Interview de M. Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "Europe 1" le 4 novembre 2013, sur le climat social en Bretagne, sur l'écotaxe, sur l'assassinat des deux journalistes de Radio Fance Internationale au Mali. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "Europe 1" le 4 novembre 2013, sur le climat social en Bretagne, sur l'écotaxe, sur l'assassinat des deux journalistes de Radio Fance Internationale au Mali.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît.

FRANCE. Ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation

ti : THOMAS SOTTO
Un 5ème portique a été détruit, brûlé en Bretagne dans les Côtes d'Armor, il y en a qui a été mis hors service dans le nord, à Avesnes-sur-Helpe. Jusqu'où le gouvernement peut-il accepter ça ?

BENOIT HAMON
Il ne l'accepte pas. Et je pense que c'est d'ailleurs aux responsables des manifestations que de demander à certains de leurs partisans d'arrêter, de démonter les portiques et finalement de casser. Parce que ça a des conséquences en termes d'argent public et des conséquences qui sont mauvaises pour tous. On peut dialoguer, d'ailleurs c'est l'invitation du Premier ministre que le dialogue existe et qu'il se poursuive sur l'avenir de la Bretagne, sans pour autant être obligé de se livrer à des opérations comme celle-ci.

THOMAS SOTTO
On a l'impression que certains bretons sont prêts à dialoguer à condition que le gouvernement soit d'accord avec eux. En gros, ils sont prêts à dialoguer à condition qu'on ne revienne pas sur l'écotaxe ?

BENOIT HAMON
D'abord, il y a des revendications qui ne sont pas forcément les mêmes, selon qu'on est un agriculteur, un patron de PME ou un salarié de l'agroalimentaire. Il s'agit aussi de voir qui demande exactement quoi ? Parce que si la demande c'est : baisser le coût du travail pour qu'on puisse payer deux fois moins les salariés en Bretagne, pour être compétitifs avec les Allemands qui embauchent des Roumains. On ne va pas s'entendre. D'abord le gouvernement ne s'entendra pas avec les chefs d'entreprise qui demandent cela et les salariés non plus.

THOMAS SOTTO
Ça veut dire qu'on est battu alors, dans un cas comme ça, on ne pourra jamais s'aligner ? … mini-job à 1 ou 2 euros de l'heure…

BENOIT HAMON
Exactement, il y a là, un vrai sujet. Evidemment on est très attentif à ce qui va se passer, en Allemagne, s'il y a l'adoption d'un SMIC en Allemagne, qui amènerait à ce que les conditions soient différentes. Mais ce qu'il faut dire…

THOMAS SOTTO
SMIC qui serait plus bas que le nôtre ?

BENOIT HAMON
Oui, qui serait plus bas que le nôtre mais qui nous permettrait déjà d'être beaucoup plus compétitif que nous ne le sommes. Mais ce n'est même pas le problème du SMIC, c'est qu'aujourd'hui, si on embauche à 4 euros de l'heure en Allemagne, c'est qu'il y a là, une violation d'ailleurs probablement des règles du droit, une application de ce qu'on appelle la directive détachement des travailleurs qui vous permet aux conditions sociales du pays d'origine d'embaucher des travailleurs bulgares ou roumains, ce qui se fait aussi en France.

THOMAS SOTTO
Ça veut dire pour être clair qu'on embauche des Bulgares et qui sont embauchés aux conditions bulgares, au droit du travail bulgare.

BENOIT HAMON
Exactement ! Ce qui se fait aussi en France et c'est un dévoiement total d'un texte européen, qui amène aujourd'hui, à ce que finalement les délocalisations on les importe chez nous. Et que ce n'est même plus besoin de délocaliser les abattoirs, puisqu'on embauche des salariés à 4 euros de l'heure, parfois même chez nous…

THOMAS SOTTO
Il y a le cas chez GAD ? Il y en a chez GAD ?

BENOIT HAMON
Exactement ! C'est pour ça que je vous dis que les revendications ou les intérêts des chefs d'entreprises ne sont pas les mêmes que ceux des salariés. Et c'est pour ça que vis-à-vis de l'avenir de la Bretagne, qui ne se résume pas à la question de l'écotaxe, il s'agit de poser toutes ces questions-là à la fois et les élections européennes et le rôle du gouvernement français sera évidemment déterminant dans cette affaire. Et moi, je dis à celles et ceux qui manifestent et aux Bretons, qu'aujourd'hui, le combat qui est mené par le gouvernement auquel j'appartiens, il est de faire en sorte de remettre en cause cette règle européenne-là. Ça c'est du concret. Parce que ça,…

THOMAS SOTTO
C'est ça le combat qu'il faut mener pour vous aujourd'hui ?

