Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à France Info le 15 novembre 2013, sur la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires, la conjoncture économique, l'écotaxe, la hausse de la TVA au 1er janvier 2014 et les cotes de popularité du Premier ministre et du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à France Info le 15 novembre 2013, sur la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires, la conjoncture économique, l'écotaxe, la hausse de la TVA au 1er janvier 2014 et les cotes de popularité du Premier ministre et du gouvernement.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, LEYMARIE Jean.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN LEYMARIE
La semaine a encore été tendue et même très tendue, la réforme des rythmes scolaires continue à faire des vagues. Des parents d'élèves, des enseignants, des élus vous demandent de revoir cette réforme, quand allez-vous les écouter ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais nous n'arrêtons pas de les écouter, j'écoute aussi les maires, j'ai reçu l'Association des maires de France et j'ai indiqué aux maires que le gouvernement était prêt à aider les communes – puisque nous avons donné 2 ans pour réussir cette réforme – à continuer à aider les communes une année supplémentaire pour celles qui n'étaient pas encore passées au rythme scolaire. Mais ce que je voudrais rappeler…

JEAN LEYMARIE
C'est-à-dire, qu'on comprenne bien, la rentrée 2014 pour l'année 2014-2015, mais au-delà monsieur le Premier ministre ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais au-delà, il faut que vous rappeliez vous aussi parce qu'en vous écoutant, je me rends compte qu'il y a une grande confusion. On ne parle pas du bon sujet, le bon sujet c'est quoi ? Ce sont les horaires de cours. En 2008, les horaires de cours de la semaine en primaire sont passés… 24 heures de cours par semaine de 4 jours et demi à 4 jours, brutalement, sans concertation. Et tout le monde, les chronobiologistes, l'Académie de médecine, les élus, parlementaires, les maires, les professeurs, les parents d'élèves, tout le monde dit : apprentissage des fondamentaux de l'école en 4 jours, c'est-à-dire en 8 demi-journées, ça ne marche pas, les enfants sont fatigués, ne peuvent pas assimiler. Donc le retour à 9 demi-journées, c'est-à-dire 4 jours et demi d'apprentissage des fondamentaux en école primaire, c'est ça la réforme, c'est ça le coeur de la réforme. Et ça, ça ne relève pas de la décision des maires, ça relève de la décision du ministère de l'Education nationale. Donc cette réforme qui a pour seul but l'intérêt de l'enfant doit être faite et elle sera faite. Par contre évidemment, les maires ont la responsabilité de ce qu'on appelle « le périscolaire », c'est-à-dire après l'école, qui terminera un peu plus tôt, certaines communes ont déjà commencé et avec succès la mise en oeuvre d'activités périscolaires supplémentaires qui existaient déjà. Mais on ne demande pas aux mairies de faire une deuxième partie d'école, il s'agit de faire en sorte que les enfants…

JEAN LEYMARIE
Mais monsieur le Premier ministre, ils expliquent ces élus que ça ne tient pas financièrement et qu'ils ont besoin de votre aide au-delà de l'année 2014, 2015.

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez ! Faites… prenons les choses étape après étape, moi je vous rappelle quel est le but de cette réforme. Le matin par exemple, c'est là qu'on va apprendre les fondamentaux les plus importants, parce que les enfants sont plus réceptifs, donc nous avons une demi-journée de plus, donc un matin de plus, et je crois que c'est ça l'intérêt de l'enfant. Donc 24 heures d'assimilation des connaissances, de transmission par les enseignants, de la connaissance aux enfants en 9 demi-journées au lieu de 8, c'est l'intérêt de l'enfant. Je crois qu'il faut vraiment rappeler que la France a besoin de la réussite scolaire pour tous les enfants. Et aujourd'hui malheureusement, vous avez encore 20 % des enfants qui échouent et ils commencent à échouer… et ça c'est grave, c'est au moment des apprentissages fondamentaux, c'est-à-dire à l'école primaire. Et moi, je pense que c'est l'intérêt de la France – attachée à son école – que ça marche pour tous les enfants.

JEAN LEYMARIE
Beaucoup vous demandent d'assouplir cette réforme, autrement dit de ne pas appliquer la même méthode dans chaque ville, dans chaque école.

