Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec RFI le 5 novembre 2013, sur la mort de deux journalistes français au Mali. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec RFI le 5 novembre 2013, sur la mort de deux journalistes français au Mali.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti :


Q - On entend depuis hier des informations assez contradictoires sur l'enquête concernant la mort ou peut-être l'assassinat, c'est aussi au fond la question, de nos deux collègues ; notamment sur la question de savoir s'il y a eu des arrestations hier au Mali, que pouvez-nous dire ce matin ?

R - D'abord, je voudrais vous dire qu'effectivement je suis à Roissy, où nous attendons l'arrivée des corps. La première chose que je veux vous dire c'est ma peine, mon indignation, celle du gouvernement, du président de la République et de tous les Français. Je réaffirme également notre solidarité avec l'équipe de RFI qui continue à faire son travail. Je pense que c'est la volonté de vos deux collègues.

Sur ce qui s'est passé après l'assassinat, le président de la République a immédiatement donné les instructions nécessaires. Il s'agit d'abord de mettre tout en oeuvre pour retrouver les assassins.

Des opérations sont effectivement en cours, mais je n'en donnerai pas le détail car tout le monde dans cette région écoute RFI. Ensuite, l'instruction a été donnée pour que 150 militaires partent du Sud du Mali pour se rendre à Kidal - ce qui a été fait hier soir - afin d'y renforcer la sécurité. Par ailleurs, des enquêteurs venus de Paris sont arrivés sur place et nous sommes, sur toutes ces opérations, en relation étroite avec nos amis maliens. Voilà le point exact.

Q - La singularité de cette affaire c'est l'exécution sommaire, quelques heures seulement après l'enlèvement, de nos deux collègues. Quels sont aujourd'hui les débuts d'explications possibles à ce scénario ?

R - Il y a beaucoup d'explications possibles. La question essentielle est d'abord la suivante : qui a commis cet assassinat ? Il y a plusieurs pistes, je ne vais pas entrer dans des supputations mais nous suivons toutes les pistes. Ce que je veux souligner, c'est que j'espère que les assassins seront vite rattrapés et châtiés. On n'en connaît pas encore l'identité mais ce qu'on sait, c'est qu'il s'agit de gens qui n'ont aucune humanité et aucun respect de la liberté. Aucune humanité, car ces mêmes gens qui écoutent RFI le matin, assassinent les journalistes de RFI dans l'après-midi. Voilà ce qui se passe et contre quoi il faut vigoureusement protester.

Ils n'ont également aucun respect de la liberté puisque chacun au Mali peut choisir sa voie. Il y a des élections législatives qui sont prévues et qui vont avoir lieu. Les gens qui ont fait cela ne veulent pas que les Maliens puissent s'exprimer librement.

Q - Peut-on être sûr, Laurent Fabius, puisque cette hypothèse circule, que ce n'est pas la pression de l'armée française qui s'était lancée aux trousses des ravisseurs qui a précipité les évènements ?

R - Oui, on peut en être sûr à partir de deux éléments qui nous ont été communiqués. Le premier élément, c'est que l'armée française n'avait pas en vue, que ce soit en hélicoptères ou au sol, la voiture des ravisseurs et que ces derniers ne voyaient pas les militaires français. Deuxième point, il n'y a aucun impact de balles sur la carrosserie et l'assassinat a été réalisé à bout portant. Ce sont des détails très macabres mais qu'il est nécessaire de donner. À partir de ces éléments, les spécialistes nous ont dit qu'il n'y avait pas de lien possible.

Q - Si les auteurs de ce crime sont trouvés, capturés, où seront-ils jugés ?

R - Ils seront remis bien sûr aux Maliens puisque c'est légitime. Mais vous savez que nous avons fait voter une loi qui stipule que, lorsqu'il y a des entreprises en liaison avec le terrorisme, un certain nombre de conséquences sont à tirer. Il faut regarder aussi de qui il s'agit, mais bien évidemment leur châtiment devra être exemplaire.

Q - À propos de la situation à Kidal, le président malien disait hier, je le cite : «dans cette ville, nos force de sécurité sont confinées, l'arme au pied, Kidal échappe aujourd'hui à notre contrôle, il faut que la souveraineté du Mali sur Kidal soit une réalité, je veux que tout le monde prenne ses responsabilités». Vous parliez tout à l'heure de renfort - 150 hommes -, est-ce que la France va se donner les moyens de sécuriser la ville de Kidal ?

R - Ces moyens -150 hommes - sont arrivés sur place hier. Évidemment, Kidal fait partie du territoire malien et donc la décision relève du président IBK.

Q - N'est-ce pas un appel ce propos là que je vous rapportais ?

R - Je pense que le président IBK veut témoigner d'une très grande fermeté. On l'a vu au cours de ces derniers jours ou dans d'autres domaines, il a pris un certain nombre de décisions qui montre qu'il veut affirmer l'intégrité du territoire - il a bien raison - et l'autorité de l'État. Dans les jours qui viennent, il peut être appelé à prendre un certain nombre de décisions et nous agirons en liaison avec lui ainsi qu'avec la MINUSMA.

Q - La France est prête à faire ce qu'il faut pour sécuriser Kidal ?

R - Mais bien sûr et le président IBK, élu démocratiquement, est celui qui doit prendre les décisions. La France est à ses côtés.

Q - Et l'opération SERVAL, l'opération française au Mali va durer plus longtemps que prévu, aujourd'hui c'est une certitude ?

R ? Non, j'ai vu des interprétations diverses à ce sujet. Il faut rappeler que l'opération SERVAL a été extrêmement efficace, en dépit de ce drame épouvantable. En janvier dernier, l'ensemble du territoire malien était sur le point d'être contrôlé par les terroristes. Ces derniers étaient à quelques centaines de kilomètres de Bamako. Grâce à l'intervention des Français, dans un premier temps, et ensuite des forces africaines, nous avons débarrassé l'essentiel du territoire du terrorisme. Des élections ont pu ensuite se tenir et la paix, globalement, est revenue.

Cependant tous les terroristes n'ont pas été neutralisés. Il y a en particulier la poche de Kidal qui reste dans une situation très difficile. S'agissant des forces SERVAL, nous avons sur place à peu près 3.000 hommes. Il a été prévu que ces hommes soient maintenus jusqu'au moment où des élections auront lieu, c'est-à-dire dans quelques jours. Ensuite, nous diminuerons régulièrement ce nombre. Selon l'évaluation qui a été faite, un millier de soldats devraient rester. Ils auront en particulier des tâches d'antiterrorisme à mener. Nous conservons bien sûr également d'autres troupes dans le reste du Sahel.

Immédiatement après ces assassinats, le président de la République a décidé de renforcer notre présence à Kidal. Cela ne remet pas en cause le calendrier général de présence puis de réduction de présence de la force française. Dans le même temps, évidemment, la MINUSMA va monter en régime ainsi que la formation des troupes maliennes.

Q - Merci Laurent Fabius.

R - Merci et je voudrais ajouter un mot personnel pour tous ceux qui travaillent à vos côtés à RFI, leur dire que ce sont des gens vraiment formidables et qu'il faut qu'ils continuent à faire leur travail c'est ce qu'auraient souhaité Ghislaine et Claude...

Q - Partout.

R - ...partout, et aux auditeurs leur dire qu'ils ont raison d'entendre RFI parce que c'est la voix de la liberté.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 novembre 2013

Rechercher