Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 4 novembre 2013, sur la réforme des rythmes scolaires et les activités périscolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 4 novembre 2013, sur la réforme des rythmes scolaires et les activités périscolaires.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


PATRICK COHEN
Les semaines passent et les parents d'élèves continuent de se plaindre des nouveaux rythmes scolaires, vous l'avez entendu à 8 heures. En un peu plus de 15 jours plus de 17.000 auditeurs internautes ont répondu à la consultation lancée par FRANCE INTER, on compte autour de 70 % d'insatisfaits pour l'essentiel à cause de la fatigue des enfants et de la faible qualité des activités périscolaires. Votre commentaire ?

VINCENT PEILLON
D'abord mon commentaire sur la forme, je ne veux pas commenter cette consultation parce que je considère…

PATRICK COHEN
Qui n'est pas un sondage.

VINCENT PEILLON
Voilà, que méthodologiquement – je l'ai vu – on pouvait voter 20 fois, il y a eu des appels sur internet par un certain nombre de groupes qui sont très opposés, à commencer par l'UMP à cette réforme. Et donc je veux qu'on traite le sujet au fond, en dehors de ces chiffres qui ne me semblent pas donner une vision objective, mais c'est un sujet…

PATRICK COHEN
Il y a les chiffres et puis il y a les commentaires aussi sur le site, avec des témoignages de parents, etc., on en entendra tout à l'heure quelques-uns au téléphone. La contestation existe Vincent PEILLON, vous ne pouvez pas la nier !

VINCENT PEILLON
Cette réforme concerne – vous le savez – à cette rentrée déjà plus d'un million d'élèves, elle s'est mise en place dans 4.000 villes. 2.000 villes ont connu… villages en réalité des difficultés depuis la rentrée. Cette réforme n'est mise en oeuvre que depuis un mois, donc très grande réforme…

PATRICK COHEN
C'est donc la moitié… dans la moitié des villes il y a eu des difficultés.

VINCENT PEILLON
Non, 4.000 communes sont passées aux nouveaux rythmes à la rentrée, 2 communes ont fait marche arrière ; et dans un certain nombre de villes il y a des problèmes pour ce qui concerne le périscolaire, c'est-à-dire les activités après l'école, parce que je vais parler aussi de l'école, le but c'est quand même l'école, qui suppose des adaptations. Mais imaginez, on veut faire un bilan, il va avoir lieu et nous sommes en train de le faire, l'Association des maires de France de son côté, le Comité de suivi dans lequel les parents d'élèves sont représentés qui rendra ses travaux en décembre, on ne peut pas faire un bilan d'une réforme aussi importante au bout d'un mois. Il faut se donner un peu plus de temps car vous avez vu, ce sont des changements d'habitude profonds. Maintenant le premier bilan, un, pourquoi fait-on cette réforme ? Pour qu'il y ait du meilleur temps scolaire, et donc il faut parler – on n'en parle pas assez – du scolaire. C'est le temps du mercredi matin, c'est ce qui permet de mieux apprendre. Nos remontées, y compris venant des professeurs, c'est que comme on pouvait s'y attendre, c'est mieux pour apprendre à lire, écrire, compter le mercredi matin qu'à 16 heures tous les jours. Et donc tout le monde reconnaît que cette réforme est utile à l'apprentissage des enfants. C'est le grand sujet français car, comme vous le savez, nos enfants, les élèves ont de plus en plus de mal à apprendre. Et puis ça suppose deuxièmement de se réorganiser souvent en fin de journée, ce n'est plus la scolarité, ce n'est plus le temps obligatoire de l'école, ce sont des activités après l'école. Et c'est là qu'on voit qu'il y a des problèmes d'adaptation dans un certain nombre d'endroits, parce qu'on met le doigt sur une faiblesse française, c'est-à-dire précisément le peu d'offres éducatives (je vais dire) plutôt que scolaires qui existaient : problème de locaux, problème d'animateurs, problème de transition. Ces problèmes, dans 95 % des cas, sont en train de se résoudre localement, et nous voyons bien que ça permet à la fois un meilleur temps scolaire et puis davantage d'activités éducatives pour des enfants qui, très souvent, n'en avaient pas.