JEAN-MARC AYRAULT
Et c'est ce qui se passe…

JEAN LEYMARIE
Etes-vous prêt à la soutenir, je pense par exemple à la…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non…

JEAN LEYMARIE
Ville de Toulouse par exemple qui avait mis en place un système innovant et qui dit : pourquoi est-ce qu'on est obligés d'être logés à la même enseigne sur tout le territoire ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez monsieur LEYMARIE, je vous ai expliqué ce qu'était la réforme, la réforme ce sont les rythmes d'apprentissage des connaissances de base à l'école primaire. Après ce dont vous me parlez, c'est le périscolaire, ça c'est aux mairies de l'organiser et là évidemment, la souplesse et le dialogue sont nécessaires. Ce qui fait que si vous allez à Toulouse, ce n'est pas forcément organisé exactement comme à Nantes. A Nantes aussi, comme à Toulouse, on a mis en place les rythmes sans attendre l'année 2014, dès 2013. Et ce que je constate, c'est vrai dans la région de Toulouse, dans toute l'Académie de Toulouse, la plupart des communes – ou en tout cas un grand nombre de communes… nous avons beaucoup de départements, même certains départements à 100 % ont mis en place les rythmes scolaires. J'ai noté que le taux de grévistes avait été là le plus faible. Et si je prends le cas de Nantes où les rythmes scolaires ont fait l'objet d'une longue concertation pour la mise en oeuvre, là aussi le taux était de 7 %. Donc on peut toujours voir ce qui est négatif, quand une réforme comme ça d'une telle ampleur doit être mise en oeuvre, elle demande du travail, elle demande des efforts mais il ne faut pas perdre le but, il ne faut pas perdre le fil, le fil c'est l'intérêt de l'enfant.

JEAN LEYMARIE
Donc, qu'on comprenne bien Jean-Marc AYRAULT, vous nous dites ce matin sur les rythmes scolaires, sur le décret de Vincent PEILLON : « nous ne changeons rien » ?

JEAN-MARC AYRAULT
Le décret qui consiste à faire travailler les enfants sur les fondamentaux en 4 jours et demi au lieu de 4, ça c'est le coeur de la réforme et ça, ça relève du ministère de l'Education nationale, et je ne vois pas pourquoi on abandonnerait cette ambition.

JEAN LEYMARIE
Et les maires qui disent « nous n'appliquerons pas la réforme » ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais ils n'ont pas à… ce n'est pas les maires qui décident les horaires des cours, les maires décident des activités périscolaires après la classe, ce qu'ils font déjà dans certaines communes. Et je constate que là où on le fait déjà, c'est assez facile d'organiser les rythmes scolaires, c'est souvent là où il y a absence d'activités périscolaires que c'est plus difficile. Mais je reconnais que dans des petites communes, il peut y avoir de difficultés particulières. C'est d'ailleurs pourquoi je vais aller visiter une petite commune qui s'y est apparemment bien pris, qui a pris du temps de la concertation et ça marche. Mais il y a aussi des communes qui ont des difficultés, donc c'est le devoir de l'Etat avec les recteurs, les inspecteurs d'académie, les inspecteurs de terrain, les préfets, les sous-préfets de dialoguer et d'aider, parce qu'évidemment une réforme c'est toujours difficile à faire. Mais moi, je ne suis pas pour l'immobilisme, moi ce que je veux c'est que l'école de la République respecte sa promesse, et moi je ne renonce pas à faire reculer l'échec scolaire dans notre pays qui est une vraie injustice pour la jeunesse.

JEAN LEYMARIE
Et donc pas de modification, nous l'aurons compris, sur ce point. La hausse des impôts provoque toujours des manifestations, demain des chauffeurs routiers à leur tour vont protester dans une quinzaine de régions monsieur le Premier ministre. Vous avez suspendu l'écotaxe, ils vous demandent de la supprimer, allez-vous la supprimer ? Pour beaucoup c'est déjà fait !

