie du triple A pour le Tourisme : Anticiper / Adapter / Attirer.

Il faut d'abord mieux anticiper, mieux connaître les mutations du secteur liées à une demande qui évolue de plus en plus vite dans un contexte de concurrence internationale renforcée. C'est notre capacité d'observation, de prospective et de construction d'une stratégie d'anticipation au niveau de la filière qui est en jeu.

Ensuite, il y a la question de l'adaptation : adaptation des formations à ces mutations, adaptation des compétences des actifs aux besoins des entreprises. Nous touchons là aux enjeux relatifs à la rencontre entre offre et demande d'emploi, aux emplois non pourvus et à la fragilisation de notre offre touristique liée à nos déficiences sur des compétences stratégiques comme la maîtrise des langues.

Enfin, troisième orientation prioritaire : l'attractivité des métiers de la filière. Difficultés à attirer des jeunes, déficit de fidélisation des salariés et fuite des compétences à l'issue de la formation sont autant de signes de l'urgence à agir sur ce point.


* Actions à mener à court-terme

Pour chacune de ces orientations prioritaires, je souhaite que nous puissions avancer rapidement sur certaines propositions du rapport.

- Concernant l'anticipation des mutations et de la demande
En matière d'anticipation, je reprends à mon compte la proposition visant à développer des démarches de gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences dans la filière touristique. Suite à la grande conférence sociale pour l'emploi, un bilan de la GPEC sera partagé avec les partenaires sociaux au premier trimestre 2014. Ce sera l'occasion de redynamiser les démarches de branches ou interbranches et je ferai mon possible pour accompagner les organisations du Tourisme et les aider à être à l'avant-garde sur le sujet.

L'anticipation doit s'appuyer sur une bonne connaissance de l'évolution de l'emploi et des compétences. J'ai pris note de la proposition du rapport de lancer un travail prospectif sur les métiers du tourisme. Je demanderai à mes services de l'initier et nous le co-financerons avec les organisations professionnelles qui seront prêtes à nous suivre.

- Concernant l'adaptation des compétences
Pour ce qui est de l'adaptation des compétences des actifs aux besoins des employeurs, je veux agir prioritairement sur deux leviers identifiés dans le rapport.

1er levier, accélérer la montée en compétence dans la filière en développant l'alternance. La loi relative à la formation professionnelle inclura un volet apprentissage visant à développer cette forme d'alternance pour atteindre notre objectif de 500 000 apprentis en 2017. Parallèlement, comme l'appelle de ses vœux le rapport, je souhaite que le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels puisse voir son rôle renforcé en matière de tutorat. C'est pourquoi il a été inscrit dans la nouvelle convention triennale Etat - partenaires sociaux qu'un appui du fonds paritaire au développement des activités de tuteur pouvait être envisagé.

2nd levier qui me semble fondamental, celui de la formation des demandeurs d'emploi. Pour faire face aux milliers de postes non pourvus dans le tourisme, l'Etat, les Régions et les partenaires sociaux doivent ensemble lever les blocages liés à des déficits de formation.

A l'issue de la grande conférence sociale pour l'emploi, un plan de formations prioritaires pour l'emploi a été mis en œuvre. Il permet à 30 000 demandeurs d'emploi supplémentaires d'être formés dès 2013 à un métier sur lequel des besoins non satisfaits sont constatés. Ce plan sera amplifié en 2014 et je demanderai à Pôle Emploi et aux organisations professionnelles concernées de faire un travail spécifique sur le secteur du tourisme pour identifier les métiers sur lesquels des efforts supplémentaires sont à faire. Cela se traduira notamment par un accroissement du nombre de préparations opérationnelles à l'emploi. Je souhaite que ce travail soit enclenché rapidement avec les OPCA et Pôle Emploi, en coordination avec les Régions et les partenaires sociaux.

Dans ce même objectif de rapprochement de la demande et de l'offre de travail, je rappelle que Pôle Emploi a initié un chantier ambitieux relatif à la transparence du marché du travail.