PATRICK COHEN
Pour bien apprendre, il faut être bien éveillé ou bien concentré, la fatigue des enfants, ce qui revient dans beaucoup de témoignages dans cette consultation de FRANCE INTER, la fatigue des enfants c'est un fantasme de parents Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
Chaque année, nous avons la fatigue des enfants après les grandes vacances, les chrono-biologistes et l'Académie de médecine l'a montré, puisque quand vous avez des ruptures la reprise fait de la fatigue. Là, nous n'avons pas davantage de fatigue, elle existe mais nous avons quand même une réorganisation des temps. Exemple : si le mercredi matin nous allons à l'école, il faut évidemment qu'il y ait des pratiques le mardi soir qui sont différentes de celles qui y étaient. Maintenant s'il y a…

PATRICK COHEN
Ça peut être la faute des parents alors ?

VINCENT PEILLON
Ça suppose de se réorganiser. Vous savez, je voyais sur votre écran Luc FERRY – qui est un ancien ministre de l'Education nationale – qui avait dit : si on veut réussir cette réforme que tout le monde souhaitait puisqu'elle est de simple bon sens, elle est dans l'intérêt des enfants et c'est tout à fait fondamental, c'est ce qu'a dit d'ailleurs un chroniqueur de votre radio, Marcel RUFO, on ne le fait pas pour les parents cette réforme, on le fait pour les élèves, ça c'est très, très important, on ne le fait pas pour les professeurs, on le fait pour les élèves. Alors il faut que toutes les bonnes volontés s'expriment, celles des professeurs, celles des collectivités locales, celles des animateurs et aussi celles des parents. Mais comment voulez-vous qu'une réforme, qui consiste précisément à donner un meilleur temps scolaire, puisse être une réforme qui est plus fatigante ? Ça va être un temps mieux réparti, la pause de milieu de semaine posait problème ; et ça va être deuxièmement des journées plus courtes. Alors s'il y a des endroits où la mise en oeuvre locale pose problème parce que c'est nouveau, et donc on a mis trop d'activités, qu'on a mal organisé les temps de transition. Il y a eu des problèmes en maternelle que je reconnais qu'on est en train de regarder, et par exemple des temps de sieste interrompus, il faut arrêter, ça n'est pas dans la réforme, c'est la mise en oeuvre et ça relève évidemment de l'intelligence des acteurs locaux. Je ferai un certain nombre de recommandations…

PATRICK COHEN
Pour ce qui vous concerne, vous au ministère, je ne parle pas des maires et de l'action des municipalités, pour ce qui vous concerne vous ne vous faites aucun reproche dans la mise en oeuvre de cette réforme Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
Je me fais en permanence des reproches, je vous rassure et j'ai des scrupules, mais je veux que les enfants de France – c'est le grand problème – dans 5 ans ou 10 ans puissent avoir de meilleurs résultats scolaires et, en particulier, les 20 ou 25 % qui sont en grande difficulté. Je vais tout à l'heure en Seine-et-Marne, nous remettons 400 postes cette année, c'était 400 détruits l'année dernière. Nous sommes en train de refaire les programmes, nous venons de créer – personne n'en parle – le service public du numérique éducatif, il ouvre à cette rentrée en particulier pour les enfants en difficulté et les CP. Nous changeons, vous le savez, les programmes avec le Conseil supérieur des programmes, nous formons à nouveau les professeurs, nous titularisons ceux qui accompagnent les enfants en situation de handicap ; et de la même façon nous donnons du meilleur temps scolaire. C'est peut-être la seule réforme qui suppose que tous les adultes aillent dans le même sens, les autres on se dit « ils s'en occupent tout seuls », là, chacun doit se saisir de cette affaire. C'est dans cette cohérence globale qu'il faut mettre cette réforme…

PATRICK COHEN
Réforme…

VINCENT PEILLON
Il faut mesurer qu'elle est importante.

PATRICK COHEN
Qui sera appliquée partout à la rentrée 2014, vous ne renoncerez pas ?