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, oui… non mais attendez, on n'est pas dans une espèce de course poursuite : est-ce qu'on va supprimer ceci, est-ce qu'on va donner cela ? Je pense qu'il faut un peu de…

JEAN LEYMARIE
Vous savez que certains à gauche disent que c'est déjà fait dans les couloirs…

JEAN-MARC AYRAULT
Certains ici, certains là, moi je veux qu'on garde un peu son sang-froid. Vous savez, moi je voudrais quand même vous dire que nous sommes depuis 5 ans, il faut bien se le rappeler, 5 ans dans une situation de croissance moyenne 0, je le dis, 0. Il y a eu la crise de subprimes avec toutes ses conséquences sur l'Europe, on a d'ailleurs – il y a un an – cru que l'euro allait disparaître, il faut voir d'où on vient, moi quand je suis arrivé aux responsabilités, la situation de la France s'était dégradée, l'Europe essuyait une tempête et le navire France a été profondément endommagé et nous sommes en train de le réparer. Ce n'est pas au moment où justement on est en train de sortir de la crise en Europe, en France que les perspectives de croissance pour la fin 2013 sont réelles, qu'en 2014…

JEAN LEYMARIE
Elle va mal la croissance !

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non…

JEAN LEYMARIE
3ème trimestre quasiment atone.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, bien sûr, vous pouvez toujours essayer de biaiser, la tendance à la reprise de la croissance elle est réelle en France, elle est réelle en Europe et elle sera plus forte encore en 2014 et encore en 2015. Tous les instituts internationaux ou l'INSEE en France disent la même chose. 5 ans, je vous le répète, croissance 0, ça a eu quoi comme conséquences ? Les déficits publics, l'augmentation de la dette, l'augmentation du chômage, la difficulté pour financer nos régimes sociaux, c'est ça la situation dont j'ai héritée…

JEAN LEYMARIE
Le contexte est connu monsieur le Premier ministre…

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien… non, non, le contexte est connu…

JEAN LEYMARIE
Mais je vous pose ma question…

JEAN-MARC AYRAULT
Vous oubliez…

JEAN LEYMARIE
Autrement…

JEAN-MARC AYRAULT
Mais je vais vous répondre…

JEAN LEYMARIE
L'écotaxe c'est l'actualité…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non, mais je vais vous répondre…

JEAN LEYMARIE
Allez-vous l'appliquer et quand ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je vais vous répondre, parce que si vous êtes en train de prendre un point et un autre pour qu'on perde le fil…

JEAN LEYMARIE
Ce sont des points d'actualité.

JEAN-MARC AYRAULT
Alors les Français ne pourront pas comprendre ce qu'on est en train de faire. Ce qu'on est en train de faire, c'est le redressement du pays et ça, ça demande un effort considérable. Et c'est vrai qu'un effort a été demandé aux Français, mais cet effort il n'est pas en vain, la croissance va repartir, on engage des réformes, je pense à la réforme des retraites, du marché du travail, on a parlé de l'école, faut-il abandonner toutes les réformes ? Alors vous me parlez de l'écotaxe, l'écotaxe c'est une décision qui a été prise d'une taxe sur les… payée par les transports routiers sur les routes, pour financer les infrastructures de transport, pour financer le ferroviaire, pour financer les pôles intermodaux qui sont utilisés aussi par les transporteurs routiers, et donc c'est dans l'intérêt public, c'est issu du Grenelle de l'environnement.

JEAN LEYMARIE
Quand sera-t-elle appliquée ?

JEAN-MARC AYRAULT
Sauf que cette réforme a été mal faite, le gouvernement que je dirige a eu à la mettre en oeuvre avec toutes les difficultés que vous connaissez. Par exemple des régions périphériques très éloignées comme la Bretagne étaient pénalisées par les conditions de sa mise en oeuvre, je reconnais volontiers ; et puis il y a encore d'autres problèmes ailleurs. Donc j'ai décidé de suspendre la mise en oeuvre de l'écotaxe. Maintenant il faut travailler…

JEAN LEYMARIE
Mais jusqu'à quand ?

