Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères,avec RTL le 4 novembre 2013, sur la mort de deux journalistes français au Mali. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères,avec RTL le 4 novembre 2013, sur la mort de deux journalistes français au Mali.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti :
Q - Saurons-nous un jour le nom des meurtriers de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes à RFI, assassinés sans la ville de Kidal dans le Nord Mali ?

R - Je l'espère. Nous sommes en train d'y travailler activement mais, au moment où je m'exprime, il n'y a pas encore d'identification précise.

Q - Confirmez-vous que des conversations téléphoniques ont été captées par les services français, conversations téléphoniques des personnes qui ont pris en otages puis assassiné Ghislaine Dupont et Claude Verlon ?

R - La mission de nos services est d'obtenir le maximum de renseignements. Je peux vous apporter quelques précisions en plus de celles que j'ai données hier.

Premier point : au moment où les militaires français sont arrivés derrière le pick-up des otages qui, malheureusement, avaient été assassinés, ils ont vu s'enfuir quelqu'un, à 1 500 mètres à peu près. Ils l'ont poursuivi mais ils ne l'ont pas rattrapé.

Deuxième point : hier ont été lancées des opérations pour identifier un certain nombre de personnes dans des campements, elles sont en cours.

J'entends dire beaucoup de choses. D'une part il n'y a pas eu de revendication et, d'autre part, pour être très clair - je n'ai pas la langue de bois -, à l'heure actuelle on n'a pas de certitude sur qui a commis cet assassinat.

Il y a plusieurs hypothèses. On parle d'Aqmi, on parle du Mujao - qui maintenant a pris une nouvelle forme qui s'appelle Al-Mourabitoune -, on parle de dissensions possibles entre les uns et les autres. Actuellement, il n'y a pas de réponse précise à cette question.

Les instructions ont été données par le président de la République, qui suit cela très précisément, pour que, premièrement, on remonte la piste et, deuxièmement, que les personnes soient punies.

J'ajoute enfin, comme vous le savez, qu'une instruction a été ouverte par le parquet de Paris pour enlèvement, séquestration suivie de mort, dans le cadre d'une entreprise terroriste.

Q - On ne comprend pas, parce qu'on ne les connaît pas, les raisons de l'assassinat. En général, quand des drames comme ceux-là se produisent, c'est-à-dire une tentative de prise d'otage, ça ne se termine pas comme cela.

R - Il y a plusieurs hypothèses, là aussi. Effectivement, certains disent que, s'ils souhaitaient les assassiner ils auraient pu le faire directement à Kidal ?. D'autres disent qu'il s'agissait d'une opération qui avait un autre but. Cependant pourquoi ce pick-up a-t-il été arrêté en plein désert ?

J'ai dit hier que les corps avaient été retrouvés. Je suis extrêmement précis, même si c'est épouvantable à dire : Mme Dupont a été assassinée de deux balles dans la poitrine, M. Verlon a reçu trois balles en pleine tête. La voiture était fermée, le neiman était mis, aucune trace d'impact sur la carrosserie ; ce qui veut dire donc qu'il n'y a pas eu d'échanges de combat. À partir de là, toutes les hypothèses sont possibles.

Je voudrais revenir au point de départ, parce qu'on ne peut pas parler de cela d'abord sans dire notre émotion, notre indignation, nos condoléances à l'égard des familles que François Hollande a joint hier, à l'égard de RFI qui fait un travail magnifique et puis à l'égard de toute la presse.

Q - Peut-il exister un lien entre ces meurtres et la libération des quatre otages au début de la semaine dernière, une forme de vengeance, de conflit, de rivalité entre les groupes ?

R - Il n'y a absolument aucun élément, aucune indication en ce sens.

Q - Les journalistes - vous venez de le dire Laurent Fabius - doivent informer, rendre compte, témoigner des conflits qui se déroulent sur la planète. Les militaires français avaient refusé d'acheminer les deux journalistes français jusqu'à Kidal, pourquoi ?

R - La question a été posée hier au cours du conseil qu'a réuni François Hollande. Là, il y a une petite différence sur les versions, mais je pense qu'il ne faut pas s'enferrer là-dedans.

Cette zone est très dangereuse évidemment. Dans le même temps, les journalistes, notamment les spécialistes de ces questions, veulent s'y rendre. Donc, ils n'ont pas été acheminés, ils n'ont pas demandé d'ailleurs de protection particulière. Je m'en suis entretenu hier avec les responsables de RFI et avec Mme Saragosse, la PDG de la société nationale de programme en charge de l'audiovisuel extérieur de la France. Ils ont été acheminés par la MINUSMA et, sur place, ils ont considéré - il ne s'agissait pas du tout de «têtes brûlées» - qu'ils étaient dans une relative sécurité. Et puis le malheur est arrivé.

Q - Cette partie du Mali est désormais inaccessible aux journalistes. Quel type de conseil pouvez-vous donner ?

R - Je déconseille absolument d'aller là-bas.

En même temps, j'entends les commentaires qui sont peut-être un peu injustes. Ce drame est épouvantable, on va vraiment tout faire pour retrouver les assassins et les punir, les châtier. En même temps ce serait une simple erreur de constat de dire qu'au Mali toute la situation est comme cela. Je me rappelle encore qu'au mois de janvier, les terroristes étaient sur le point, à quelques heures près, de prendre l'ensemble du Mali. On l'a oublié, ils étaient à quelques dizaines de kilomètres de Bamako. L'intervention des Français a permis d'éradiquer tout cela. Donc l'ensemble du Mali aujourd'hui est relativement sécurisé, mais ce n'est pas vrai à Kidal. D'autre part, il y a toujours la possibilité pour des petits groupes, de commettre des attentats, malheureusement.

Q - Pendant que nous parlons, Laurent Fabius, des informations peuvent être évoquées, 100 suspects auraient été arrêtés et remis aux autorités françaises à Gao. Vous le confirmez Laurent Fabius ?

R - Je n'ai pas cette information qui peut-être est arrivée ce matin, à l'instant, mais je vous ai dit quelques secondes avant qu'il y avait eu des opérations dans des campements et, à partir de là, des interrogatoires. Cela dit, nous travaillons en liaison avec les forces maliennes, il faut bien être précis. S'il y a des personnes qui sont identifiées, ce que je souhaite, le travail sera fait avec les Maliens.

Q - 100 suspects arrêtés et remis aux forces militaires françaises, cette information-là vous ne la possédez pas Laurent Fabius au moment où nous parlons ?

R - Non, je ne veux pas raconter d'histoire. Je dis les choses que j'ai vérifiées moi-même.

Q - Évoquons, pour terminer, le sort de six otages, de six Français toujours retenus en otage, quatre en Syrie, des journalistes et puis deux Français aussi encore en Afrique.

R - Je veux dire à leur propos ce que j'ai toujours dit : la seule façon de traiter ces questions extrêmement douloureuses, c'est à la fois beaucoup de détermination et en même temps de la discrétion. C'est ce qu'on a fait avec les quatre ex-otages d'Arlit qui ont été libérés il y a peu. Mais il est vrai que le travail reste à faire pour les autres.

Q - Ils sont toujours vivants les six otages ?

R - À notre connaissance, oui.

Q - Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères était l'invité de RTL et bien entendu RTL s'est associée et s'associe bien sûr à la douleur des familles et de la rédaction de RFI dans cette douloureuse histoire.

R - Nous pensons à eux.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 novembre 2013

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