BENOIT HAMON
Il est prioritaire, parce que si on ne change pas l'écosystème européen, on n'y arrivera pas et en même temps je constate qu'il y a des entreprises qui n'avaient pas investi depuis 10 ans dans l'agroalimentaire. Alors sans doute à cause de ses problèmes de compétitivité, mais aussi parce qu'il y a eu des choix stratégiques qui étaient mauvais. Donc il faut faire la différence entre les uns et les autres.

THOMAS SOTTO
Je ne souhaite pas que l'on revienne sur l'écotaxe pour la Bretagne, c'est ce que vous avez dit, vous, le 24 octobre chez nos confrères de BFM TV. 10 jours après, est-ce que vous êtes toujours d'accord avec vous-même, ou est-ce que vous avez-vous aussi changé d'avis ?

BENOIT HAMON
Mais pourquoi je dis ça ? Parce que…

THOMAS SOTTO
Vous êtes minoritaire, visiblement plus personne n'en veut de l'écotaxe ?

BENOIT HAMON
Non, non, mais il y a une décision qui a été prise par le Premier ministre, qui est d'ajourner. Mais j'observais quoi ?

THOMAS SOTTO
Ajourné ou supprimé ?

BENOIT HAMON
Ajourné, c'est la décision…

THOMAS SOTTO
Vous êtes sûr de ça ?

BENOIT HAMON
Je suis sûr de ça, c'est que la discussion, elle est engagée mais…

THOMAS SOTTO
Vous y croyez sincèrement à l'ajournement ?

BENOIT HAMON
Attendez ! Vous m'avez posé une première question, vous attendez peut-être une réponse à la première question. Pourquoi est-ce que je pensais cela ? Parce que ça va rapporter de l'argent, notamment aux infrastructures bretonnes l'écotaxe. Ça va rapporter de l'argent et ça va permettre de financer des travaux qui sont indispensables pour rendre la région attractive. C'est pour ça que le gouvernement a souhaité mettre en oeuvre cette écotaxe votée par la droite, et dont le décret…

THOMAS SOTTO
Ça on est d'accord.

BENOIT HAMON
Oui, d'accord, mais je vais donner une précision, le problème de cette écotaxe, c'est que la remise en cause de l'écotaxe aujourd'hui, nous coûterait 800 millions d'euros. Pourquoi ? Parce que le gouvernement précédent a prévu que pour la collecte de cette taxe, le consortium Ecomouv soit rémunéré à hauteur de 20 % de la taxe collectée, c'est du jamais vu.

THOMAS SOTTO
Mais aujourd'hui, cette remise en cause, c'est votre gouvernement qui la fait ?

BENOIT HAMON
Juste une chose, c'est du jamais vu, on attendait 1,2 milliard d'euros de cette taxe destinée à financer des travaux d'infrastructures, je le redis. Et Christian TROADEC, le maire de Carhaix, le sait bien, que ça ramènerait aussi, notamment par rapport à des zones enclavées, le centre Finistère, des moyens pour justement permettre le désenclavement. Mais là, si nous annulions la mise en oeuvre de cette écotaxe, ça coûterait à l'argent public, 800 millions d'euros. Donc 1,2 milliard en moins d'argent et 800 millions d'euros d'amende en quelque sorte à payer. C'est la raison pour laquelle…

THOMAS SOTTO
Vous croyez sincèrement qu'elle va se faire cette écotaxe ou pas ?

BENOIT HAMON
Moi, je pense qu'il faut réfléchir à un dispositif qui soit un dispositif désormais qui intègre à la fois les préoccupations des Bretons qui sont légitimes, l'avenir de leur région, et en même temps la nécessité de financer des travaux d'infrastructures. Je le dis et tout est lu, tout dirigeant économique, tout breton le sait, il y a des besoins en infrastructures aujourd'hui en Bretagne qui sont considérables, ça dépendra beaucoup de l'Etat français, de sa capacité à pouvoir mettre en oeuvre ces investissements-là. Donc vaut mieux dialoguer que de jouer la Bretagne contre Paris, sachant que ce n'est jamais comme ça, et chacun le sait là-bas, bonnet rouge ou pas bonnet rouge qu'on y est arrivé.

THOMAS SOTTO
Benoît HAMON qui croit toujours à l'écotaxe. On essaie Benoît HAMON, tous, depuis deux jours, de comprendre l'assassinat des deux journalistes de RFI. Pensez-vous, vous, qu'il puisse y avoir un lien entre la libération des 4 ex-otages la semaine dernière, et l'enlèvement puis l'exécution de Ghislaine DUPONT et de Claude VERLON ?