JEAN-MARC AYRAULT
Là, vous parlez des…

JEAN LEYMARIE
Avant les municipales ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il n'y a pas d'avant ou après les municipales…

JEAN LEYMARIE
C'est important, c'est un sujet sensible visiblement…

JEAN-MARC AYRAULT
Nous prendrons monsieur LEYMARIE le temps nécessaire, au point que le Parlement, l'Assemblée nationale a décidé mardi de mettre en place une mission d'information, puisque je rappelle que c'est une loi qui a été votée, l'écotaxe. Et avant de reprendre quelque initiative que ce soit pour une mise en oeuvre de l'écotaxe, le Parlement maintenant va s'en saisir et va auditionner, écouter tous les professionnels, écouter les uns et les autres pour essayer de se faire une opinion, pour voir dans quelles conditions cette écotaxe – qui est utile aux Français, qui permet de financer les investissements dans tous les territoires – pourrait être mise en oeuvre. Mais nous n'avons pas de délai, nous prendrons le temps nécessaire, c'est pour ça que ceux qui protestent, moi je les invite à la table des discussions, et là en l'occurrence c'est l'Assemblée nationale qui va les inviter.

JEAN LEYMARIE
Vous avez vu aussi ceux qui protestent contre la hausse de la TVA au 1er janvier, ils sont nombreux, à la fois des chefs d'entreprise, des artisans, des commerçants qui disent que vous les étranglez ; et puis aussi une partie de la gauche avec Jean-Luc MELENCHON qui appelle à manifester contre la hausse…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, oui, bien sûr…

JEAN LEYMARIE
De la TVA.

JEAN-MARC AYRAULT
Bien sûr, j'ai vu ça…

JEAN LEYMARIE
Vous vous souvenez que la droite voulait augmenter la TVA aussi…

JEAN-MARC AYRAULT
La droite, elle avait augmenté…

JEAN LEYMARIE
Non, non, elle voulait l'augmenter…

JEAN-MARC AYRAULT
Elle avait décidé…

JEAN LEYMARIE
C'était dans le programme de Nicolas SARKOZY…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non monsieur LEYMARIE, n'ayez pas la mémoire courte, elle avait décidé de l'augmenter à 21,2…

JEAN LEYMARIE
Elle avait décidé… voilà, mais vous l'augmentez également.

JEAN-MARC AYRAULT
21,2. Nous, nous avons décidé effectivement de l'augmenter au 1er janvier prochain, ça fait un an que ça a été voté quand même, il ne faut quand même pas oublier… on a l'impression que ça vient d'hier…

JEAN LEYMARIE
Visiblement ça ne passe pas !

JEAN-MARC AYRAULT
Mais écoutez ! Il faut expliquer pourquoi, je vous ai dit la situation de nos comptes publics, vous la connaissez, est-ce que comme certains qui veulent manifester à l'extrême gauche et qui n'ont au fond qu'une perspective : déficit, déficit, déficit, qui paiera la facture des déficits ? C'est les classes moyennes, c'est les classes populaires, moi je n'ai pas… et puis c'est quoi le déficit ? Le déficit c'est le remboursement tous les ans de 50 milliards d'intérêt d'emprunt. Vous savez ce que c'est que 50 milliards que paie la France aujourd'hui ? C'est plus que le budget de l'Education nationale. Donc il faut mettre un frein à cette spirale de déficit parce qu'il faut aussi trouver des marges de manoeuvre pour investir. Et vous parlez des entreprises, justement les marges de manoeuvre c'est à la fois pour sauver notre modèle social, mais c'est aussi… en le réformant, mais c'est aussi financer nos entreprises, leur redonner des marges de manoeuvre. Et la TVA, la hausse de TVA de 19,6 à 20, ce qui nous met dans la moyenne des pays européens…

JEAN LEYMARIE
Et le taux intermédiaire qui passe de 7 à 10.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, pour certaines activités, eh bien ! Vous savez que ça va permettre de financer la baisse du coût du travail pour toutes les entreprises, donc y compris les entreprises artisanales de 4 % qui seront inscrits dans les comptes des entreprises 2013, donc au début de l'année 2014 ; et de moins 6 % l'année suivante. Ça, c'est sans précédent, ça ne s'est jamais fait, donc pour faire ça je fais comment ? Il faut bien un moyen, donc cette TVA qui va légèrement augmenter avec, je le rappelle, une inflation très basse qui ne sera pas pénalisante à mon avis pour le pouvoir d'achat…

JEAN LEYMARIE
Donc autrement dit, ce que vous donnez d'un côté vous le reprenez de l'autre ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non parce que ça donne une marge de manoeuvre supplémentaire, ce que rapportera la TVA ne financera pas tout. Il y a des économies par ailleurs dans le budget de l'Etat, et en particulier en 2014 puis en 2015, qui permettront de financer cette marge de manoeuvre supplémentaire qui va être redonnée aux entreprises par la baisse du coût du travail. Vous savez, c'est suite au rapport Gallois il y a un an que j'avais annoncé cela, parce que les entreprises ont besoin de retrouver un peu d'air pour investir, innover, embaucher.