VINCENT PEILLON
Il le faut, je ne renoncerai pas et nous ne devons pas renoncer, ce n'est pas personnel, il faut que la France le comprenne à un moment donné, c'est : nous devons tous nous unir autour de nos enfants. Quand on dit depuis 10 ans ou 15 ans « le niveau scolaire est de plus en plus mauvais, les inégalités augmentent », c'est notre responsabilité à tous et c'est notre responsabilité car tout le monde sait ce qu'il faut faire. On ne peut pas être le seul pays où il y a 144 jours de classe, des journées de 6 heures ça ne sert à rien, donc il y a des changements très structurels à apporter. Nous allons faire aussi, vous le savez, cette année revoir le métier de professeur, j'ai revalorisé déjà les professeurs des écoles ; et l'éducation prioritaire, j'annoncerai en janvier les réformes, ça concerne 20 % des élèves. Nous devons nous unir autour de notre école et avoir le courage de certaines grandes réformes.

PATRICK COHEN
On y reviendra tout à l'heure, vous serez interpellé par des auditeurs d'INTER au 01.45.24.7000. C'est la rentrée scolaire aujourd'hui, avec des syndicats lycéens qui n'ont pas oublié l'affaire « Leonarda » et qui appellent à nouveau à la mobilisation contre les expulsions de jeunes étrangers scolarisés, que leur dites-vous Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
Je leur dis que leur émotion légitime a été entendue, et comme vous le savez, je l'avais souhaité, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur ont rédigé une circulaire qui sanctuarise l'école et le périscolaire dont on parle…

PATRICK COHEN
Oui mais eux réclament la sanctuarisation de la scolarité, c'est-à-dire qu'on ne puisse pas expulser des familles dont les enfants sont scolarisés !

VINCENT PEILLON
Nous sommes…

PATRICK COHEN
Ce qui représente assez peu de monde en France, c'est 120 ou 150 expulsions par an.

VINCENT PEILLON
Très peu de cas, nous y veillons avec beaucoup d'humanité et je le fais en toute première ligne, souvent en coordination étroite avec le ministre de l'Intérieur. Donc je demande aux lycéens de faire attention à cette générosité qui est la nôtre, nous avons compris cette émotion. Ce matin, il y avait 4 ou 5 lycées sur toute la France dans lesquels des mouvements pouvaient avoir lieu. Il ne faut pas empêcher – quand on veut la scolarisation des enfants – ses autres camarades d'être scolarisés. Donc pas de violence, pas de blocus, je demande aux uns et aux autres d'être cohérents et je crois l'émotion qui était la leur a été entendue.

PATRICK COHEN
Mais vous n'irez pas plus loin dans les règles concernant les expulsions de familles avec des enfants scolarisés ?

VINCENT PEILLON
Nous sommes…

PATRICK COHEN
Le gouvernement ne bougera pas ?

VINCENT PEILLON
Non, nous sommes d'une extrême générosité et tant mieux, c'est la tradition de la France. Nous traitons cas par cas, il peut y avoir… il y en a eu un ou deux, je le reconnais, nous sommes d'ailleurs intervenus, des difficultés par moment, des maladresses, elles ont été corrigées, elles doivent l'être et nous éviterons que ça se reproduise. Mais nos procédures, le respect du droit, l'accueil de ceux qui en ont besoin, l'école ouverte à tous. Vous savez nous par exemple, pour ce qui concerne les enfants roms, nous les accueillons, la scolarité en France elle est ouverte à tous, sans demander l'origine, la nationalité, c'est notre tradition…

PATRICK COHEN
Dont la…

VINCENT PEILLON
C'est notre tradition.

PATRICK COHEN
On ouvre l'école à tous les enfants mais ils sont expulsables si leurs parents le sont !

VINCENT PEILLON
Mais alors il faudrait revenir sur un principe qui est celui du regroupement familial ou la séparation des familles. Dès lors que les enfants sont mineurs, que les parents se sont mis en situation illégitime, lorsqu'ils ont épuisé toutes les voies de recours, alors la question se pose. Mais comme vous l'avez fort bien rappelé vous-même, elles se comptent en réalité sur les doigts de la main et chaque fois nous veillons à ce que ça se passe avec le plus d'humanité possible. Dans le cas de Leonarda il n'y a quand même pas eu – vous l'avez vu – de violence majeur, il y avait même un associatif des Réseaux d'éducation sans frontières qui était présent au téléphone. Mais l'émotion a été là, c'est bien la preuve que nous sommes un grand pays des droits de l'homme, demeurons-le.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 novembre 2013

Rechercher