Enfin, il est impératif que Pôle Emploi puisse offrir un service adapté à un secteur où 9 établissements sur 10 accueillent moins de 10 salariés. Dans cet objectif, Pôle Emploi expérimente dans 8 territoires un service dédié aux TPE. Au moins trois sites touristiques majeurs sont concernés : Biarritz, Bayonne et Vichy. Je demanderai à Pôle Emploi que les évaluations de cette expérimentation s'appuient, comme le propose le rapport, sur un retour d'expérience spécifique concernant les entreprises touristiques.

- Attractivité des métiers du tourisme notamment pour les jeunes Enfin, dernier enjeu sur lequel je souhaite des avancées rapides, le renforcement de l'attractivité des métiers. Si le sujet sera au cœur des assises, nous pouvons d'ores et déjà agir en orientant mieux certains publics vers les métiers du tourisme, notamment les jeunes.

En ligne avec les engagements du Président de la République, nous avons transmis dès juillet dernier avec Sylvia Pinel un courrier pour développer les emplois d'avenir dans la filière. Le rapport qui nous est remis aujourd'hui nous incite à aller plus loin en renforçant la prospection et les partenariats avec les organisations professionnelles du secteur. C'est pourquoi, dans les jours qui viennent, nous signerons une convention d'engagements avec le Synhorcat qui permettra le recrutement et la formation de 2 000 jeunes en emplois d'avenir d'ici fin 2014 dans l'hôtellerie restauration. J'espère qu'elle en appellera d'autres.

Le contrat de génération peut lui aussi être un levier d'attraction des jeunes vers la filière. Là encore, je donne un écho favorable au rapport qui plaide pour une négociation au niveau de la filière afin d'ouvrir le bénéfice de l'aide au maximum d'entreprises de 50 à 300 salariés et de faire émerger une approche commune sur les enjeux d'emploi et de transmission des compétences. L'exemple qui est donné de la filière alimentaire pourrait effectivement être pris pour modèle.


* Démarche de filière et assises du tourisme

Sylvia Pinel l'a déjà dit, les assises vont nous permettre de creuser les enjeux d'attractivité, de formation, de qualité de vie au travail dans une logique de filière. Avec une quinzaine de branches, la filière touristique peine en effet à dessiner une stratégie commune. Les assises constitueront un nouveau pas en ce sens et je souhaite qu'elles permettent d'avancer :

- Sur des sujets nécessitant une expertise approfondie : développement de la VAE, amélioration des conditions de travail, déploiement du Titre Emploi Services, meilleur accès pour les professionnels à l'information.

- Mais aussi sur des sujets qui impliquent directement les organisations professionnelles ou syndicales : développement de l'alternance, reconnaissance des compétences, déploiement du CDI intermittent.

Je dis enfin un mot du travail des saisonniers. Le rapport fait des propositions intéressantes quant à leur environnement de travail, au déploiement des Maisons de Saisonniers et au développement des formations bi ou tri-qualifiantes. Cela va bien au-delà du périmètre de compétences du seul Ministre du travail, mais les assises constitueront un bon cadre pour avancer ensemble sur le sujet.


Voilà tracée une vision stratégique pour le secteur du tourisme. Une vision qui dit deux choses :

- D'abord que nous ne sommes pas résignés face à la difficulté économique, que nous savons comment avancer, quelle est la ligne à suivre, quels sont les choix à faire. Et nous les faisons, secteur par secteur, dans une stratégie de redressement économique du pays.

- Ensuite que ce redressement ne viendra pas d'ailleurs, mais bien de nos atouts les plus ancrés : tant de la richesse touristique de la France, que des professionnels capables de se rassembler et de faire évoluer la filière.

Je veux réaffirmer notre détermination, à Sylvia Pinel et à moi-même, de faire de ce rapport à la fois un levier d'action immédiat et un socle de réflexion pour l'avenir. Pour le dynamisme de notre économie et pour le développement de l'emploi, nous devons agir en rang serré, pouvoirs publics et professionnels, pour redonner un temps d'avance à notre pays. Certaines choses sont dans les mains de l'Etat mais beaucoup reste dans les mains des organisations représentatives et des professionnels. Je vous invite donc à vous saisir pleinement de ce rapport et à en faire un levier de progrès social et de développement des activités touristiques.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://travail-emploi.gouv.fr, le 14 novembre 2013

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