JEAN LEYMARIE
Au-delà de ces chiffres, au-delà de ces mesures monsieur le Premier ministre, l'exaspération grandit, on l'entend partout, on l'entend chaque jour, faut-il aujourd'hui changer d'homme ou changer de politique pour apaiser cette colère ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez ! Je pense que dans la tempête, dans les temps difficiles, les Français jugent leurs dirigeants à leur capacité à tenir le cap, à faire preuve de sang-froid, à faire preuve de fermeté. Et donc… et je dirai même parfois de fermeté d'âme, et pas se laisser balloter au fil des événements comme un bouchon sur l'eau, parce que les Français ont besoin aussi de savoir où on les emmène. Le redressement du pays, je vous l'ai dit tout à l'heure, les efforts qui ont été demandés aux Français ne sont pas vains, ils seront utiles. Les réformes que nous engageons, elles bousculent, parfois il y a des résistances, des corporatismes, des peurs, il faut encore plus dialoguer…

JEAN LEYMARIE
Y compris chez vous, vous entendez les députés qui…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, oui mais…

JEAN LEYMARIE
Doutent à gauche Jean-Marc AYRAULT…

JEAN-MARC AYRAULT
Qui doutent à gauche. Mon pauvre ami, vous êtes toujours en train de parler de tel ou tel…

JEAN LEYMARIE
Malek BOUTIH, député socialiste qui veut que vous quittiez Matignon.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais moi, je ne m'intéresse pas à ces comportements, je dirai ces petites manoeuvres médiocres. Je m'intéresse aux Français et aux problèmes des Français. Et les crises d'égo de quelques-uns, ce n'est pas le problème parce que la France justement souffre de trop d'individualisme, la France a besoin d'un message fort, d'un message collectif, d'une mobilisation générale pour s'en sortir. Et d'ailleurs, puisque vous me faites parler de la majorité, moi je voudrais rendre hommage à ces députés qui chaque semaine sont à l'Assemblée nationale, qui font le travail, qui votent les lois, qui font la majorité, qui soutiennent le gouvernement, qui veulent la réussite de ce que nous avons entrepris, ceux-là ils ne cherchent pas leur quart d'heure de célébrité hebdomadaire à la télévision, c'est à eux que je voudrais rendre hommage parce que cette majorité pour voter le budget, pour voter la réforme des retraites, elle ne fait jamais défaut.

JEAN LEYMARIE
Jean-Marc AYRAULT, vous êtes très impopulaire, le président de la République aussi, à 15 % selon le dernier sondage, combien de temps est-ce que ça peut tenir ainsi ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais ça aussi, c'est quelque chose qui ne doit pas vous impressionner, quand vous dirigez un pays, après 5 ans de crise, je vous dis 5 ans sans croissance, un pays qui d'une certaine façon est fatigué, un pays qui doute, quand dans telle ou telle région il y a des fermetures d'entreprises parce que ces entreprises ont subi la crise, il faut faire face, le gouvernement fait face. D'ailleurs, on a augmenté un fonds de développement économique et social, le FDES, pour aider ces entreprises qui peuvent être sauvées ; et puis en même temps il faut redresser tout le pays. Et je comprends que les Français peuvent être impatients, donc si j'avais l'oeil fixé uniquement sur les sondages chaque matin, alors je ne pourrai pas faire mon travail de façon sereine. Mais moi, je le fais avec la plus grande détermination, comme je l'ai dit hier, je l'ai pas la main qui tremble, il faut à la fois mener cette politique, la conduire, ce n'est pas au moment où elle va réussir qu'il faudrait y renoncer ; et puis surtout faire preuve de la plus grande fermeté qui soit pour que les lois de la République, tout ce qui sont aussi nos valeurs soient respectés et partagés par les Français.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 novembre 2013

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