BENOIT HAMON
Je n'ai aucune information qui puisse me permettre de dire une chose pareille. En même temps que l'on réfléchisse au lien potentiel me paraît légitime, de la part de vous journalistes et de la part des citoyens français. Nous sommes engagés dans un combat qui est long, combattre le terrorisme, nous savions que ça allait être difficile, nous avons enregistré une première victoire au Mali, qui est de rétablir un Etat démocratique qui fait des élections normalement. Et en même temps dans des déserts, dans des zones qui sont des zones où il est facile de circuler, notamment pour des terroristes en pick-up, malgré les moyens de la technologie militaire aujourd'hui, nous savions qu'il était difficile en un an, en un an et demi, de mettre fin définitivement au terrorisme. Donc ce combat-là, le président de la République a souhaité l'engager, nous avons enregistré des victoires et en même temps, évidemment quand deux de nos compatriotes sont exécutés de cette manière-là, deux journalistes qui font leur travail. Il y a un double symbole, évidemment, la France est atteinte, mais c'est aussi celles et ceux qui informent, qui disent ce qui se passe, qui ont été ciblés par ces hommes qui ont décidé froidement de les exécuter.

THOMAS SOTTO
Certaines voix se font l'écho de l'hypothèse d'un différend entre groupes armés autour d'une rançon, ça vous a traversé l'esprit vous aussi ?

BENOIT HAMON
Non, mais attendez ! Il y a certaines voix, ça parle beaucoup.

THOMAS SOTTO
On essaie de comprendre ce qui s'est passé ?

BENOIT HAMON
Je comprends, mais sauf qu'on écrit ce qu'on pense quoi ! Et la responsabilité du gouvernement, dans des affaires comme celle-là, ce n'est pas forcément de parler, c'est d'essayer de chercher les responsables et les punir et de faire en sorte de pouvoir sécuriser et pacifier durablement cette zone si près de la France, si près de l'Europe, dont la déstabilisation impacterait forcément notre propre sécurité sur le continent européen, ce qui se fait aujourd'hui par l'armée française, au Mali, et partout dans cette zone-là, c'est aujourd'hui, assurer le premier bouclier contre des menaces terroristes qui pourraient sinon frapper le continent et l'hexagone.

THOMAS SOTTO
Benoît HAMON votre projet de loi sur l'économie sociale et solidaire entame son parcours parlementaire, cette semaine. D'ici le mois de mars vos deux gros projets de loi auront été votés, celui-là et celui sur la consommation. Ensuite, est-ce que vous vous voyez encore au gouvernement ? Vous en avez encore envie ou pas ?

BENOIT HAMON
En fait, ce qui vous intéresse, ce n'est pas mon projet de loi, c'est de savoir si je pars quoi, après mon projet de loi ?

THOMAS SOTTO
Non, non, votre projet de loi, il est sur les rails, tout va bien, visiblement.

BENOIT HAMON
C'est sympathique. Peut-être qu'il y a des auditeurs qu'ils doivent se dire : vivement qu'il soit adopté son projet de loi, comme ça, il partirait ?

THOMAS SOTTO
Non, mais vous vous sentez bien dans ce gouvernement ? Vous avez d'y rester ? On parle beaucoup de remaniement ?

BENOIT HAMON
Mais on parle beaucoup, là encore, on parle beaucoup. Mais je pense que ce matin sur EUROPE 1, on imagine assez mal que le ministre en charge de l'Economie sociale et solidaire dont le projet de loi va être discuté cette semaine, vous parle de remaniement au moment où il aimerait au moins aller jusqu'à la fin de l'examen au Sénat de son projet de loi.

THOMAS SOTTO
Ça, j'entends bien. C'est pour ça que je le situe après mars. Mais il y a quelques jours Cécile DUFLOT était assise à votre place dans ce studio, elle a évoqué, elle s'est dit que oui, peut-être la question de la présence des Verts au gouvernement pouvait se poser. Vous ne vous posez pas cette question, vous qui incarnez la gauche du gouvernement ?

BENOIT HAMON
Mais Cécile, c'est Cécile. Cécile DUFLOT ce sont les Verts et évidemment la question doit se poser, surtout qu'ils sont à un moment d'un congrès. Mais moi, je vais vous dire, ma conviction c'est : plus on gouvernera rassemblé, plus on aura de chance de réussir. Si nous devions échouer, nous préparerions l'arrivée au pouvoir en tout cas de thèse qui sont des thèses aujourd'hui, dangereuses, pas simplement pour l'économie et l'emploi mais pour l'équilibre de la République. Et je le dis aux électeurs de gauche, ils peuvent être déçus, mécontents, mais ce qui va se jouer aux municipales, c'est bien plus qu'une élection où on sanctionne un gouvernement où on dit son mécontentement. Il y a aussi, aujourd'hui à se relever contre le péril qui est le péril qui monte de l'intolérance, des discours de plus en plus ouvertement racistes dans l'espace public et de celles et ceux qui ou se bouchent les oreilles ou jouent la politique de l'autruche, ou assume parfaitement cette montée de l'intolérance dans le débat public. Il y a aussi la République à défendre à l'occasion des municipales, des européennes comme de toutes élections, et ça, les électeurs de gauche, ils savent de quoi je leur parle, parce que la République c'est leur patrimoine à eux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 novembre 2013

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